Le sol normand est devenu un paillasson

Après la lettre ouverte adressée aux agriculteurs par le Premier ministre Sébastien Lecornu, Jean-François Barre, éleveur laitier et président de section à la FDSEA du Calvados, témoigne des difficultés rencontrées par les exploitations normandes et réagit aux mes annoncées.

Alors que la France traverse un été aux températures hors normes, la sécheresse affecte durement les exploitations agricoles, provoquant de gigantesques pertes de récoltes. En Normandie, certains céréaliers affirment avoir perdu les deux tiers de leur maïs. Dans ce contexte, le Premier ministre a adressé, le 15 août, une « lettre ouverte aux agriculteurs de France ». Dans cette missive, il affirme qu’aucun agriculteur ne sera laissé seul face à cette situation.

Le Premier ministre évoque des « enveloppes d’aides ciblées » pour les fermes les plus affectées par la sécheresse, affirmant qu’un état des lieux des dégâts est en cours d’élaboration dans les préfectures. Au lendemain de cette adresse, France 3 a interrogé les agriculteurs normands pour connaître leurs attentes.

Jean-François Barre, éleveur laitier, souligne que la situation actuelle est sans précédent. Avec des pics à 42 °C en juin, le climat normand a été le plus chaud jamais enregistré. Les prairies se sont desséchées, et le maïs destiné à l’ensilage est particulièrement touché, avec de nombreux pieds morts et des épis très petits. Il estime que l’impact financier sera lourd, bien qu’il soit impossible de donner un chiffre global à ce stade.

La chaleur a réduit la quantité d’amidon disponible dans le maïs, essentiel pour l’alimentation des bovins. Cette baisse de la ressource en fourrages aura des répercussions dans les mois à venir. Les stocks constitués au printemps sont déjà utilisés, et le marché offre peu de solutions pour les éleveurs, avec un foin et un maïs rares et chers à venir.

Les éleveurs devront continuer à assumer leurs charges alors que leurs recettes risquent de diminuer fortement. Jean-François Barre prévient que les revenus issus de la vente de lait ou de viande bovine seront très affaiblis cet hiver. Bien que la lettre de Sébastien Lecornu prévoit des aides, il reste prudent sur la portée concrète des annonces gouvernementales, soulignant que les contours restent encore vagues.

La FDSEA devra identifier rapidement les exploitations nécessitant un soutien financier pour survivre. Jean-François Barre plaide également pour des mes permettant aux exploitations de mieux absorber les prochaines crises climatiques, telles que la défiscalisation des stocks de fourrage.

En parallèle, la question de l’eau est cruciale. La loi d’urgence agricole adoptée en juillet prévoit des règles assouplies sur le stockage de l’eau, mais nécessite des investissements financiers lourds, difficiles à supporter pour le secteur de l’élevage.

Pour l’heure, l’urgence reste de tenir jusqu’au retour de l’herbe. Si les aides de l’État doivent permettre de passer le cap, la sécheresse pourrait contraindre certains éleveurs à réduire leur cheptel, une solution qui apporterait un répit immédiat, mais fragiliserait également l’avenir des fermes.

Source : France 3 Normandie

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