Grégory Dargent : un voyage à travers le deuil dans Soleil d’Hiver
Publié aux éditions Le Mulet, Soleil d’Hiver du photographe et musicien Grégory Dargent explore les thèmes de la perte, de l’exil et des liens familiaux. Ce récit intime est né du deuil de Dargent, suite à la mort de sa mère en 2019, ainsi que de la souffrance de son père face à la disparition de sa femme. Ce dernier évoque son propre départ d’Alger, un moment marquant de son enfance.
« C’est au retour du funérarium qu’il me parla clairement, pour la première fois, du pont du bateau, des côtes de l’Algérie dont il s’éloigne pour ne jamais y retourner, et de son sentiment de solitude face à la mer », a déclaré Dargent. Ce moment de partage a été d’une grande importance pour lui. Quelques mois plus tard, il développe une pellicule contenant deux images significatives : celle de sa mère en robe blanche avant son incinération et l’écume des vagues à son arrivée sur le territoire. Ces images forment un diptyque, représentant un chagrin double, qui devient une source d’inspiration pour l’artiste.
Dargent évoque également sa lecture de Nostalgie, histoire d’une émotion mortelle de Thomas Dodman, qui aborde la nostalgie comme une maladie potentiellement transmissible. Cela l’amène à se questionner sur l’impact de la nostalgie de son père sur sa propre vie.
Renforcer la connexion
En tant que musicien et photographe, Dargent établit des liens entre ses pratiques artistiques, qui sont souvent perçues comme opposées. Pour Soleil d’Hiver, il a développé une performance live en solo, marquée par des « déflagrations sonores et visuelles furieuses ». Ses photographies résultent d’un long échange avec son père, après des années de silence. « Pendant des mois, je lui rendais visite avec un sac rempli de boîtiers et de films, mais le courage me manquait. Il y a un an, exactement, je lui ai enfin demandé, et la réponse fut aussi simple que mes peurs étaient grandes », confie-t-il.
En juillet 2023, une nouvelle épreuve renforce cette connexion : après dix-huit voyages en Algérie, il se voit refuser l’entrée sur le territoire, une expérience qui lui rappelle son propre éloignement de sa terre natale.
L’intime devenu universel
Soleil d’Hiver est jalonné de séquences en noir et blanc, reflétant la peur de l’effacement et les ruines d’une identité perdue. Des clichés en couleurs viennent dynamiser ce récit, représentant des scènes de villes embrasées et des personnages oniriques. Dargent décrit ces images comme des « blasts soudains, soubresauts du réel face à mes questions ».
Ce travail révèle une quête personnelle qui aspire à devenir universelle, abordant la mélancolie d’une enfance égarée et le besoin de réparer des histoires et des relations. Dargent conclut en évoquant l’exil vécu dans son enfance, un passé silencieux, et les deuils qui façonnent nos vies.
Source : Le Mulet

