Le théâtre en lingala à Kinshasa : un art en voie de raréfaction
À Kinshasa, les ruelles vibrent encore des échos du théâtre en lingala, mais ces représentations deviennent de plus en plus rares dans un contexte culturel largement dominé par le français. Malgré cette tendance, des auteurs et metteurs en scène s’engagent à maintenir et renouveler le répertoire théâtral congolais dans cette langue nationale.
Dans le quartier de Riguini, une troupe répète la pièce Juge président, où un taxi-moto et un client discutent du tarif d’une course. Chris Ngazyeme, comédien, explique son rôle : « Je joue le rôle du motard, qui a augmenté son prix alors qu’il y a un tarif légal. Je vais en procès et le juge me condamne à une peine de prison. » Il précise que la pièce est entièrement en lingala : « C’est ma langue, je me sens plus à l’aise de jouer en lingala qu’en français. »
Les pièces en lingala se caractérisent par une liberté d’improvisation pour les comédiens. Olivier Castro, auteur et metteur en scène, souligne l’importance de cette langue pour établir une connexion avec le public : « J’écris souvent des pièces qui essaient d’éveiller les consciences. Le lingala permet d’être en communion avec le public, de lui parler de ses réalités quotidiennes. »
Le théâtre en lingala a connu son âge d’or dans les années 1950, avec des œuvres emblématiques comme Muana Nsusu et Diallo sans souci. Cependant, les créations en lingala sont de plus en plus rares. Israel Tshipamba, directeur du Tarmac des auteurs, note : « Des programmes ont été développés pour encourager l’écriture en français, mais un soutien à l’écriture en lingala et en tshiluba pourrait être bénéfique. »
Pour continuer à faire vivre leurs œuvres, les auteurs et metteurs en scène adaptent leurs productions en les filmant pour les diffuser à la télévision nationale. Cette évolution témoigne d’un effort collectif pour préserver et revitaliser le théâtre en lingala.
Source : RFI
