Sécheresse : 16 500 euros de facture moyenne pour les propriétaires abandonnés par leurs assurances
Depuis octobre 2025, le Fonds de prévention argile promettait une aide de l’État. Cependant, pour les 12 millions de propriétaires français menacés par les fiss liées à la sécheresse, la réalité économique est difficile. Les assurances refusent massivement de payer, laissant les ménages face à des factures de réparation dépassant 16 500 euros en moyenne.
Le retrait-gonflement des argiles (RGA) représente aujourd’hui 42 % des dommages assurés dans le cadre du régime des catastrophes naturelles. Une maison individuelle sur deux en France repose sur des sols argileux, et 55 % du territoire métropolitain est désormais en exposition moyenne à forte, contre 48 % en 2020. La cartographie du BRGM, actualisée en janvier 2026, montre une aggravation rapide du phénomène, alimentée par des épisodes de sécheresse répétés.
Le coût moyen par sinistre indemnisé lié au RGA s’élève à 16 500 euros, selon le ministère de la Transition écologique. Cependant, de nombreux propriétaires font face à des devis beaucoup plus élevés. Par exemple, un propriétaire à Gargas dans le Vaucluse a vu sa facture grimper à 380 000 euros pour réparer les dégâts causés par les mouvements de terrain. « Aujourd’hui, la plupart des demandes de catastrophes naturelles sont refusées par les assurances. On est livrés à nous-mêmes face à ce changement climatique », témoigne-t-il.
Outre les réparations structurelles, les propriétaires doivent souvent financer des études géotechniques préalables et des diagnostics de vulnérabilité. Ils disposent de 30 jours pour déclarer leur sinistre après la publication de l’arrêté de reconnaissance de catastrophe naturelle, un délai qui complique les démarches.
Environ la moitié des propriétaires n’obtiennent pas gain de cause, même après reconnaissance officielle de catastrophe naturelle. Les compagnies d’assurance invoquent plusieurs motifs de refus : absence de lien direct entre les fiss et la sécheresse, construction antérieure aux normes actuelles, ou défaut d’entretien. Des propriétaires se voient opposer des refus pour des montants atteignant 200 000 euros, sans recours immédiat.
La procédure administrative complexe aggrave la situation. Les communes doivent d’abord saisir la préfecture pour obtenir une reconnaissance de catastrophe naturelle. Sans cet arrêté préfectoral, aucune indemnisation n’est possible, et les propriétaires voient leur patrimoine se dégrader sans protection financière. La garantie catastrophes naturelles, incluse dans les contrats multirisques habitation, se révèle souvent illusoire.
La menace que représente le RGA est considérable pour le secteur assurantiel. Édouard Vieillefond, directeur général de la Caisse centrale de réassurance (CCR), a affirmé que le coût potentiel de la prise en charge du RGA pourrait atteindre 500 milliards d’euros dans les décennies à venir. Les primes augmentent dans les zones exposées, et certains contrats excluent désormais explicitement les dommages liés au RGA.
Les biens immobiliers situés en zone d’exposition moyenne à forte subissent une décote pouvant atteindre 20 à 30 %, rendant certaines maisons invendables. Les banques revoient également leurs critères d’octroi de crédit, exigeant des garanties supplémentaires ou refusant de financer l’achat dans les zones les plus exposées.
Face à ces enjeux, l’État a lancé en octobre 2025 une expérimentation du Fonds de prévention argile dans 11 départements. Ce fonds, bien qu’utile, ne couvre qu’une fraction du coût réel des interventions et nécessite que les propriétaires avancent les frais.
En conclusion, les propriétaires se trouvent confrontés à une situation complexe et difficile, où les solutions de financement restent insuffisantes face à l’ampleur des dégâts causés par la sécheresse.
Source : Économie Matin.



