RDC : Félix Tshisekedi face à un troisième mandat et la guerre à l’Est
Alors que l’opposition annonce une marche le 15 septembre contre un troisième mandat, Félix Tshisekedi met en avant son dialogue inclusif pour la paix. Cette manœuvre rappelle des précédents observés au Sahel, où des crises sécuritaires ont été utilisées pour maintenir le pouvoir.
Depuis 2021, le mouvement M23 est actif dans l’Est du pays, et la situation à Goma s’est détériorée, avec la ville tombée en janvier 2025. Malgré plusieurs accords signés à Luanda, Washington et Doha, la crise persiste. L’Est de la RDC est considéré comme une crise structurellement insoluble à court terme, mais un contexte de guerre peut également être perçu comme une opportunité politique.
Félix Tshisekedi semble adopter une stratégie en deux temps. D’une part, il cloisonne la gestion politique de la crise militaire, évitant ainsi la synergie des crises. Il n’a pas l’avantage militaire et une alliance entre l’AFC, le M23 et le C64 pourrait compromettre son contrôle sur le processus. En utilisant la guerre comme argument, il affirme que « pas d’élections sans paix à l’Est », ce qui pourrait justifier un prolongement de son mandat et une révision constitutionnelle.
La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), autrefois influente, a vu son rôle diminuer. Tshisekedi a réussi à la fragiliser, notamment par une ordonnance du 27 août la réduisant à une simple « équipe intégrée » à une commission pilotée depuis la Présidence. Cela a également eu pour effet d’exclure des figures de l’opposition, comme Moïse Katumbi, et d’ignorer les demandes de dialogues hors institutions.
Actuellement, Tshisekedi semble avoir les moyens de mener à bien le processus de modification constitutionnelle. En effet, le processus a déjà passé le Sénat le 15 juin et la Cour constitutionnelle le 28 juillet. Le dialogue est verrouillé, séparant la crise militaire du processus politique tout en l’utilisant pour justifier la rédaction d’une nouvelle concorde nationale. La CENCO est dans une position délicate : quitter le processus pourrait lui valoir des accusations de refus de paix, tandis que rester signifierait valider un cadre qui pourrait faciliter le troisième mandat.
Une ligne rouge pourrait émerger, stipulant que 2028 serait la date limite pour Tshisekedi.
Source : RFI

