Surtourisme et résidences secondaires en Bretagne : les habitants face à une pression croissante.

Surtourisme, résidences secondaires : en Bretagne, les habitants ont-ils atteint leur seuil de tolérance ?

Surtourisme en Bretagne : Les habitants atteignent-ils leur seuil de tolérance ?

« Tourists go home ! », « Bobos dehors » ou encore « St Su perd son âme », chaque été des tags apparaissent sur les murs de cités balnéaires bretonnes. Ce phénomène de rejet des touristes est-il nouveau, de plus en plus présent ? Nous avons posé la question à un historien du tourisme. Entretien avec Philippe Clairay.

« Ce n’est pas vraiment un phénomène nouveau, c’est presque inhérent à l’histoire du tourisme lui-même. En fait, depuis sa naissance, le tourisme est contesté : ce sont souvent des personnes venant d’autres régions, notamment les fameux « Parisiens » qui sont stigmatisés depuis le début. Alors évidemment, au fur et à me du développement du tourisme, notamment du tourisme balnéaire en Bretagne, il y a eu des conflits d’usage, des conflits liés à l’immobilier qui ont existé et qui existent toujours. »

« Historiquement, on a aussi eu des problèmes liés aux usages, parce qu’en fait quand le tourisme se développe, c’est une rencontre de cultures différentes, une culture urbaine, dans une région maritime aux usages tout à fait différents. Alors, il y a eu des conflits sur l’usage de la plage, on va exclure les pêcheurs qui traditionnellement pêchaient dans ces zones-là. Les serviettes de bain vont remplacer les casiers et les bateaux ».

Déjà dans les années 1920, les baigneuses parisiennes étaient montrées du doigt. © DR

Autre source de conflits, la nudité. « Dans les années 1920, on a une illustration du Petit Journal, c’est un peu cliché évidemment, ce sont des Bretonnes avec leur coiffe, en bonnettes, qui fouettent avec des orties des baigneuses jugées trop coquettes, et ces baigneuses à n’en pas douter sont Parisiennes…

Ça ce sont des réactions anciennes, médiatisées dès cette époque-là. »

« Déjà, à l’époque du Covid, si on s’en souvient bien, il y avait une espèce de méfiance vis-à-vis des Parisiens qui allaient se « réfugier », passer le confinement dans leur résidence secondaire. On avait peur qu’ils amènent avec eux le fameux virus. Et bien, de la même façon, ces espèces d’actes de dégradations, ces graffitis prolongent ce phénomène, avec toujours la même stigmatisation des Parisiens qui pourtant représentent une grande part de l’économie du tourisme ».

Malgré tout, on n’a pas encore de phénomènes de masse, de manifestations anti-touristes comme il y en a eu aux Canaries ou à Barcelone.

« On n’en est pas encore là, en Bretagne parce que la densité n’a peut-être pas encore franchi tout à fait le seuil de tolérance de la population mais la bonne question à de poser est celle-ci : est-ce que ce ne sont pas les populations locales qui voient leur seuil de tolérance vis-à-vis de ce qu’on appelle le sur-tourisme dépassé aujourd’hui alors qu’il ne l’était pas il y a quelques années ? Et du coup, le problème, c’est que la surmédiatisation du surtourisme crée aussi ce genre de phénomènes. »

Selon les données de l’INSEE, la Bretagne a observé une augmentation de 10% du nombre de résidences secondaires entre 2010 et 2020, accentuant ainsi la pression sur les services locaux et l’immobilier. Cette situation soulève des préoccupations croissantes parmi les habitants, qui craignent une transformation irréversible de leur cadre de vie.

Le débat autour du surtourisme et de ses impacts sur la vie locale en Bretagne est donc plus pertinent que jamais, alors que les habitants cherchent à préserver leur identité culturelle face à une afflux touristique croissant.

Source : France 3 Régions

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