Tout ça, c’est mort : la sécheresse décime les escargots et menace la traditionnelle cargolade catalane
Ils sont habituellement au rendez-vous des cargolades de l’été. Mais cette année, les escargots souffrent, eux aussi, des fortes chaleurs. Dans les Pyrénées-Orientales, tous les héliciculteurs, une dizaine dans le département, sont touchés. Chez certains producteurs, la mortalité peut atteindre jusqu’à 80 %. Reportage chez un éleveur de Vernet-les-Bains.
« Tout ça, c’est mort. » Nicolas Coste parcourt, résigné, son élevage de Vernet-les-Bains. Les coquilles sont désespérément vides et craquent à peine au toucher. Près de 50 % de ses escargots n’ont pas survécu aux températures caniculaires de l’été. Installé depuis seulement quelques mois, le jeune héliciculteur possède un cheptel d’environ 300 000 spécimens. Pour sa première saison, la sécheresse impacte lourdement sa production.
Dans les parcs, les escargots peuvent habituellement se mettre à l’abri sous des planches disposées au sol. Cependant, c’est la végétation qui leur permet de se protéger de la chaleur, et celle-ci a quasiment disparu en raison de la sécheresse. « Les escargots arrivent à se cacher dessous. Donc ils arrivent quand même à les protéger plus ou moins de la chaleur. Mais malheureusement, avec les quantités de couvert végétal brûlé, il n’y a plus de protection pour les escargots et avec la chaleur, c’est une catastrophe », explique Nicolas Coste.
Les pertes ne concernent pas uniquement les escargots morts. Ceux qui ont survécu portent également les traces de ces conditions difficiles. Les grands gris, destinés à être transformés, sont plus petits que d’habitude. « On a un escargot qui est adulte, mais qui va peser autour de 15-18 grammes alors qu’un gros gris adulte normalement devrait peser autour de 25-30 grammes », constate l’éleveur.
Les répercussions de la sécheresse sont multiples. « Déjà, on a un problème de nombre, mais on va aussi avoir un problème de qualité, et surtout de volume et de poids sur le ramassage et sur la transformation », souligne Nicolas Coste. À Vernet-les-Bains, près d’un escargot sur deux a donc disparu. À Palau-del-Vidre, des taux de mortalité pouvant dépasser 80 % ont été rapportés dans certaines exploitations.
Cette situation est préoccupante pour une filière de petite taille, dont les élevages sont directement exposés aux conditions climatiques. Ce coup dur intervient alors que la saison des cargolades, une tradition culinaire emblématique du Pays Catalan, bat son plein. Pour Pedro Gil, président de Team Cargols, la baisse de la production locale est inquiétante car « sans escargots, comment peut-on faire une cargolade ? »
L’association a pour habitude de privilégier les producteurs locaux. Mais cette année, la sécheresse contraint ses membres à revoir leur approvisionnement. « L’ADN de l’association Team Cargols, c’est toujours faire travailler le local, privilégier les circuits courts. Malheureusement cette année, avec la sécheresse, on est obligés, en plus du local, d’acheter des escargots importés », explique Pedro Gil.
Dans les assiettes, la tradition catalane peut donc continuer. Cependant, derrière les cargolades de cet été, les héliciculteurs des Pyrénées-Orientales paient lourdement le tribut d’une saison marquée par la chaleur et la sécheresse.
Source : France 3 Régions
