Sécurité routière : comment le permis à points est devenu une machine à fraudes

Sécurité routière : comment le permis à points est devenu une machine à fraudes

Un permis de conduire dévoyé ?

Depuis plus de 30 ans, le système du permis à points, initialement conçu pour responsabiliser les conducteurs, est devenu un terrain fertile pour les arnaques. Si certaines entreprises légitimes opèrent dans ce secteur, de nombreux fraudeurs exploitent les failles de ce système, compromettant ainsi la mission de sécurité routière.

Des formations illégales en ligne aux ventes de points de permis, en passant par des stages annulés sans remboursement, le marché de la récupération des points est désormais une véritable jungle. Mis en place en 1992, le permis à points visait à sanctionner les automobilistes ne respectant pas le code de la route. Près de 35 ans plus tard, cette mission d’intérêt public est sérieusement entachée par des pratiques frauduleuses.

Un marché très juteux

D’après un rapport de l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR) publié en septembre 2025, les Français ont perdu 11,7 millions de points en 2024, une baisse par rapport aux 15,7 millions de points perdus l’année précédente. Toutefois, cette amélioration est trompeuse, car les excès de vitesse inférieurs à 5 km/h ne sont plus sanctionnés par un retrait de points. En 2024, 47 916 automobilistes ont vu leur permis invalidé après avoir atteint le seuil de zéro point. Le rapport indique également que 24 872 stages ont été organisés, accueillant 320 402 stagiaires, dont 302 853 pour la reconstitution de points.

Avec le temps, la récupération de points est devenue un business à part entière, l’État ayant transféré cette responsabilité au secteur privé. Aujourd’hui, environ 320 organismes agréés par les préfectures partagent un chiffre d’affaires estimé entre 50 et 70 millions d’euros par an.

Fraudes en tous genres

Les fraudes se diversifient et se complexifient. Par exemple, certaines arnaques impliquent l’utilisation des points de permis de personnes décédées. Les héritiers, en omettant de demander l’annulation du permis, permettent à des fraudeurs de désigner un conducteur décédé lors d’une infraction, évitant ainsi le retrait de points pour le véritable auteur. Ce marché illégal est lucratif, avec des points se monnayant jusqu’à 1 000 euros sur des plateformes comme Le Bon Coin.

En outre, des attestations de stage de récupération de points et d’obtention du code sont falsifiées, notamment pour ceux ayant épuisé leurs 12 points. Selon l’Unidec, syndicat des auto-écoles, 40 % des attestations de réussite au code seraient frauduleuses. En 2023, un réseau en Haute-Saône aurait généré 120 000 euros en vendant de faux certificats à 1 400 candidats.

La colère des usagers

Les utilisateurs expriment leur mécontentement face à des pratiques abusives. En décembre 2023, la fermeture du site PermisLib.fr a été largement médiatisée après de nombreux signalements de stages annulés et de problèmes d’inscription. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a été saisie pour enquêter sur ces pratiques.

Les avis en ligne témoignent de la colère des usagers, qui dénoncent des stages annulés, des remboursements non effectués et des tarifs abusifs. Les autorités publiques, conscientes de la situation, ont récemment publié un arrêté pour renforcer le cadre réglementaire des opérateurs privés chargés de délivrer le code, tentant ainsi de lutter contre la fraude.


Source : Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR)

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