Vingt ans après le scandale du Probo Koala, l’Afrique est-elle toujours victime du «colonialisme des déchets»?

Vingt ans après le scandale du Probo Koala, l’Afrique est-elle toujours victime du « colonialisme des déchets » ?

En Côte d’Ivoire, il y a 20 ans jour pour jour, Abidjan suffoquait sous les émanations de déchets toxiques. Plus de 500 tonnes de produits nocifs, débarqués par le navire Probo Koala puis déversés sur plusieurs sites de la capitale économique, causaient la mort de 17 personnes et entraînaient des dizaines de milliers d’intoxications. Deux décennies plus tard, le pays fait face à des questions persistantes sur la gestion des déchets et les pratiques des entreprises occidentales.

Akouédo, un village de la commune de Cocody, est l’un des 18 sites touchés par le déversement. William Akessé, aujourd’hui porte-parole du village, se remémore cette nuit tragique où sa femme venait de subir une césarienne. « On ne pouvait même pas respirer, de très mauvaises odeurs. Mon enfant a succombé », raconte-t-il. En 2007, l’État ivoirien a signé un accord à l’amiable avec Trafigura, l’entreprise impliquée, pour un montant de 152 millions d’euros. Cet accord a été critiqué par les associations de victimes, qui estiment qu’il protège l’entreprise et entrave les poursuites judiciaires.

Les procédures juridiques se sont multipliées à l’étranger, notamment aux Pays-Bas, où Trafigura a été condamnée à indemniser les victimes. En 2023, la Cour africaine des droits de l’homme a jugé le dispositif d’indemnisation ivoirien insuffisant et a ordonné la création d’un fonds pour les réparations. Les autorités ivoiriennes affirment que, depuis 2015, tous les sites pollués ont été assainis.

Le « colonialisme des déchets »

Des ONG dénoncent le « colonialisme des déchets », une pratique où des entreprises occidentales choisissent d’éliminer leurs déchets en Afrique pour des coûts bien inférieurs à ceux de l’Europe. Selon Amnesty International, Trafigura a évité de payer 620 000 dollars pour éliminer des déchets toxiques aux Pays-Bas, optant plutôt pour un tarif de 17 000 dollars proposé par une entreprise ivoirienne. Ce phénomène met en lumière la vulnérabilité des populations vivant près des décharges, souvent les plus touchées par la pollution.

Aujourd’hui, les pays occidentaux envoient principalement des déchets électroniques, textiles et plastiques en Afrique. Ce commerce a pris de l’ampleur depuis l’interdiction par la Chine d’importer des déchets solides en 2018. Des pays comme le Ghana, le Nigeria et le Kenya sont souvent cités comme des destinations principales pour ces déchets. Une étude de Greenpeace révèle qu’environ 30 à 40 % des vêtements d’occasion importés au Kenya en 2019 n’avaient aucune valeur marchande, finissant dans des décharges et polluant l’environnement.

Réglementation de l’UE

Pour répondre aux critiques croissantes, l’Union européenne a adopté une nouvelle réglementation en 2024 interdisant l’exportation de déchets plastiques vers des pays non membres de l’OCDE, sauf dérogation. Les pays souhaitant bénéficier de ces dérogations doivent prouver leur capacité à traiter ces déchets de manière écologique.

Cette situation soulève des questions sur la responsabilité des pays développés dans la gestion des déchets et la nécessité d’une régulation plus stricte pour protéger les pays vulnérables.

Source : RFI

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