Souveraineté numérique : le « grand soir » n’aura pas lieu
Déclarations et annonces en faveur de la souveraineté numérique se multiplient depuis plus d’un an en France, qu’elles émanent de l’État ou des entreprises. Un « grand soir », c’est-à-dire une transition immédiate et radicale vers des solutions technologiques européennes ou françaises, s’annonce-t-il ? Ce scénario est d’emblée écarté par le député breton Éric Bothorel, qui s’est exprimé lors d’une table ronde lors des Universités 2026 de l’AFCDP. Il affirme que le remplacement des géants américains ne pourra se faire que dans la durée.
La géopolitique, premier moteur d’une reconquête numérique
Éric Bothorel souligne qu’il n’est pas possible de créer « du jour au lendemain » les champions industriels du numérique que l’Europe n’a pas su faire émerger au cours des dernières années. La dépendance à des outils comme Office 365 ou Okta transforme un simple choix technique en un risque opérationnel, pouvant mener à une « mort subite » en raison de décisions géopolitiques. La souveraineté est ainsi perçue comme un moyen de se protéger contre des puissances étrangères capables de désactiver des réseaux ou des services critiques sur un simple revirement diplomatique.
Cloud : une dictature du contrat
Le débat sur la souveraineté numérique a évolué, passant de la question du pourquoi à celle du comment. Alain Garnier et Olivier Iteanu dénoncent la « dictature du contrat d’adhésion » imposée par les hyperscalers, qui dictent unilatéralement des augmentations de tarifs et des montées de versions forcées, sans possibilité de négociation. Le cadre juridique actuel, notamment l’EU-U.S. Data Privacy Framework, est perçu comme un compromis politique fragile.
Des leviers juridiques sous-utilisés ou perfectibles
Olivier Iteanu, avocat spécialisé dans les questions numériques, note que le marché du cloud est dominé à plus de 80 % par des hyperscalers américains, qui imposent des contrats non négociables. Il estime que le RGPD constitue un atout indispensable pour défendre les intérêts européens. L’avocat appelle à ne pas s’en remettre uniquement aux décisions venant « d’en haut » et plaide pour une simplification de l’engagement de la responsabilité en cas de faute.
Vers un rééquilibrage : certifications, concurrence et volonté industrielle
Les intervenants de la table ronde identifient plusieurs leviers pour rééquilibrer le rapport de forces. Un soutien accru à la filière logicielle française est jugé nécessaire, ainsi qu’un encadrement strict des transferts forcés et des sanctions en l’absence d’alternatives lors des notifications de sous-traitance.
Les discussions sur la souveraineté numérique mettent donc en lumière les défis à relever pour garantir une indépendance technologique face à des acteurs dominants, tout en soulignant l’importance d’une stratégie coordonnée à l’échelle européenne.
Source : Universités 2026 de l’AFCDP


