Histoire de la nuit africaine: à Soweto, le Club Pelican, lieu de rencontres durant l'apartheid[4/10] - Reportage Afrique

Histoire de la nuit africaine : à Soweto, le Club Pelican, lieu de rencontres durant l’apartheid

Son nom n’est désormais connu que des plus anciens, mais à Soweto, le Club Pelican était, dans les années 1970, un endroit incontournable pour ceux qui aimaient la musique et la fête. En plein apartheid, ce night-club, l’un des premiers du genre dans le township, offrait un espace pour décompresser, faisant fi des lois de ségrégation, et permettait à des populations quotidiennement séparées de se croiser, le temps d’une soirée.

Il ne reste plus que l’enseigne couverte de rouille sur la façade délabrée pour deviner que c’est ici, derrière les rails de chemin de fer, non loin du stade d’Orlando, que se trouvait l’un des lieux mythiques de Soweto pour faire la fête. Le Club Pelican, premier night-club du township, était une scène incontournable pour tous les musiciens, et c’est là que le saxophoniste Khaya Mahlangu a fait ses premières armes. « Le club était tout petit, se rappelle-t-il, seule la section rythmique pouvait tenir sur scène. Les cuivres étaient dans un coin, mais si on était quatre ou cinq, on se retrouvait à jouer collés aux tables du premier rang. »

Lieu de choix pour écouter de la musique live, du jazz au funk en passant par la soul, le Club Pelican a attiré de nombreux grands noms tout en permettant de former de nombreux musiciens en devenir. « C’était une institution, poursuit Khaya Mahlangu. Les plus jeunes venaient jouer lorsque l’orchestre résident faisait une pause. On a appris à la dure là-bas, si on n’arrivait pas à suivre les changements d’accords, on nous criait dessus : « Mec, tu n’entends pas la mélodie ou quoi ? ». Et c’est aussi là que tous les musiciens de passage venaient, après avoir joué leur concert, car il y avait une grande culture de faire des bœufs. »

Le Club Pelican a été ouvert par les frères Michaels : Lucky, aujourd’hui décédé, et Leo, qui gérait l’établissement avec lui. « C’était l’un des premiers clubs multiraciaux d’Afrique du Sud, se rappelle Leo. Vous savez que le pays était très ségrégué à l’époque, et nous, nous avions des personnes blanches qui venaient même si c’était interdit pour elles de se rendre à Soweto. Cet endroit était vraiment unique. »

L’établissement vendait illégalement de l’alcool et offrait aux habitants un rare espace de liberté. « On pouvait y aller pour échapper un peu à la pression de l’apartheid, pointe l’ancien propriétaire du club. Cela attirait des gens de tous horizons, des docteurs, des avocats, mais aussi de simples passants. La police faisait souvent des descentes, et on se retrouvait derrière les barreaux. Mais on payait une amende, et ensuite on recommençait comme avant. »

Le Club Pelican a finalement fermé ses portes dans les années 1980, avec la montée des violences dans le township. Cependant, sa bande-son peut toujours s’écouter grâce à une compilation éditée par le label Matsuli Music.

(Source : RFI)

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