Sebastião Salgado : Un regard humaniste sur le monde
Sebastião Salgado (1944–2025) en bref
Photographe franco-brésilien, Sebastião Salgado a bâti en un demi-siècle une œuvre singulière. Entièrement en noir et blanc, elle est faite d’enquêtes au long cours à caractère social : la famine au Sahel, les mineurs d’or de Serra Pelada, les migrations… Humaniste, Salgado a fait de la photographie un mode de vie et un engagement sans en négliger pour autant l’aspect esthétique, ce qui lui a parfois valu des critiques.
Portrait de Sebastião Salgado en 2019
Il a dit
« La photographie va bien au-delà de la simple prise de vue. C’est un mode de vie. »
La vie de Sebastião Salgado en quelques dates
Un économiste chassé du Brésil
Né le 8 février 1944 à Aimorés au Brésil, il obtient en 1968 une maîtrise d’économie à l’Université de São Paulo et épouse Lélia Deluiz Wanick, étudiante en architecture. Leurs engagements militants les poussent à fuir la dictature. Installé à Paris en 1969, il entreprend à l’ENSAE un doctorat d’économie agricole qu’il n’achèvera pas.
Le Pentax de Lélia
En 1971, l’Organisation internationale du café l’engage à Londres. Chargé de projets de diversification en Afrique, il emporte avec lui l’appareil acheté par Lélia pour ses relevés d’architecture. Le constat photographique lui paraît rapidement plus juste que le rapport chiffré. En 1973, il abandonne l’économie. Photographe indépendant à Paris, il passe par les agences Sygma, Gamma puis Magnum, qu’il quitte en 1994.
De l’Amérique latine au Sahel
Dès 1977, il ouvre son premier chantier personnel : « Autres Amériques », sept années auprès des paysans et Indiens d’Amérique latine. En 1984 et 1985, il part au Sahel avec Médecins sans frontières et rapporte des camps éthiopiens et maliens les images qui feront sa réputation : Sahel, l’homme en détresse (1986), vendu au profit de l’ONG, lui vaut le prix du Livre aux Rencontres d’Arles.
Sa propre agence de photographie
De 1986 à 1992, il mène dans 26 pays une archéologie visuelle du travail manuel : « La Main de l’homme ». Suit « Exodes » (1993–1999), la grande fresque des migrations contemporaines, réalisée avec Amazonas Images, l’agence qu’il fonde avec Lélia en 1994. Sa manière (cadrage ample, clair-obscur et tirages soignés) est alors discutée : on lui reproche d’esthétiser le malheur. Le génocide rwandais, qu’il couvre cette année-là, le laisse exsangue au point qu’il songe à arrêter la photographie.
Replanter la forêt et refaire des images
En 1998, le couple crée l’Instituto Terra et reboise les terres épuisées de la ferme paternelle : plus de trois millions d’arbres y ont été plantés depuis, avec le soutien de Vale, le groupe minier à qui appartenait Serra Pelada. Il repart, appareil photo en main, vers ce que l’industrie n’a pas atteint : « Genesis » (2004–2012), puis « Amazônia » (2013–2019).
La consécration au cinéma
Le Sel de la Terre (2014), documentaire de Wim Wenders et de Juliano Ribeiro Salgado, le fils du photographe, le fait définitivement connaître auprès du grand public. Élu à l’Académie des beaux-arts en 2016 au fauteuil de Lucien Clergue, il meurt d’une leucémie le 23 mai 2025, à 81 ans.
Ses œuvres clés
Camp de réfugiés de Korem, Éthiopie, série « Sahel », 1984
Quatre personnes enroulées dans des couvertures, sur une crête de terre nue. Au fond, une plaine blanche et des montagnes de brume. Deux visages nous fixent, un enfant baisse les yeux et une silhouette s’éloigne pieds nus. La faim, ici, n’est pas montrée : elle est enveloppée.
Untitled (Serra Pelada, Brésil), 1986–1989
Sur la paroi d’un cratère, des colonnes de garimpeiros gravissent des échelles de bois. Pas une machine dans le champ : l’ancien économiste tient là son sujet, un monde que les machines devaient effacer. Serra Pelada fermera en 1992, mais l’orpaillage à la main, lui, n’a jamais cessé.
Arctic National Wildlife Refuge, Alaska, États-Unis, série « Genesis », 2009
Vue d’avion, une rivière en tresses descend une vallée noire, seule ligne blanche sous un ciel d’averse. Aucune trace humaine. Lélia Wanick Salgado tient « Genesis » pour « un hommage à la fragilité [de la] planète », la conviction même qui, à Aimorés, leur faisait replanter la forêt.
Source : Beaux Arts Magazine


