Vincent Guibot : Une famille d’accueil qui redonne du rythme à la vieillesse
Dans le cadre d’une série de rencontres avec les familles d’accueil pour personnes âgées du Lot-et-Garonne, direction Boé, chez Vincent Guibot, ancien aide-soignant devenu accueillant familial depuis plusieurs années.
Dans sa maison, trois générations cohabitent sous le même toit. Christian, 80 ans, est arrivé en avril dernier. Madeleine est présente depuis quatre ans, tandis que France, la doyenne, est accueillie depuis presque six ans, depuis le Covid. Autour d’eux gravitent cinq enfants, une épouse, et un rythme de vie que Vincent revendique comme sa raison d’être. « Nous accueillons trois personnes, c’est le maximum autorisé, pour garder ce côté familial, intime, qui est très important », explique-t-il.
Avant de devenir accueillant familial, Vincent a exercé comme aide-soignant en clinique puis en Ehpad, souvent en intérim. Il a découvert un système où le lien humain s’efface derrière l’urgence. « On demande à l’aide-soignant de faire vite, de s’occuper de beaucoup de personnes », résume-t-il. Le constat est amer : « Pas le temps de se découvrir, de se connaître. » Ce mot, « connaître », prend tout son sens après ces trois années passées en établissement, où le soignant lève, lave, nourrit, puis repart sans jamais vraiment croiser le regard de la personne.
Pour exercer comme accueillant familial, une formation légère suffit, complétée par un agrément délivré par le conseil départemental, renouvelable tous les cinq ans. « Ils évaluent la maison, l’environnement familial, la capacité de l’accueillant à maintenir le lien social d’une personne », précise Vincent. Un cadre strict, pensé pour garantir que chaque accueil reste avant tout une rencontre humaine. « On ne prend pas la première personne qui vient. C’est une rencontre humaine, on prend le temps de faire connaissance », insiste-t-il, quitte à se déplacer jusqu’à Montauban pour rencontrer un futur résident.
Ici, tout se partage. Les repas d’abord, dix couverts autour de la table, jamais le même nombre selon les allées et venues des enfants. « Ça vit beaucoup, ça crie, ça pleure, ça rigole. Il se passe toujours quelque chose », sourit Vincent. La cuisine, entièrement faite maison, devient un terrain de découvertes, du couscous aux crevettes au chorizo. Les enfants, eux, tiennent compagnie, jouent au Scrabble, aident aux devoirs, poussent les fauteuils lors des sorties. Un quotidien loin du modèle collectif, où chaque geste compte, jusqu’à la sonnette que Vincent garde toujours sur lui.
Financièrement, la différence avec un Ehpad privé avoisine mille euros par mois, grâce notamment au crédit d’impôt. Cependant, depuis deux ans, trouver de nouveaux résidents devient plus difficile, le maintien à domicile progressant fortement depuis la pandémie. Pour Vincent, le plus important est que ces résidents ne se sentent jamais seuls : « La solitude, c’est un peu comme une certaine drogue dans laquelle on glisse sans se rendre compte. » Une prison, dit-il, « dans laquelle on s’enferme tout doucement ».
Source : La Dépêche


