« Un citoyen capable de s’ennuyer est un citoyen plus difficile à distraire de l’essentiel »

Un citoyen capable de s’ennuyer est un citoyen plus difficile à distraire de l’essentiel

L’été 2023 voit émerger une nouvelle tendance parmi les jeunes : le « no-scroll summer » ou « été sans scroller ». Cette initiative vise à remplacer la consultation compulsive des écrans par des activités manuelles et sportives, afin de réduire la dépendance aux contenus numériques.

À me que la saison estivale avance, les individus se retrouvent face à un paradoxe : bien que la période soit propice au ralentissement et à la détente, beaucoup éprouvent un malaise face à la perspective de temps libre. Ce vide, souvent perçu comme menaçant, pousse à remplir chaque moment avec des activités, des séries ou encore un scrolling incessant.

L’ennui, autrefois considéré comme une phase naturelle de la vie, est devenu un concept à fuir. La déconnexion, qui devrait être synonyme de repos, est désormais planifiée et mesurée, comme si chaque instant devait être optimisé. Ce phénomène soulève des questions sur notre capacité à accepter le vide et à laisser place à la réflexion.

Le philosophe Blaise Pascal avait déjà observé au XVIIe siècle que l’incapacité des hommes à rester seuls avec leurs pensées était source de malheur. Aujourd’hui, cette observation reste d’actualité, amplifiée par les technologies modernes qui nous éloignent de cette solitude réflexive.

L’ennui pourrait pourtant être bénéfique. Il offre un espace propice à la créativité et à la réflexion. Les enfants, lorsqu’ils s’ennuient, inventent des jeux et des histoires. Les adultes, confrontés à l’ennui, peuvent retrouver des idées ou des envies mises de côté, permettant ainsi une mise à jour mentale.

Cette capacité à ne rien faire pourrait également être interprétée comme un exercice civique. Savoir rester seul avec ses pensées sans stimulation extérieure permet de développer une patience et une tolérance à la frustration, des qualités essentielles dans une société où l’instantanéité prédomine.

En conclusion, l’été représente une opportunité précieuse pour réévaluer notre rapport à l’ennui. Ne pas gâcher ce temps en le remplissant d’activités superficielles pourrait permettre de retrouver une forme d’autonomie intellectuelle.

Source : La Croix

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