Un trou noir au musée

En 2019, la première image d’un trou noir, celui de la galaxie M87, a été diffusée par le consortium international Event Horizon Telescope Collaboration. Peu après, le Musée d’art moderne de New York (MoMA) a souhaité intégrer cette image à sa collection. Obtenue grâce à des données collectées par un réseau mondial de radiotélescopes et un traitement d’image complexe, cette vue est le fruit d’une recherche scientifique. L’ampleur médiatique de sa réception a également contribué à faire de cette image un objet culte, justifiant ainsi sa place au musée. Visionnée plus d’un milliard de fois en quelques jours, elle a été mise en avant dans les journaux, les dessins animés, et même utilisée dans des publicités de doughnuts, ces beignets troués auxquels elle a souvent été comparée. Les conservateurs du musée ont considéré qu’il s’agissait d’un moment emblématique de l’histoire de la photographie, comparable au « lever de Terre » capturé par l’équipage d’Apollo 8 en 1968, comme l’a souligné l’historien et physicien Peter Galison, coréalisateur du documentaire Black Holes : The Edge of All We Know.

Ce n’est pas la première fois qu’une image scientifique dépasse son statut initial. À la fin du XIXe siècle, la révélation photographique des rayons X et de la radioactivité avait également frappé l’imagination collective. Certains de ces clichés expérimentaux atteignent encore des prix élevés lors de ventes aux enchères, bénéficiant d’une reconnaissance esthétique qui les relie aux œuvres artistiques modernistes qu’ils ont inspirées.

plaque photographique radioactivité becequerel 1896

Cliché montrant la capacité que possèdent des rayons radioactifs à exposer une plaque photographique même au travers de papier et de métal, développé par Henri Becquerel le 1er mars 1896. Source : H. Becquerel, Recherches sur une propriété nouvelle de la matière, Mémoires de l’Académie des sciences de l’Institut de France, 1903.

Source : H. Becquerel, Recherches sur une propriété nouvelle de la matière, Mémoires de l’Académie des sciences de l’Institut de France, 1903. © C. Bigg

Ces images iconiques, représentant des découvertes scientifiques majeures, deviennent partie intégrante de notre culture partagée et rejoignent d’autres chefs-d’œuvre dans les musées. Il n’est donc pas surprenant que l’on ait utilisé un vocabulaire photographique et artistique pour qualifier cette image de « portrait d’un trou noir ».

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