Vêtements flatteurs : qui décide vraiment ?

Vêtements flatteurs : qui décide vraiment ?

On connaît toutes la scène. Dans une boutique, une vendeuse déclare avec un sourire : « Ah, celui-là, il est très flatteur pour votre silhouette. » Ce terme, bienveillant en apparence, soulève des questions sur les standards de beauté auxquels les femmes sont confrontées. Flatteur par rapport à quoi, et surtout, par rapport à qui ?

Derrière cette expression se cache une mécanique complexe qui a façonné l’idée que le corps féminin doit être corrigé ou dissimulé pour se conformer à un idéal souvent inatteignable. Cette notion de « flatteur » implique l’existence d’une silhouette idéale, ce qui suggère que le corps naturel ne suffit pas à lui-même.

Le mot « flatteur » est politique

Lorsqu’un magazine de mode ou un styliste affirme qu’une coupe « flatte » la silhouette, cela présuppose l’existence d’un modèle de référence. Mona Chollet, dans son essai Beauté fatale, souligne que les industries de la mode et de la beauté maintiennent les femmes dans une anxiété constante concernant leur apparence. Naomi Wolf résume cette dynamique en affirmant qu’une société obsédée par la minceur n’est pas fascinée par la beauté, mais par l’obéissance.

Ce qui est présenté comme un conseil bienveillant devient une instruction déguisée, dictant ce que les corps devraient être plutôt que ce que les femmes ressentent réellement en portant leurs vêtements.

D’où vient cette idée que le corps féminin a besoin d’être corrigé ?

L’histoire du vêtement féminin est marquée par des normes strictes. Le corset du XIXe siècle, par exemple, ne se contentait pas de soutenir la posture ; il remodelait le corps féminin et symbolisait une image de respectabilité. Au XXe siècle, des créateurs comme Paul Poiret ont tenté de libérer les femmes de ces contraintes, mais les décennies suivantes ont alterné entre libérations partielles et nouvelles injonctions.

Les tendances de la mode continuent de définir ce qui est acceptable, laissant peu de place à l’authenticité corporelle.

La tyrannie de la morphologie

Les guides de morphologie établissent des règles sur la façon de s’habiller en fonction de la forme du corps. Bien que ces conseils puissent être utiles, ils reposent sur l’idée qu’une silhouette équilibrée est l’objectif ultime. Cela renforce l’idée que tout écart par rapport à ce standard doit être corrigé.

Le mouvement body positive

Depuis les années 2010, le mouvement body positive a commencé à remettre en question ces normes. Il promeut l’idée que toutes les morphologies méritent d’être visibles et respectées. Certaines marques ont élargi leurs gammes de tailles et diversifié leurs représentations. Cependant, ce mouvement a aussi été récupéré par des marques qui utilisent ces idées comme simples arguments marketing.

L’impact des réseaux sociaux

TikTok, en particulier, a amplifié à la fois les injonctions et les résistances. La plateforme présente des tendances qui redéfinissent constamment les normes de beauté, tout en offrant un espace à des voix marginalisées. Ce phénomène crée une dynamique contradictoire où les injonctions sont plus nombreuses que jamais, mais où la résistance est également plus visible.

Conclusion

La question n’est pas de déclarer que les conseils de style sont intrinsèquement nocifs. Le style peut être une forme d’expression personnelle, mais il devient problématique lorsque s’habiller selon sa morphologie devient un devoir. S’habiller pour soi, pour son propre confort et plaisir, plutôt que pour se conformer à des normes extérieures, constitue un acte de désobéissance, même à petite échelle.

En fin de compte, il est essentiel de déplacer le regard vers l’intérieur et de se demander : « Est-ce que je me sens bien là-dedans ? »

Source : Mona Chollet, Beauté fatale

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