Une vie équilibrée passe par un lien avec la planète
Les recommandations pour mener une « vie équilibrée » se multiplient dans divers ouvrages et sur internet. Cette exhortation invite à réfléchir à la polysémie du terme « vie ». Évoquer la vie peut renvoyer à un phénomène général, comme « la vie sur Terre », ou à une expérience individuelle, où l’existence de chaque être vivant est influencée par une dynamique globale.
L’idée de vie équilibrée souligne souvent le rôle actif de chaque individu dans la gestion de sa propre existence, bien que le contrôle complet soit illusoire. Vivre n’est pas seulement un état biologique, mais un projet où l’on se fixe des objectifs pour agir selon certains idéaux. Dans les médias, la notion de vie équilibrée valorise cette dimension subjective, incitant chacun à trouver un équilibre dans son alimentation, à entretenir son état physique et à s’asr que l’engagement professionnel ne nuise pas à l’épanouissement personnel.
Cependant, certaines pratiques individuelles, telles que le végétarisme ou l’utilisation quotidienne du vélo, montrent que ces choix ne concernent pas seulement l’individu. Ils peuvent également découler d’une réflexion sur la dimension planétaire de la vie. À l’ère de l’anthropocène, mener une vie équilibrée implique de prendre en compte la fragilité des équilibres écologiques.
Établir un lien entre soi et la planète, notamment sur le plan émotionnel, fait écho aux préceptes de la sagesse stoïcienne, qui prône la construction de son équilibre personnel à partir d’une compréhension rationnelle de l’ordre cosmique. Cette intégration du soi dans le monde est ancienne et se retrouve dans de nombreux univers culturels.
L’anthropologue Marisol de la Cadena, de l’université de Californie, à Davis, explique que dans les Andes, le concept de « bien vivre » (sumak kawsay en quechua, et buen vivir en espagnol) renvoie à un ordre social où l’équilibre psychologique individuel dépend de relations harmonieuses avec la communauté et la nature. Le rôle des entités naturelles est crucial, car elles contribuent à la croissance, à la reproduction et à la santé des vivants.
Les travaux de l’anthropologue Judith Farquhar et du philosophe Qicheng Zhang montrent que le pouvoir de la vie n’est pas nécessairement personnalisé. Leur étude sur le yangsheng, une pratique chinoise visant à « nourrir la vie », révèle que les activités sportives, culinaires et artistiques contribuent à la culture et à la construction de soi, tout en s’inscrivant dans un cadre cosmologique.
Il est essentiel que le sentiment d’appartenance à un ordre vital soit associé à une démarche rationnelle pour évaluer les déséquilibres environnementaux, établir des échanges réciproques avec les non-humains, et déterminer les quantités adéquates d’aliments et d’exercices.
Source : Article de Pour la Science.
