Serafin PH : Une réforme du financement du médico-social qui suscite des inquiétudes
Une réforme du financement du médico-social entrera en vigueur en 2026, suscitant des craintes parmi les professionnels du secteur. Pour certains, cette réforme, qui introduit une tarification à l’acte, pourrait fragiliser le secteur, comme cela a été observé à l’hôpital. D’autres y voient une opportunité d’améliorer l’équité dans le financement des établissements.
Didier Zika, éducateur spécialisé dans un service d’éducation spéciale et de soins à domicile (Sessad) en région Paca, décrit son quotidien : « Je remplis un relevé hebdomadaire dans lequel je marque ce que je fais quart d’heure par quart d’heure. » Son travail, qui dépend des besoins des jeunes qu’il accompagne, est désormais soumis à un système de traçabilité rigoureux.
La réforme, nommée « Serafin PH », vise à adapter le financement aux parcours des personnes handicapées. Actuellement, les établissements sont financés par la Sécurité sociale via des dotations globales sur des contrats d’objectif et de moyens de cinq ans. À partir de 2026, environ 4000 structures pour enfants et adolescents, telles que les Sessad et les instituts médico-éducatifs, seront concernées.
Les syndicats CGT et Sud expriment des préoccupations quant à une possible dérive vers une tarification à l’acte, similaire à celle mise en place à l’hôpital en 2004, qui a été critiquée pour ses effets sur le financement et la qualité des soins. En revanche, certaines directions d’associations, bien qu’émettant des réserves, reconnaissent la nécessité de réformer un système jugé inégalitaire.
Les coûts pour les finances publiques d’une place en Sessad varient considérablement, de 21 000 euros à plus de 40 000 euros par an en 2023. Cette disparité soulève des questions sur l’équité du financement, et la réforme vise à mieux aligner les ressources sur les besoins réels des structures.
L’État a demandé aux acteurs du secteur de fournir des données sur leur activité, ce qui a entraîné des répercussions sur le travail quotidien des employés. Delphine, psychologue dans un Sessad, souligne que le logiciel utilisé pour le suivi est « paramétré pour la réforme Serafin », mais ne reflète pas la complexité de leur travail.
En réponse à ces préoccupations, la fédération des employeurs du secteur a récemment appelé à boycotter la collecte de données, tandis que des dialogues ont été rétablis avec l’État. Le président de l’Unapei, Luc Gateau, souligne la nécessité d’une révision approfondie du système de tarification.
D’après le dernier comité stratégique de suivi de la réforme, 90 % des dotations resteront attribuées sous forme globale, tandis que les 10 % restants seront distribués selon des critères spécifiques, tels que la complexité des situations. Cela nécessitera des données plus précises sur l’activité des établissements.
La réforme repose sur un financement stable de 7,5 milliards d’euros par an, avec un ajout prévu de 360 millions d’euros sur quatre ans pour accompagner le changement. Cependant, des professionnels, comme Didier Zika, craignent que ce système entraîne une concentration des ressources sur les cas les plus rentables, laissant de côté les besoins lourds.
Les défis du secteur médico-social sont amplifiés par une demande croissante de services, alors que les ressources restent limitées. La réforme, qui promet des ajustements dans le financement, pourrait ne pas suffire à résoudre les problèmes structurels rencontrés par les établissements.
Source : Basta!
