Thato Toeba : Matérialiser les fractures sociales à travers l’art
Dans l’exposition Anyone Can Be Lucifer, présentée aux Rencontres d’Arles, Thato Toeba dévoile un ensemble artistique engagé, qui remet en question des stéréotypes et met en lumière les fractures de la société ainsi que les luttes pour le changement. Ce travail plastique vise à concrétiser des émotions intangibles.
En début d’année 2026, Toeba se rend à Johannesburg, une ville qui lui a toujours inspiré de la peur, car on lui avait dit durant son enfance que ceux qui s’y rendaient ne revenaient pas. C’est pourtant là qu’il choisit de créer still fountain, l’œuvre centrale de son exposition, qui marque sa première présentation en Europe dans la salle Henri Comte.
L’œuvre still fountain s’inspire d’un événement récent. Fin 2023, le gouvernement sud-africain lance l’opération Vala Umgodi, visant à démanteler des réseaux miniers illégaux. Des milliers de mineurs migrants se retrouvent piégés sous terre, bloqués par la police qui leur a coupé les vivres pour les forcer à remonter. Des dizaines d’entre eux périssent, et, en raison de leur statut « illégal », aucune procédure judiciaire n’est engagée. Cet événement met en exergue la frontière floue entre tragédie et fait divers, dépendant de la légitimité accordée aux corps.
Thato Toeba, artiste et juriste originaire du Lesotho, s’inscrit dans les relations entre son pays d’origine et l’Afrique du Sud. Son travail explore l’héritage et le labeur des migrants. Il utilise des techniques de découpe, d’assemblage et de réassemblage, mobilisant des archives coloniales, des iconographies religieuses, des photographies familiales et des images de presse. Ses collages prennent forme en volumes stratifiés, en structures de bois ou en assemblages de verre, jouant sur l’opacité et la transparence, des concepts qui traversent également le droit public et deviennent matière à questionnement.
Source : Fisheye Magazine

