Les femmes de ma génération ont moins de droits au Sénégal que celles des générations précédentes, confie la romancière Sokhna Ndao
L’Invitée culture, la romancière sénégalaise Sokhna Ndao, présente son quatrième roman, Catharsis, publié aux éditions Obangame. À travers le récit d’une couturière talentueuse, Ndao aborde les violences subies par les femmes dans un contexte patriarcal au Sénégal.
Dans une interview, Sokhna Ndao explique que son héroïne, Tabara, incarne la condition féminine actuelle au Sénégal. Écrite durant la pandémie de Covid-19, l’œuvre met en lumière la persistance des violences psychologiques et physiques dont sont victimes de nombreuses femmes. Selon Ndao, malgré l’augmentation des discussions autour de ce sujet sur les réseaux sociaux, le code de la famille sénégalais reste inchangé, permettant encore à des comportements abusifs de perdurer.
Les violences familiales sont décrites comme une réalité commune, mais souvent peu discutée. Ndao souligne que les femmes se retrouvent souvent piégées par des normes culturelles qui les obligent à rester dans des mariages violents, craignant le déshonneur. Tabara, dépouillée de sa liberté et de son identité, illustre cette tragédie. Elle ignore ses droits, une ignorance qui l’empêche de se défendre face aux abus de son mari.
Sokhna Ndao évoque également la question de l’éducation, notant que les jeunes filles sont souvent conditionnées à se soumettre plutôt qu’à résister. Elle affirme que les hommes bénéficient de plus de droits au Sénégal, et que la situation des femmes se détériore avec le temps. Chaque année, elle constate que les droits de sa génération sont moins nombreux que ceux de celle de sa mère, ce qui la préoccupe profondément.
Le roman Catharsis aborde aussi d’autres problématiques sociales, comme les illusions liées à la justice et à l’expatriation, à travers le personnage de Farah, le mari de Tabara, qui fait face à des défis en France. Ndao souligne que ces dynamiques cruelles sont essentielles pour comprendre le monde dans lequel évoluent ses personnages.
Finalement, Tabara parvient à s’émanciper grâce à son talent, réalisant que son indépendance financière est la clé de sa liberté. Ce parcours de résilience est un message fort que Ndao souhaite transmettre à ses lecteurs.
Ce roman, à la fois engagé et poétique, met en lumière les luttes des femmes au Sénégal et appelle à une prise de conscience collective sur leurs droits.
Source : RFI
