Vins volcaniques : caractéristiques et enjeux pour les producteurs en Italie.

Comme si le feu était passé par là : Les vins volcaniques

Basalte, pierre ponce, pouzzolane, pépérites… En Auvergne, les vignerons du label Volcanic Origin revendiquent une identité viticole directement liée aux sols volcaniques. Le mouvement s’étend bien au-delà des volcans auvergnats.

En Auvergne, les volcans ne sont pas seulement un paysage. Ils sont aussi sous les pieds des vignes. Depuis plusieurs années, des vignerons travaillent à démontrer l’influence des sols volcaniques sur les vins de la région et à faire émerger une identité propre autour de cette particularité géologique. C’est sur la chaîne des Puys qu’est né Volcanic Origin, un label créé par des vignerons auvergnats et officiellement lancé en juin dernier.

Jean-Baptiste Deroche, propriétaire du domaine Miolanne à Neschers (Puy-de-Dôme) et membre du label, raconte une aventure qui a commencé par plusieurs années de recherches. « C’est un label qui découle de cinq ans d’études sur les vins volcaniques, menées ici en Auvergne », explique-t-il. L’objectif était alors de mieux comprendre un terroir longtemps sous-estimé : « On a souhaité prouver que les vins d’Auvergne étaient volcaniques. »

Pour les vignerons engagés dans cette démarche, l’Auvergne constitue un terrain d’étude particulièrement riche. Le vignoble se déploie notamment autour de la chaîne des Puys, dans un environnement marqué par une histoire volcanique exceptionnelle. « Notre terroir est le long de ces 80 volcans », rappelle Jean-Baptiste Deroche.

La particularité du territoire réside dans la diversité de ses formations géologiques. « On a la chance d’avoir les quatre formes géologiques : le basalte, la pierre ponce, les pépérites et la pouzzolane. » Cette diversité permet aux vignerons d’observer des différences entre les parcelles et de chercher à relier les caractéristiques des sols à celles des vins. « C’est génial pour les études sur les vins volcaniques », souligne le propriétaire du domaine Miolanne. « Petit à petit, on s’est dit : il faut défendre cette notion de terroir parce qu’elle a une vraie singularité. »

Alors, peut-on réellement reconnaître un vin issu d’un terroir volcanique ? Pour Jean-Baptiste Deroche, certaines tendances aromatiques se retrouvent sur différents vignobles volcaniques du monde. « La particularité des vins volcaniques se ressent surtout sur les rouges : des choses vraiment fumées, comme si le feu et la lave étaient passés par là. »

Une signature qui, selon lui, dépasse largement les frontières de l’Auvergne : « Qu’on soit en Auvergne, sur l’Etna ou en Californie, sur toutes les zones volcaniques, on va retrouver ces notes, avec beaucoup de minéralité. » Les vins blancs présentent, eux, un profil différent. « Sur les blancs, on va retrouver plutôt de la salinité, de la fraîcheur, de la minéralité. Qu’on soit sur Santorin, qu’on soit sur des Furmint en Hongrie ou ici en Auvergne sur certains Chardonnay, on retrouve cette singularité », détaille le vigneron.

Pour les membres de Volcanic Origin, l’intérêt du label réside aussi dans la possibilité de raconter le vin à travers sa géologie. Car toutes les roches volcaniques ne produisent pas nécessairement le même environnement pour la vigne. « Suivant le type de roche volcanique, la densité va changer. Sur des basaltes, on va faire des vins plus denses. Le basalte est une pierre qui est très dense. Sur, par exemple, de la pierre ponce, ça va donner des vins plutôt légers, plutôt parfumés. Il y a une vraie lecture du terroir. »

Et cette approche pourrait séduire aussi bien les néophytes que les amateurs avertis. « Sur ce label, on intéresse des jeunes qui n’ont pas forcément la connaissance de toutes les appellations », explique-t-il. À l’autre bout du spectre, les amateurs les plus expérimentés peuvent pousser l’analyse beaucoup plus loin, jusqu’à l’origine précise des sols et des coulées de lave. « On va intéresser aussi un public très connaisseur, qui va savoir que la vigne est sur les éboulis de telle ou telle coulée de lave qui s’est passée à tel moment. »

Le domaine Miolanne constitue à lui seul une illustration de cette diversité. Ses parcelles reposent sur plusieurs types de sols, permettant au vigneron de travailler différentes expressions du terroir. « Nous, au domaine Miolanne, on a de la pierre ponce », explique Jean-Baptiste Deroche. Le domaine possède également des parcelles liées à d’autres formations volcaniques. « On a des vignes sur le plateau de Gergovie, sur des éboulis de basalte. » Ces parcelles donnent naissance à des cuvées décrites comme « beaucoup plus puissantes que la cuvée Volcan ». Malgré cette différence de puissance, une caractéristique demeure : « On retrouve toujours cette typicité fumée. »

Pour comprendre les sols du domaine, il faut remonter très loin dans le temps. La pierre ponce sur laquelle reposent certaines parcelles est liée à l’histoire du massif du Sancy. Jean-Baptiste Deroche invite à imaginer le paysage volcanique d’autrefois : « Il faut imaginer, il y a 600 000 ans, le Sancy était un stratovolcan. On était à 7 000 mètres d’altitude. Le volcan, il a explosé, il a créé une nuée ardente qui allait quasiment jusqu’à Montpeyroux. »

Sur les parcelles du domaine Miolanne, cette histoire géologique est encore lisible dans les sols. « Nous sommes les seuls situés sur l’aire volcanique et sur la pierre ponce. » À Gergovie, le scénario géologique est différent. « Ce sont des basaltes venus d’un volcan effusif, c’est-à-dire que la lave coule doucement. » Deux histoires volcaniques, deux types de roches, et donc deux expressions du terroir.

L’une des particularités de Volcanic Origin est justement de ne pas être limité à une appellation ou à une région. Le label s’intéresse à la nature volcanique des parcelles, quel que soit le pays où elles se trouvent. « C’est un label qui est international. » La démarche repose notamment sur une traçabilité précise. Tous les raisins d’un domaine ne sont pas nécessairement issus de sols volcaniques. « On peut avoir des domaines où il n’y a que quelques parcelles qui sont volcaniques. »

Le principe consiste ensuite à suivre les raisins tout au long de leur transformation. « On suit les raisins qui vont dans telle cuve et qui vont dans telle bouteille. » Le réseau rassemble déjà plusieurs dizaines de domaines à travers différents territoires viticoles. « Aujourd’hui, on a 35 domaines », précise Jean-Baptiste Deroche. La carte du label dépasse désormais largement l’Auvergne, avec des domaines en Californie, en Hongrie, en Alsace, dans l’Hérault, en Ardèche, dans le Var ou encore en Turquie. Et le réseau continue de s’étendre. « On vient d’avoir un domaine en Bretagne, Belle-Île. Ils viennent juste de s’inscrire. »

Au-delà de la reconnaissance des terroirs, Volcanic Origin est aussi devenu un réseau professionnel international. « C’est une manière de mettre en relation de vignerons volcaniques. » Le mouvement répond notamment à une demande croissante d’importateurs, de cavistes et de grossistes intéressés par cette catégorie de vins. « Aujourd’hui, on a une grosse demande pour faire des salons sur les vins volcaniques. »

Le réseau a notamment présenté ses vins à New York et prévoit d’autres rendez-vous internationaux. « On va en Finlande et en Suède au mois de novembre. » Pour les vignerons, l’enjeu est donc également économique. « Ça met en relation les vignerons volcaniques du monde entier pour faire du business. C’est intéressant financièrement, et de se retrouver pour parler de nos sols entre vignerons et redécouvrir nos typicités. Je ne suis pas le seul à avoir ces notes de fumée, je ne suis pas le seul à avoir cette minéralité, et c’est bien d’en parler. » Derrière ces vins, en Auvergne comme ailleurs, il y a une histoire géologique vieille de plusieurs centaines de milliers d’années.

Source : France 3 Régions

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