: Reportage

Que fait l’État ? : À Tarbes, l’unique usine française qui produit les corps d’obus du canon Caesar craint de disparaître

Les Forges de Tarbes, seule usine française dédiée à la fabrication des corps d’obus du canon Caesar, principal canon d’artillerie de l’armée de Terre, se trouve dans une situation critique. Le personnel alerte sur l’inaction de l’État face à une direction associée à un fonds d’investissement controversé.

« Le château de cartes est en train de s’effondrer et on craint que les Forges de Tarbes soient les prochaines sur la liste, » déclare José Navarro, secrétaire départemental de la CGT Finances publiques dans les Hautes-Pyrénées. Il suit de près le dossier de cette usine, essentielle à la production d’obus pour le canon de 155 mm, symbole du soutien occidental à l’Ukraine depuis le début de l’invasion russe.

Les inquiétudes de Navarro se sont intensifiées récemment, notamment après l’annonce par Europlasma, la maison mère des Forges de Tarbes, d’une perte nette de 35 millions d’euros pour 2025 et de « d’incertitudes » quant à sa capacité à poursuivre ses activités. Plusieurs filiales du groupe ont déjà été placées en redressement ou en liquidation, suscitant des craintes quant à l’avenir des Forges de Tarbes.

En 2021, Europlasma avait été salué comme un sauveur lorsque l’usine, alors menacée de fermeture, a été reprise. Le projet avait reçu le soutien des syndicats, des élus locaux et de l’État, avec une commande ministérielle censée couvrir près de dix années de besoins. Cependant, des interrogations entourent le financement de cette reprise, qui repose sur Alpha Blue Ocean, un fonds d’investissement critiqué pour ses pratiques financières.

Les employés rapportent des machines vieillissantes et un manque d’investissements, alors que les relations sociales se détériorent, avec des procédures engagées contre des représentants syndicaux. La situation a même été évoquée dans un rapport de la commission d’enquête parlementaire sur « la prédation des capacités productives françaises par les fonds spéculatifs, » citant Europlasma comme un exemple préoccupant.

Les salariés s’inquiètent également de l’épuisement de leur carnet de commandes, affirmant n’avoir qu’un seul client, KNDS, et ne disposer que de deux mois d’activité. De plus, ils signalent des pannes fréquentes et des retards de paiement envers certains fournisseurs.

Les Forges de Tarbes ne sont plus propriétaires de leurs murs, une cession découverte presque par hasard par les employés. Le ministère des Armées a déclaré que le site était « en bonne santé, » mais reconnaît la nécessité de le protéger des difficultés financières du groupe.

Les inquiétudes croissantes des salariés et les alertes répétées quant à l’inaction de l’État soulèvent des questions sur l’avenir de cette usine stratégique pour la souveraineté nationale.

Source : Franceinfo

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