Il faut mieux valoriser l’enseignement supérieur privé d’intérêt général
L’examen par le Parlement du projet de loi visant à mieux encadrer l’enseignement supérieur privé à but lucratif répond à une nécessité : réguler certaines dérives. Cette démarche témoigne d’une volonté de protéger les étudiants et de garantir la qualité de l’enseignement supérieur français.
Cette régulation est cruciale. Il est essentiel d’éviter la confusion qui consiste à considérer l’ensemble de l’enseignement supérieur privé comme un bloc homogène, car tous les établissements privés ne poursuivent pas la même logique. Certains établissements répondent à des objectifs de rentabilité, tandis que les 64 établissements labellisés Établissements d’enseignement supérieur privé d’intérêt général (Eespig) remplissent une mission reconnue par l’État : former, accompagner et insérer les étudiants dans une logique non lucrative.
Ce label Eespig a été instauré par la loi du 22 juillet 2013 relative à l’enseignement supérieur et à la recherche. Délivré par le ministère de l’Enseignement supérieur, il repose sur un contrat pluriannuel avec l’État et un cahier des charges exigeant. La Fédération des établissements d’enseignement supérieur d’intérêt collectif (Fesic), créée en 1969, a joué un rôle clé dans la création de ce label, représentant 31 grandes écoles d’ingénieurs, de management, d’arts et de sciences humaines.
Le modèle Eespig repose sur l’idée que l’enseignement supérieur doit servir l’intérêt général. Aucun actionnaire à rémunérer, chaque euro est réinvesti dans la formation, la recherche, l’innovation pédagogique et l’accompagnement des étudiants.
Ce modèle est loin d’être marginal : les Eespig accueillent plus de 180 000 étudiants en France et délivrent des diplômes reconnus par l’État. De plus, un étudiant formé dans ce type d’établissement représente, selon la Fesic, un coût annuel pour les finances publiques inférieur de plus de 11 000 € à celui d’un étudiant dans l’enseignement public.
Cependant, l’enjeu dépasse la question budgétaire. Dans les écoles d’ingénieurs, des compétences essentielles pour accompagner les transitions écologiques, sociales et numériques sont développées. Ces talents deviennent stratégiques, surtout dans le contexte actuel de réindustrialisation et de souveraineté technologique.
Pourtant, les familles peinent à identifier clairement les établissements qui relèvent d’une logique d’intérêt général. Le système Parcoursup ne met pas en évidence cette labellisation, ce qui entraîne une méconnaissance : seuls 15 % des lycéens et 12 % des parents connaissent le label Eespig lors de leurs choix.
Le débat parlementaire actuel offre une occasion de clarification. Il est crucial de stopper les abus tout en reconnaissant les acteurs qui contribuent à une mission d’intérêt général. Entre université publique et enseignement privé lucratif, la France dispose d’un modèle d’avenir qui mérite une visibilité et une reconnaissance accrues.
Source : La Croix
