Tempêtes Alex et Aline : la Chambre régionale des comptes révèle des failles dans la gestion des secours

Tempêtes Alex et Aline : la Chambre régionale des comptes pointe les failles (…)

Tempêtes Alex et Aline : la Chambre régionale des comptes pointe les failles de la reconstruction dans les vallées niçoises

Six ans après la tempête Alex, la reconstruction des vallées de la Tinée et de la Vésubie n’est pas encore achevée. La Chambre régionale des comptes (CRC) Provence-Alpes-Côte d’Azur a contrôlé les comptes et la gestion de la Métropole Nice Côte d’Azur (MNCA) pour les exercices 2020 et suivants. Ce contrôle a été réalisé dans le cadre d’une enquête conjointe avec la Cour des comptes sur la prise en charge des conséquences des tempêtes Alex et Aline dans les Alpes-Maritimes. Dans son rapport, la CRC souligne des retards persistants, des litiges et des défaillances dans le suivi de certains marchés publics, tout en mettant en avant l’ampleur des financements publics mobilisés pour adapter les infrastructures face à l’intensification des risques climatiques.

La reconstruction des vallées sinistrées par les tempêtes Alex et Aline s’inscrit dans la durée. Selon les magistrats financiers, la tempête Alex, survenue en octobre 2020, a causé des dégâts considérables, avec plus de 270 bâtiments et maisons emportés ou rendus inhabitables. Environ 50 kilomètres de routes ont été totalement détruits, tandis que des infrastructures essentielles, telles que des ponts et des réseaux d’eau et d’électricité, ont été gravement endommagées. Trois ans plus tard, la tempête Aline a également endommagé plusieurs infrastructures, notamment dans la Vésubie, alors que certains ouvrages reconstruits après Alex étaient encore provisoires ou en cours de réalisation. La CRC note que 70 % des ouvrages reconstruits au niveau du poste électrique de Roquebillière ont été détruits par Aline.

Sur les 126 opérations de reconstruction programmées depuis 2020, 16 n’avaient toujours pas démarré à la date du point d’étape présenté par le préfet en octobre 2025 : 14 dans la Vésubie et deux dans la Tinée. Les travaux considérés comme urgents ont été achevés depuis décembre 2023, bien que des travaux d’assainissement restent à finaliser dans la Tinée. Ces retards s’expliquent par la nécessité de nouvelles études techniques et la résiliation de certains marchés avant de relancer des appels d’offres.

Un point de tension majeur concerne les conditions d’exécution de certains chantiers. En janvier 2023, des pratiques jugées irrégulières ont été signalées, entraînant une enquête qui a conduit à écarter 7,67 millions d’euros de factures des dépenses susceptibles d’être subventionnées. Ces factures faisaient partie des 229,7 millions d’euros de dépenses présentées au titre de divers dispositifs de soutien, dont le Fonds de reconstruction exceptionnel et le Fonds de solidarité de l’Union européenne. Une information judiciaire est en cours, et plusieurs expertises sont menées sous l’égide du tribunal administratif de Nice.

La CRC a également critiqué le choix de la Métropole de prolonger l’utilisation d’accords-cadres à bons de commande établis avant les tempêtes, qui se sont révélés mal adaptés à des opérations de grande ampleur. De plus, la procédure d’urgence impérieuse prévue par le droit de la commande publique n’a pas été utilisée, ce qui a conduit à des situations paradoxales où des ouvrages temporaires ont dû être réalisés avant d’être repris dans le cadre de travaux pérennes.

Entre 2020 et 2024, les arrêtés de subvention au bénéfice de la Métropole au titre de la tempête Alex s’élèvent à 150,2 millions d’euros, dont 98 millions ont été effectivement perçus à la fin de 2024. L’État est le principal financeur, avec près de 99,3 millions d’euros d’aides attribuées. La reconstruction a également pesé sur les finances métropolitaines, avec près de 178,7 millions d’euros de dépenses engagées entre 2021 et 2024, financées en partie par des emprunts.

Le rapport souligne également la mise en place d’une stratégie visant à reconstruire différemment, intégrant la résilience face aux risques naturels. Cela inclut le dimensionnement d’ouvrages capables de résister à des crues centennales et l’adaptation des documents d’urbanisme pour mieux prendre en compte les conséquences des tempêtes.

La Chambre régionale des comptes conclut que, bien que des irrégularités aient été constatées, le défaut de pilotage et de suivi des opérations de reconstruction a depuis été rectifié par la Métropole. Le rapport met en lumière les défis futurs, alors que les projections climatiques indiquent une intensification des épisodes de pluie méditerranéens.

Source : Chambre régionale des comptes Provence-Alpes-Côte d’Azur.

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