Sécurité numérique de l’État : la résilience passe par la fin des silos
Les récentes cyberattaques ayant ciblé plusieurs administrations publiques soulignent l’importance cruciale de la protection des données dans le cadre de la confiance numérique. Les incidents impliquant des données fiscales, des informations sur des agents publics ou des élèves, ainsi que des données de santé, illustrent la vulnérabilité des systèmes d’information.
Ce phénomène n’est pas isolé à l’État ; il touche également des secteurs tels que les banques, l’industrie et les opérateurs d’importance vitale. La question centrale demeure : comment sécuriser des systèmes d’information devenus vastes, hétérogènes et interconnectés ? Le principal risque ne réside pas uniquement dans des technologies insuffisantes, mais souvent dans la méconnaissance de son propre environnement numérique.
On ne protège que ce que l’on connaît
Il est essentiel de se poser des questions fondamentales : combien d’applications sont réellement utilisées ? Où sont stockées les données sensibles ? Qui y a accès et avec quels droits ? Ces interrogations, bien que basiques, deviennent complexes dans des organisations comptant des milliers de collaborateurs et des années d’accumulation technologique.
L’État fait face à cette problématique à une échelle particulière, avec des systèmes développés au fil des décennies. Ce constat est également valable pour les grandes entreprises, souvent issues d’acquisitions et de transformations technologiques successives. Sans une cartographie précise et régulièrement mise à jour de ses applications, données et utilisateurs, une organisation conservera des angles morts, lesquels peuvent devenir des points d’entrée pour les cyberattaques.
Une cyberattaque ne raisonne pas en organigramme
Il est également impératif de dépasser les frontières organisationnelles. Chaque ministère ou filiale peut avoir ses propres systèmes et pratiques. Bien que cette structure soit justifiée d’un point de vue opérationnel, les cyberattaques ne respectent pas ces frontières. Une identité compromise ou un accès trop large peut permettre d’accéder à des données bien au-delà du point d’entrée initial.
Pour sortir des silos, il est nécessaire de partager des exigences fondamentales : connaître ses actifs critiques, maîtriser les identités et les droits d’accès, contrôler les dépendances et appliquer des standards cohérents à l’ensemble de l’organisation. Les spécificités doivent être gérées sans devenir des vulnérabilités.
La résilience commence lorsque la protection ne suffit plus
Il est crucial d’accepter une réalité : aucune organisation complexe ne peut garantir qu’aucune attaque ne réussira. La surface numérique s’élargit et les chaînes technologiques se complexifient, rendant la cybersécurité encore plus délicate à gérer. La maturité cyber ne se me plus seulement à la capacité à empêcher une intrusion, mais aussi à celle de limiter les conséquences d’une attaque.
Les enseignements tirés par l’État dans la sécurisation de son environnement numérique devraient résonner auprès des dirigeants de grandes organisations. La cybersécurité est désormais une question de gouvernance et de préparation permanente à l’incident, dépassant le simple cadre technologique.
La véritable maturité cyber repose sur trois capacités : savoir ce que l’on protège, savoir qui peut y accéder et savoir comment continuer à fonctionner lorsque l’une des protections est contournée. C’est ainsi que la sécurité peut devenir un véritable facteur de confiance.
Source : Journal du Net

