La nette victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt menace « le système politique allemand »
Le parti d’extrême droite allemand Alternative für Deutschland (AfD) a obtenu une victoire éclatante lors des élections du Land de Saxe-Anhalt, tenues le dimanche 6 septembre. Avec 44 % des voix, l’AfD devance largement les chrétiens-démocrates de la CDU, qui recueillent 18,5 % des suffrages. Le parti de gauche radical Die Linke se positionne en troisième place avec 9 % des voix. Cependant, ces résultats ne permettent pas à l’AfD de former un gouvernement sans le soutien d’un autre parti.
Cette victoire marque un tournant historique, étant la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale qu’un parti d’extrême droite remporte une telle part de voix, ce qui pourrait lui offrir les clés du pouvoir dans un Land. La participation électorale a atteint près de 80 % des inscrits, et l’AfD a amélioré son score de plus de 23 % par rapport à la dernière élection régionale de 2021, tandis que la CDU a chuté de plus de 18 %.
Majorité absolue ou pas ?
Ulrich Siegmund, tête de liste de l’AfD en Saxe-Anhalt, a exprimé sa satisfaction, déclarant : “C’est un moment historique pour nous.” Cependant, malgré ce score impressionnant, l’AfD ne dispose pas de la majorité absolue au Parlement régional, manquant 1 à 3 sièges pour y parvenir. Avant le scrutin, Siegmund avait affirmé qu’il souhaitait diriger seul ou pas du tout, excluant ainsi toute alliance gouvernementale.
Jan Niklas Reiche, politologue à l’Université Martin Luther de Halle-Wittenberg, souligne que cette situation remet en question le consensus traditionnel en Allemagne qui exclut l’extrême droite de toute participation au gouvernement.
Quelle alternative face à l’AfD ?
L’ampleur de la victoire de l’AfD a suscité des ambitions au sein des instances fédérales. Alice Weidel, présidente de l’AfD au niveau fédéral, a exprimé son souhait de rechercher des alliances au niveau régional. En revanche, la CDU, pour espérer gouverner, devrait former une coalition avec le SPD, les Verts et Die Linke, ce qui semble peu probable étant donné les positions préalablement exprimées par le parti sur l’exclusion des extrêmes.
La situation se complique davantage avec l’émergence du BSW (Bündnis Sahra Wagenknecht), un nouveau mouvement de gauche dont certaines positions ne sont pas très éloignées de celles de l’AfD. Le BSW pourrait jouer un rôle crucial dans la formation d’une majorité, mais son statut au Parlement reste incertain, certains instituts de sondage lui attribuant entre 4,8 % et 5 % des voix.
Le chancelier en sursis ?
Ce scrutin régional représente une défaite significative pour la CDU et son chef, le chancelier Friedrich Merz. Les sondages montrent que la chute du parti est largement due à l’impopularité du chancelier. Merz fait face à une fronde interne, les membres de la CDU craignant que le parti perde encore plus de terrain face à l’AfD si la direction actuelle se poursuit. Les prochaines élections dans le Land de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et à Berlin, prévues pour le 20 septembre, pourraient également être déterminantes pour son avenir politique.
Source : France 24

