Anniversaire des émeutes de Soweto: la question des langues d’enseignement se pose toujours - Reportage Afrique

Anniversaire des émeutes de Soweto : la question des langues d’enseignement se pose toujours

L’Afrique du Sud commémore, ce 16 juin, les 50 ans du soulèvement de Soweto, un moment clé dans la lutte contre l’apartheid. En 1976, la police a ouvert le feu sur des élèves rassemblés pour protester contre l’imposition de l’afrikaans, langue du régime, comme langue d’enseignement dans les écoles noires. Cette décision a exacerbé les défis auxquels faisaient face des élèves déjà discriminés. Bien que l’anglais ait largement remplacé l’afrikaans dans les établissements scolaires, la question de la langue d’apprentissage demeure un enjeu complexe.

Dans les écoles publiques sud-africaines, les enfants peuvent apprendre dans leur langue maternelle jusqu’en CE2. Cependant, vers l’âge de 9-10 ans, ils doivent étudier en anglais, y compris les mathématiques, l’histoire et la technologie. Naledi, élève de sixième, déclare : « C’est pas dur car j’ai l’habitude de parler anglais, donc ça ne me pose pas de problème. » En revanche, son enseignant, Kgothatso Madibana, souligne les difficultés rencontrées par d’autres élèves dont les familles parlent le sotho du Nord, l’une des douze langues officielles du pays. Il note que cela engendre des disparités : « C’est vraiment très complexe. Par exemple, en sciences de la vie, ils sont directement enseignés en anglais. Si certains ne le parlent pas au quotidien, c’est compliqué pour eux ! Parfois, on pense qu’un enfant a des troubles de l’apprentissage, mais en fait, le problème vient de la langue. »

L’ONU recommande que les enfants apprennent dans leur langue maternelle pendant au moins les six premières années de leur scolarité. Selon Mashaba Mashala, maîtresse de conférences à l’Université d’Afrique du Sud (Unisa), « les émeutes du 16 juin, c’était contre la langue de l’oppression. Mais ensuite, l’anglais s’est imposé, perçu comme la langue de la libération économique. Cela a créé de grosses inégalités, avec des enfants qui pensent qu’ils ne sont pas intelligents à l’école, alors que bien souvent, c’est à cause de la langue utilisée. »

Des chercheurs estiment que l’apprentissage en anglais peut expliquer, en partie, les mauvais résultats de l’Afrique du Sud dans les tests scolaires internationaux. Le gouvernement a tenté, ces dernières années, de mettre en place un enseignement bilingue basé sur la langue maternelle, pour une transition plus progressive en CM1. Cependant, cela nécessite des manuels et des enseignants formés. Pinky Makoe, chercheuse à l’Université de Johannesburg, fait partie du collectif Bua-Lit, qui développe des outils en ligne pour les enseignants : « Nous avons développé des ressources pour expliquer ce qu’est l’éducation multilingue et ce qu’elle peut apporter. L’idée est de montrer que c’est possible. »

La question des langues d’enseignement reste néanmoins délicate. Une loi adoptée en 2024, visant à donner plus de contrôle aux autorités sur la langue d’enseignement, a provoqué des réactions négatives de la part de la communauté afrikaner, qui y voit une menace pour l’autonomie de ses écoles.

(Source : RFI)

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