Tour du Mont-Blanc : les vins alpins gagnent en notoriété et en qualité.

Tour du Mont-Blanc vinicole | L’ascension des vins alpins

Tour du Mont-Blanc vinicole : L’ascension des vins alpins

Près de 75 000 randonneurs ont parcouru l’an dernier le mythique Tour du Mont-Blanc (TMB). Cette boucle de 170 km traverse trois pays – la France, l’Italie et la Suisse – et autant de régions viticoles. Les vins alpins, longtemps restés dans l’ombre des sommets enneigés, connaissent aujourd’hui leur propre ascension.

(Mont-Blanc) Alors que le soleil se lève sur le Mont-Blanc, les petites rues de Chamonix sont déjà animées. En été, la ville attire un autre type de visiteurs : les randonneurs. Sur le quai de la gare, des dizaines d’entre eux attendent le Mont-Blanc Express. Aucun n’a de valise. Tous transportent des bâtons de marche, précieux alliés pour affronter les quelque 10 000 mètres de dénivelé positif qui les attendent.

Le train serpente dans la vallée jusqu’au village des Houches, principal point de départ du TMB. Emmanuel Renaut, chef étoilé originaire de Savoie, possède plusieurs établissements dans la région et est passionné par les vins alpins. La carte de ses restaurants met en avant les crus de la Haute-Savoie, de la Vallée d’Aoste et du Valais.

« Il y a 30 ans, les gens ne buvaient pas les vins de montagne, se souvient-il. Il y avait un ou deux vignerons qui étaient bons. Aujourd’hui, des jeunes extraordinaires ont repris. Ils font attention au terroir et la qualité en découle dans la bouteille. »

À 55 kilomètres de Chamonix, Vincent Ruiz et Miguel Sarzier font partie de cette relève. Originaires du Rhône, ils se sont installés en Haute-Savoie en 2022, reprenant le domaine Belluard à Ayze. « On avait la volonté de mettre en valeur ce terroir méconnu, ce terroir d’exception », raconte Miguel Sarzier. Ayze, à 500 mètres d’altitude, est l’une des plus petites sous-régions de Savoie, où se partage une poignée de vignerons sur à peine 30 hectares. Le gringet, cépage cultivé pratiquement nulle part ailleurs, est devenu un symbole du renouveau des vins alpins.

Après trois jours de marche sur le TMB, les randonneurs atteignent la Vallée d’Aoste, la plus petite région viticole d’Italie. À Morgex et La Salle, le prié blanc grimpe jusqu’à 1200 mètres d’altitude, faisant de ses vignes parmi les plus hautes d’Europe. « Arriver à maturité dans ces conditions est un exploit que peu de raisins arriveraient à accomplir », remarque Elio Ottin, vigneron local.

La petite arvine, cépage emblématique du Valais, s’est également implantée dans la Vallée d’Aoste depuis les années 1970. Ce cépage, cultivé sur une superficie minuscule, est intimement lié à son terroir. Selon le généticien José Vouillamoz, « ils ne voyagent pas bien ».

Dans le Valais, la viticulture est marquée par des conditions climatiques difficiles. Les pentes abruptes rendent souvent l’usage de tracteurs impossible, et les vignerons utilisent des monorails à crémaillère pour transporter le matériel. Marie-Thérèse Chappaz, figure de la viticulture biologique et biodynamique valaisanne, est reconnue pour ses vins fins et frais.

Sous plus de 2000 heures de soleil par an, la vigne valaisanne doit composer avec un manque d’eau significatif. « C’est un four ici ! Sans irrigation, il n’y a pas de vigne dans le Valais », souligne Sandrine Caloz, vigneronne.

Les vins alpins, malgré les défis, conservent une étonnante tension, essentielle pour accompagner les plats de montagne. De retour à Chamonix, la petite arvine se retrouve sur la table du chef Emmanuel Renaut, qui a récemment publié un ouvrage sur les vignerons alpins autour du Mont-Blanc.

La boucle est bouclée. Les randonneurs déposent enfin leurs bâtons pour lever leur verre aux Alpes.

Source : Karyne Duplessis Piché, collaboration spéciale.

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