La forêt est en train de dépérir
L’incendie historique qui a ravagé la Brenne, le 8 juillet, a profondément chahuté la biodiversité locale. Notamment une espèce de chauves-souris qui se fait de plus en plus rare en France, échaudée par le réchauffement climatique.
Le départ de feu date de bientôt six jours, et pourtant. Bien que l’incendie qui a ravagé 900 hectares de végétation soit fixé, les sapeurs-pompiers continuent leur inlassable ballet, tentant de détremper un sol invisiblement dangereux. « On est embêtés avec la tourbe, explique le lieutenant Christophe Marin, chef de groupe chez les sapeurs-pompiers de l’Indre. Un feu d’humus, ça brûle à 10 ou 20 centimètres de profondeur. C’est un travail de longue haleine de l’éteindre, parce que la tourbe peut permettre au feu de repartir.«
En tout, 500 à 600 hectares de végétation ont été complètement carbonisés, sur les 900 hectares parcourus par l’incendie qui a touché les secteurs de Mézières et Saint-Michel-en-Brenne, mercredi 8 et jeudi 9 juillet. Une grande variété de paysages naturels ont été, en quelques heures, rayés de la carte. Des conséquences plus ou moins graves sur l’avenir et sur la biodiversité sont à prévoir, car « certains milieux sont plus résilients que d’autres« , souligne Brice Roggy, chargé de mission à la réserve naturelle de Chérine, touchée par l’incendie.
Les prairies, ce n’est pas un gros problème. On a des interrogations sur la roselière, où les rhizomes ont brûlé. Mais avec une remise en eau, ça se régénèrera. On est beaucoup plus inquiets sur la forêt.
Brice Roggy, chargé de mission conventionnement et suivi scientifique à la réserve naturelle de Chérine
De nombreux hectares de forêt et de sous-bois ont été ravagés par les flammes. « En Brenne, on sait qu’il est difficile pour les arbres de pousser, note le chargé de mission. Quand on voit de vieux arbres brûler, s’écrouler sur eux-mêmes, qui étaient de vrais réservoirs de biodiversité… Ils n’ont pas de successeurs. Ils sont perdus. » Ces vieux arbres abritaient des générations d’oiseaux, comme les pics, qui creusaient des cavités dans l’écorce, devenues refuges pour diverses espèces, notamment la noctule commune, une chauve-souris dont « les effectifs en France sont en train de dégringoler. »
La réserve de Chérine abrite l’une des plus grosses colonies françaises de noctules communes. Bien qu’aucun animal ne semble avoir péri dans les flammes, leur habitat a été gravement endommagé. « Le feu est passé sur la zone, a priori ce n’est pas si pire, constate Brice Roggy. Mais on voit que les racines d’arbres qu’on suit ont été touchées. À court ou moyen terme, ces arbres vont mourir et les chauves-souris devront se réfugier ailleurs.«
Les chauves-souris n’ont pas attendu les incendies pour quitter nos contrées. « Les chauves-souris quittent leurs sites de reproduction à cause de la chaleur, remarque Jacques Lucbert, président de l’association Indre Nature. Même chose avec certaines espèces d’oiseaux qu’on suit. Le courlis, on a 25 couples dans l’Indre. Cette année, il n’y a que cinq nids et seulement deux ou trois iront au bout de la reproduction. On s’attend à des baisses de population potentiellement importantes.«
La forêt, même sans brûler, souffre également du réchauffement climatique. « Les têtes de chêne sont en train de mourir, c’est impressionnant« , s’alarme Bruce Roggy. Selon lui, les images de drone prises au-dessus de la Brenne montrent une forêt « en train de dépérir« . Ce début d’été 2026, marqué par une chaleur interminable, n’aide pas. « Ce n’est pas la première sécheresse, ni la première canicule, mais cette année, c’est particulièrement intense, précoce et long« , insiste Jacques Lucbert.
Les effets de cette crise touchent l’ensemble de la biodiversité. La flore, par exemple, « qui sèche énormément, et ne produit plus d’éléments nourriciers pour les animaux« . Cette pénurie pourrait durer jusqu’à cet hiver, le temps que la nature se remette de cette sécheresse. « À partir du moment où la strate végétale est brûlée, au sens propre et au sens figuré, l’ensemble des espèces des écosystèmes est concerné. »
L’ampleur des dégâts en Brenne n’est pas encore connue avec précision, ce mardi 14 juillet. Les techniciens doivent attendre que les pompiers aient totalement sécurisé la zone pour effectuer des relevés précis sur le terrain. Plusieurs routes traversant le massif forestier concerné restent fermées.
Source : France 3 Régions
