Pas d’ambulance malgré les douleurs : une femme meurt après que le SAMU a refusé de lui envoyer un véhicule de secours, quatre médecins bientôt devant la justice
L’essentiel
Devant le tribunal de Caen, deux médecins du SAMU et deux urgentistes doivent répondre du décès en 2018 d’une patiente non secourue à temps à Bayeux. Attendu sur le plan pénal après des fautes administratives reconnues, le procès vient d’être renvoyé à 2027 pour une nouvelle expertise.
C’est un dossier technique qui s’invite devant le tribunal judiciaire de Caen (Calvados). Deux médecins régulateurs et deux praticiens des urgences de l’hôpital de Bayeux sont invités à s’expliquer après le décès d’une femme survenu en 2018. À l’époque, les professionnels de santé n’avaient pas jugé nécessaire d’envoyer une ambulance au domicile de cette patiente, alors qu’elle se plaignait de douleurs abdominales et de vomissements. La patiente était finalement décédée en début de soirée.
Les faits se sont produits le samedi 22 septembre 2018. À 9 heures du matin, une habitante du Bessin contacte le 15. Après description des symptômes, les médecins affirment qu’il n’est pas nécessaire d’envoyer un véhicule de secours. C’est son conjoint qui va finalement la conduire à l’hôpital de Bayeux. L’état de santé de la Calvadosienne s’est dégradé dans l’après-midi, et son décès est annoncé à 19h30.
Le procès renvoyé
Si la justice administrative a déjà retenu des fautes à l’encontre de l’établissement hospitalier, c’est désormais sur le terrain pénal que se joue ce dossier, à l’initiative des proches de la victime. Devant le tribunal correctionnel, les qualifications diffèrent selon les prévenus : les deux médecins régulateurs du centre 15 sont poursuivis pour « non-assistance à personne en danger » après avoir refusé d’envoyer les secours. Les deux urgentistes de Bayeux sont accusés d' »homicide involontaire », leur inaction ayant contribué à un retard dans le diagnostic.
Au grand regret des parties civiles, le dossier ne sera toujours pas tranché au pénal, près de huit ans après les faits. L’avocate de la famille s’étonne qu’aucune information judiciaire n’ait été ouverte dans cette affaire complexe. Les expertises judiciaires successives convergent vers une prise en charge tardive ayant directement conduit au décès.
Les praticiens contestent cette vision. Leurs avocats soulignent que ces analyses relèvent de la responsabilité administrative, dont les critères diffèrent du cadre pénal. Le tribunal a validé leur demande d’un supplément d’information pour une contre-expertise contradictoire. Le procès est donc renvoyé au 24 juin 2027.
Source : Ouest-France, La Dépêche.

