La Jonquera : Les invisibles du shopping frontalier
Chaque jour, des milliers de Français se rendent à La Jonquera pour profiter de prix attractifs. Cependant, derrière cette vitrine commerciale se cache une réalité moins reluisante pour les salariés. Salaires modestes, cadences soutenues et mépris : une immersion dans le quotidien des travailleurs invisibles de cette capitale du shopping frontalier.
À 16 heures, Rokia, agent d’entretien d’origine nigériane, se trouve au bord de la piscine municipale. Sa journée de travail a commencé à 5 heures du matin dans l’une des grandes enseignes du secteur. Elle confie : « Ce n’est pas le métier de mes rêves. C’est très difficile, j’ai seulement trente minutes de pause. C’est très fatigant mais je n’ai pas le choix… Il faut nourrir mes enfants. » Pour les clients français, La Jonquera est un véritable eldorado des bonnes affaires. Pour les employés, c’est une « lessiveuse » où des milliers de travailleurs s’activent dans l’ombre. Le salaire minimum net en Espagne est de 1 200 euros mensuels, contre 1 478 euros en France.
« Je déteste ce travail mais j’ai besoin d’argent »
Dans une boucherie d’un des leaders de la grande distribution, Maria, une sexagénaire, fait partie d’une équipe exclusivement sud-américaine. « Il n’y a aucun Espagnol. On reste entre nous », déclare-t-elle. En caisse, Edson, un saisonnier de 17 ans d’origine angolaise, subit le flux des clients. Il explique : « Je fais 39 heures par semaine avec seulement 25 minutes de pause par jour. Juste le temps de manger, pas même de fumer une cigarette. » Edson dénonce également le comportement des clients : « Ils sont horribles, ils nous parlent mal. Parce qu’on n’a pas la même couleur de peau, on nous méprise. Je déteste ce travail mais j’ai besoin d’argent, comme tout le monde… »
« On prend des jeunes mineurs en difficulté pour les aider »
Plus loin, des jeunes mineurs s’activent derrière les caisses. Paloma, responsable d’une boutique du Gran Jonquera, explique un programme d’insertion pour les adolescents en difficulté. « C’est un programme pour les ados de 15 à 17 ans qui ont décroché de l’école. Ils sont en difficulté scolaire ou traversent des situations familiales complexes. » Ces stages de trois mois rémunérés sont une opportunité de réinsertion. Paloma ajoute : « On les prend pour les aider. Le but, c’est de leur redonner confiance, de leur offrir un tremplin et une expérience concrète. »
Sur le parking, Moussa, qui travaille depuis sept ans, refuse de s’arrêter pour parler. « Pas devant mon lieu de travail, je ne veux pas prendre de risque. »
Les conditions de travail à La Jonquera soulèvent des questions sur le modèle économique de ce centre commercial frontalier, où la recherche de prix bas semble se faire au détriment des droits des salariés.
Source : L’Indépendant.
