Tunisie : le lourd coût économique des coupures d’électricité
Après plus de quinze jours de coupures d’électricité liées au délestage pendant la canicule, la Tunisie fait face à des pertes économiques considérables. Restaurants, usines et petits entrepreneurs subissent des dégâts matériels et des arrêts de production, tandis que l’évaluation des pertes reste difficile.
Dans un café de Tunis, Nadia Sassi, apicultrice, raconte avoir perdu son atelier en raison de coupures répétées. « Vous avez l’atelier où je fais le miel et la partie où je fabrique des produits à base de cire, des bougies, etc. Tout est en bois. Avec les coupures qui interviennent 10 à 20 fois par jour, cela a créé une surchauffe sur le circuit électrique. Comme il faisait déjà très chaud, tout a pris feu dans la nuit. J’ai tout perdu », explique-t-elle. Elle se retrouve à négocier un report de ses échéances de crédit, incapable de relancer sa production.
Nadia Sassi n’est pas un cas isolé. Selon des organisations professionnelles, près de 13 % de la production nationale de volailles a été perdue. Certaines boulangeries n’ont pas pu cuire leur pain pendant plusieurs jours. D’après l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (UTICA), 70 % des restaurants ont été touchés, et entre 400 et 500 tonnes de viande ont dû être détruites en raison de la rupture de la chaîne du froid. Dans le secteur textile, les usines ont enregistré jusqu’à 55 heures d’arrêt en une semaine, entraînant des dommages sur certains équipements.
Les autorités n’ont pas encore publié d’estimation globale des pertes économiques. L’expert en énergie Sami Ben Rejeb souligne que les opérations de délestage auraient pu être mieux anticipées : « La population tunisienne n’est pas habituée à ce genre de coupures. C’est la première fois que cela arrive, donc même les mécanismes de réaction ne sont pas prêts. »
En déficit énergétique, la Tunisie importe du gaz algérien pour alimenter une partie de ses centrales électriques et dépend également des importations d’électricité en provenance d’Algérie, qui couvrent environ 13 % de ses besoins. Cette dépendance montre aujourd’hui ses limites. Sami Ben Rejeb précise : « S’il n’y avait pas eu cette canicule, nous aurions pu continuer à importer d’Algérie comme d’habitude ou augmenter un peu la production de nos centrales. Mais avec une baisse de 20 % de notre capacité de production, une demande en forte hausse et l’impossibilité d’importer davantage depuis l’Algérie, les coupures étaient inévitables. »
L’Algérie, également confrontée à une forte vague de chaleur, a connu un pic historique de consommation électrique, aggravé par une panne survenue le 12 juillet affectant son réseau interconnecté avec celui de la Tunisie.
Source : RFI

