Body Shaming au Sénégal : Quand le corps devient une cible
Il y a quelques jours, la coiffure d’une ministre récemment nommée a suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux. Ce phénomène, connu sous le nom de body shaming, prend de plus en plus d’ampleur dans la société sénégalaise. Des experts en sociologie et en psychologie ont été interrogés pour apporter un éclairage sur ce sujet.
Le body shaming désigne la tendance à juger une personne sur son apparence physique, imposant ainsi une « norme somatique » qui valorise certains idéaux de beauté. Selon la sociologue Ndèye Fatou Cissé, ce phénomène existe depuis longtemps, illustré par des pratiques telles que la dépigmentation volontaire. Cette tendance dévalorise les femmes à la peau noire, les poussant vers des choix esthétiques dangereux.
Les normes de beauté varient d’une culture à l’autre, mais l’histoire de la colonisation et la mondialisation ont altéré la perception de la beauté en Afrique. La surconsommation de modèles étrangers a conduit à un rejet des canons esthétiques locaux. Ainsi, le corps idéal est souvent associé à des traits physiques valorisés par des influences extérieures.
Au Sénégal, bien que tout le monde puisse être touché par le body shaming, les femmes en sont particulièrement victimes. La société impose des standards de beauté plus stricts aux femmes, notamment en ce qui concerne le mariage. Des statistiques révèlent que le Sénégal est le deuxième pays, après la République Démocratique du Congo, où la dépigmentation est la plus courante. Les jeunes filles, souvent dès la puberté, choisissent d’éclaircir leur peau, considérant cela comme un moyen d’améliorer leur valeur sur le marché matrimonial.
Les conséquences de ces pratiques peuvent être graves. Sur le plan sanitaire, des risques de cancers et de complications liées à l’utilisation de produits éclaircissants sont à signaler. Par ailleurs, l’obsession pour le corps parfait est exacerbée par les réseaux sociaux, où les célébrités promeuvent des idéaux de beauté souvent inaccessibles.
Psychologiquement, le body shaming constitue une forme de violence symbolique qui affecte la confiance en soi et le bien-être psychosocial. Le psychologue Babacar Sanogo souligne qu’il existe des formes directes et indirectes de body shaming, chacune ayant des effets délétères, notamment chez les adolescents dont l’image de soi est en pleine construction.
Les conséquences psychologiques incluent la honte, l’anxiété et une baisse de l’estime de soi, poussant les victimes à se replier sur elles-mêmes. Le counseling et l’accompagnement psychologique sont cruciaux pour aider les personnes touchées à surmonter ces traumatismes.
La lutte contre le body shaming nécessite une sensibilisation collective, notamment auprès des jeunes et des femmes, pour promouvoir l’acceptation de soi et renforcer la confiance en soi au-delà de l’apparence physique.
Source : www.dakaractu.com
