L’impact écologique colossal du tourisme : entre global et local
Le tourisme, phénomène mondial, a considérablement évolué au fil des décennies. En 1955, l’universitaire français André Siegfried le qualifiait de « fils de la vitesse et de la démocratie », alors que le trafic aérien était de 50 millions de passagers, représentant seulement 2 % de la population mondiale. Aujourd’hui, ce chiffre a atteint presque 5 milliards de passagers pour 8 milliards de Terriens. Ce secteur, né au XVIIIe siècle sous une forme élitiste, s’est démocratisé avec l’augmentation du temps et des ressources financières disponibles pour la population.
Cependant, cette expansion a des conséquences dramatiques sur l’environnement. Selon une étude de référence de 2024, les émissions mondiales du secteur touristique ont augmenté, passant de 3,7 milliards de tonnes équivalent CO2 (GtCO2e) en 2009 à 5,2 Gt en 2019. Cette hausse de 3,5 % par an contraste avec la croissance économique générale, qui s’élève à 1,5 %.
L’avion, nerf de la guerre
Les trois quarts des émissions de CO2 du tourisme proviennent de touristes issus d’une vingtaine de pays développés, notamment les États-Unis, la Chine et l’Inde. Une majorité de ces émissions est liée au transport, avec une part significative imputable à l’aviation. La crise du Covid-19 a temporairement réduit ces émissions, mais la reprise rapide du secteur pourrait entraîner une nouvelle augmentation record des émissions. Les données de l’ONG Transport & Environment indiquent que les émissions des vols au départ de l’Europe ont déjà dépassé leur niveau de 2019.
La France particulièrement concernée
La France, première destination touristique mondiale, voit son empreinte carbone touristique estimée à 97 millions de tonnes équivalent CO2 en 2022, soit l’équivalent de l’empreinte carbone de 10 millions de Français. 59 % de ces émissions proviennent des transports, dont la moitié est attribuée à l’aviation. Un visiteur non européen émet trois fois plus de gaz à effet de serre par nuitée qu’un visiteur européen.
En 2023, l’intensité carbone du secteur a diminué de 14 % par euro dépensé par rapport à 2019, mais cette intensité reste 75 % plus élevée que celle de la consommation totale. En termes absolus, l’empreinte carbone des consommations touristiques en France a baissé de 17 % par rapport à 2019.
Plus de ressources en amont et pollution en aval
Le tourisme exerce également une pression sur les ressources et les écosystèmes locaux. Selon l’Organisation mondiale du tourisme, 95 % des touristes mondiaux se concentrent sur seulement 5 % des terres émergées. En France, 80 % des touristes se rendent sur 20 % du territoire.
Les communes les plus touristiques affichent des prélèvements en eau potable trois fois plus élevés que la moyenne nationale. La surconsommation d’énergie est également préoccupante, avec des communes touristiques consommant trois fois plus d’électricité que la moyenne.
En aval, le tourisme produit une quantité significative de déchets. Les départements les plus touristiques génèrent 729 kilos de déchets par habitant, contre 574 kilos en moyenne en France. Cette production de déchets a augmenté de 5 % entre 2005 et 2013, alors qu’elle est restée stable au niveau national.
Conclusion
Face à ces enjeux, les politiques publiques se multiplient pour limiter les impacts locaux du surtourisme, notamment par des quotas de visiteurs et des taxes de séjour. En France, une stratégie nationale de gestion des flux touristiques a été lancée en 2023, visant à mieux mer et répartir les flux. Cependant, la question d’une décroissance globale des flux touristiques reste un sujet délicat.
Source : Étude de référence de 2024, ONG Transport & Environment, INSEE.
