Stratégie de souveraineté numérique : les clés pour agir

Stratégie de souveraineté numérique : les clés pour agir

De la maîtrise des données aux nouvelles règles du cloud et de l’IA, la souveraineté numérique change de dimension. Ce sujet, longtemps technique, devient un levier stratégique pour les organisations.

La notion de souveraineté numérique est désormais incontournable dans les discussions sur la politique numérique. Ce sujet, qui était auparavant réservé aux spécialistes, a atteint les plus hautes sphères décisionnelles. À l’échelle mondiale, les gouvernements traduisent leurs réflexions en instruments juridiques, réglementaires et d’achat public, impactant directement les acheteurs publics et les fournisseurs de technologie.

La souveraineté numérique ne se limite pas à l’informatique ou aux opérations en ligne. Elle englobe des considérations géopolitiques telles que la sécurité économique, l’accès aux matières premières, la transition écologique, la compétitivité, l’innovation et la cyber-résilience.

Sur le terrain, les exigences d’achat public sont souvent le premier vecteur de transformation, affectant les administrations ainsi que les secteurs régulés comme la banque, l’assurance ou la santé. Cela implique pour les fournisseurs de technologies numériques de réévaluer leurs processus et, dans certains cas, de revoir leur modèle économique.

Commençons par nommer les choses

La souveraineté, concept fondamental du droit international, désigne le pouvoir d’un État à gouverner sans être subordonné. Par analogie, la souveraineté numérique fait référence à la capacité d’un pays ou d’une organisation à maîtriser son infrastructure numérique. La notion de maîtrise est cruciale, car elle est au cœur des préoccupations des professionnels de la protection des données, qui appliquent des règles de gouvernance au quotidien.

Ne pas confondre les notions

Il est fréquent de confondre souveraineté numérique avec souveraineté des données ou souveraineté du cloud. La souveraineté des données concerne les lois régissant la collecte et le stockage des données, tandis que la souveraineté du cloud est un moyen d’atteindre cet objectif. La souveraineté de l’IA, quant à elle, implique la maîtrise de toute la chaîne de valeur de l’intelligence artificielle. La souveraineté numérique englobe toutes ces dimensions.

Plus complexe qu’il n’y paraît

La souveraineté numérique est multidimensionnelle et ne se limite pas aux aspects juridiques. Le Cloud Sovereignty Framework de la Commission européenne évalue la souveraineté des services cloud selon huit dimensions : stratégique, juridique, données et IA, opérationnelle, chaîne d’approvisionnement, technologie, sécurité et conformité. Ce cadre exige une auto-évaluation complexe de la part des fournisseurs de cloud.

Initiatives internationales

Des pays comme le Canada et l’Australie adoptent des cadres de souveraineté numérique. Le Canada a introduit un cadre visant à renforcer les instruments contractuels dans la commande publique, tandis que l’Australie a lancé son Buy Australian Plan pour développer les capacités industrielles nationales. Ces politiques d’achat national sont en train de devenir une tendance mondiale.

Conclusion

Il n’existe pas de solution unique en matière de souveraineté numérique. Chaque organisation doit évaluer ses propres besoins en fonction de la sensibilité de ses activités. Une stratégie efficace doit être conçue à différents niveaux, en s’associant à des fournisseurs capables de démontrer leur excellence technique, tout en maintenant une flexibilité proportionnée à la sensibilité de chaque composante de l’infrastructure.

La souveraineté numérique nécessite une gouvernance renforcée et une transparence accrue de tous les acteurs. Les cadres émergents visent à renforcer la maîtrise et la résilience, posant des questions inédites sur des pans entiers des organisations. Reste à voir si cette recomposition de la chaîne de valeur numérique entraînera un réajustement significatif pour les entreprises, les gouvernements et les relations internationales.


Source : Kalliopi Spyridaki, Chief Privacy Strategist pour l’EMEA et l’Asie-Pacifique, SAS

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