Une bombe à retardement : verdict attendu dans le méga-procès de l’effondrement du pont Morandi à Gênes

Près de huit ans après l’effondrement du pont Morandi à Gênes, un méga-procès doit rendre son verdict jeudi après-midi. Ce dossier vise à établir si des gestionnaires du viaduc auraient pu éviter la catastrophe qui a causé la mort de 43 personnes le 14 août 2018, sous une pluie battante.

Le verdict, attendu ce 16 juillet, ne représente pas seulement un enjeu judiciaire. Pour les familles des victimes, il s’agit de déterminer si l’effondrement du pont Morandi était le résultat d’un destin tragique ou de choix, de retards et de négligences qui auraient pu être évités. À 11h36 locales ce jour-là, le pont, reliant l’Italie et la France, s’est écroulé en quelques secondes, laissant derrière lui des images de désolation.

Après quatre années d’audience et 283 sessions tenues dans un chapiteau installé dans la cour du tribunal de Gênes, les juges s’apprêtent à rendre leur décision. Au total, 57 accusés sont sur le banc, et le parquet a requis plus de 400 ans de prison pour des chefs d’accusation tels que l’homicide involontaire, l’atteinte à la sécurité des transports et le faux en écriture publique.

Dans l’ombre du tribunal, les proches des victimes expriment leur quête de vérité. Egle Possetti, présidente du Comité des proches des victimes, a souligné l’importance d’un jugement définitif, indiquant que, bien qu’une condamnation soit souhaitée, la vérité est primordiale.

Le rapport des magistrats révèle un constat sévère : entre son inauguration en 1967 et son effondrement, le pont n’aurait pas bénéficié des interventions de maintenance minimales nécessaires pour renforcer les câbles du pilier numéro 9, celui qui s’est effondré. Les câbles, déjà fragilisés, n’ont pas été entretenus alors que des travaux avaient été réalisés sur des piliers voisins.

Le procureur Walter Cotugno a décrit le pont Morandi comme une « bombe à retardement », soulignant que des signaux d’alerte auraient dû être pris en compte. Les accusés incluent principalement des cadres de la société Autostrade per l’Italia (Aspi) et du ministère des Infrastructures et des Transports. Giovanni Castellucci, ancien directeur général d’Autostrade, encourt jusqu’à 18 ans de prison.

La défense, cependant, conteste cette interprétation, soutenant qu’un vice de construction caché, notamment la corrosion des câbles, serait à l’origine de l’effondrement, et non un manque d’entretien.

Les sociétés Autostrade et Spea, quant à elles, ont échappé au procès grâce à un accord à l’amiable avec le parquet, qui a conduit à un paiement de 29 millions d’euros à l’État.

À quelques kilomètres du tribunal, un nouveau pont, conçu par l’architecte Renzo Piano, a vu le jour, mais le souvenir du pont Morandi demeure une plaie ouverte pour les familles touchées. Le verdict de jeudi devra trancher entre l’inevitabilité et la possibilité de maintenance, ainsi que la fatalité et les mécanismes de prévention.

Source : AFP

Source
Leave a Comment

Comments

No comments yet. Why don’t you start the discussion?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *