Une sécheresse catastrophique et un État silencieux

La sécheresse qui s’est installée depuis la fin du printemps sur l’ensemble du territoire est inédite par son ampleur et ses conséquences pour les milieux naturels et nos usages de l’eau. Alors qu’une instruction de la ministre de l’Écologie, parue le 3 juillet dernier, est très claire sur la réactivité attendue des préfet·es, on constate que la gestion de crise et les restrictions peinent à se mettre en œuvre sur le terrain.
Pire, l’État et ses services font preuve d’un silence inacceptable face aux appels de la Coordination Rurale à ne pas respecter la règlementation. 

Des écosystèmes en souffrance, des usages menacés

L’Observatoire National Des Etiages (ONDE) constatait dès fin juin 2026, avec 25 % de ruptures d’écoulement et d’assecs, la « situation la plus critique enregistrée à cette période de l’année » pour les cours d’eau, depuis la création de ce réseau de surveillance piloté par l’OFB. Mortalité piscicole, réchauffement des poches d’eau de surfaces, asséchement de l’ensemble des écosystèmes alimentés en temps normal par les ruisseaux et les rivières : c’est une catastrophe écologique qui se poursuit, semaine après semaine.

L’inquiétude grandit aussi dans de nombreux territoires pour des besoins essentiels, comme l’eau potable ou la sécurité incendie, et les tensions risquent de s’accroître sur les usages économiques (agricoles, industriels, touristiques…).

Un attentisme irresponsable de certain·es préfet·es

La quasi-totalité des départements sont placés, au moins, en « vigilance » sécheresse, et 59 sont en statut de « crise », un nombre exceptionnel pour la saison. Alors, réactifs, les préfet·es ? Pas tous·tes ! Le passage de la vigilance à la crise, et donc la prise de restrictions de prélèvement subissent parfois un délai inexplicable.

Si l’instruction ministérielle du 3 juillet dernier rappelle qu’ « Il est attendu des préfets de département qu’ils prennent les arrêtés de restriction temporaire des usages de l’eau dans un délai maximum de trois jours ouvrés à partir du franchissement des seuils de gravité prévus par l’arrêté cadre départemental. » cette consigne n’est manifestement pas respectée partout. Et nous avons des remontées inquiétantes du terrain.

À titre d’exemple, dans la région Hauts-de-France, les trois départements 80, 02 et 60 sont seulement en vigilance à l’heure actuelle, donc avec aucune restriction. Cependant, les données de la DREAL diffusées au 16 juillet montrent que les débits des cours d’eau sont passés sous les seuils d’alerte. On devrait donc déjà avoir des restrictions.

Un syndicat agricole appelle à désobéir à la règlementation, sans réaction concrète des ministres concerné·es

Dans une vidéo postée le 14 juillet dernier, le président de la Coordination Rurale du Lot-et-Garonne a non seulement appelé ses membres à ne pas respecter les arrêtés de restriction de l’usage de l’eau à destination de l’irrigation, mais a également menacé de représailles en cas de contrôles de la part de l’État. Cette vidéo a été visionnée près de 520 000 fois, sans condamnation de la part du préfet, ni des ministres concerné·es. L’affaire est vite devenue nationale : ce syndicat agricole a nchéri par voie de presse, le 22 juillet dernier, appelant à nouveau à ne pas respecter les restrictions qui seraient prises dans tous les départements.

Le simpliste « Cela n’est pas possible ! » de la ministre de l’Agriculture ne suffira pas à recadrer ces provocations qui menacent, par ailleurs, directement des agents de l’État.

« La lenteur des préfets à appliquer la règlementation prévue et l’absence de réactions formelles aux provocations de la Coordination Rurale sont la conséquence manifeste de plusieurs mois d’acceptation sans nuance d’un discours sur la primauté d’accès à l’eau qu’il faudrait donner aux irrigants. Gérer la crise pour sauver au mieux les récoltes, les milieux naturels et l’eau potable, cela doit se faire collectivement. » Nicolas Richard, Président de France Nature Environnement.

France Nature Environnement demande une réaction ferme des ministres et une application immédiate et concrète de l’instruction du 3 juillet 2026, dans l’ensemble des départements.

Notre fédération est attachée et impliquée de longue date via ses associations dans une gestion de l’Eau qui garantisse un partage équitable de la ressource entre usages et la préservation des milieux naturels. En période de crise, l’irrigation, comme les autres usages, doit être cadrée, dans la transparence et le respect des équilibres, y compris pour garantir un juste partage entre agriculteurs.

Source : Observatoire National Des Etiages, Coordination Rurale, France Nature Environnement.

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