Rue de la gentrification : la transformation de la rue Bonaparte à Nice
La rue Bonaparte à Nice, autrefois perçue comme un coupe-gorge, a connu une transformation majeure en l’espace de moins de 15 ans. De Napoléon, qui y a séjourné avant de devenir empereur, aux célèbres Dolly Parties qui ont marqué son essor, cette rue est désormais un lieu prisé par une diversité d’habitants, allant des Niçois aux CSP+, en passant par les familles et les couples de même sexe.
Cette artère, qui relie les places Garibaldi et Max-Barel, est bordée de maisons typiques de Nice. Son bitume peint en bleu, sa piétonnisation partielle, et ses nombreux bars et restaurants branchés autour de la place du Pin en font un espace à la fois ancien et moderne, attirant de nombreux flâneurs. La rue Bonaparte a connu un véritable essor en 2013, année du lancement de la fête de la musique sous le format géant de la Dolly Street.
À partir de cet événement, qui a reçu le soutien du centre LGBTQIA+ et de la Ville, la rue s’est métamorphosée en une immense boîte de nuit à ciel ouvert. Ce rassemblement musical est devenu un rendez-vous incontournable, conférant à la rue le surnom de « Petit Marais niçois ». La présence de la communauté LGBTQIA+ a participé à cette transformation, véhiculant une image de bon goût et de sécurité.
Cependant, cette évolution a entraîné une hausse des prix immobiliers et des loyers, en partie due à la requalification du secteur et à l’arrivée du tramway au port. La rue est maintenant fréquentée par des femmes et des groupes d’amies, qui se sentent en sécurité.
Les commerçants du quartier témoignent de cette évolution. Jean-Pierre Scarfone, président des commerçants de la rue Bonaparte, note que le nombre de restaurants a plus que doublé, passant de six ou sept à plus de seize. Il souligne également l’aspect sécuritaire amélioré de la rue et son caractère « gay-friendly », bien que la diversité de la clientèle ait évolué.
Domenico Gigante, propriétaire de l’enseigne Lucien Chausseur, évoque une transformation qui, bien que positive, a parfois conduit à une uniformisation des commerces. Il constate que certains établissements traditionnels ont été remplacés par des bars, modifiant ainsi la physionomie du quartier.
Sylvie et Filippo Di Salvo, traiteurs italiens à Le Péché Mignon, expriment des sentiments mitigés sur cette évolution. Bien que la place du Pin ait été revitalisée, ils se sentent de plus en plus isolés à me qu’ils s’éloignent vers la place Max-Barel, où l’atmosphère villageoise semble s’amenuiser.
Jérémy Passeron, patron du Panier Gourmand, témoigne d’un changement vers un public plus bourgeois, avec une augmentation des prix due à la rénovation des alentours. Il souligne que bien que la rue ait perdu une partie de son âme populaire, elle continue d’attirer une clientèle en quête de qualité.
Cette transformation de la rue Bonaparte illustre un phénomène plus large de gentrification, qui affecte de nombreux quartiers urbains en France, où l’embellissement et l’augmentation des prix immobiliers modifient les dynamiques sociales et économiques locales.
Source : Nice-Matin



