Apprentissage en Suisse : Un quart des apprentis abandonne en cours de route
En Suisse, 60 % de la population suit une formation par apprentissage, un système souvent salué pour son efficacité. Cependant, derrière cette façade, de nombreux apprentis vivent une expérience difficile, avec un quart d’entre eux qui choisissent d’interrompre leur formation avant son terme.
En juin 2024, lors d’une cérémonie de remise de diplômes à Delémont, Lana Voisard, une jeune coiffeuse, a pris la parole pour dénoncer les conditions de travail au sein des entreprises formatrices. Elle a évoqué des problèmes tels que la discrimination, le racisme, le sexisme, le mobbing, ainsi que des horaires non respectés et un manque de formation. Son discours a choqué l’auditoire et a mis en lumière des réalités souvent ignorées.
Pour étayer ses propos, Lana a interrogé plus de 100 apprentis, révélant que si 80 % d’entre eux se disent satisfaits de leur apprentissage, 60 % admettent rencontrer des difficultés psychologiques. Elle a relaté son propre parcours, marqué par des insomnies et une perte de poids significative, des conséquences d’un environnement de travail toxique.
L’étude Workmed, qui a interrogé 44 000 apprentis à travers le pays, confirme ce malaise : un quart des apprentis abandonne leur formation. Ce phénomène est préoccupant et soulève des questions sur la qualité de l’encadrement et des conditions de travail au sein des entreprises.
De nombreux formateurs, souvent surchargés, n’ont pas le temps nécessaire pour offrir un soutien adéquat. Une étude a révélé que 76 % des formateurs n’ont pas de décharge horaire pour leur mission d’enseignement. Par ailleurs, seulement 40 heures de formation sont requises pour devenir formateur.
À Neuchâtel, une initiative populaire visant à renforcer la protection des apprentis a recueilli près de 6000 signatures. Elle propose des contrôles inopinés dans les entreprises, mais suscite des résistances de la part des autorités et des employeurs, qui craignent pour la réputation du système d’apprentissage.
Des témoignages comme celui de Flavien Boyer, qui a développé une application pour signaler anonymement les abus, illustrent l’urgence de la situation. Après avoir dénoncé les violences subies, Lana Voisard a été contrainte de quitter son poste, soulignant les risques encourus par ceux qui osent parler.
Les défis psychologiques rencontrés par les apprentis en Suisse ne doivent pas être négligés. Alors que le pays est souvent perçu comme un modèle en matière de formation professionnelle, ces révélations appellent à une réflexion sur l’amélioration des conditions de travail et de soutien pour les jeunes en apprentissage.
Sources : Jacqueline Dubuis et Corinne Portier, Temps Présent.
