Sommet sino-nord-coréen : Pourquoi la Chine cherche-t-elle à renforcer son partenariat avec la Corée du Nord ?
Le président chinois Xi Jinping s’est rendu le 8 juin en Corée du Nord pour un sommet avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un. Cette visite intervient dans un contexte où Pyongyang a renforcé sa coopération avec Moscou, notamment sur le plan militaire et diplomatique, augmentant ainsi les tensions régionales. À travers cette rencontre, la Chine vise à consolider son alliance avec la Corée du Nord pour préserver son influence dans la région tout en affirmant sa puissance face à la Russie. Parallèlement, le programme nucléaire nord-coréen et ses essais balistiques représentent une menace croissante pour la stabilité régionale.
Cette rencontre, qui a eu lieu les 8 et 9 juin à Pyongyang, a été préparée par le département des Affaires du Parti chinois. C’est le premier déplacement du dirigeant chinois à l’étranger depuis le début de l’année. Xi Jinping et Kim Jong-un s’étaient déjà rencontrés en septembre dernier en présence de Vladimir Poutine. Le rapprochement entre Pyongyang et Moscou, accentué par les difficultés de la Russie en Ukraine, a poussé Pékin à réévaluer ses relations avec la Corée du Nord.
Les relations sino-nord-coréennes sont devenues plus transactionnelles que hiérarchiques, et Xi Jinping cherche à rééquilibrer ces liens alors que Kim Jong-un a gagné en autonomie diplomatique. La visite a également servi à promouvoir la Corée du Nord comme destination touristique, renforçant ainsi la dépendance économique de Pyongyang vis-à-vis de Pékin.
Concernant les enjeux économiques, la coopération entre la Chine et la Corée du Nord s’intensifie, notamment avec le développement des échanges aériens et des zones portuaires frontalières. La ville de Dandong, par exemple, est un hub logistique majeur pour l’importation de pétrole et d’autres marchandises en Corée du Nord. Ce contexte souligne l’importance stratégique de la relation sino-nord-coréenne pour les deux pays.
Un renforcement de cette alliance pourrait avoir des conséquences significatives sur les équilibres stratégiques en Asie. La Chine, par son soutien à la Corée du Nord, prend ses distances avec les ambitions américaines de dénucléarisation de la péninsule. Cela pourrait également inciter Pyongyang à poursuivre ses essais de missiles, menaçant directement la sécurité des pays voisins, notamment le Japon et la Corée du Sud.
La dynamique actuelle, marquée par une coopération renforcée entre Pékin, Moscou et Pyongyang, pourrait isoler davantage Tokyo et Séoul, rendant plus difficile toute approche diplomatique visant à résoudre les tensions sur la péninsule coréenne.
Source : Emmanuel Lincot, directeur de recherche à l’IRIS, co-responsable du Programme Asie-Pacifique.
