La France fait face à une période de « décommercialisation », avertit la commission des affaires économiques du Sénat dans un rapport adopté le 1er juillet. Ce phénomène affecte « tous les territoires », y compris les villes moyennes et potentiellement les grandes agglomérations, selon Dominique Estrosi Sassone, présidente de la commission.
L’association Villes de France, qui tient son congrès annuel à Roanne les 2 et 3 juillet, a également appelé à des mes urgentes. Un rapport remis au gouvernement en novembre dernier a inspiré le plan « Lever de rideau » du ministre Serge Papin, en réponse à la multiplication des fermetures de commerces.
Entre 2014 et 2024, 14.000 établissements et 45.000 emplois ont disparu, avec la fermeture de nombreuses chaînes de magasins emblématiques. Le taux de vacance commerciale a atteint 11,6 % en 2025, contre 8,8 % en 2017, et se situe à 11,7 % dans les centres-villes.
Les villes de moins de 50.000 habitants sont particulièrement touchées, avec un taux de vacance passant de 8,5 % à 13,5 %. Des métropoles comme Marseille (13,5 %), Lille (12,1 %) et Montpellier (9,6 %) sont également affectées. Bien que certains secteurs, comme la restauration, aient créé des emplois, l’habillement et le textile traversent une « crise sans précédent ».
Trois révolutions
La crise est jugée « multifactorielle », en grande partie à cause de l’afflux de produits chinois via des plateformes comme Shein et AliExpress. En 2025, plus de 800 millions d’articles ont été importés par ces biais. Les sénateurs notent également le développement rapide du marché de la seconde main, évalué à plus de 15 milliards d’euros, et l’essor du discount, qui fragilise les commerces de « milieu de gamme ».
Le rapport a été présenté en même temps qu’un nouveau droit de douane de 3 euros sur les petits colis de moins de 150 euros au niveau européen, ainsi qu’une future redevance pour frais de gestion. Une enquête de la Commission européenne a révélé que plus de 60 % des marchandises de faible valeur entrant dans l’UE ne respectent pas les normes de sécurité.
Rééquilibrer les loyers commerciaux
Les sénateurs soulèvent la question des loyers commerciaux, souvent jugés trop élevés, et recommandent la création d’observatoires pour une meilleure comparaison. Ils s’opposent cependant à un encadrement des loyers proposé par certains partis de gauche. Des incitations fiscales sont également suggérées pour encourager l’usage de dispositifs existants, comme la taxe sur les friches commerciales.
Les actions de l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) et de la Banque des Territoires dans les « cœurs de ville » sont saluées. Les élus locaux devraient devenir des pilotes de la revitalisation commerciale, tandis que les commerçants doivent s’adapter aux nouvelles réalités du marché.
Source : Localtis.
