La longue marche vers la transformation des entrées de ville
Publié le 15 décembre 2025
Mis à jour le 13 janvier 2025
Par Michel Tendil, Localtis
Thèmes : Action cœur de ville, Aménagement et foncier, urbanisme
Au loin, la chaîne immaculée de Belledonne barre l’horizon. Sur sa droite, les falaises escarpées du mont Granier dominent la ville de Chambéry. Au centre, une vaste zone commerciale de plus de 120 hectares, connue sous le nom des Landiers, illustre ce que certains observateurs qualifient de « France moche ». Ces entrées de ville, peu accueillantes, sont marquées par des cheminées d’usines et des « boîtes à chauss » de grandes enseignes, où se côtoient concessionnaires automobiles et quelques activités comme la scierie Dispano.
Daniel Bouchet, adjoint chargé de l’urbanisme à Chambéry, souligne que cette zone « cumule tous les problèmes fonciers ». La municipalité a décidé de s’attaquer à cette situation, visant à dégager du foncier en mutualisant les parkings et en réorganisant les activités. À l’heure du zéro artificialisation nette (ZAN), Bouchet indique que « la seule zone qui pourrait apporter des gisements de surfaces, ce sont les Landiers ».
Chambéry, initialement non retenue lors d’un appel d’offre sur la sobriété foncière en 2021, a été sélectionnée en mars 2024, avec 74 autres lauréats, pour participer au programme national de « transformation durable des zones commerciales péri-urbaines ». Cela a permis de lancer des études de faisabilité pour moderniser le site, qui est aujourd’hui « imperméabilisé » à 80%, ne comptant que 15% d’espaces verts.
En 2024, une consultation a été lancée, et la ville a engagé le cabinet d’urbanisme Gautier-Conquet pour élaborer des scénarios visant à transformer cette zone. La requalification pourrait dégager 85.000 m² de surface économique et ajouter 5 à 10% d’espaces verts, y compris un parc de 5.000 m². L’agglomération a également lancé une étude sur ses besoins en logements pour déterminer si les Landiers doivent être une priorité.
Des « ateliers urbains négociés » sont organisés avec les acteurs concernés, réunissant entre 40 et 50 participants à chaque session. Daniel Bouchet espère que ces dialogues permettront de créer une dynamique bénéfique pour tous. En 2023, Rollon Mouchel-Blaisot, ancien directeur national du programme Action cœur de ville, a décrit les entrées de ville comme « la nouvelle frontière de l’aménagement ».
Cependant, la transformation de ces zones n’est pas sans défis. Réduire la place du commerce pour accueillir de nouvelles activités, notamment du logement, implique des coûts d’éviction significatifs. Emmanuelle Domrault, directrice de projet Action cœur de ville, note que « les coûts d’éviction sont ubuesques et déconnectés de nos réalités ». Des projets similaires dans d’autres villes, comme Chartres et Montigny-lès-Cormeilles, ont rencontré des obstacles financiers et juridiques.
Une étude de l’Institut pour la ville et le commerce (ICV) a révélé que seulement une cinquantaine des 1.500 entrées de ville en France pourraient être transformées. Avec 70% de la consommation se faisant encore en périphérie, il est difficile de convaincre les opérateurs de renoncer à leurs actifs immobiliers. La question demeure : jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour préserver les terres agricoles et répondre aux exigences du ZAN ?
Source : Localtis
