Urgences psychiatriques à Paris et sa petite couronne : « de graves dysfonctionnements »
Le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) a publié des recommandations urgentes concernant l’accueil, l’attente et l’orientation des patients à présentation psychiatrique dans les services d’accueil des urgences (SAU) des hôpitaux de Paris et de la petite couronne. Des dysfonctionnements graves ont été mis en lumière, notamment des attentes prolongées dans des conditions indignes, un manque de personnel, des locaux inadaptés et des situations de rétention arbitraire dans l’attente d’un placement en soins sans consentement.
Pour évaluer la situation, la CGLPL a mandaté une équipe de six contrôleurs pour une visite thématique des SAU des principaux hôpitaux parisiens, ainsi que de ceux de la petite couronne, entre le 6 et le 10 juillet 2026. Les établissements inspectés incluent les hôpitaux Cochin, Robert-Debré, Necker-Enfants malades, Pitié-Salpêtrière, entre autres.
L’accès aux soins psychiatriques hospitaliers à temps complet se révèle défaillant. Les patients nécessitant une hospitalisation à temps complet subissent des attentes prolongées, souvent dans des conditions inacceptables. Le nombre de lits disponibles ne répond pas aux besoins, entraînant des délais d’attente alarmants. Les statistiques montrent une augmentation de 31,8 % des patients concernés par une attente prolongée entre 2025 et 2026, avec une durée moyenne d’attente passant de 29,45 heures à 39,45 heures. En outre, 60 % des patients du Centre psychiatrique d’orientation et d’accueil attendent plus de 13 heures, tandis que 20 % dépassent les 48 heures.
Les locaux des SAU ne garantissent pas la dignité des conditions d’accueil, avec des patients contraints de rester sur des chaises inconfortables ou même sur le sol. L’accès à l’hygiène corporelle est limité, aggravant des conditions déjà précaires.
Les patients faisant l’objet de soins sans consentement sont souvent victimes de rétention arbitraire, sans décision d’admission formelle. Des pratiques d’isolement et de contention sont appliquées sans cadre légal, ce qui soulève des préoccupations éthiques et juridiques.
Enfin, les mineurs âgés de 16 à 18 ans, souvent orientés vers des unités de psychiatrie pour adultes, ne reçoivent pas les soins pédopsychiatriques adaptés. Ils sont également soumis à des délais d’attente importants pour un suivi ambulatoire.
Les recommandations du CGLPL ont été adressées aux ministres de la santé, de l’intérieur et de la justice, qui disposent d’un délai de quatre semaines pour faire connaître leurs observations.
Source : CGLPL, Recommandations en urgence du 20 mars 2026.

