Taxes douanières : la Chine fait perdre 26 milliards aux États-Unis par an
Depuis 2018, la Chine a mis en place des stratégies pour contourner les tarifs douaniers américains en réacheminant ses produits par des pays tiers. Ce phénomène entraîne une perte annuelle de revenus pour Washington estimée entre 19 et 26 milliards de dollars, impactant ainsi les consommateurs américains et européens par le biais de l’inflation importée. Le 13 août 2026, la Maison Blanche a publié un rapport intitulé « The Great Transshipment Scam », qui met en lumière l’implication de plus de 40 pays dans ce système de contournement. Peter Navarro, conseiller commercial sous l’administration Trump, a accusé Pékin d’avoir établi un réseau mondial de réexportation pour « blanchir » ses exportations et éviter les sanctions commerciales imposées en 2018.
Qu’est-ce que le transshipment ?
Le transshipment est une technique logistique permettant aux marchandises chinoises de transiter par un pays tiers avant d’atteindre les États-Unis. Cette méthode vise à modifier l’origine déclarée des produits pour éviter des taxes douanières élevées. Selon le rapport de la Maison Blanche, la Chine a développé un réseau complexe de zones franches, d’entrepôts sous douane et de corridors de transformation. Entre 34,2 et 303 milliards de dollars de marchandises pourraient ainsi transiter chaque année par ces circuits, avec une estimation centrale de 75 milliards de dollars.
Étape 1 : l’emballage et le reétiquetage des marchandises
Les produits fabriqués en Chine arrivent dans un pays intermédiaire où ils subissent des modifications mineures, telles que le changement d’emballage ou le reétiquetage. Ces ajustements permettent de transformer l’origine apparente des produits. Les fabricants chinois ont investi dans des usines légères au Mexique, en Malaisie ou au Vietnam pour effectuer ces opérations sans modifier substantiellement le produit.
Étape 2 : la route par les pays intermédiaires
Le rapport identifie plusieurs pays à haut risque pour le transshipment, notamment Panama, le Mexique, la Colombie, le Brésil, l’Argentine, le Chili, le Pérou, le Costa Rica et la République Dominicaine. En Asie, la Malaisie et l’Inde jouent également un rôle croissant. Les zones franches au Panama et les maquiladoras au Mexique sont devenues des hubs de réexportation où les conteneurs chinois font escale avant de se diriger vers les ports américains.
Étape 3 : l’arrivée aux États-Unis avec une fausse origine
Une fois les documents modifiés, les marchandises entrent sur le territoire américain en bénéficiant de tarifs préférentiels. Les douanes américaines éprouvent des difficultés à détecter ces fraudes, et les contrôles restent limités face au volume des échanges. Les entreprises, comme Ford, ont choisi de rapatrier leur production pour éviter ces complexités douanières.
Coût caché du transshipment pour l’économie américaine
La Maison Blanche estime que le transshipment prive le Trésor américain de 19 à 26 milliards de dollars annuels en revenus douaniers. Cette situation représente environ 0,5% des recettes fiscales fédérales américaines. Les pertes fiscales compliquent l’équilibre budgétaire, forçant le gouvernement à réduire certaines dépenses ou à creuser le déficit. Les ménages américains ne bénéficient pas des investissements publics qui seraient financés par ces recettes manquantes, tout en subissant une inflation persistante sur les produits importés.
L’effet domino : tarifs contournés, inflation maintenue
Le transshipment ne supprime pas complètement la pression inflationniste. Les coûts logistiques supplémentaires liés au réacheminement par des pays tiers augmentent les prix finaux pour les consommateurs. En Europe, cette inflation est également ressentie à travers les chaînes d’approvisionnement mondiales, rendant certains produits plus coûteux que s’ils avaient été importés directement.
Les 40+ pays complices
Le rapport de la Maison Blanche met en lumière un réseau de plus de 40 pays utilisés comme intermédiaires dans le cadre du transshipment. Certains de ces pays développent activement des infrastructures pour soutenir ces pratiques, tandis que d’autres se retrouvent involontairement impliqués.
Amérique latine : Panama, Mexique, Colombie en première ligne
Le Panama joue un rôle clé grâce à son canal et ses zones franches. Le Mexique abrite des usines d’assemblage léger qui modifient les composants chinois avant leur entrée aux États-Unis. D’autres pays d’Amérique latine, comme la Colombie et l’Argentine, développent également des corridors de transformation.
Asie du Sud-Est : la Malaisie et l’Inde, nouveaux hubs de réexportation
La Malaisie est devenue un lieu privilégié pour le réétiquetage des produits électroniques chinois. L’Inde est également mentionnée comme un pays potentiellement impliqué dans le transshipment pour éviter les tarifs imposés par Washington.
Source : Maison Blanche, rapport « The Great Transshipment Scam », 2026.



