Surtourisme en Suisse : Les défis d’un afflux massif de visiteurs
La Suisse fait face à un afflux touristique massif, générant des records de fréquentation mais aussi des tensions croissantes. De Lucerne au Titlis, des solutions pour concilier développement économique et qualité de vie des habitants sont recherchées. En Italie, Venise songe à augmenter massivement la taxe introduite pour limiter le tourisme.
En 2025, la Suisse a enregistré un record de plus de 60 millions de nuitées hôtelières et para-hôtelières. Lucerne, ville emblématique, a accueilli près de 9 millions de personnes, soit le double d’il y a vingt ans. Cet engouement, porté par les touristes suisses, allemands, américains et le retour des Asiatiques, met la pression sur les infrastructures et la vie locale.
Lucerne cherche à réguler les flux
À Lucerne, la gestion des cars de tourisme est devenue un enjeu majeur. En 2024, plus de 35 000 cars ont encombré la Schwanenplatz. Face au mécontentement des habitants, la ville a instauré en 2025 une taxe de 100 francs pour le débarquement des passagers. Un seul point de dépose est désormais autorisé, contrôlé par des agents.
Cette me a réduit de moitié le nombre de cars. Cependant, des véhicules privés de luxe continuent de stationner, sans que les agents aient de pouvoir légal pour les faire déplacer. Pour contourner la taxe, certains organisateurs déposent leurs passagers dans des parkings moins chers en périphérie, perturbant ainsi les transports publics.
David Roth, conseiller national PS et habitant de Lucerne, dénonce une ville qui privilégie le tourisme au détriment de ses résidents. Il souligne que la Schwanenplatz, bien que centrale, reste un espace peu agréable et un îlot de chaleur en été. Des projets de métro ou de passage souterrain ont été rejetés par le passé. Un nouveau projet de télécabine pour relier le centre-ville sera soumis au vote populaire fin 2026.
Quand le tourisme transforme le quotidien
La Grendelstrasse, autrefois animée par des commerces de proximité, est désormais dominée par les boutiques de montres et de souvenirs. Les habitants se sentent parfois étrangers dans leur propre ville. Les nuisances sonores et le manque de toilettes publiques sont des plaintes récurrentes.
Depuis l’été 2025, une nouvelle règle interdit l’accès aux groupes au Seebad, les bains lacustres, en cas de forte affluence. Cette me vise à préserver la tranquillité des lieux face à des groupes bruyants et à des problèmes de sécurité liés à la consommation d’alcool. La capacité maximale a été fixée à 400 personnes.
A Lungern, l’effet Netflix
À Lungern, petit village d’Obwald, l’afflux de touristes a explosé, notamment grâce à la série Netflix « Crash Landing on You », dont la scène finale a été tournée sur place. En 2025, près de 180 000 touristes ont visité le village. Les fans de la série se rendent en masse sur les lieux de tournage, comme la ferme de la famille Schallberger, où des nuisances telles que déchets et stationnement anarchique sont constatées. Pour préserver ses sites, Lungern mise sur l’accompagnement plutôt que l’interdiction.
Le Titlis, entre développement touristique et changement climatique
La région d’Interlaken et le Titlis connaissent également une fréquentation record. En 2025, plus d’un million de passagers ont été acheminés vers le sommet. Les remontées mécaniques du Titlis investissent 150 millions de francs dans un projet ambitieux : la « Titlis Tower », la plus haute d’Europe à 3020 mètres, qui vise à accueillir 1,5 million de visiteurs par an.
Transports publics et infrastructures sous pression
Les transports publics sont également impactés. La ligne de train reliant Lucerne à Engelberg et Interlaken a vu sa fréquentation augmenter de 43 % depuis la période pré-Covid. Les agents doivent gérer l’afflux de passagers et de bagages, parfois en supprimant des places assises. Les touristes, habitués à des places garanties, se plaignent des conditions de voyage.
Le surtourisme est un phénomène mondial. En 2025, 1,5 milliard de touristes ont voyagé à l’étranger. La Suisse anticipe une croissance continue et envisage des initiatives comme une « taxe journalière » de 10 francs par personne pour les cars de tourisme, afin de réguler les flux et financer les infrastructures nécessaires.
Source : Elisabeth Logean
