Entre démonstration de force et démonstration de communication, la crise iranienne a surtout révélé les limites de la puissance américaine.
Entre démonstration de force et démonstration de communication, la crise iranienne a surtout révélé les limites de la puissance américaine.

Le grand art de conquérir le monde à coups de communiqués

Donald Trump voulait entrer dans l’Histoire comme le président qui aurait remis l’Amérique au sommet du monde.

Il risque surtout d’y entrer comme celui qui aura transformé la politique étrangère en concours de slogans.

Face à l’Iran, le scénario était simple. Menaces grandiloquentes. Postures martiales. Conférences de presse où chaque phrase semblait écrite par un producteur de téléréalité sous amphétamines patriotiques.

Puis la réalité est arrivée.

Comme souvent.

Et la réalité a cette fâcheuse tendance à ne jamais lire les éléments de langage de la Maison Blanche.

Pendant des semaines, Washington a expliqué que l’Iran allait plier.

L’Iran n’a pas plié.

Washington a expliqué que le régime allait vaciller.

Le régime n’a pas vacillé.

Washington a expliqué que l’opération allait changer le Moyen-Orient.

Le Moyen-Orient a surtout regardé passer les déclarations américaines avec le même enthousiasme qu’un voyageur regarde un retard de train supplémentaire.

Alors il a fallu trouver autre chose.

Une nouvelle narration.

Une nouvelle victoire.

Une nouvelle bannière « Mission accomplie ».

L’industrie américaine de la victoire postérieure à l’échec fonctionne désormais à plein régime.

Le principe est simple.

Quand un objectif n’est pas atteint, on change l’objectif.

Quand le nouvel objectif n’est pas atteint, on change de sujet.

Et quand tout le monde a oublié le sujet initial, on proclame le succès.

C’est une méthode révolutionnaire.

Depuis l'Irak jusqu'à l'Iran, la tentation de déclarer la victoire avant le bilan semble être devenue une tradition stratégique.
Depuis l’Irak jusqu’à l’Iran, la tentation de déclarer la victoire avant le bilan semble être devenue une tradition stratégique.

Si Christophe Colomb avait appliqué la même logique, il aurait annoncé avoir découvert l’Inde et puni les cartes pour avoir prétendu le contraire.

Le plus fascinant n’est même plus Donald Trump.

Le plus fascinant est cette mécanique impériale qui continue à vendre chaque recul comme une démonstration de force.

Un bombardement devient un message.

Une impasse devient une stratégie.

Une négociation devient une capitulation de l’adversaire.

Et si l’adversaire refuse de capituler, cela prouve simplement que la victoire est encore plus spectaculaire qu’on ne l’imaginait.

Pendant ce temps, les alliés des États-Unis prennent des notes.

Ils observent.

Ils calculent.

Ils diversifient.

Ils sourient sur les photos officielles.

Puis ils signent des accords ailleurs.

Car le véritable enseignement de la crise iranienne n’est pas le déclin de la puissance américaine.

C’est le déclin de son infaillibilité autoproclamée.

Le monde continue de craindre Washington.

Mais il ne le croit plus sur parole.

Or, pour un empire habitué à être obéi avant même d’avoir parlé, c’est probablement la forme la plus humiliante de recul.

Le monde ne devient pas anti-américain. Il devient post-obéissance.
Le monde ne devient pas anti-américain. Il devient post-obéissance.

La tragédie de Trump est peut-être là.

Il voulait restaurer la peur.

Il a surtout renforcé le doute.

Et dans l’histoire des grandes puissances, le doute est souvent le premier bruit que fait le piédestal quand il commence à se fisr.

Leave a Comment

Comments

No comments yet. Why don’t you start the discussion?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *