Quand un vaccin contre la coqueluche devient un outil pour lutter contre d’autres infections
Le candidat vaccin BPZE1, dérivé de la bactérie Bordetella pertussis, responsable de la coqueluche, repose sur une souche vivante atténuée de cette bactérie. Ce vaccin se distingue par son mode d’administration intranasale, permettant de stimuler une réponse immunitaire localisée au niveau des muqueuses respiratoires, essentielles pour la défense contre divers agents infectieux. Actuellement en développement, BPZE1 a montré de bons résultats lors d’essais cliniques, étant bien toléré et capable d’induire une réponse immunitaire ciblée contre Bordetella pertussis, tant au niveau systémique qu’au niveau des muqueuses.
L’utilisation de bactéries vivantes atténuées comme véhicule pour présenter des antigènes hétérologues, c’est-à-dire provenant d’autres pathogènes, pourrait ouvrir la voie à des vaccins multivalents. Cette stratégie a déjà été explorée avec d’autres vaccins, tels que le BCG (Bacille de Calmette-Guérin), mais moins dans le cadre des vaccins intranasaux.
Des recherches antérieures ont permis d’utiliser BPZE1 pour présenter des antigènes hétérologues grâce à l’hémagglutinine filamenteuse (FHA). Cependant, des limitations structurelles existent. C’est pourquoi l’équipe du Dr Camille Locht au Centre d’Infection et d’Immunité de Lille a développé une alternative basée sur SphB1, une autre protéine de Bordetella pertussis.
Les chercheurs ont créé une souche bactérienne nommée BT-V101, qui fusionne la protéine de nucléocapside (protéine N) du SARS-CoV-2 avec SphB1. Ce vaccin a été évalué dans un modèle préclinique, montrant une production d’anticorps spécifiques et une réponse immunitaire locale impliquant des lymphocytes T. De plus, des lymphocytes T mémoire ont été observés dans les muqueuses nasales, offrant une première ligne de défense contre une exposition future au virus.
L’administration intranasale de BT-V101 joue également un rôle d' »amorçage » du système immunitaire, préparant les cellules immunitaires à réagir plus efficacement lors d’une nouvelle rencontre avec l’antigène. Bien que ces résultats soient prometteurs, des études complémentaires sont nécessaires pour évaluer l’efficacité réelle de cette approche pour protéger contre les infections ciblées.
Cette recherche souligne le potentiel d’utiliser des systèmes naturels d’exportation de protéines, comme SphB1, pour développer des vaccins capables d’induire des réponses immunitaires à la fois locales et systémiques. Toutefois, ces travaux restent à un stade précoce, nécessitant des investigations supplémentaires pour optimiser ces systèmes et définir leurs limites.
Source : Santiesteban-Lores L.E., et al. SphB1 export system for antigen presentation to the respiratory tract by a live pertussis vaccine. Appl Microbiol Biotechnol (2026). DOI
