Compte rendu de la deuxième séance du jeudi 09 juillet 2026

[gpt3] Tu es un journalisten français d’agence de presse internationale. Rédige un article de Compte rendu de la deuxième séance du jeudi 09 juillet 2026 et de

Présidence de Mme Marie-Agnès Poussier-Winsback
vice-présidente

(La séance est ouverte à quinze heures.)

1. Réponses immédiates aux phénomènes troublant l’ordre public, la sécurité et la tranquillité

Suite de la discussion d’un projet de loi

L’ordre du jour appelle la suite de la discussion du projet de loi visant à offrir des réponses immédiates aux phénomènes troublant l’ordre public, la sécurité et la tranquillité de nos concitoyens (nos 2850, 2984).

Discussion des articles (suite)

Ce matin, l’Assemblée a poursuivi l’examen des articles, s’arrêtant à l’amendement no 122 portant article additionnel après l’article 3. Je vous rappelle que des scrutins publics ont déjà été annoncés sur les amendements no 455 et identique.

Après l’article 3 (suite)

La parole est à M. Nicolas Tryzna, pour soutenir l’amendement no 122.

Si l’article 3 tend à renforcer utilement la répression de plusieurs infractions routières particulièrement dangereuses, il ne permet pas d’appréhender de manière spécifique les comportements de délinquance routière répétitive. L’amendement tend par conséquent à créer un délit spécifique afin de sanctionner plus sévèrement les personnes qui, après avoir fait l’objet d’au moins trois condamnations définitives au cours des cinq années précédentes pour des infractions routières graves, commettent à nouveau l’une de ces infractions.

La parole est à M. Vincent Caure, rapporteur de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République.

M. Vincent Caure, rapporteur de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République

  • Avis défavorable.

    La parole est à M. le ministre de l’intérieur, pour donner l’avis du gouvernement.

    M. Laurent Nuñez, ministre de l’intérieur

  • Avis défavorable car il est déjà prévu de doubler les peines en cas de récidive.

    La parole est à Mme Élisa Martin.

    À ce que je vois, nous continuons sur la même pente ! Pourquoi ne pas faire confiance aux magistrats ? La réitération d’infractions routières ou de comportements potentiellement dangereux, en particulier quand elle est le fait de personnes sous l’emprise d’une substance alcoolique, est une circonstance aggravante. Les magistrats ont la capacité de prononcer des peines plus lourdes.
    Cela étant, il reste un grand absent et il ne dépend que du ministre de l’intérieur de réparer la situation : nous manquons d’un plan digne de ce nom pour lutter contre les violences routières, y compris les plus banales et les plus répandues, puisque, une fois encore, le nombre de morts sur les routes a augmenté dans notre pays. Tous ces gens sont morts pour rien ! Nous aimerions sincèrement que vous preniez enfin l’affaire au sérieux et que vous vous présentiez une véritable stratégie de lutte contre les infractions routières.

    Je mets aux voix l’amendement no 122.

    (Le vote à main levée n’ayant pas été concluant, il est procédé à un scrutin public.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        61
            Nombre de suffrages exprimés                60
            Majorité absolue                        31
                    Pour l’adoption                21
                    Contre                39

    (L’amendement no 122 n’est pas adopté.)

    Je suis saisie de deux amendements identiques, nos 455 et 728.
    La parole est à M. Yoann Gillet, pour soutenir l’amendement no 455.

    Il tend à rendre automatiques l’immobilisation et la mise en fourrière d’un véhicule dès lors que la conduite sans permis est constatée. Il s’agit là en effet d’une infraction grave qui s’accompagne bien souvent d’un défaut d’assurance et met directement en danger les autres usagers de la route. Il est indispensable d’envoyer un signal clair : ceux qui choisissent délibérément de s’affranchir des règles ne doivent pas pouvoir repartir au volant de leur véhicule. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN.)

    La parole est à M. Pouria Amirshahi, pour un rappel au règlement.

    Il se fonde sur l’article 100. J’étais convenu avec la présidence, en fin de matinée, que je ferais ce rappel au règlement en début de séance. Le ministre a déclaré ce matin, à propos d’une intervention de M. Thomas Portes –⁠ dont on pense ce que l’on veut, ce n’est pas le sujet –, qu’il allait se référer au compte rendu de la séance pour en tirer les conclusions qui s’imposent.
    Je voudrais simplement rappeler à Mme la présidente et à M. le ministre qu’au titre de l’article 26 de la Constitution, l’irresponsabilité des parlementaires les soustrait à toute poursuite pour des actes liés à l’exercice de leur mandat et qu’« aucun membre du Parlement ne peut être poursuivi, recherché, arrêté, détenu ou jugé à l’occasion des opinions ou votes émis par lui dans l’exercice de ses fonctions ».
    Vous avez parfaitement le droit, monsieur le ministre, de contester les propos d’un parlementaire et il n’est pas question pour moi de vous retirer ce droit légitime mais je voudrais simplement, puisque nous appelons tous à l’apaisement et au calme, que nous ne débattions pas dans cet esprit de conflictualité. S’il y a un désaccord, on le pose et on s’en explique, mais ne donnons pas à penser, dans le climat actuel, qui plus est au détour d’une phrase prononcée par un ministre, qu’on pourrait s’émanciper de l’article 26 de la Constitution. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    Après l’article 3 (suite)

    La parole est à M. Laurent Croizier, pour soutenir l’amendement no 728.

    Que les écologistes volent au secours de La France insoumise en dit long. (Exclamations prolongées sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
    Selon l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière, près de 600 000 automobilistes circuleraient sans permis de conduire. Conduire sans permis, c’est s’affranchir de toute exigence de sécurité, c’est de l’inconscience. Un conducteur sans permis est un danger pour tous, automobilistes, motards, cyclistes, piétons. À cette infraction s’ajoute souvent l’absence d’assurance, ce qui aggrave encore les risques pour les potentielles victimes.
    La conduite sans permis constitue un délit puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende. Le véhicule peut être immobilisé et placé en fourrière à l’appréciation des forces de l’ordre. En pratique, la possibilité de laisser repartir le véhicule avec un autre conducteur titulaire du permis reste possible. Cette tolérance n’est pas acceptable eu égard à la gravité de l’infraction. Un tel comportement doit entraîner une sanction immédiate, systématique et exemplaire. Mon amendement tend à ce que le véhicule passe systématiquement par la case fourrière afin de marquer les esprits et de toucher directement au portefeuille ceux qui prennent le risque inconsidéré de circuler sans permis.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Avis défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Je suis du même avis car il faut laisser à l’autorité administrative un pouvoir d’appréciation et ne pas rendre systématique cette mise en fourrière.

    La parole est à Mme Élisa Martin.

    Je ne sais pas qui vient au secours de qui mais pour ce qui nous concerne, il s’agissait simplement de rappeler les principes en vigueur dans cet hémicycle. Quand vous serez dans l’opposition, ce qui ne saurait tarder, vous serez très heureux d’en profiter à votre tour. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)
    J’en reviens à l’amendement. Vous êtes étonnants : alors que d’ordinaire, vous ne tarissez pas d’éloges sur les policiers, vous ne leur faites pas confiance pour le cas qui nous intéresse. Pourtant, la capacité à discerner est la première qualité d’un policier et il saura sans nul doute quoi faire face à une personne qui conduit sans permis. Cela étant, cela ne nous exonère pas de réfléchir aux raisons pour lesquelles les jeunes sont de plus en plus nombreux à conduire sans permis. La question n’est pas de savoir si c’est bien ou mal (« Si ! » sur les bancs du groupe RN) mais d’en comprendre les causes pour trouver des solutions. Nul doute que les causes puissent être d’ordre économique. C’est pourquoi nous souhaitons anticiper au maximum l’apprentissage de la conduite et surtout sa gratuité pour l’ensemble des jeunes gens.
    Je suis donc très surprise par votre amendement car il me semblait que vous aviez une entière confiance dans les policiers. Je vous invite à faire le pari de leur discernement.

    La parole est à M. Yoann Gillet.

    Le constat est simple : la sanction est faible et facultative. Non, madame Martin, ce n’est pas parce que nous ne faisons pas confiance aux forces de l’ordre que nous soutenons cette me, bien au contraire. Ne soyez pas naïfs. Les forces de l’ordre elles-mêmes la réclament, pour une raison simple : contrer les consignes qu’ils reçoivent parfois de ne pas saisir le véhicule faute de moyens humains et matériels.
    D’autre part, l’absence d’assurance est un fléau qui pèse sur l’ensemble des assurés par l’intermédiaire d’une contribution au fonds de garantie des assurances obligatoires de dommages, lequel a versé 123 millions d’euros aux victimes blessées et proches de victimes décédées en 2024.
    De surcroît, le nombre de délits pour défaut d’assurance continue de progresser. En 2014, 216 personnes ont trouvé la mort dans un accident impliquant un véhicule non assuré et 680 000 personnes circuleraient en France sans assurance. C’est une réalité sur laquelle il ne faut pas fermer les yeux. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN.)

    Vous racontez n’importe quoi !

    Je mets aux voix les amendements identiques nos 455 et 728.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        84
            Nombre de suffrages exprimés                83
            Majorité absolue                        42
                    Pour l’adoption                27
                    Contre                56

    (Les amendements identiques nos 455 et 728 ne sont pas adoptés.)

    La parole est à M. Laurent Croizier, pour soutenir l’amendement no 727.

    Une politique efficace visant à lutter contre les refus d’obtempérer s’appuie sur l’éducation, la prévention, la responsabilisation et la répression. L’augmentation du nombre de refus d’obtempérer observée ces dernières années, parfois pour des motifs totalement futiles, met en évidence la nécessité de compléter la réponse pénale par des actions de prévention.
    En cohérence, cet amendement tend à instaurer une campagne nationale de prévention destinée à sensibiliser l’ensemble de la population aux dangers des refus d’obtempérer et à informer clairement des sanctions encourues.
    Prévenir, c’est éviter des drames. Informer, c’est responsabiliser. Responsabiliser, c’est déjà protéger.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Favorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Je soutiens l’objectif visé mais la disposition prévue par l’amendement ne relève pas du domaine de la loi, aussi m’en remettrai-je à la sagesse de l’Assemblée.

    La parole est à Mme Élisa Martin.

    Je déduis des avis du rapporteur et du ministre que vous seriez capables d’organiser et de penser une véritable politique de prévention routière. J’insiste, vous l’aurez remarqué, dans l’espoir sans doute fou et peut-être vain d’obtenir une réponse de votre part. La prévention routière relève de votre responsabilité, monsieur le ministre de l’intérieur.
    C’est très urgent, car le nombre de morts augmente, ce qui n’est pas acceptable dans un pays comme le nôtre. Il faut prendre cette affaire très au sérieux. Quand serez-vous en me de nous présenter une campagne massive de prévention routière ?

    (L’amendement no 727 est adopté.)

    Je vous rappelle que l’article 3 bis est réservé à la demande du gouvernement. Nous abordons donc directement l’article 3 ter.

    Je suis saisie de trois amendements identiques, nos 887, 4 et 456, tendant à rétablir l’article 3 ter, supprimé par la commission.
    La parole est à M. le ministre, pour soutenir l’amendement no 887.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Cet amendement, déjà présenté au Sénat et dont l’adoption par ce dernier a créé l’article 3 ter, tend à rétablir une disposition, supprimée en commission, qui fait partie des trois mes –⁠ la commission n’a pas supprimé les deux autres – que nous proposons pour améliorer le recouvrement des amendes forfaitaires délictuelles (AFD). En l’occurrence, il s’agit de permettre aux agents, notamment à ceux de l’Agence nationale de traitement automatisé des infractions (Antai), d’accéder au système national des permis de conduire (SNPC) afin qu’ils puissent, en cas de verbalisation d’un véhicule qui n’était pas conduit par son propriétaire au moment des faits, vérifier les éléments d’identification du conducteur fournis par ce dernier.

    La parole est à M. Éric Pauget, pour soutenir l’amendement no 4.

    Il tend à rétablir l’article 3 ter, qui va dans le sens d’un meilleur recouvrement des AFD en permettant à certains agents d’accéder au fichier du SNPC. Je pense notamment aux cas de vidéoverbalisation où l’on constate que les personnes interrogées donnent un nom qui ne correspond pas aux images enregistrées. Il est très important de voter ces amendements afin de rétablir cet article, qui permettra surtout d’éclairer de tels cas.

    La parole est à M. Yoann Gillet, pour soutenir l’amendement no 456.

    Introduit par un amendement en séance publique au Sénat, l’article 3 ter ouvrait l’accès aux données du système national du permis de conduire à deux nouvelles catégories d’agents : les « agents de la police nationale, [les] militaires de la gendarmerie nationale et [les] agents des douanes exerçant dans un organisme de coopération internationale policière et douanière » d’une part, les « fonctionnaires ou agents de l’État chargés de l’instruction de la recevabilité des requêtes en exonération […] et des réclamations relatives aux amendes forfaitaires » d’autre part, afin de faciliter le recouvrement des AFD. Mais, dès qu’il s’agit de donner des outils efficaces à nos forces de l’ordre ou de sécuriser les procédures de sanction, la gauche s’oppose systématiquement à toutes les mes de bon sens. Par pur dogmatisme idéologique et sous couvert d’une défense déconnectée des réalités, la gauche préfère maintenir le cloisonnement du SNPC. Pour notre part, nous proposons de rétablir l’article 3 ter.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Avis très favorable au rétablissement de cet article, pour les raisons énoncées par monsieur le ministre. « Rien de nouveau sous le soleil », comme dirait l’Ecclésiaste : nous sommes au cœur de notre débat, qui se poursuit, sur les AFD : il s’agit d’améliorer leur recouvrement.

    La parole est à M. Éric Coquerel.

    Je vois bien toutes les mes d’accroissement des contrôles qu’on nous propose. J’ai une question à vous poser, monsieur le ministre : au vu de nos performances actuelles en matière de lutte contre le piratage des fichiers informatiques, ne craignez-vous pas que les recroiser, comme vous le proposez, ne soit risqué ? Alors que ces fichiers sont de plus en plus corrompus, que des données relatives à tous les Français, notamment aux gendarmes, partent dans la nature, disposez-vous de toutes les assurances souhaitables ? Ce que vous proposez ne sera guère pertinent tant que vous n’aurez pas résolu ces problèmes –⁠ et je n’ai pas l’impression que ce soit pour demain… (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)

    C’est un vrai problème, et il se pose également au sujet de l’article suivant !

    (Les amendements identiques nos 887, 4 et 456 sont adoptés ; en conséquence, l’article 3 ter est ainsi rétabli.)

    Je vous rappelle que l’article 3 quater est réservé à la demande du gouvernement. Nous abordons donc directement l’article 3 quinquies.

    Je suis saisie de quatre amendements identiques, nos 263, 566, 604 et 660, tendant à supprimer l’article 3 quinquies.
    La parole est à M. Roger Vicot, pour soutenir l’amendement no 263.

    Je n’expliquerai pas à nouveau –⁠ j’ai eu l’occasion de le faire à maintes reprises depuis hier – pourquoi nous nous opposons au principe des amendes forfaitaires délictuelles. Il est question de permettre d’étaler le paiement des AFD, mais cela ne change rien au problème de départ : quels que soient les moyens employés pour payer ces amendes, nous nous opposons à leur quasi-généralisation et demandons par conséquent la suppression de cet article.

    Sur les amendements no 263 et identiques ainsi que sur l’amendement no 805 et l’article 3 quinquies, je suis saisie par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire de demandes de scrutin public.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    L’amendement no 566 de M. Pouria Amirshahi est défendu.
    La parole est à M. Nicolas Sansu, pour soutenir l’amendement no 604.

    Le présent article prévoit d’autoriser les services chargés de la verbalisation et du recouvrement des amendes à accéder directement à des données fiscales couvertes par le secret professionnel. Concrètement, un agent de police qui dresse une amende forfaitaire délictuelle et fait une erreur lorsqu’il recueille l’adresse du contrevenant pourra demander à la direction générale des finances publiques (DGFIP) d’accéder à ses données personnelles. Cette nouvelle dérogation au secret fiscal participe d’un mouvement croissant d’interconnexion des fichiers administratifs et de circulation des données personnelles entre administrations. Alors que le secret fiscal constitue une garantie essentielle de protection de la vie privée, le dispositif que nous examinons tend à élargir considérablement les possibilités d’accès à ces informations à des fins principalement liées au recouvrement automatisé de sanctions financières.
    La Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) lance régulièrement l’alerte s’agissant de ce phénomène d’interconnexion croissante des bases de données publiques. Les administrations françaises utilisent plus d’une centaine de grands fichiers contenant des données personnelles, ce qui les expose, comme l’a rappelé le président Coquerel, à des piratages de plus en plus amples et fréquents.
    Cette logique participe d’un modèle de gestion toujours plus automatisé des AFD et du recouvrement, au détriment des garanties offertes aux usagers et du contrôle du juge. Elle soulève également des interrogations importantes en matière de protection des données personnelles et de proportionnalité des atteintes à la vie privée.
    Outre que nous nous opposons évidemment aux AFD –⁠ qui relèvent d’une justice déséquilibrée ne laissant aucune place au juge ou à l’avocat –, nous constatons que le taux de recouvrement de ces dernières est plus que mauvais : alors qu’il tournait autour de 20 % depuis 2019, il a chuté à 10 % en 2024. Nous n’améliorerons ce taux qu’en créant de nouveaux postes consacrés au contrôle fiscal –⁠ je rappelle qu’il a perdu 2 500 agents en dix ans ! En guise de comparaison, le taux de recouvrement des décisions de justice, sur lesquelles se concentre la DGFIP, est largement supérieur à celui des AFD puisqu’il atteint 50 %.
    La me proposée, monsieur le ministre, est donc une très mauvaise idée, d’autant plus qu’elle ne touchera que les plus précaires.

    La parole est à M. Andy Kerbrat, pour soutenir l’amendement no 660.

    Vous essayez de trouver une solution au non-recouvrement des amendes forfaitaires délictuelles en partant d’un postulat original : les gens donneraient de mauvaises coordonnées et c’est pour cela vous n’arriveriez pas à trouver leur identité fiscale, ni donc à recouvrer ces amendes.
    Les chiffres posent problème. Monsieur le ministre, nous avons évoqué un taux de recouvrement des AFD de 17,5 % tandis que vous parliez tout à l’heure d’un taux de 40 %. Heureusement pour nous, il y a des chercheurs et des juristes qui travaillent : vous avez donné à Yann Bisiou un taux moyen de 34 %, corrigé ensuite à 42,2 % et un taux de l’ordre de 35 %, les 17,5 % que j’ai mentionnés se rapportant aux amendes réglées sur place.
    En vérité, vous ne disposez d’aucunes données relatives aux raisons du non-recouvrement des AFD et vous cherchez à tâtons des solutions pour augmenter un chiffre sans vous intéresser à la réalité : le problème posé par le fait que des personnes ne peuvent pas régler ces amendes. C’est pour cela que nous nous opposons à cette levée du secret fiscal –⁠ dont il est très étonnant qu’elle vienne de votre gouvernement ! – et demandons que l’Antai n’ait pas directement accès aux données en question.
    ,Un jour, il faudra dire à combien s’élève le taux de recouvrement des AFD plutôt que de jouer du pipeau ! Et si vos services ne sont pas capables de le déterminer, il conviendra de lancer un grand travail. Aujourd’hui, les chercheurs sont obligés de saisir la Commission d’accès aux documents administratifs (Cada) pour obtenir de tels chiffres de vos ministères, et ces derniers répondent : « On ne sait pas. Le ministère de l’intérieur ne sait pas » ! C’est ce qu’avait indiqué Darmanin à l’époque, comme vous-même en réponse au premier courrier du juriste Yann Bisiou. Au lieu de faire des bêtises, revenez-en à des choses raisonnables. L’AFD ne fonctionne pas. Il faut des procédures judiciaires, pas administratives.

    Quel est l’avis de la commission sur ces amendements de suppression ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Votre intervention m’étonne, cher collègue Kerbrat, car vous nous avez cité ce matin le rapport de la Cour des comptes relatif aux AFD, qui contient des recommandations, dont trois sont de nature législative. Toutes trois ont été traduites sous forme d’amendements, adoptés par le Sénat. On peut être pour ou contre les AFD mais, tant qu’elles existeront, le législateur devra se battre pour améliorer leur recouvrement. Avis défavorable.

    Et le croisement des fichiers, vous n’en parlez jamais ?

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Je livrerai quelques éléments de clarification. J’ai donné ce matin un taux de recouvrement de 41,5 %, tenant compte des paiements immédiats et majorés. Nous ne sommes pas très loin des chiffres que vous évoquiez, monsieur Kerbrat –⁠ m’accuser de jouer du pipeau est franchement exagéré – et nous espérons aller beaucoup plus loin.
    Monsieur le président Coquerel, monsieur Sansu, il n’est pas vraiment question de croiser des fichiers, mais d’ouvrir un droit d’accès, de permettre de demander un certain nombre d’informations. Je veux dire, pour rasr la représentation nationale, que la procédure que nous examinons, qui vise à identifier des personnes pour mener à bien le recouvrement, existe déjà, notamment en matière de transport. Si vous lisez bien le texte, vous verrez qu’il est question de passer par la « personne morale unique » qu’évoque le code des transports. Ce que nous proposons n’a donc rien d’extraordinaire, mais permettra bel et bien d’améliorer le recouvrement des AFD. Avis défavorable.

    La parole est à M. Pouria Amirshahi.

    Vous nous présentez les dispositions que prévoit l’article 3 quinquies comme des mes techniques visant à faciliter la verbalisation et, surtout, le recouvrement des amendes. Mais il pose d’autres questions : permettez que le législateur s’y intéresse ! Je pense d’abord à la communication de données personnelles des conducteurs –⁠ nom, prénom, date de naissance, adresse du domicile – reçue par des personnels spécialement habilités, sans que le secret professionnel puisse leur être opposé. Pour rendre la sanction un peu plus efficace administrativement, vous voulez affaiblir les protections, ou du moins vous ne donnez aucune garantie de leur respect. Alors que l’accès à ces données doit être strictement limité, justifié, contrôlé, traçable –⁠ je renvoie à toute la jurisprudence française en la matière –, la rédaction que vous proposez renvoie à un décret, c’est-à-dire au domaine réglementaire, la définition des modalités concrètes d’application de l’article, sans rien dire des garanties que vous pourrez fournir. Qui consultera ces informations ? Dans quelles conditions ? Avec quelle traçabilité ? Pour combien de temps ? Avec quel contrôle contre les risques de réutilisation ? Vous ne le dites pas !
    On peut certes répondre que des lois précisent déjà les durées légales de conservation des données. Sans doute, mais dès lors qu’on ne sait pas exactement selon quelles modalités vous entendez faciliter les recouvrements en question, vous parviendrez peut-être à les accélérer, mais vous élargirez en même temps les pouvoirs administratifs –⁠ nous vous critiquons à cet égard depuis ce matin – sans penser à la prévention ni conférer au citoyen de droit opposable, ne serait-ce que celui de savoir quelles données sont recueillies, par qui, et comment elles sont conservées. Ce n’est pas un petit sujet !

    La parole est à M. Yoann Gillet.

    Les AFD ne sont certes pas une réponse à tout, mais elles ont leur utilité. Puisqu’on parle de leur non-recouvrement, il faut en évoquer l’une des raisons : le fait que la créance s’éteint au bout de trois ans. C’est pour résoudre ce problème que nous avons proposé qu’elle ne s’éteigne pas, afin que les services de l’État chargés du recouvrement finissent par réussir à faire payer ceux qui le doivent.

    Je mets aux voix les amendements identiques nos 263, 566, 604 et 660.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        99
            Nombre de suffrages exprimés                99
            Majorité absolue                        50
                    Pour l’adoption                33
                    Contre                66

    (Les amendements identiques nos 263, 566, 604 et 660 ne sont pas adoptés.)

    La parole est à M. Nicolas Sansu, pour soutenir l’amendement no 805.

    Il s’agit d’un amendement de repli de notre collègue Rimane, qui prévoit les modalités d’habilitation des agents chargés de croiser les fichiers dont nous parlons –⁠ c’est tout de même le sujet – et de mieux les former, dans la me où ils auront le droit de consulter les fichiers de la DGFIP, ce qui nous semble excessif.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • L’habilitation des agents autorisés à consulter les informations couvertes par le secret fiscal relève d’ores et déjà des modalités d’application prévues dans le décret, lequel sera pris sous le double contrôle du Conseil d’État et de la Cnil. Votre amendement est satisfait. Je vous suggère de le retirer –⁠ mais je vois à votre regard que vous ne le ferez pas.

    Moi, je ne suis pas satisfait !

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Je le répète, le texte renvoie à un décret en Conseil d’État qui sera pris après avis de la Cnil et qui déterminera les modalités d’habilitation des agents compétents et les conditions d’accès aux informations demandées. Avis défavorable.

    La parole est à M. Louis Boyard.

    Vous connaissez l’importance que j’accorde au sujet des fuites de données. Or, à partir du moment où vous ouvrez l’accès aux données à davantage d’agents, il y a fort à parier que les fuites seront plus importantes encore. Toutes les semaines, nous sommes informés que des données de nos concitoyens et de nos concitoyennes ont fuité des services de l’État. Tant qu’un véritable travail ne sera pas mené au niveau gouvernemental pour mieux protéger les données publiques, le problème ne sera pas réglé. En tout cas, je ne crois pas qu’il le sera par une simple formation.
    Je veux par ailleurs revenir sur la question des AFD. Elles sont la chose la plus stupide qui existe dans le droit ! Mettre des amendes à des mineurs est complètement idiot ! Je connais des jeunes qui écopent d’amendes dans les transports, pour tapage ou pour jet de déchets. Comment voulez-vous qu’un petit de 14 ans règle une amende ? (« Ses parents ! » sur les bancs du groupe RN.) Vous pensez qu’il va aller pointer à France Travail pour pouvoir ensuite s’acquitter de son amende ? (Exclamations sur les bancs du groupe EPR.)

    Tout le monde fait ce qu’il veut, alors ?

    Vous dites que c’est aux parents de régler les amendes, mais les jeunes ne leur en parlent pas toujours. Par ailleurs, il y a des parents qui ne peuvent pas payer les amendes –⁠ comme vous êtes des bourgeois, vous ne vous en rendez pas compte ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ Exclamations sur les bancs des groupes RN et EPR.) Certains jeunes de 16 ans ou de 17 ans, parce que l’amende est majorée, ont des milliers d’euros de dette ! J’en connais personnellement.

    Mettre une amende à un mineur est la chose la plus stupide qui soit. C’est précisément ce qu’on appelle la justice de classe : vous, vous pouvez payer les amendes de vos enfants, mais certains jeunes commencent leur vie d’adulte avec des dizaines de milliers d’euros de dette ! (Exclamations sur les bancs du groupe EPR.)
    Si un jeune n’a pas les moyens de payer un titre de transport, ce n’est pas de sa faute. Lui mettre une amende, dans ces conditions, c’est ce que j’appelle la faillite de l’autorité. Vous parlez tout le temps d’ordre, mais quand l’ordre est injuste, alors l’autorité est injuste. Il ne vous reste que l’autoritarisme. Vous passez votre temps à mater les jeunes par la répression. Ces amendes sont le meilleur exemple de la faillite de votre autorité ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    M. Jérémie Patrier-Leitus

  • Scandaleux !

    La parole est à M. le ministre.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Monsieur Boyard, ce n’est pas parce qu’il y a eu des fuites de données, malheureusement, et que des cyberattaques ont eu lieu, en raison principalement de négligences d’hygiène numérique de la part de certains agents, que l’ouverture des fichiers doit être totalement proscrite.

    C’est de la faute des agents !

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Par ailleurs, pour éclairer la représentation nationale, je précise que l’amende forfaitaire délictuelle ne s’applique pas aux mineurs. Vous confondez avec les contraventions. (Exclamations sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)

    Je mets aux voix l’amendement no 805.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        104
            Nombre de suffrages exprimés                104
            Majorité absolue                        53
                    Pour l’adoption                33
                    Contre                71

    (L’amendement no 805 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix l’article 3 quinquies.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        106
            Nombre de suffrages exprimés                105
            Majorité absolue                        53
                    Pour l’adoption                72
                    Contre                33

    (L’article 3 quinquies est adopté.)

    Je suis saisie de plusieurs demandes de scrutin public : sur l’amendement no 457, par le groupe Rassemblement national ; sur l’amendement no 888 rectifié, par le groupe Ensemble pour la République ; sur l’article 3 sexies, par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    La parole est à M. Cyril Tribuiani, pour soutenir l’amendement no 457.

    Notre collègue Yoann Gillet propose d’étendre les dispositions relatives au contrôle de l’alcoolémie et de l’usage de stupéfiants aux conducteurs de navires de plaisance. La sécurité ne doit pas s’arrêter aux routes ; les comportements dangereux en mer peuvent avoir des conséquences tout aussi dramatiques. Il est donc cohérent d’appliquer les mêmes exigences de responsabilité à tous les conducteurs. Pour renforcer la sécurité maritime et prévenir les accidents, je vous invite à soutenir cet amendement.

    La parole est à M. le ministre, pour soutenir l’amendement no 888 rectifié.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Il reprend une disposition adoptée au Sénat en la complétant. La me initiale permettait d’étendre aux gens de mer le régime d’interdiction en matière d’alcoolémie. Nous avons beaucoup travaillé, notamment avec la ministre déléguée chargée de la mer et avec Mme la députée Panonacle, que je salue, et nous proposons aujourd’hui d’aller plus loin : au-delà des gens de mer, il s’agit d’étendre aux plaisanciers l’interdiction de la conduite sous emprise d’un état alcoolique ou de stupéfiants. L’amendement prévoit également d’habiliter le gouvernement à prendre une ordonnance pour compléter les régimes d’interdiction et de sanction en matière d’alcoolémie et de stupéfiants, pour préciser leurs conditions de mise en œuvre et pour traiter la question des substances psychoactives. Il s’agit donc de construire un régime juridique applicable à l’ensemble des gens de mer et des plaisanciers sur le modèle de celui relatif à la conduite terrestre.
    Quant à l’amendement qui vient d’être défendu, je sollicite son retrait au profit de l’amendement gouvernemental.

    Quel est l’avis de la commission sur ces deux amendements ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Ils ne faisaient pas l’objet d’une discussion commune, mais comme celui du gouvernement vise le même objectif avec une rédaction à la fois plus large et plus précise, j’émets un avis défavorable sur le no 457 et favorable sur le no 888 rectifié.

    La parole est à Mme Sophie Panonacle.

    J’invite l’Assemblée à voter contre l’amendement de M. Gillet parce qu’il est incomplet : il vise les plaisanciers en oubliant le contrôle de stupéfiants pour les professionnels. En outre, dans sa rédaction actuelle, il est inapplicable. Nous soutiendrons donc l’amendement du gouvernement.
    Ce n’est pas sans émotion que je prends la parole aujourd’hui à la suite de l’accident mortel du petit Benjamin, il y a un peu plus d’un an, dans le bassin d’Arcachon. Je sais que ses parents nous écoutent. Nous avons demandé l’évolution du code des transports pour obtenir de nouveaux dispositifs de sécurité en mer. Je suis intervenue au plus haut niveau de l’État et j’ai agi avec le soutien du président de la République, du ministre de l’intérieur, du ministre des transports, de la ministre de la mer et du ministre de la justice, en coordination avec le secrétariat général de la mer. Sachez qu’il n’existe aucun cadre légal en mer pour contrôler les plaisanciers ou les professionnels en matière d’alcoolémie et d’usage de stupéfiants.
    L’amendement du gouvernement donnera aux forces de sécurité en mer les moyens d’exercer, outre une action de prévention, leur mission de contrôle et si besoin de sanction. Je me réjouis que nous soyons en me de réparer le vide juridique sur lequel j’avais alerté les services de l’État en 2020. Il a malheureusement fallu le tragique accident de Benjamin pour que nous puissions avancer.
    Puisque la saison estivale commence, je veux dire que la mer est un incroyable espace de liberté, mais en aucun cas un espace de non-droit. Pour consolider mon engagement, je souhaite vous alerter, monsieur le ministre, sur le sujet suivant : sur le modèle de l’homicide routier adopté il y a quelques années, je propose de créer une infraction spécifique d’homicide en mer. J’espère qu’ainsi nous aurons accompli un travail complet en tant que législateur. Je salue, à travers vous, chers collègues qui allez soutenir cet amendement, M. et Mme Mano et toute leur famille. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, Dem et HOR.)

    Je mets aux voix l’amendement no 457.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        114
            Nombre de suffrages exprimés                113
            Majorité absolue                        57
                    Pour l’adoption                27
                    Contre                86

    (L’amendement no 457 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix l’amendement no 888 rectifié.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        108
            Nombre de suffrages exprimés                85
            Majorité absolue                        43
                    Pour l’adoption                80
                    Contre                5

    (L’amendement no 888 rectifié est adopté.)
    (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, Dem et HOR.)

    Je mets aux voix l’article 3 sexies, tel qu’il a été amendé.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
          Nombre de votants               115
          Nombre de suffrages exprimés          112
          Majorité absolue                   57
                  Pour l’adoption             79
                  Contre            33

    (L’article 3 sexies, amendé, est adopté.)

    Après l’article 3 sexies

    La parole est à M. Michaël Taverne, pour soutenir l’amendement no 327, portant article additionnel après l’article 3 sexies.

    Il vise à autoriser l’interception des véhicules, c’est-à-dire la méthode du « contact tactique », dans le cadre de la lutte des forces de l’ordre contre les rodéos urbains et les refus d’obtempérer.
    Je vois des collègues rigoler, mais cela ne m’étonne pas, ils sont un peu déconnectés… (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    Je reprends : l’amendement vise à autoriser le contact tactique tout en assurant la protection juridique des forces de l’ordre. Cette technique a déjà été autorisée dans le passé.

    Ce n’était pas le même ministre de l’intérieur !

    J’avais d’ailleurs interpellé à ce sujet un précédent ministre de l’intérieur, lors de l’examen du projet de loi d’orientation et de programmation du ministère de l’intérieur (Lopmi) : il m’avait répondu que j’étais abonné aux fake news car aucune note de service n’interdisait aux policiers de prendre en charge les refus d’obtempérer. Je lui ai cité la note 89 de la police nationale et il s’est légèrement décrédibilisé, mais c’est un autre sujet…
    À condition d’avoir reçu une formation, les motocyclistes savent très bien utiliser la technique du contact tactique, pratiquée dans de nombreux pays, notamment au Royaume-Uni. Elle fonctionne très bien dans ce pays, depuis longtemps, et n’engendre pas davantage d’accidents mortels. Je ne vois donc pas pourquoi nous ne serions pas capables de l’appliquer chez nous. Nous avons des policiers extrêmement courageux et professionnels. Ce ne sont pas des dingos, comme le pensent les députés de l’extrême gauche. Nous devons envoyer un signal : lorsque c’est possible, les gendarmes et les policiers doivent pouvoir recourir au contact tactique. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Au-delà de l’aspect juridique de votre amendement, je peux vous dire, en tant que député des Français du Royaume-Uni, que le contact tactique ne fait pas consensus dans ce pays. Je ne pense pas, personnellement, que cette méthode soit la bonne solution. Je ne crois pas non plus qu’elle soit soutenue par l’ensemble des syndicats de police. D’autres voies doivent être explorées pour améliorer la manière dont on lutte contre les rodéos urbains et les refus d’obtempérer. L’usage des drones, notamment pour protéger les forces de sécurité qui interviennent dans ces situations, est une piste à développer pour l’avenir.
    Avis défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Nous avons débattu d’un amendement similaire au Sénat et je vous ferai la même réponse que celle que j’ai faite aux sénateurs. Les refus d’obtempérer sont aujourd’hui pris en charge. Vous avez raison, il fut un temps où certaines instructions dans la police et dans la gendarmerie n’étaient pas claires et n’incitaient pas à la prise en charge des refus d’obtempérer, ce que je considère comme inacceptable en tant que ministre de l’intérieur. Une circulaire de la direction générale de la police nationale (DGPN) de 1999, notamment, limitait les refus d’obtempérer aux circonstances dans lesquelles des crimes de sang ou des délits violents sont commis, ce qu’on ne peut pas accepter. Quand il y a un refus d’obtempérer, le risque encouru par les gendarmes et les policiers doit être la poursuite de l’individu pour l’interpeller.
    Ces circulaires ont été levées, d’abord à la préfecture de police, en juin 2020, à ma demande –⁠ j’étais alors secrétaire d’État auprès du ministre de l’intérieur. Mon prédécesseur a levé les autres instructions, dans la police nationale et dans la gendarmerie, pour prévoir systématiquement la possibilité de prendre en charge les refus d’obtempérer et d’utiliser les matériels que vous avez évoqués ce matin, en particulier le Diva –⁠ dispositif d’intervention des véhicules automobiles.
    Le contact tactique est un sujet autrement compliqué, car il fait courir un risque de bles pour la personne et de mise en cause pénale des fonctionnaires de police et des militaires de la gendarmerie. Je suis pour ma part défavorable à cette méthode. Comme l’a souligné le rapporteur, elle est plutôt contestée dans les pays où elle est utilisée, et en tout cas réservée à certaines infractions très particulières.
    Je donne un avis défavorable à cet amendement, tout en réaffirmant avec force la nécessité d’une réponse ferme face aux refus d’obtempérer.

    La parole est à M. Jérôme Legavre.

    Je vous ras, monsieur Taverne, quand nous vous écoutons, nous n’avons pas envie de rire ! Contrairement à ce que vous pensez, nous aussi nous savons des choses. Je vais vous expliquer ce qu’est le contact tactique quand il est utilisé en dehors des clous.
    Dans une commune de Seine-Saint-Denis, mon département, à Aubervilliers, il y a un peu plus de deux ans, un scooter a été pris en chasse par un véhicule de police : celui-ci a pris le boulevard à contresens et a percuté de plein fouet le scooter ; son conducteur a été tué sur le coup et son passager projeté dix mètres en arrière.
    Malgré les fractures ouvertes dont il souffrait, ce dernier a été traîné pour être placé en garde à vue pendant de longues heures au commissariat. Il n’a été hospitalisé que plusieurs heures après. Cet événement a donné lieu, pour moi et mes collègues Insoumis et communistes du département, à la troisième marche blanche de l’année. Voilà, très exactement, ce qu’est le contact tactique.
    Puisque vous évoquez la Grande-Bretagne, sachez pour votre gouverne que les méthodes et la doctrine de maintien de l’ordre dans ce pays ne ressemblent pas tout à fait –⁠ c’est peu de le dire – à celles qui prévalent en France. En particulier, les policiers n’y sont pas armés, ce qui constitue une sacrée différence. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe EcoS.)

    La parole est à Mme Natalia Pouzyreff.

    Notre groupe –⁠ La République en marche, puis Renaissance – a contribué à la création du délit de rodéo motorisé.

    Renaissance, c’est eux, désormais ! (M. Ian Boucard désigne les bancs du groupe RN.)

    Je salue le soutien des ministres de l’intérieur successifs, qui a permis de renforcer progressivement le dispositif, notamment grâce à l’adoption de la Lopmi. Cet article vient encore le compléter et illustre notre détermination à nous attaquer au fléau des rodéos motorisés.
    En revanche, pour avoir longuement étudié cette question et auditionné des membres des forces de police britanniques, notamment un surintendant principal, je tiens à rappeler que le recours au contrôle tactique est réservé à des brigades spécifiquement entraînées et concerne principalement les vols à l’arraché commis par des contrevenants circulant à deux-roues. Il ne s’agit en aucun cas d’une pratique généralisée chez nos voisins. Au contraire, les Britanniques ont fait marche arrière.
    Il faut donc en finir avec cette idée fausse, propagée dans les médias, selon laquelle les Britanniques recourraient systématiquement au contact tactique lors des poursuites. C’est d’abord le discernement de nos forces de l’ordre qui doit prévaloir, en fonction de la situation à laquelle elles sont confrontées.
    Comme l’a indiqué le rapporteur, les drones permettront des poursuites plus efficaces et plus sûres, non seulement pour les conducteurs des engins, mais aussi pour les piétons, qui risquent d’être fauchés au cours d’une poursuite.

    (L’amendement no 327 n’est pas adopté.)

    Je suis saisie de huit amendements, nos 112, 889, 828, 840, 5, 233, 243 et 351, pouvant être soumis à une discussion commune et tendant à rétablir l’article 4, supprimé par la commission.
    Les amendements nos 889 et 828, qui font l’objet de nombreux sous-amendements, sont identiques, ainsi que les amendements nos 5, 233, 243 et 351.
    La parole est à M. Lionel Duparay, pour soutenir l’amendement no 112.

    Il me revient de lancer la discussion relative au rétablissement de l’article 4, qui touche à la lutte contre les incivilités et les troubles à l’ordre public dans le cadre des manifestations sportives.

    Quelle honte ! Quelle indignité !

    Depuis plusieurs années, nous assistons à leur accroissement, dans les enceintes sportives mais aussi à l’extérieur, à proximité des stades mais parfois beaucoup plus loin, dans les cortèges d’athlètes ou près de leur lieu d’hébergement.
    Les propositions de rétablissement de l’article, dans les différentes rédactions qui nous sont soumises, visent à sanctionner et à contrôler les personnes condamnées pour certaines infractions, afin de s’asr qu’elles ne puissent pénétrer, lors de manifestations sportives, dans les stades ou les enceintes dont l’accès leur a été interdit, et de contribuer ainsi au maintien de l’ordre public.

    La parole est à M. le ministre, pour soutenir l’amendement no 889.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Le gouvernement propose de rétablir l’article 4. Celui-ci a été introduit dans le projet de loi dans un contexte d’augmentation significative des violences dans les stades et –⁠ c’est très important – autour des stades, comme vient de le rappeler M. Duparay.
    J’ai eu la faiblesse de penser que la proposition du gouvernement résultait aussi d’échanges avec des parlementaires dont les circonscriptions comptent des clubs importants. Il m’a semblé les entendre expliquer que les groupes de supporters jouaient un rôle majeur dans la structuration des stades et qu’il était préférable de privilégier les sanctions judiciaires individuelles ou les mes individuelles de police administrative.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • C’est précisément l’objet de l’article 4 : renforcer le régime des interdictions administratives de stade (IAS).
    Nous constatons par ailleurs une recrudescence des débordements en dehors de l’enceinte des stades et pas nécessairement au moment des matchs. Des supporters organisent ainsi des fights, des combats, la veille de la rencontre. Il fallait prendre en compte ce phénomène en étendant l’interdiction administrative de stade à d’autres lieux que l’enceinte sportive, notamment aux lieux de rassemblement des supporters ou à ceux qu’ils choisissent pour organiser leurs fanwalks.
    Ces troubles sont connus de l’ensemble des préfets, des services de l’État, des présidents de clubs et des groupes de supporters. C’est pourquoi nous proposons non seulement d’interdire administrativement de stade les personnes qui ont déjà causé des troubles à l’ordre public, mais aussi de leur interdire l’accès aux lieux précis où existent des risques de troubles –⁠ ni plus ni moins –, avant comme après le match. Les incidents ont en effet souvent lieu la veille de la rencontre, voire immédiatement après celle-ci.
    Tel est le sens de cet article, dont je regrette la suppression par la commission. J’attire également votre attention sur une autre me importante de l’article 4, reprise dans mon amendement de rétablissement : nous intégrons parmi les troubles à l’ordre public susceptibles de justifier une interdiction administrative de stade les propos injurieux et discriminatoires. Nous déplorons régulièrement les propos racistes et homophobes tenus dans les stades.

    Pas seulement dans les stades !

    C’est le juge qui est compétent !

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Enfin, l’amendement du gouvernement comporte une ouverture, car j’ai bien compris, au cours des débats en commission, que des réserves ou des réticences s’étaient exprimées sur certains bancs. Nous proposons donc de limiter à douze heures avant et douze heures après le match la possibilité d’étendre les interdictions administratives de stade, alors que le projet initial du gouvernement, adopté par le Sénat, prévoyait une période de vingt-quatre heures avant et vingt-quatre heures après.
    Nos échanges seront, je pense, assez nourris ; je ne développerai donc pas davantage la présentation de cet amendement. Mais très honnêtement, comme je l’ai dit en commission, le gouvernement propose ici une alternative à des mes collectives de dissolution de groupes consécutives à des incidents. J’ai bien compris que la commission avait rejeté cette option, mais je regretterais d’avoir à me pencher à nouveau sur la dissolution de certains groupes.

    Ça, c’est pas bien ! Il faut aider les Green Angels !

    Sur les amendements identiques nos 889 et 828, je suis saisie par le groupe Horizons & indépendants d’une demande de scrutin public.
    Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    La parole est à Mme Laetitia Saint-Paul, pour soutenir l’amendement no 828.

    Cet amendement des députés du groupe Horizons & indépendants vise à rétablir l’article 4, afin de renforcer un outil qui a fait ses preuves en matière de prévention des violences dans le sport : l’interdiction administrative de stade. Le constat est simple : le dispositif actuel ne répond plus pleinement à la réalité du terrain et présente trois angles morts auxquels cet amendement entend remédier.
    Premier angle mort : le racisme, l’homophobie et les discours de haine. Chaque saison, des chants racistes, des injures homophobes ou antisémites retentissent dans nos enceintes sportives sans que le préfet ne dispose d’un motif clair pour en écarter les auteurs.
    Deuxième angle mort : la géographie. L’interdiction ne couvre que le stade, ses abords et les lieux de retransmission. Or chacun sait que les violences se sont déplacées : rixes organisées à distance des enceintes ou affrontements sur les trajets des cortèges des supporters.
    Troisième angle mort : le temps. Les débordements ne commencent pas au coup d’envoi et ne s’arrêtent pas au coup de sifflet final. C’est pourquoi nous proposons d’étendre l’interdiction aux douze heures précédant et suivant la manifestation sportive. Notre groupe estime cette temporalité parfaitement proportionnée.
    J’insiste enfin sur un point. Ce dispositif reste strictement encadré. Il ne vise pas les supporters qui font vivre nos stades, mais, comme toujours, la minorité qui empêche les matchs de se dérouler sereinement et dans le respect de chacun.

    Nous en venons aux sous-amendements aux amendements identiques nos 889 et 828.
    La parole est à Mme Andrée Taurinya, pour soutenir le sous-amendement no 929.

    Nous avons réussi à supprimer cet article en commission et nous espérons confirmer cette suppression dans l’hémicycle. En effet, dans le fouillis de mes que constitue votre texte, pour quelles raisons cet article visant les supporters surgit-il soudainement ? On se le demande.
    Vous nous dites avoir eu des échanges avec des parlementaires. Pourtant, ma circonscription se trouve intégralement à Saint-Étienne –⁠ Allez les Verts ! – et je n’ai reçu aucun appel. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ Mme Léa Balage El Mariky applaudit également.) Et même si vous m’aviez appelé pour négocier quoi que ce soit, je vous aurais dit non : vous voulez instaurer des interdictions administratives, alors même qu’il existe déjà des interdictions judiciaires.
    Je vous répète ce que nous ne cessons de vous dire depuis le début de ce débat : vous vous prenez pour le ministre de la justice, alors que vous êtes ministre de l’intérieur. La justice, pour nous, ne se rend pas par sanctions administratives.
    En outre, monsieur le ministre –⁠ écoutez-moi, s’il vous plaît, vous demanderez conseil pour votre réponse plus tard (Sourires) –, le gouvernement a conclu en 2023 un accord équilibré avec les associations de supporters, qui prévoyait une augmentation des peines judiciaires mais un encadrement des sanctions administratives.
    Nous étions parvenus à cet équilibre, mais les associations de supporters attendent toujours le bilan de cette réforme. Avant d’introduire une nouvelle me dans ce texte fourre-tout, communiquez-nous ce rapport. Nous verrons alors s’il convient d’envisager d’autres mes.

    Je suis saisie de plusieurs demandes de scrutin public : sur les sous-amendements nos 929, 930, 931, 932 et 933, par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire ; sur les sous-amendements nos 1062, 1063, 1064, 1065, 1066, 1067, 1068, 1069, 1070 et 1071, par le groupe Socialistes et apparentés.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    La parole est à Mme Ersilia Soudais, pour soutenir le sous-amendement no 930.

    Monsieur le ministre, vous affirmez vouloir sanctionner des personnes qui auraient troublé l’ordre public par le passé. Or ce n’est pas la fonction initiale des interdictions administratives de stade, qui visent à prévenir les troubles. Qu’est-ce qui vous prouve que les personnes que vous visez vont forcément récidiver ? Rien. Votre me porte donc une atteinte disproportionnée à la liberté d’aller et venir.
    Ce sous-amendement vise à supprimer l’extension temporelle des interdictions administratives de stade, mais nous sommes opposés au principe même de telles interdictions, qui consacrent le règne de l’arbitraire. Il s’agit d’une sanction très lourde, qui n’est même pas prononcée par un juge et qui prive l’intéressé de toute réelle possibilité de se défendre, contrairement aux mes judiciaires.
    Les supporters visés n’ont pas accès à leur dossier avant le prononcé de l’IAS. Que se passe-t-il en cas d’erreur d’identification, d’erreur dans l’appréciation des faits ou d’erreur de l’administration ? Des situations arbitraires et injustes peuvent évidemment survenir.
    Vous prétendez constamment prendre de telles mes au nom de la sécurité. Au contraire, vous êtes en train de créer un monde dangereux, un monde où les gens se sentiront en insécurité du fait même de vos choix politiques. Depuis de nombreuses années, vous nous dessinez un monde proprement épouvantable. La proposition de loi sur le permis de tuer tout récemment adoptée l’a encore prouvé, et ce projet de loi Ripost en constitue un nouvel exemple. Les gens sont atterrés de voir où nous en sommes arrivés.

    La parole est à M. Nicolas Sansu, pour soutenir le sous-amendement no 1041.

    Personne ne nie qu’il existe des problèmes dans les stades et à leurs abords. Les accords qui avaient été conclus sur le sujet, et qui méritent désormais d’être évalués, étaient bons.
    Le rétablissement de cet article vise à étendre le champ des interdictions administratives de stade, qui constituent pourtant une anomalie juridique puisque, prononcées par un préfet, sans intervention d’un juge, sans procès équitable, sans accès effectif au dossier, elles produisent les effets d’une véritable sanction.
    Quels sont leurs résultats ? Le rapport parlementaire rédigé par Mme Marie-Georges Buffet et M. Sacha Houlié en 2020 est sans appel : près de 75 % des interdictions administratives de stade contestées devant le juge administratif sont annulées ! Dans certains cas, elles sont même inscrites à tort au casier judiciaire avec des conséquences professionnelles lourdes, alors même que la loi ne le prévoit pas. Voilà la réalité de ce dispositif !
    Ne nous trompons pas sur l’objectif réel de cet article. Loin de viser à lutter contre le racisme ou les violences dans les stades, que notre arsenal législatif permet de combattre –⁠ le préfet peut toujours saisir le parquet des délits de racisme, d’antisémitisme et d’homophobie –, l’étude d’impact assume qu’il s’agit avant tout de faciliter la répression des banderoles et chants visant la Ligue de football professionnel ou des diffuseurs.
    Ce qui est poursuivi n’est pas seulement un comportement mais une conception du supportérisme. Les ultras ne se considèrent pas comme de simples consommateurs d’un spectacle. Ils se vivent comme des acteurs de leur club, capables de contester les dirigeants, d’afficher une banderole contre la multipropriété (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP), de s’opposer à la tenue de matchs en semaine –⁠ comme l’ont fait les supporters du Red star –, ou d’organiser collectivement leurs tribunes. Cette autonomie dérange parce que le football business préfère un public docile, prévisible et consommateur.
    La menace que vous avez proférée tout à l’heure contre les clubs de supporters n’est pas de bon aloi, monsieur le ministre. Demain, sans doute, on ne pourra plus avoir des tifos aux couleurs de la Palestine.

    Eh oui ! (Mme  Andrée Taurinya applaudit.)

    C’est ça, la réalité ! Les tribunes sont un espace d’expression ; le sport est politique. À force de vouloir faire taire toute contestation au nom de l’ordre, vous ne protégez ni le football, ni les libertés, vous affaiblissez les deux ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    Je suis saisie de deux sous-amendements identiques, nos 931 et 1062, à l’amendement no 889.
    La parole est à M. Andy Kerbrat, pour soutenir le sous-amendement no 931.

    Il est très important de bien qualifier ce dont nous parlons. Vous nous avez fait tout un blabla, monsieur le ministre, sur la nécessité de renforcer l’arsenal juridique que constitue l’interdiction de stade à des personnes qui ne vous plaisent pas. La réalité est que vous renforcez une interdiction administrative. Voilà ce que vous faites !
    Or l’interdiction administrative de stade signifie qu’un préfet, une autorité administrative, décide unilatéralement, sans aucune possibilité de recours, d’interdire l’accès à des stades. Savez-vous de qui nous parlons ? Vous êtes sans doute au courant que 70 % de ces IAS, comme on les appelle, ont été interdits pour avoir déclenché un fumigène au sein des tribunes !
    Ainsi, tout ce que vous dites au sujet de l’ultraviolence, de la société Orange mécanique et que sais-je encore, ce n’est pas la réalité de votre travail. Dans les faits, celle qui lutte réellement contre les phénomènes d’agressions, de rixe, de batailles, de fights organisées, c’est la justice. La justice est la seule à pouvoir mener cette bataille.
    Votre proposition inique prévoit une interdiction administrative de stade qui serait non seulement temporelle –⁠ douze heures avant et douze heures après la rencontre – mais aussi géographique ! Elle vise le stade, mais, aussi, le bar, ce que vous avez reconnu au Sénat. Il suffit que trois supporters se retrouvent dans un bar et –⁠ mon Dieu, oh là là ! – l’autorité administrative pourra considérer que la personne a enfreint son IAS. Voilà la réalité : ce que vous voulez faire, c’est criminaliser, dans la lignée de Bruno Retailleau.
    Vous n’avez pas appelé Saint-Étienne, mais vous n’avez pas non plus appelé Nantes ! Vous auriez pu me contacter pour avoir une discussion avec le groupe Brigade Loire, qui a été pendant très longtemps dans le viseur de votre prédécesseur… En menaçant de dissoudre les groupes de supporters si on ne rétablit pas votre article 4, vous créerez dans les stades un climat que vous vous mordrez les doigts d’avoir suscité ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    La parole est à M. Pierrick Courbon, pour soutenir les sous-amendements nos 1062 et 1063, à l’amendement no 889, qui peuvent faire l’objet d’une présentation groupée.

    Avant de défendre le sous-amendement no 1062, je débuterai par un propos général. Nous l’avons dit en commission, commencer la discussion sur l’article 4 en disant : « Je n’aimerais pas être contraint de me replonger dans des dossiers de dissolution », n’est pas une entrée en matière très constructive ! (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.)
    Si je suis d’accord sur la nécessité de lutter pour éradiquer la violence dans et aux abords des stades –⁠ il n’y a aucune ambiguïté là-dessus –,…

    …la question est de savoir comment y parvenir de manière efficace.
    Après avoir salué –⁠ je continue de le faire – l’évolution consistant à vouloir éviter les sanctions collectives, qui sont injustes et inefficaces, je constate que, loin de renforcer les sanctions judiciaires à l’encontre de comportements délictuels, vous favorisez des mes administratives, principalement préventives, dont vous connaissez pourtant la faiblesse juridique, puisqu’une grande partie des interdictions de stade, notamment celles prononcées pour pyrotechnie festive, sont annulées par les tribunaux administratifs.
    Certains d’entre nous éprouvent un certain malaise à discuter des supporters et des ultras dans le cadre d’un texte de loi fourre-tout, dans lequel on les associe à des narcotrafiquants, des délinquants routiers, etc. Certes, ce ne sont pas des anges, mais si l’on s’attache aux risques qu’ils font courir à la société, il y a quand même un vrai problème de proportionnalité.
    De manière plus globale, tant dans la version initiale du texte que dans votre amendement de rétablissement –⁠ qui fait un pas dans la bonne direction –, vos propositions pour renforcer les mes administratives à l’encontre des supporters reviennent à assujettir certains d’entre eux à un régime de contrôle parfois plus sévère et restrictif que les Micas –⁠ mes individuelles de contrôle administratif et de surveillance – auxquelles sont soumises certaines personnes suspectées de terrorisme, ce qui pose un problème de proportionnalité de la sanction.
    J’en viens à la défense des sous-amendements relatifs à l’extension géographique de l’interdiction.
    Premièrement, une interdiction administrative de stade doit se concentrer sur ce qui se passe dans le stade, même s’il est nécessaire d’avoir une vision sur ce qui se produit aux alentours. La difficulté provient de ce que de nombreux stades sont situés en plein cœur des villes. Ainsi l’extension de l’IAS aux « lieux de passage de cortège et aux lieux de rassemblement » n’est-elle pas non plus nécessairement proportionnée. Dans ma ville, par exemple, le lieu de passage des supporters, c’est toute la ville, du sud au nord, quand ils vont en cortège rejoindre le stade ! La limitation de la liberté d’aller et venir peut être vraiment problématique quand tout un pan d’une ville de 180 000 habitants est concerné !
    D’autant que le Conseil d’État dit clairement que le périmètre et les circonstances de l’interdiction doivent être définis de manière précise. Par nature, les lieux de rassemblement et les lieux de passage ne sont pas toujours les mêmes, ce qui crée une véritable fragilité juridique.
    Le sous-amendement no 1063 est une solution de repli, consistant à accepter cette extension géographique pour les matchs classés catégorie 5, c’est-à-dire ceux pour lesquels les troubles à l’ordre public sont susceptibles d’être les plus importants et les plus fréquents.

    La parole est à M. Sacha Houlié, pour soutenir les sous-amendements nos 1064 et 1065, à l’amendement no 889, qui peuvent faire l’objet d’une présentation groupée.

    Avant de répondre à M. le ministre sur sa présentation de l’amendement no 889, je voudrais rectifier deux éléments qu’il a présentés comme des constats. Le premier concerne l’accroissement des troubles à l’intérieur des stades. Dans son rapport, le Sénat établit que 85 IAS ont été prononcées pour la saison 2022-2023 et 147 pour la saison 2024-2025. S’il y a bien une augmentation, ça n’est pas une explosion des violences, telle que vous avez pu la décrire.
    Vous avez affirmé par ailleurs que les sanctions collectives ne sont pas des réponses à la violence que l’on connaît dans les stades. Nous partageons ce constat et nous leur avons toujours préféré les réponses individuelles. C’est la raison pour laquelle, après avoir étudié avec attention les interdictions administratives de stade, Marie-George Buffet et moi-même n’avons pas proposé leur suppression mais leur pérennisation, sous réserve d’encadrer leur durée, fixée à douze mois, et qui peut être prolongée de vingt-quatre mois en cas de récidive. Nous avons également souhaité que l’interdiction administrative ne se cumule pas avec une interdiction judiciaire et qu’elle s’éteigne lorsqu’une peine complémentaire d’interdiction est prononcée par un magistrat.
    Cela m’amène à mon second point : les mes dont vous proposez le rétablissement marquent en réalité une évolution par rapport à celles que vous aviez initialement présentées. Ainsi, vous maintenez la durée des IAS que j’avais fait corriger dans la loi de 2023, c’est-à-dire les périodes de douze et vingt-quatre mois que je viens d’évoquer.
    Vous revoyez l’amplitude de l’interdiction : de vingt-quatre heures précédant et suivant la rencontre, vous êtes passés à douze heures.
    Si l’IAS peut être prononcée en raison d’injures publiques, vous avez accepté que ce ne soit possible qu’après des injures « graves et répétées ». Rappelons que l’injure publique est une qualification pénale, qui doit être appréciée par le juge plutôt que par une autorité administrative. D’autre part, il est naturel que des choix politiques de la Ligue de football professionnel puissent être contestés par les supporters dans un stade.
    En revanche, vous n’avez pas souhaité revenir sur l’obligation de pointage, alors que nous souhaitions que cette me particulièrement attentatoire aux libertés ne puisse être prononcée qu’à l’égard d’un supporter qui entend se soustraire à une IAS.
    Les sous-amendements nos 1064 et 1065 reviennent à vous prendre au mot. Puisque vous estimez que l’interdiction administrative est une sanction, elle doit faire l’objet d’une procédure contradictoire, lors de laquelle la personne se verra communiquer son dossier –⁠ c’est l’objet du sous-amendement no 1064 , pour être en me de contester l’interdiction devant les juridictions administratives, au fond ou en référé.
    Le sous-amendement no 1065 tend à introduire un délai d’un mois à compter de la connaissance des faits par l’autorité préfectorale pour lancer la procédure contradictoire préalable à l’IAS. Encore une fois, si cette me est une sanction, elle ne peut pas être prononcée sur-le-champ.

    La parole est à M. Pierrick Courbon, pour soutenir le sous-amendement no 1066, à l’amendement no 889.

    Dans la me où nous présentons de très nombreux sous-amendements à l’amendement no 889, portant sur des sujets différents, peut-être serait-il opportun pour la cohérence de nos débats que M. le ministre nous réponde en plusieurs vagues, plutôt qu’en une fois au terme de la discussion ?
    Le sous-amendement no 1066 vise à garantir qu’une IAS –⁠ qui, historiquement, même si les choses évoluent, est censée être une me préventive – tombe automatiquement et mécaniquement dès lors qu’une sanction pénale définitive est intervenue pour les mêmes faits.
    Vous me direz sans doute que cet amendement est satisfait mais, sur le terrain, on constate qu’un certain nombre d’interdictions administratives de stade sont maintenues après que des décisions judiciaires ont invalidé leur fondement. Il s’agit d’empêcher ces cas de figure, qui existent en pratique.

    Sur les sous-amendements nos 1005 rectifié et 1006, je suis saisie par le groupe Écologiste et social d’une demande de scrutin public.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    La parole est à M. Pouria Amirshahi, pour soutenir le sous-amendement no 1005 rectifié, à l’amendement no 889.

    Les interdictions de paraître pour incitation à la haine raciale sont au cœur de l’actualité avec la Coupe du monde de football, puisqu’on a vu des joueurs éminents, de notre équipe et d’autres équipes, victimes de racisme et de négrophobie. À cet égard, je tiens à exprimer toute ma solidarité aux joueurs de l’équipe de France et à Kylian Mbappé en particulier. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EcoS, LFI-NFP, Soc et GDR.)
    Danielle Simonnet –⁠ ici présente – et Sabrina Sebaihi ont justement déposé une proposition de loi visant à responsabiliser les clubs pour mettre fin à l’homophobie dans le sport. On ne peut pas admettre que les stades soient les lieux d’expressions racistes, homophobes ou porteuses d’autres discriminations.
    En la matière, notre arsenal législatif actuel est déjà significatif et robuste puisqu’il qualifie pénalement ces actes, qui sont définis et réprimés par la loi du 29 juillet 1881.
    Or, une fois de plus, vous proposez de transférer au pouvoir administratif ce qui, en application de cette loi, relève du juge. Je finis par m’inquiéter : que restera-t-il au ministère de la justice ? Si vous continuez à déjudiciariser tout ce qui, en vertu de la loi, relève de la procédure pénale, nous nous dirigeons vers un ordre juridictionnel très inquiétant, monsieur le ministre.
    En l’espèce, vous proposez que les IAS motivées par des injures publiques et des provocations à la haine soient décidées de façon définitive, sans recours, par le préfet. Pour notre part, nous demandons, non de renoncer à lutter implacablement contre ces délits –⁠ de ce point de vue, nous partageons le même objectif –, mais de demeurer dans un cadre judiciaire.
    Pour sécuriser juridiquement le dispositif, acceptez notre sous-amendement no 1005 rectifié et le suivant, le sous-amendement no 1006, qui prévoit aussi de rester dans le cadre judiciaire.

    La parole est à M. Pierrick Courbon, pour soutenir le sous-amendement no 1067.

    J’abonde dans le sens de notre collègue Amirshahi. La lutte contre les violences verbales discriminatoires, homophobes et racistes est un combat qui nous rassemble. Les mes prises doivent cependant s’appuyer sur des décisions de justice, comme il est d’usage dans un État de droit.
    Le sous-amendement no 1067 vise à supprimer l’injure publique des comportements susceptibles de donner lieu à une interdiction administrative de stade tel que le prévoit l’amendement du gouvernement. Il n’est évidemment pas question d’autoriser tout et n’importe quoi dans un stade de football. En revanche, la notion d’injure publique reste juridiquement floue dans ce contexte. Notre collègue Sansu l’a dit : on peut régulièrement voir dans les tribunes des banderoles au message piquant ou subversif. Voici quelques exemples pour que vous compreniez mieux de quoi je parle : quand des supporters s’expriment sur la question des droits de retransmission et des modalités de diffusion des matchs en brandissant une banderole qui proclame : « La LFP est une voleuse ! », peut-on parler d’injure publique ? Qu’en est-il si un député, moi par exemple, déclare dans le stade de sa ville : « Vincent Labrune a tué le football français » ? Si des supporters crient : « Non au football qatarisé ! », cette déclaration relève-t-elle de l’injure publique ?

    Oui, c’est xénophobe ! (Sourires.)

    Nous sommes tous d’accord qu’il est nécessaire de lutter contre les propos discriminatoires, homophobes et racistes, mais la notion d’injure publique me paraît trop floue pour être conservée.

    La parole est à M. Sacha Houlié, pour soutenir le sous-amendement no 1068.

    Je compléterai ce que vient de dire M. Courbon. La notion d’injure publique correspond à une qualification pénale. Nous saluons certes le fait que votre amendement précise qu’il faut que l’injure publique soit « grave et répétée » pour justifier une interdiction administrative de stade, mais ce n’est pas suffisant. Il faudrait retirer l’injure publique des motifs pour lesquels peut être prononcée une interdiction administrative de stade, en limitant ceux-ci aux violences dont se rendent coupables les supporters dans une enceinte sportive ou à proximité de celle-ci.
    Admettons cependant que vous ne retiriez pas la mention de l’injure publique : il faudrait qu’une procédure judiciaire soit engagée concomitamment à l’IAS contre l’auteur des propos. La saisine du parquet et l’ouverture d’une enquête sont la condition de la validité de l’IAS. Les auteurs de l’infraction doivent être traduits devant une juridiction pénale pour être jugés, et non simplement faire l’objet d’une procédure administrative, car ce n’est pas à l’administration de sanctionner le supporter qui se rend coupable de propos injurieux.

    La parole est à Mme Élisa Martin, pour soutenir le sous-amendement no 932.

    Les interdictions administratives de stade ne sont pas des décisions neutres. Elles restreignent significativement les libertés fondamentales, en particulier celle d’aller et venir et le droit au respect de la vie privée. Au travers de ce sous-amendement, nous proposons que l’IAS devienne caduque à partir du moment où une décision de justice a été rendue. Il y a une hiérarchie à respecter : les décisions judiciaires l’emportent sur les mes administratives, c’est un principe de base ! Il est d’autant plus important de respecter cette hiérarchie que ce sont les libertés fondamentales des personnes qui sont affectées. Sinon, on pourrait se retrouver dans des situations ubuesques, où une interdiction administrative de stade resterait d’actualité alors qu’une décision de classement sans suite ou une amende aurait été prononcée par l’autorité judiciaire. Ce serait fort problématique, d’autant que, comme on l’a dit plusieurs fois, ces décisions sont fragiles, y compris aux yeux de la justice administrative.
    À ces questions vient se greffer un autre sujet, donc nous avons déjà débattu à l’occasion de la préparation des Jeux olympiques de 2024 : la protection de la liberté d’expression. Des exemples viennent d’être donnés. Certains groupes de supporters se mobilisent contre l’organisation mégacapitalistique du football contemporain. Nous sommes entièrement d’accord avec eux : ce sport populaire mériterait d’être davantage protégé à cet égard.

    La parole est à M. Pouria Amirshahi, pour soutenir le sous-amendement no 1006.

    Je reprends mon argumentation là où j’avais dû l’interrompre en défendant le sous-amendement no 1005. Monsieur le ministre, si vous continuez à transférer autant de pouvoir à l’autorité administrative au détriment de l’autorité judiciaire, ce ne sera pas sans conséquences, et on les constate déjà.

    La mise en place d’un État policier !

    Ce matin, Léa Balage El Mariky est revenue de la cour administrative d’appel de Paris avec le chiffre suivant : le contentieux administratif a augmenté de 35 % ! Vous affaiblissez le juge judiciaire, garant de notre droit, et vous allez engorger toute la justice administrative. Nous y perdrons donc en efficacité. Or, depuis le début de l’examen de ce texte, c’est l’efficacité que vous invoquez pour justifier la pertinence de vos mes.
    Par ailleurs, je voudrais évoquer les graves difficultés que soulève le recours aux Micas, dont vous vous inspirez. Si une interdiction à paraître est prise par l’administration, mais que le juge judiciaire, saisi de son côté, décide qu’une telle interdiction n’a pas lieu d’être, la décision administrative reste valide. Vous instaurez donc quelque chose d’assez fou en revenant sur un principe fondamental, l’autorité de la chose jugée !

    Tant du point de vue de l’organisation administrative, de notre ordre juridictionnel que des principes du droit, vous faites non seulement fausse route, mais vous édifiez quelque chose de très dangereux. Sur cette question comme sur d’autres, vous vous en doutez, nous saisirons le Conseil constitutionnel. En attendant, je vous invite à y réfléchir à deux fois, ou en tout cas à répondre précisément à nos arguments –⁠ le risque d’embolie de la justice administrative et surtout la remise en cause de l’autorité de la chose jugée si une me administrative reste valide alors que le juge judiciaire a rendu une décision contraire.

    Je suis saisie de deux sous-amendements identiques, nos 933 et 1069.
    La parole est à Mme Sophia Chikirou, pour soutenir le sous-amendement no 933.

    Je poursuivrai sur le même ton que mon collègue. Le sous-amendement no 933 est un sous-amendement de repli. Nous essayons ainsi de sécuriser certaines garanties et de limiter l’arbitraire que vous souhaitez généraliser, voire automatiser, monsieur le ministre.
    Plusieurs ONG vous ont déjà interpellé à propos de ce texte. Vous allez trop loin : vous instaurez un système qui ne respecte pas les libertés fondamentales. Même l’ONU s’est exprimée à propos de ce projet de loi car vous faites peser un risque sur les libertés fondamentales des Français. Pourquoi avez-vous décidé d’instaurer un tel système en plein mois de juillet, à moins d’un an de votre départ, puisque les élections auront lieu au printemps prochain et que vous partirez, que vous dégagerez même, de ce gouvernement ? (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Nous ne comprenons pas pourquoi vous avez choisi ce moment pour instaurer un État policier ! Vous n’êtes pas ministre de la justice mais ministre de l’intérieur ; comment pouvez-vous faire fi de la justice et instaurer un système où la règle administrative l’emporte ? Les mes administratives ont pourtant quelque chose d’arbitraire et d’autoritaire puisqu’elles sont prises en dehors de tout débat contradictoire et qu’il n’est pas possible de revenir dessus, comme mon collègue Amirshahi vient de le rappeler. Même quand la justice judiciaire ne prononce pas d’interdiction de stade, vous persistez à appliquer les IAS !
    Je rebondis aussi sur ce qu’a dit le collègue Courbon. Nous sommes des militants politiques qui nous engageons pour des causes qui ne vous plaisent pas et que vous combattez en employant des moyens qui ne sont pas toujours loyaux. Vous seriez bien capables de nous interdire de stade pour nous empêcher de nous exprimer !

    M. Jérémie Patrier-Leitus

  • Vous interdire d’Assemblée, en tout cas !

    Les stades de football, comme tous les stades, sont des lieux d’expression populaire et… (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’oratrice. –⁠ Les députés du groupe LFI-NFP applaudissent cette dernière. –⁠ M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.)

    La parole est à M. Sacha Houlié, pour soutenir le sous-amendement no 1069.

    L’état du droit sur les obligations de pointage est défini par la loi de 2023, qui a circonscrit l’obligation de pointage au seul cas où la personne sous le coup d’une IAS entend manifestement s’y soustraire. C’est extrêmement important ! Or la rédaction du gouvernement revient à autoriser l’administration à imposer des obligations de pointage sans avoir à les justifier ; en tout cas, elle tend à lever la restriction actuelle.
    Dans les faits, certains préfets imposent souvent le pointage en toutes circonstances. Je veux évoquer quatre situations dont m’a fait part l’avocat de l’Association nationale des supporters. Un père divorcé a été assigné à résidence un week-end car il devait pointer au commissariat tous les jours ; par conséquent, il n’a pas pu emmener son fils en vacances. Un infirmier de nuit s’est retrouvé à devoir pointer tous les jours au commissariat, et a donc été contraint de laisser sa femme enceinte de huit mois s’occuper de leurs quatre enfants. Un père de famille qui avait demandé s’il pouvait pointer à la gendarmerie de son lieu de villégiature plutôt qu’au commissariat de sa ville s’est vu répondre de prendre ses billets, avant qu’on lui dise qu’il ne pouvait finalement pas partir en vacances car il n’avait pas obtenu l’autorisation de la préfecture –⁠ précisons qu’il n’avait nulle intention de se rendre au stade pendant ses vacances.
    Des recours ont été adressés au tribunal administratif et dans chaque cas, ce dernier a annulé l’obligation de pointage, mais trop tard ! Voilà pourquoi la disposition prévue à l’alinéa 5 de l’article L. 332-16 est justifiée. Nous l’avons introduite en 2023 par un amendement que j’avais défendu en tant que président de la commission des lois, et que certains d’entre vous ont donc peut-être voté. L’amendement du gouvernement, dont le 9e alinéa prévoit la suppression de cette disposition, pourrait tout changer.
    Par conséquent, si vous ne deviez voter que pour un seul sous-amendement à l’amendement du gouvernement, il faudrait que ce soit pour celui-ci !

    La parole est à M. Pierrick Courbon, pour soutenir le sous-amendement no 1070.

    Il s’agit d’un amendement de repli qui porte sur le même sujet. Nous proposons de restreindre la possibilité d’imposer une obligation de pointage aux cas de faits de violence avérés et d’atteintes aux personnes et aux biens. Pourquoi cette précision, monsieur le ministre ? Comme notre collègue Houlié vient de l’expliquer, l’obligation de pointage détruit des familles. Elle peut être lourde de conséquences pour la situation professionnelle ou familiale. Surtout, une obligation de pointage peut être imposée à des personnes à qui l’on reproche simplement d’avoir tenté d’introduire un fumigène dans un stade ! Dans la majorité des cas évoqués par Sacha Houlié, l’interdiction de stade assortie d’une obligation de pointage n’avait pas été prononcée pour des faits de violence contre les forces de l’ordre ou d’autres supporters mais bien en raison d’un usage festif d’engins pyrotechniques –⁠ en d’autres termes, pour avoir allumé un fumigène. C’est très problématique ! Faute de temps, Sacha Houlié n’a pas pu citer son quatrième exemple : il s’agissait d’un supporter qui n’avait pas pu se rendre à des obsèques en raison de son obligation de pointage.
    Nous en avons déjà parlé, monsieur le ministre : j’entends bien que votre intention n’est pas de rétablir l’automaticité du pointage. Mais la loi est de portée générale ! Je pourrais partir d’un postulat de confiance, mais quelle garantie avons-nous que, dans quelques mois, un autre ministre de l’intérieur ne décidera pas que toute interdiction administrative de stade s’accompagnera automatiquement d’une obligation de pointage ?
    Si vous n’arrivez pas à revenir sur la me du code du sport qui oblige l’administration à démontrer que l’assujetti à une IAS a l’intention de s’y soustraire, c’est tout simplement parce que les personnes dans ce cas n’ont pas cette intention.

    Vous conservez la parole, monsieur Courbon, pour soutenir le dernier sous-amendement à l’amendement du gouvernement, le no 1071.

    Il s’agit d’un sous-amendement très important : si, en plus du no 1069 défendu par mon collègue Houlié, il ne fallait en retenir qu’un, ce serait celui-là. Je m’adresse à tous les collègues qui ne sont pas passionnés par le sujet de l’article 4 mais qui ont dans leur téléphone portable des photos de tribunes embrasées par des fumigènes festifs, lesquels sont à l’origine de la majorité des IAS. On peut réclamer de la sévérité à l’encontre des auteurs de violences contre les biens ou les personnes, et je peux comprendre ceux qui souhaitent également en faire preuve contre les personnes utilisant la pyrotechnie pour abîmer les sièges d’un stade ou lançant des fumigènes vers une autre tribune ou sur le terrain.

    En revanche, dans la plupart des cas, l’utilisation de la pyrotechnie est purement festive, elle ne porte atteinte ni aux biens ni aux personnes. Le sous-amendement que nous proposons offre l’occasion d’un jackpot au gouvernement. Ce dernier peut persister dans sa politique du chiffre, qui consiste à afficher une prétendue sévérité en prononçant de nombreuses IAS. Mais il pourrait aussi, avec le dispositif que nous proposons, significativement augmenter le taux de recouvrement des AFD et désencombrer les tribunaux administratifs, qui sont systématiquement saisis et annulent dans l’immense majorité des cas les IAS prononcées pour usage festif de la pyrotechnie.
    Le sous-amendement vise à instaurer le principe suivant : si une personne visée par une IAS pour un usage festif de la pyrotechnie ou une tentative en ce sens règle son AFD, l’IAS tombe. Il s’agit d’une proposition de bon sens sur laquelle je demande à M. le ministre une réponse argumentée.

    La parole est à M. Christophe Marion, pour soutenir l’amendement no 840.

    Nous demandons le rétablissement de cet article dans sa version initiale, qui proposait une extension temporelle et géographique des IAS. C’est indispensable car les violences peuvent commencer avant le match, lors de rassemblements de supporters, et continuer après, lors d’affrontements, de dégradations, de provocations. Surtout, elles ciblent nos valeurs, avec des discours de haine qui s’opposent à la passion du sport.
    L’article prévoyait de renforcer le dispositif permettant aux préfets de prononcer des IAS. On ne peut pas s’offusquer lorsqu’une sénatrice paraguayenne s’attaque à Kylian Mbappé et ne pas faire preuve de fermeté quand la même chose se passe dans un stade. Et si on parle de cette sénatrice, on peut aussi penser à l’influenceuse d’extrême droite Thaïs d’Escufon, qui a tenu des propos inadmissibles sur l’équipe de France en proposant de renvoyer ses joueurs par charter en Afrique. (MM. François Cormier-Bouligeon et Antoine Léaument applaudissent.) Rétablir l’article dans sa version initiale est une solution de bon sens : les faits visés doivent être suivis de sanctions et nos stades ne peuvent pas être des cirques où s’exprime la violence. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe EPR.)

    Les amendements identiques nos 5 de M. Éric Pauget, 233 de M. Thierry Liger, 243 de Mme Valérie Bazin-Malgras et 351 de M. Laurent Mazaury sont défendus.
    Quel est l’avis de la commission sur l’ensemble des amendements et sous-amendements en discussion commune ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Je vais essayer de ramasser dans une réponse globale les avis sur les amendements de rétablissement et sur les sous-amendements qui leur sont rattachés. Avant toute chose, je précise à nos collègues qui n’étaient pas avec nous en commission des lois et qui n’ont donc pas participé à nos échanges sur les IAS que, contrairement à ce qui a pu être dit, l’article 4 ne crée pas quelque chose de nouveau. Il est inexact de prétendre qu’en plein mois de juillet, nous inventerions un régime administratif d’interdiction. Les IAS existent dans le droit français depuis 2006…

    C’est le principe même de ce texte ! Tout ce qu’il prévoit est déjà dans le droit !

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • …et, en se combinant avec des interdictions judiciaires, permettent de traiter un problème. Elles ne sont pas une anomalie –⁠  M. Houlié ne me contredira pas si j’indique qu’elles existent dans d’autres pays. Par ailleurs, j’imagine que nous sommes tous d’accord pour dire que des mes individuelles sont toujours préférables à des sanctions collectives.
    Après la suppression de l’article 4 en commission, des échanges ont eu lieu entre le ministre de l’intérieur et plusieurs groupes politiques pour essayer de trouver une version de consensus ou, au moins, de convergence. La rédaction a été améliorée, avec un rétrécissement du dispositif proposé : les obligations débutent douze heures avant le match et se terminent douze heures après, alors que la rédaction initiale prévoyait deux fois vingt-quatre heures ; les IAS peuvent être prononcées pour un maximum de douze mois –⁠ vingt-quatre en cas de réitération –, et non plus respectivement vingt-quatre et trente-six mois ; et un seul pointage est désormais exigé.
    Certains ont évoqué la liberté d’aller et venir. Or, par le passé, le Conseil constitutionnel n’a rien trouvé à redire sur ce point à propos des IAS. M. Courbon a déposé un sous-amendement pour que les interdictions ne concernent pas le parcours de cortèges de supporters. Or, dans son avis, le Conseil d’État n’a pas relevé de difficultés de proportionnalité ou de motivation de la me.
    On peut toutefois encore améliorer le dispositif, comme cela a été le cas entre le passage en commission et l’examen en séance. C’est pourquoi j’émets un avis favorable au sous-amendement no 1067, M. Courbon ayant pointé les difficultés posées par les mots « injures publiques graves ou répétées ». Je suis en revanche défavorable à tous les autres sous-amendements à l’amendement du gouvernement.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • En introduction à ma réponse à cette longue discussion commune, je vais donner quelques chiffres. Pour la saison 2024-2025, pour laquelle nous disposons des statistiques définitives, les interpellations en marge des matchs de football ont augmenté de 26,7 % par rapport à la saison précédente, soit un passage de 718 à 910 interpellations. La pyrotechnie est loin d’être le seul motif puisque nous avons connu beaucoup d’attaques de convois de supporters par des individus au visage dissimulé, entre autres délits. Je donne ces éléments de bilan pour expliquer à Mme Taurinya ce qui justifie de nouvelles mes.
    À M. Amirshahi, j’indique qu’on ne crée pas une nouvelle police administrative. On se contente d’étendre le champ d’application de ce qui existe pour le faire coller à la réalité actuelle des troubles à l’ordre public. À Mme Chikirou, je signale que la procédure est contradictoire, avec des demandes d’observations, et que, surtout, elle se déroule sous le contrôle du juge administratif,…

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • …éventuellement dans le cadre d’un référé jugé en quarante-huit heures.

    Dans les faits, ce n’est pas appliqué !

    L’administratif, ce n’est pas du judiciaire !

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • S’il vous plaît, ne m’interrompez pas alors que j’explique seulement et modestement que le contrôle judiciaire et les garanties dont vous déploriez l’absence existent !
    Les interdictions judiciaires dont plusieurs orateurs ont parlé accompagnent souvent des sanctions prises pour des violences commises dans l’enceinte du stade. Il s’agit la plupart du temps de peines complémentaires…

    Non, c’est l’inverse !

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • …et, très souvent, elles sont prononcées deux ans après les faits. Comment voulez-vous prévenir des troubles à l’ordre public avec de tels délais ? Je vous ras sur un point important : quand une décision judiciaire est prise en s’appuyant sur les faits à l’origine d’une IAS, celle-ci tombe automatiquement. (M. Pouria Amirshahi proteste.)

    Elle tombe ? C’est pour ça que vous êtes à la ramasse…

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Je veux dire un mot aussi sur l’extension des zones où peut s’appliquer une IAS, au-delà du stade lui-même et de son pourtour. Un préfet ne pourra jamais prendre une interdiction valable dans toute une ville. Cela ne serait ni équilibré ni proportionné et serait immédiatement censuré par un juge administratif. En revanche, on connaît les points de rassemblement, autour de certains bars et, donc, sur la voie publique. C’est toujours là que les troubles ont lieu. À Paris, je pourrais citer une grande place concernée par le problème. Il vaut donc mieux qu’une personne administrativement interdite de stade soit empêchée de se rendre à ces endroits. L’extension prévue ne vise que ce cas-là.
    Monsieur Houlié, mes chiffres ne concordent pas du tout avec les vôtres. Après recensement auprès des préfets, on a dénombré 1 148 IAS prononcées entre 2023 et 2026, dont 5 % seulement ont été annulées.

    Parce que les autres personnes visées ne vont pas au tribunal !

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Je ne sais donc pas d’où vient le chiffre de 75 %. D’autre part, monsieur Courbon, seules un quart des IAS s’accompagnent d’une obligation de pointage. Il n’y en a aucune dans 75 % des cas, et nous souhaitons supprimer la condition selon laquelle il faut démontrer que la personne a l’intention de se soustraire à son obligation de pointage : elle est quasiment impossible à remplir.
    En revanche, je suis surpris par les cas que M. Houlié et vous avez cités, avec des personnes empêchées de se rendre à des obsèques ou de répondre à leurs obligations familiales. J’ai été préfet et je sais que, si elle est contactée, la préfecture lève l’obligation le temps nécessaire. Je l’ai moi-même fait à de nombreuses reprises. Le dispositif est en réalité très souple.
    D’autre part, je voudrais revenir sur les évolutions consenties par le gouvernement. Nous souhaitions porter la durée maximale des IAS à vingt-quatre mois. Nous y avons renoncé, sauf en cas de réitération, et nous restons sur douze mois. La nouvelle rédaction que nous proposons prévoit que l’IAS s’applique douze heures avant et douze heures après le match, et non plus deux fois vingt-quatre heures. Autre élément important : on passe à une seule obligation de pointage, contre un maximum de trois auparavant.
    J’en viens à la notion d’injures publiques relevée par M. Courbon. Cette mention a été ajoutée au Sénat, avec la précision qu’elles devaient être « graves ou répétées ». Je conviens que ce n’est pas facile à établir, et que c’est même très compliqué à établir, à la différence des autres motifs que nous avons retenus, notamment les actes d’incitation à la haine ou à la discrimination contre des personnes en raison de leur origine ou de leur orientation sexuelle, etc. En conséquence, si mon amendement est adopté, je serai, comme M. le rapporteur, favorable au sous-amendement no 1067 qui vise à supprimer cette mention.

    C’est dans l’autre sens que cela se passe !

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Enfin, Mmes Chikirou et Taurinya m’ont accusé de vouloir interdire l’accès au stade à certaines personnes pour les empêcher d’y exprimer des opinions.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Attention : d’une manière générale, les messages politiques sont proscrits des enceintes sportives par les fédérations ou les ligues professionnelles. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    Les propos homophobes ne leur posent pas de problèmes, mais avec les propos politiques, c’est une autre histoire !

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Ce n’est pas du tout un motif d’IAS. Personne n’est interdit de stade pour avoir exprimé un message politique où que ce soit et on n’interdit pas les gens de stade pour les empêcher de le faire.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • En résumé, je suis défavorable à l’ensemble des sous-amendements, sauf le no 1067, et évidemment favorable à l’amendement identique à celui du gouvernement. 

    Avant de donner la parole à l’ensemble des orateurs qui me l’ont demandée, je veux vérifier avec M. le rapporteur que sa position est la même que celle de M. le ministre. Vous êtes opposé à tous les amendements et sous-amendements, à l’exception de l’amendement du gouvernement, de l’amendement identique et du sous-amendement no 1067, c’est bien cela ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Vous avez lu en moi !

    Merci !
    La parole est à M. Corentin Le Fur.

    Nous abordons un sujet important. Si je salue le travail remarquable du ministre de l’intérieur et du rapporteur sur ce texte, je n’en reste pas moins extrêmement sceptique, voire extrêmement critique, sur le rétablissement de l’article 4. Je sais que mon avis est partagé par certains de mes collègues, notamment l’excellent Ian Boucard.
    À mon sens, on se trompe de combat en faisant preuve d’une telle sévérité à l’égard des supporters –⁠ nous en connaissons –, en particulier en imposant à certains une obligation de pointage, particulièrement préjudiciable. Par conséquent, accordons-nous au moins pour adopter les sous-amendements nos 1069, 1070 et 1071 de notre collègue Courbon, afin de supprimer cette obligation, excessivement préjudiciable et sévère lorsqu’il s’agit de réprimer de petites infractions. (M. Sacha Houlié applaudit.) Cet article traite en effet comme des délinquants des supporters qui ont eu le malheur de craquer un fumigène en leur imposant une obligation de pointage qui est disproportionnée.
    Chez moi, les gendarmes eux-mêmes viennent me voir en disant : « Cette obligation de pointage nous pénalise. Pour nous aussi, elle est extrêmement préjudiciable, puisqu’elle nous impose un travail administratif supplémentaire. »

    J’espère que le ministre prend des notes !

    M. Jean-François Coulomme

  • En avant Guingamp !

    …nous connaissons les supporters, notamment ceux du Kop Rouge –⁠ ce sont des artisans, des professeurs, des commerciaux –, à qui cette contrainte est imposée au risque de nuire considérablement à leur vie de famille. J’ai entendu votre argument, monsieur le ministre –⁠ on peut demander une dérogation. Néanmoins, il s’agit d’une contrainte supplémentaire. Supprimons donc cette obligation de pointage !
    Surtout, je crois qu’on se trompe de combat en visant les supporters et les associations de supporters. C’est envers la casse en marge des manifestations sportives et lors de la célébration des victoires qu’il nous appartient collectivement de nous montrer beaucoup plus fermes et plus sévères. (Mme Sophia Chikirou applaudit.)

    Oui, cent fois oui, à une loi anticasseurs !

    Je vous ai entendus, le premier ministre et vous-même : vous voulez avancer en ce sens, et c’est heureux. Reste qu’il ne faut pas se tromper de combat en pénalisant les supporters, comme le fait cet article. L’enjeu est bien de disposer enfin d’une loi permettant de frapper les casseurs au portefeuille et de faire le distinguo entre les supporters et ces individus qui n’ont rien à voir avec eux et qui empoisonnent la vie de nombreux commerçants et riverains. Il me semble indispensable de ne pas rétablir l’article 4. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe DR.)

    La parole est à Mme Danielle Simonnet.

    Monsieur le ministre, il est problématique d’étendre l’interdiction administrative de stade aux personnes ayant tenu des propos discriminatoires, et cela pour une raison : les propos comme les actes LGBTphobes et racistes relèvent du pénal. Par conséquent, en faire des infractions relevant de la justice administrative et de l’arbitraire des préfets pose d’abord un problème d’interprétation : comment sera considérée une banderole «  Free Palestine » ? La me risque de donner lieu à des atteintes disproportionnées à la liberté d’expression. Surtout, ce que vous proposez revient, de fait, à banaliser des délits de provocation à la discrimination, qui devraient plutôt faire l’objet de poursuites pénales.
    Quant au maintien d’une peine d’interdiction administrative de stade même lorsqu’un juge l’a levée, cela me semble dingue. Cela revient à faire du préfet un juge –⁠ et même pire : un juge au-dessus des juges ! C’est donc problématique. (M. Pouria Amirshahi applaudit.)
    D’autre part, j’avais déposé des amendements tendant à inscrire dans la loi une obligation de résultat en matière de lutte contre de tels propos pour les clubs et les organisateurs d’événements sportifs. On a décidé que ces amendements étaient des cavaliers législatifs. Alors que nous examinons une loi fourre-tout, truffée de nchères sécuritaires, totalement inefficace, vous ne vous êtes pas saisi d’une possibilité dont vous disposiez pourtant, monsieur le ministre : reprendre l’un de ces amendements, qui aurait permis de traduire dans le texte deux avis du Conseil d’État, lequel s’est prononcé par deux fois en faveur d’une obligation de résultat imposée aux clubs.
    Franchement, quand des clubs laissent passer des banderoles de vingt mètres de long portant des inscriptions LGBTphobes, convenez que leur complicité est totale ! Outre la responsabilité des supporters, il faut donc mettre en cause celle des clubs. Il s’agit d’un véritable problème : nous sommes très fiers de notre équipe et le football est très populaire, mais cela rend justement ce sport sacrément prescripteur, de sorte que les violences LGBTphobes ou racistes survenant dans les stades ne reflètent pas seulement les mentalités d’une partie de la société : elles peuvent aussi contribuer à les façonner. Or, ne l’oublions jamais, l’homophobie et le racisme tuent. Pensons aux victimes et donnons-nous les moyens de changer la donne, ce que permettrait une telle obligation de résultat ! (M. Pouria Amirshahi applaudit.)

    La parole est à M. Andy Kerbrat.

    Collègues, je ne pense pas que vous souhaitiez qu’une interdiction administrative de stade soit prononcée à l’encontre de Thaïs d’Escufon, cette célèbre raciste dont le nom a été prononcé ici. Il me semble que tout le monde est d’accord : pour avoir tenu des propos racistes, elle doit passer devant la justice. (Mme Danielle Simonnet applaudit.) Et si elle s’attaque à un autre club français et qu’elle tient de nouveaux propos racistes, j’espère qu’ils feront l’objet d’une procédure judiciaire.

    L’un n’empêche pas l’autre !

    Quoi qu’il en soit, nous restons décidés à voter contre les amendements tendant à rétablir l’article. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Votre réécriture ne nous a pas convaincus. Comme nous vous l’avons déjà dit en commission, le problème de l’article initial, comme de votre amendement de réécriture, vient de ce que vous n’avez pas consulté l’Association nationale des supporters. Ses membres vous avaient pourtant alertés lors des travaux auxquels ils ont participé aux côtés de certains parlementaires, non pour représenter nos clubs respectifs, mais pour une raison de fond : bien que j’adore le FC Nantes et la Brigade Loire –⁠ sans être le plus footeux de cette assemblée, je pense –, je ne viens pas ici pour défendre mon club, mais parce que je ne trouve pas normal que l’interdiction de stade relève du registre administratif. Elle doit être prononcée par l’autorité judiciaire ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe EcoS.)
    Quelqu’un, un con –⁠ disons-le clairement – qui tiendrait des propos LGBTphobes au sein de l’Assemblée nationale –⁠ chacun sait que je suis plutôt tatillon sur ce genre de questions – devrait être condamné par la justice ; c’est à elle qu’il revient de décider d’une éventuelle interdiction de stade. (Mêmes mouvements.) L’interdiction administrative de stade n’a de valeur qu’entre le moment où le fait est commis et le passage en justice. Or, en réalité, seules les interdictions administratives ont cours. Voilà ce que votre texte vise à aggraver : il n’y aura plus de justice.

    Vous pouvez bien raconter ce que vous voulez sur les possibilités de recours devant le juge administratif. Vous savez aussi bien que moi que les juridictions administratives sont sous l’eau : vous les avez noyées en durcissant le droit des étrangers et en instaurant ce genre de bêtises ! (Mme Sophia Chikirou applaudit.) Les durées de traitement sont si longues que le droit de recours n’est pas effectif. Monsieur Nuñez, retirez cet amendement ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe EcoS.)

    La parole est à Mme Agnès Pannier-Runacher.

    Mme Agnès Pannier-Runacher

  • La position que je vais défendre différera peut-être un peu de celle de mon groupe.
    Le rétablissement de l’article 4 me gêne un peu (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS. –⁠ MM. Ian Boucard et Corentin Le Fur applaudissent également), pour des raisons qui tiennent à mon expérience : je connais des supporters qui, tout en se comportant tout à fait bien, peuvent craquer des fumigènes de manière festive. Tout le monde s’accordera pour reconnaître que c’est interdit et que c’est mal, mais de là à devoir pointer trois fois par semaine au commissariat… (Mêmes mouvements.) Car c’est bien de cela qu’il s’agit : championnat le samedi, coupe d’Europe le mercredi et championnat le samedi qui suit, cela fait trois fois en une semaine. Il s’agit de la vie des gens et la me me semble disproportionnée, je tenais à le dire ici.
    Peut-être pouvons-nous nous rallier aux sous-amendement nos 1069 et identique afin de corriger ce défaut, en sus du sous-amendement no 1067, sur lequel le rapporteur Vincent Caure a donné un avis favorable et de l’amendement no 889, dans lequel je remercie le gouvernement d’avoir esquissé un premier chemin de compromis en s’écartant de la rédaction initiale. Autrement dit, j’invite soit à ne pas adopter d’amendement tendant à rétablir l’article 4, soit à le sous-amender. N’envoyons pas d’honnêtes gens pointer trois fois par semaine au commissariat au risque d’affecter leur vie : pas si nombreux, un peu portés sur la fête et surtout très passionnés de football, ils restent –⁠ j’en connais – de bons citoyens. (MM. Ian Boucard et Corentinl Le Fur applaudissent.)

    La parole est à M. Pierrick Courbon.

    Je salue les quelques ouvertures du rapporteur et du ministre, notamment en faveur de la suppression de la mention des injures publiques, qui relève du bon sens.
    Je vais commencer par un propos qui ne sera pas forcément politiquement correct. Monsieur le ministre, vous avez mentionné 910 interpellations. C’est beaucoup, certes : ce sont 910 faits de trop. Mais, rapportés aux 13 millions d’entrées annuelles dans des stades de football –⁠ en ligue 1, en ligue 2 et en coupe d’Europe –, cela fait moins de 0,01 % de comportements problématiques. Ceux-ci constituent donc un simple reliquat statistique et non un problème systémique de la part des supporters. (M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit.)
    Notre attachement à la question des supporters tient à une autre raison. Comme notre collègue Kerbrat l’a dit, il ne procède pas d’un biais territorial ou d’une volonté de nous adresser à tel ou tel public de nos circonscriptions respectives, mais du constat que, dans notre société, les endroits ne sont plus si nombreux où vous pouvez rencontrer, assis à la même tribune, un prof, un cadre sup et, qui sait, un député, voire un membre du cabinet du ministre de l’intérieur, qui se retrouvent au même moment pour célébrer le sport et soutenir une équipe de football. Il faut défendre ces lieux de rassemblement et de mixité sociale.
    J’en viens aux éléments de réponse de M. le ministre. Afin de lutter contre la violence, objectif que nous partageons, nous avions proposé de muscler l’arsenal juridique avec des mes judiciaires, ce que vous avez refusé de faire, préférant vous en tenir à des mes administratives. Or, vous l’avez reconnu vous-même, le problème des mes judiciaires, c’est que les procédures mettent deux ans à aboutir. Outre qu’un tel délai soulève la question des moyens de la justice, vous conviendrez, je pense, qu’obliger quelqu’un à aller pointer au commissariat toutes les semaines avant d’être innocenté par la justice au bout de deux ans –⁠ sachant que les interdictions administratives de stade qui sont contestées devant le tribunal administratif sont très régulièrement annulées, notamment celles qui avaient été prononcées pour pyrotechnie festive – constitue une me tout à fait disproportionnée.

    Je termine, madame la présidente, en vous disant… (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’orateur.)

    M. Jérémie Patrier-Leitus

  • Droit au but, s’il vous plaît !

    Vous avez terminé, monsieur le député. Tous les orateurs qui le souhaitaient ayant pu s’exprimer, tant sur l’ensemble de la discussion commune que sur chacun des amendements et des sous-amendements, je vais maintenant procéder à leur mise aux voix.

    (L’amendement no 112 est retiré.)
    (M. Corentin
    Le Fur applaudit.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 929.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        131
            Nombre de suffrages exprimés                131
            Majorité absolue                        66
                    Pour l’adoption                46
                    Contre                85

    (Le sous-amendement no 929 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 930.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        135
            Nombre de suffrages exprimés                135
            Majorité absolue                        68
                    Pour l’adoption                46
                    Contre                89

    (Le sous-amendement no 930 n’est pas adopté.)

    (Le sous-amendement no 1041 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix les sous-amendements identiques nos 931 et 1062.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        135
            Nombre de suffrages exprimés                135
            Majorité absolue                        68
                    Pour l’adoption                46
                    Contre                89

    (Les sous-amendements identiques nos 931 et 1062 ne sont pas adoptés.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1063.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        129
            Nombre de suffrages exprimés                107
            Majorité absolue                        54
                    Pour l’adoption                20
                    Contre                87

    (Le sous-amendement no 1063 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1064.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        132
            Nombre de suffrages exprimés                106
            Majorité absolue                        54
                    Pour l’adoption                17
                    Contre                89

    (Le sous-amendement no 1064 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1065.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        133
            Nombre de suffrages exprimés                107
            Majorité absolue                        54
                    Pour l’adoption                18
                    Contre                89

    (Le sous-amendement no 1065 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1066.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        134
            Nombre de suffrages exprimés                133
            Majorité absolue                        67
                    Pour l’adoption                46
                    Contre                87

    (Le sous-amendement no 1066 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1005 rectifié.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        133
            Nombre de suffrages exprimés                107
            Majorité absolue                        54
                    Pour l’adoption                18
                    Contre                89

    (Le sous-amendement no 1005 rectifié n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1067.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        134
            Nombre de suffrages exprimés                74
            Majorité absolue                        38
                    Pour l’adoption                70
                    Contre                4

    (Le sous-amendement no 1067 est adopté.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1068.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        130
            Nombre de suffrages exprimés                108
            Majorité absolue                        55
                    Pour l’adoption                22
                    Contre                86

    (Le sous-amendement no 1068 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 932.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        135
            Nombre de suffrages exprimés                135
            Majorité absolue                        68
                    Pour l’adoption                46
                    Contre                89

    (Le sous-amendement no 932 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1006.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        135
            Nombre de suffrages exprimés                135
            Majorité absolue                        68
                    Pour l’adoption                46
                    Contre                89

    (Le sous-amendement no 1006 n’est pas adopté.)

    On enchaîne les victoires !

    Je mets aux voix les sous-amendements identiques nos 933 et 1069.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        133
            Nombre de suffrages exprimés                133
            Majorité absolue                        67
                    Pour l’adoption                45
                    Contre                88

    (Les sous-amendements identiques nos 933 et 1069 ne sont pas adoptés.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1070.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        129
            Nombre de suffrages exprimés                102
            Majorité absolue                        52
                    Pour l’adoption                42
                    Contre                60

    (Le sous-amendement no 1070 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1071.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        133
            Nombre de suffrages exprimés                127
            Majorité absolue                        64
                    Pour l’adoption                39
                    Contre                88

    (Le sous-amendement no 1071 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix les amendements identiques nos 889 du gouvernement et 828, sous-amendés.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        133
            Nombre de suffrages exprimés                98
            Majorité absolue                        50
                    Pour l’adoption                40
                    Contre                58

    (Les amendements identiques nos 889 et 828, sous-amendés, ne sont pas adoptés.)
    (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)

    Je mets aux voix l’amendement no 840.

    (Le vote à main levée n’ayant pas été concluant, il est procédé à un scrutin public.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        131
            Nombre de suffrages exprimés                95
            Majorité absolue                        48
                    Pour l’adoption                37
                    Contre                58

    (L’amendement no 840 n’est pas adopté.)

    (L’amendement no 233 est retiré.)

    Je mets aux voix, par scrutin public, les amendements identiques nos 5, 243 et 351.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        127
            Nombre de suffrages exprimés                87
            Majorité absolue                        44
                    Pour l’adoption                19
                    Contre                68

    (Les amendements identiques nos 5, 243 et 351 ne sont pas adoptés.)

    La parole est à M. Antoine Léaument, pour un rappel au règlement. Sur quel article le fondez-vous ?

    Je ne me souviens plus de son numéro : il s’agit de l’article qui précise que vous devez donner les avis de la commission et du gouvernement pour chaque amendement. Vous avez dit, pour l’amendement no 889 du gouvernement, que l’avis de la commission était favorable ; or l’avis favorable était celui du rapporteur à titre personnel, la commission ayant voté contre –⁠ je me réjouis d’ailleurs que l’Assemblée ait fait de même. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)

    Je suis saisie de plusieurs demandes de scrutin public : sur les amendements nos 704 et 705, par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire ; sur les amendements nos 281 et 282, par le groupe Socialistes et apparentés.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    La parole est à M. Nicolas Sansu, pour soutenir l’amendement no 704.

    Toujours en ce qui concerne les interdictions de stade, l’amendement vise à supprimer les interdictions commerciales de stade (ICS), qui sont prononcées par les clubs et non par l’autorité judiciaire. Elles peuvent paraître pertinentes au premier abord : compte tenu de la relation contractuelle qui lie le stade et les supporters, si ces derniers ne respectent pas les termes du contrat, le club peut leur interdire l’accès au stade.
    Cependant, les clubs outrepassent leur fonction première de centre commercial du sport. Les stades, qui sont majoritairement des équipements publics, sont aussi des lieux de sociabilité et d’expression politique ; ils constituent parfois, pour certaines personnes, l’unique loisir de la semaine. Du fait de cette évolution, les politiques de sanction des supporters doivent être revues.
    Les ICS sont dépourvues des garanties fondamentales de la procédure judiciaire : elles ne sont assorties ni d’un débat contradictoire ni de la possibilité de faire appel. Il est normal que les actes de violence, de racisme ou d’homophobie soient sanctionnés ; ils tombent d’ailleurs déjà sous le coup du droit pénal. Mais les ICS ne répondent pas à la même logique : dénuées de tout cadre juridique, elles dotent les clubs d’un véritable pouvoir de police.
    En pratique, ce pouvoir est fréquemment détourné pour en faire un instrument répressif à l’encontre des supporters critiquant la direction ou la politique du club. Nombreuses sont les associations de supporters qui en ont fait les frais, comme à Laval ou à Saint-Étienne.
    Comme l’a souligné le rapport de 2020 de M. Houlié et Mme Buffet, ce dispositif est attentatoire aux libertés et insuffisamment encadré. Nous ne pouvons l’accepter. Certains clubs partagent d’ailleurs notre position : ainsi, le Racing club de Lens a décidé d’encadrer sa procédure d’ICS, en permettant un débat contradictoire et en ouvrant la possibilité de faire appel. Il n’est pas normal que les clubs aient de l’avance sur le législateur.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Avis défavorable. Les ICS, créées en 2016, permettent d’agir, parfois face à des comportements qui ne réclament pas de mes de police administrative. Libre aux clubs d’adopter des politiques internes comme celle que vous avez citée à propos du RC Lens. Les ICS restent très utiles.

    Ça sert surtout à virer les gens qui ne sont pas d’accord !

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • J’ai un peu de mal à comprendre cet amendement. Les ICS visent à responsabiliser les clubs, selon une logique commerciale, en leur permettant de suspendre des abonnements. Nous aimerions d’ailleurs que certains clubs prennent davantage leurs responsabilités. Je suis très défavorable à cet amendement.

    Je mets aux voix l’amendement no 704.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        104
            Nombre de suffrages exprimés                104
            Majorité absolue                        53
                    Pour l’adoption                33
                    Contre                71

    (L’amendement no 704 n’est pas adopté.)

    Je suis saisie de deux amendements, nos 705 et 281, pouvant être soumis à une discussion commune.
    La parole est à M. Nicolas Sansu, pour soutenir l’amendement no 705.

    Cet amendement de repli vise à borner dans le temps les interdictions commerciales de stade. Pour le moment, leur durée théorique maximale est de dix-huit mois –⁠ non pas par choix du législateur, mais du fait des limites imposées par le cadre européen en matière de conservation des données personnelles. Ce n’est donc, en réalité, même pas la durée de la sanction qui est plafonnée, mais la durée légale de conservation des données d’identité des supporters.
    Cette durée très longue et qui ne peut être contestée par l’intéressé –⁠ contrairement aux IAS – fait de l’interdiction commerciale de stade la seule interdiction non encadrée. Or les IAS et les interdictions judiciaires, qui sont encadrées, sont déjà largement attentatoires aux droits des supporters !
    Même si nous appelons à la suppression du mécanisme, cet amendement de repli permet de ramener sa durée maximale à six mois. Je pense que vous pourrez le comprendre, monsieur le rapporteur et monsieur le ministre !

    La parole est à M. Sacha Houlié, pour soutenir l’amendement no 281.

    Il s’agit également d’encadrer la durée des interdictions commerciales de stade. Leur légitimité ne peut pas être la même que celle des interdictions judiciaires ou administratives. L’interdiction judiciaire doit primer –⁠ elle prend généralement la forme d’une peine complémentaire infligée à un supporter pour une infraction commise dans une enceinte sportive ou à proximité. Sa durée maximale est de cinq ans. La durée maximale de l’interdiction administrative, quant à elle, est de douze mois. L’amendement no 281 tend à limiter la durée de l’interdiction prononcée par un club –⁠ c’est-à-dire une autorité privée – à neuf mois.
    Je me permets de présenter également l’amendement no 282, qui vise à instaurer une me de coordination. Lorsqu’une interdiction judiciaire est prononcée, elle fait tomber l’interdiction administrative. Dans la même logique, il convient que les préfectures aient connaissance des interdictions commerciales, afin de ne pas prononcer une interdiction administrative qui se cumulerait à une interdiction commerciale, sans coordination de leurs durées. L’amendement no 282 prévoit ainsi qu’à chaque fois qu’un club prononce une interdiction commerciale, il transmet cette information au préfet, afin qu’il en tire les conséquences s’agissant de ses propres interdictions.

    Quel est l’avis de la commission sur ces trois amendements ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Les interdictions commerciales de stade relèvent du pouvoir d’organisation et de gestion des enceintes sportives par leurs exploitants ou par les propriétaires et gestionnaires des clubs. Les pratiques observées varient selon les clubs, les circonstances, les faits reprochés et le niveau de risque présenté par les personnes concernées.
    Dès lors, l’instauration d’un plafond unique de six ou neuf mois ne me paraît pas justifiée ; elle risquerait de réduire la capacité des organisateurs à prévenir efficacement les comportements dangereux.
    Avis défavorable sur les trois amendements.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Même avis, pour les mêmes motifs.

    Je mets aux voix l’amendement no 705.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        95
            Nombre de suffrages exprimés                95
            Majorité absolue                        48
                    Pour l’adoption                28
                    Contre                67

    (L’amendement no 705 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix l’amendement no 281.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        97
            Nombre de suffrages exprimés                97
            Majorité absolue                        49
                    Pour l’adoption                29
                    Contre                68

    (L’amendement no 281 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix l’amendement no 282.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        99
            Nombre de suffrages exprimés                99
            Majorité absolue                        50
                    Pour l’adoption                12
                    Contre                87

    (L’amendement no 282 n’est pas adopté.)

    Je suis saisie de plusieurs demandes de scrutin public : sur les amendements nos 707 et 708, par le groupe Gauche démocrate et républicaine ; sur l’amendement no 807, par le groupe Écologiste et social.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    La parole est à M. Nicolas Sansu, pour soutenir l’amendement no 707.

    Il s’agit de renforcer les garanties procédurales entourant les IAS, en donnant aux supporters concernés un accès effectif aux éléments sur lesquels l’administration fonde sa décision. Monsieur le ministre, 75 % des interdictions administratives qui font l’objet d’un recours devant le juge administratif sont annulées. Certes, tout le monde ne dépose pas un tel recours ; c’est ce qui explique l’inexactitude du chiffre que vous avez communiqué tout à l’heure.
    Les annulations des IAS par le juge administratif résultent généralement d’un défaut de preuves matérielles ou d’une erreur d’identification de la personne visée. Ce constat conduit à interroger la fiabilité du dispositif et justifie de mieux garantir les droits de la défense en amont. Aujourd’hui, lors de la procédure prétendument contradictoire, de nombreuses préfectures refusent de communiquer les photographies, vidéos et autres éléments censés justifier la décision. Le supporter est alors invité à présenter des observations sans connaître les faits précis qui lui sont reprochés.
    Cet amendement vise à garantir le respect des droits de la défense et à limiter les erreurs qui conduisent à des restrictions de liberté injustifiées. Je rappelle que les IAS sont inscrites au casier judiciaire, si bien que certains supporters visés par ces interdictions peuvent se retrouver en difficulté : ainsi, un supporter que je connais particulièrement n’a pas pu devenir sapeur-pompier à cause d’une IAS.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Vous proposez de soumettre toute décision d’IAS à une procédure contradictoire.

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Or l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration (CRPA) impose déjà –⁠ sauf conditions d’urgence – une telle procédure, les IAS relevant d’une décision individuelle défavorable de police administrative. Avis défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Avis défavorable, pour la raison que M. le rapporteur vient d’exposer : la procédure contradictoire est déjà prévue dans ces situations. L’accès au dossier, prévu par l’article L. 122-2 du code des relations entre le public et l’administration, est quant à lui réservé aux seules mes « à caractère de sanction », ce qui n’est pas le cas des mes de police administrative.

    C’est tout de même de l’arbitraire !

    Je mets aux voix l’amendement no 707.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        100
            Nombre de suffrages exprimés                100
            Majorité absolue                        51
                    Pour l’adoption                31
                    Contre                69

    (L’amendement no 707 n’est pas adopté.)

    L’amendement no 708 de Mme Elsa Faucillon est défendu.
    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Même avis.

    Je mets aux voix l’amendement no 708.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        96
            Nombre de suffrages exprimés                96
            Majorité absolue                        49
                    Pour l’adoption                27
                    Contre                69

    (L’amendement no 708 n’est pas adopté.)

    La parole est à M. le ministre, pour soutenir l’amendement no 890 rectifié.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Il vise à créer une interdiction de paraître. M. le député Le Fur disait tout à l’heure que nous devions tenir compte des événements récents : la rédaction du présent amendement est directement inspirée des incidents à répétition qui ont eu lieu à l’issue d’un certain nombre de manifestations sportives. Tout récemment, les célébrations consécutives à la finale de la Ligue des champions ont ainsi été l’occasion d’incidents et de débordements graves.
    L’amendement vise à permettre au représentant de l’État dans le département ou, à Paris, au préfet de police, « [d’] interdire à toute personne ayant commis de manière répétée des agissements violents contre des personnes ou des biens ou un acte violent d’une particulière gravité en marge d’une manifestation sportive, et à l’égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser qu’elle est susceptible de réitérer ces agissements, de paraître en tout lieu ouvert au public dans lequel des troubles graves sont susceptibles de se produire [….] ».
    Il ne s’agit pas d’une interdiction pour plusieurs semaines ou pour plusieurs mois, mais d’une interdiction de paraître limitée à une manifestation sportive, un événement –⁠ pensons par exemple à l’avenue des Champs-Élysées les soirs de match du Paris Saint-Germain ou de l’équipe de France, ou à d’autres lieux encore, à Paris comme en province.
    Cette me de police administrative très importante est donc directement issue de l’expérience des débordements que nous avons connus lors de célébrations sportives.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Avis favorable, motivé par les images –⁠ que nous avons tous en mémoire – de la soirée qui a suivi, à Paris, la finale de la Ligue des champions.
    Nous ne visons pas les supporters des clubs, mais les individus qui font de ces événements une occasion de commettre des troubles, par exemple en utilisant des mortiers d’artifice contre les forces de l’ordre –⁠ nous en avons déjà débattu avant-hier.
    Cette interdiction de paraître est similaire dans son esprit à celle que nous avions votée l’année dernière lors de l’examen du projet de loi visant à sortir la France du piège du narcotrafic.

    Qui n’a servi à rien !

    La parole est à M. Ugo Bernalicis, pour un rappel au règlement.

    Au titre de l’article 100, sur l’organisation de nos débats et sur vos pouvoirs en tant que présidente. Si notre règlement ne garantit qu’une prise de parole pour et une prise de parole contre par amendement, les circonstances sont inhabituelles : de nombreuses dispositions ont été supprimées en commission, les sous-amendements sont nombreux, etc. Nous étions donc partis du principe que, sur les amendements du gouvernement, un orateur de chaque groupe aurait la possibilité de s’exprimer ; il est impossible, sinon, de se prononcer.

    Cela était en effet convenu, mais pas pour les articles additionnels.

    Certes, mais le même principe doit s’appliquer !

    Après l’article 4 (suite)

    Ne perdons pas davantage de temps. La parole est à M. Pouria Amirshahi.

    Vos propos, monsieur le rapporteur, monsieur le ministre, mettent en lumière plusieurs points.
    Premièrement, monsieur le rapporteur, vous avez dit que cet amendement était le bienvenu au lendemain des incidents survenus le soir de la célébration de la victoire du Paris Saint-Germain : voilà qui illustre bien comment des lois émotionnelles contribuent à l’inflation législative ! Tout part d’un fait divers –⁠ qu’une autre doctrine de police aurait permis de gérer autrement, mais je n’entrerai pas maintenant dans ce débat –, alors que nous disposons déjà largement des mes permettant de faire face à ce genre de situation, y compris par de la prévention. Monsieur le ministre, je vous avais d’ailleurs directement interpellé, lors d’une séance de questions au gouvernement, sur la manière dont Madrid ou Londres préparent les soirées de fête et de célébration.
    Deuxièmement, nous voyons bien comment les interdictions de paraître, qui ne visaient initialement que les étrangers, ont donné lieu, petit à petit, à nombre de mes de police administrative allant dans le même sens d’une restriction de la liberté d’aller et de venir, au-delà du cas des seuls étrangers. Ceux qui pensent qu’en s’en prenant aux étrangers, on ne s’en prend qu’aux fauteurs de troubles, devraient voir qu’à la fin, tout le monde est concerné : création des fameuses Micas, création des interdictions administratives de paraître à l’occasion des grands événements, notamment pour les Jeux olympiques et paralympiques de 2030, généralisation des interdictions administratives de paraître par la loi dite « narcotrafic » –⁠ M. le rapporteur vient de le rappeler –, extension des interdictions administratives de stade par le présent projet de loi.
    Il y a enfin, monsieur le ministre, une contradiction dans votre raisonnement. Vous avez dit tout à l’heure : n’ayez crainte, car il est établi qu’en référé, en moins de quarante-huit heures, une décision du juge peut revenir sur la décision de l’autorité administrative. Toutefois, vous avez également affirmé que l’interdiction de paraître à l’occasion d’un événement sportif valait douze heures avant et douze heures après ce dernier : concrètement, le juge n’aura aucune possibilité de revenir sur la décision administrative.

    La parole est à M. Carlos Martens Bilongo.

    M. Carlos Martens Bilongo

  • Monsieur le ministre, l’exposé sommaire de votre amendement fait référence à l’article 4 du projet de loi ; mais vous avez été mis en minorité et la suppression de l’article 4 a été maintenue.
    Vous appuyez votre argumentation sur les événements survenus après la finale de la Ligue des champions remportée par le Paris Saint-Germain. Je vous ai cependant écrit à propos de Rafaël, un jeune homme qui a perdu un œil après la demi-finale. Selon un reportage de Mediapart, le soir de la finale, trois personnes ont également été mutilées.
    Vos projets de loi ne font que créer des tensions en réaction à des événements que nous aurions pu organiser et planifier nous-mêmes. Des personnes sont arrivées en toute tranquillité au Trocadéro pour célébrer une victoire et passer un bon moment à Paris ; en à peine quatre minutes, pourtant, Rafaël a perdu un œil, lui qui n’avait rien cassé et qui ne voulait que fêter la victoire. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
    M. Amirshahi a raison : dans nos communes, à Paris et ailleurs, nous pouvons créer et encadrer des moments populaires et festifs, pour que tout le monde puisse s’amuser et rentrer ensuite tranquillement chez soi. À chaque fois, pourtant, vous cherchez à criminaliser et à stigmatiser. L’exposé sommaire de votre amendement indique que vous entendez qu’on puisse interdire de paraître à des personnes qui n’ont parfois rien à se reprocher et ne veulent que célébrer une victoire populaire. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    La parole est à Mme Andrée Taurinya.

    Madame la présidente, je vous demande une suspension de séance.

    Suspension et reprise de la séance

    La séance est suspendue.

    (La séance, suspendue à dix-sept heures vingt-cinq, est reprise à dix-sept heures trente.)

    (L’amendement no 890 rectifié est adopté.)

    Quel manque de cohérence !

    La parole est à M. Damien Girard, pour soutenir l’amendement no 807.

    Cet amendement poursuit un objectif simple : permettre le réexamen des interdictions administratives de stade d’une durée égale ou supérieure à quatre mois. Les mes de police administrative doivent toujours rester nécessaires, adaptées et proportionnées. Or elles sont prononcées à un instant donné, alors que la situation et le comportement de la personne concernée peuvent évoluer.
    Notre droit prévoit déjà de telles possibilités de réexamen dans d’autres domaines. Il n’y a aucune raison pour que les interdictions de stade échappent à cette logique. Elles présentent d’ailleurs une spécificité : leurs effets dépendent directement du calendrier des compétitions. Deux interdictions de même durée peuvent avoir des conséquences très différentes selon la date à laquelle elles sont prononcées.
    L’amendement ne retire aucun pouvoir au préfet. Il lui donne simplement la possibilité d’adapter sa décision lorsque les circonstances ont évolué, dans le respect du principe de proportionnalité qui fonde notre État de droit. Je vous invite donc à adopter cet amendement. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.)

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Défavorable également.

    Je mets aux voix l’amendement no 807.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        85
            Nombre de suffrages exprimés                85
            Majorité absolue                        43
                    Pour l’adoption                31
                    Contre                54

    (L’amendement no 807 n’est pas adopté.)

    La parole est à M. Ian Boucard, pour soutenir l’amendement no 213.

    Il s’agit d’encadrer le pouvoir de police administrative des préfets concernant les interdictions de déplacement de supporters. J’ai été sensible au fait que le ministre de l’intérieur indique vouloir individualiser les sanctions et ne pas les rendre collectives. Or, dans le cas des interdictions de déplacement, elles sont clairement collectives.
    On peut ainsi se retrouver dans des situations ubuesques où, par exemple, le préfet prononce une interdiction alors que des supporters ont déjà entrepris leur déplacement. À vingt-quatre heures du match, la justice administrative ne peut plus intervenir. Et, parce qu’il y a eu des dérives lors d’un match il y a vingt-cinq ans, les supporters de Cannes –⁠ en National 2 – sont par exemple interdits de déplacement à Nîmes, ou les supporters de Sochaux empêchés de se rendre à Dijon.
    Comme l’interdiction repose sur la qualité de supporter, le simple fait de porter le maillot de Dijon à Sochaux –⁠ ou l’inverse – fait de vous un délinquant. Cela soulève un problème d’interprétation.
    Deux arguments pour finir. Le premier est celui de M. Courbon. Il a raison de rappeler que les tribunes de stade sont l’un des derniers espaces de sociabilisation –⁠ il n’en reste plus beaucoup dans notre pays – où un chef d’entreprise et son ouvrier peuvent se retrouver dans la même tribune. (Plusieurs députés du groupe LFI-NFP approuvent.)
    Le second concerne la qualité de supporter. On l’a vu récemment, les supporters peuvent être empêchés de se déplacer, mais les partenaires –⁠ ceux qui sont en loge – peuvent, eux, se rendre au match. Cela pose un problème d’équité. (Mêmes mouvements.) Nous sommes une grande République, et nous avons un bon ministre de l’intérieur. L’État devrait donc être en me de garantir la sécurité d’une rencontre sportive –⁠ qu’il s’agisse de Nîmes-Cannes, de Sochaux-Dijon ou de n’importe quelle autre rencontre.

    Enfin, je partage les propos de M. Le Fur : les débordements qui ont lieu après certains matchs –⁠ notamment après la deuxième victoire du Paris Saint-Germain en Ligue des champions – ne sont pas forcément le fait de ceux qui étaient au stade –⁠ en l’espèce au Parc des Princes. Il s’agit plutôt de faits de nature comparable à certaines manifestations : des groupes violents comme les black blocs se mêlent aux cortèges sans être des supporters de football –⁠ ou des militants lors des manifestations du 1er mai – pour tout casser dans Paris. (Exclamations sur quelques bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)

    Pour une fois, j’allais dans votre sens : ce n’est pas parce que les black blocs sont présents le 1er mai qu’ils sont militants politiques. (M. Carlos Martens Bilongo fait un geste de la main pour indiquer à l’orateur qu’il doit s’interrompre.)
    Cher collègue, ce n’est pas à vous de me dire quand finir mon intervention. J’arrêterai quand la présidente me le dira. Nous devons pouvoir asr la sécurité.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Avis défavorable. Vous allez en partie dans le même sens que certains des collègues qui se trouvent derrière moi, mais pour des raisons de construction juridique, votre rédaction pose problème : elle reprend des éléments utilisés pour les interdictions individuelles et les applique à des interdictions collectives, affaiblissant l’opérationnalité de votre dispositif.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Il serait compliqué de mettre en œuvre une telle me. J’en comprends la logique –⁠ interdire uniquement les déplacements des fauteurs de troubles. Mais, lorsque les préfets prennent des interdictions de déplacement, elles peuvent être partielles. Dans ce cas, les déplacements sont encadrés : on autorise 700 ou 800 personnes, qu’on conduit jusqu’au stade. La fête a donc bien lieu, elle est très encadrée, je le répète, et cela mobilise énormément de forces de l’ordre.
    Interdire individuellement ne serait pas suffisant : lorsqu’on interdit un déplacement, c’est parce qu’on craint des troubles graves à l’ordre public, et que les supporters du club accueillant attaquent à un moment ou à un autre les visiteurs. Ce n’est pas en isolant quelques individus que l’on empêchera les débordements –⁠ la me doit donc être collective pour être opérationnellement efficace. Je vous demande de bien vouloir retirer votre amendement ; à défaut, mon avis sera défavorable.
    Je le répète, beaucoup de déplacements sont encadrés : les forces de l’ordre vont chercher les supporters sur une aire d’autoroute, encadrent les bus et leurs occupants, puis les conduisent jusqu’au stade.
    Un clin d’œil à M. Sacha Houlié : si nous devons encadrer les supporters visiteurs, c’est bien que tout n’est pas à l’eau de rose dans le football. Mais nous le faisons, et cela sécurise les déplacements. Je souhaite qu’on en reste à ces mes collectives.

    La parole est à M. Pouria Amirshahi.

    Monsieur Boucard, nous sommes plus convaincus par votre exposé sommaire que par votre défense de l’amendement.

    M. Carlos Martens Bilongo

  • Voilà !

    C’est vraiment dommage !

    Cet amendement est intéressant à plusieurs titres. Le premier, c’est vous, monsieur le ministre, qui l’avez soulevé : vous estimez qu’il vaut mieux des mes indiscriminées car on ne pourrait pas distinguer entre les supporters et ceux qui portent les maillots.
    J’entends votre logique, mais une telle me touche aux libertés individuelles. Si vous confondez toutes les personnes qui se trouvent dans ou à proximité d’un moment festif où il peut y avoir des débordements, ou des individus mal intentionnés, vous empêchez la fête –⁠ clairement, l’esprit de fête n’est pas votre terrain naturel. Mais vous empêchez aussi les clubs et les supporters –⁠ issus de milieux sociaux différents – de se retrouver et de partager ce moment.
    En outre, monsieur Boucard, l’exemple du 1er mai n’est pas bon, car on ne peut distinguer les militants politiques des manifestants qui ne seraient pas militants.

    J’ai parlé des black blocs !

    C’est vous qui avez parlé des militants politiques.

    Non, des black blocs ! Vous les considérez comme les vôtres ?

    Non, vous n’avez pas dit ça !

    Si c’est le cas, tant mieux.

    Oui, je fais la distinction !

    Si ce n’est pas le cas, vous me le direz, même en aparté –⁠ cela me va.

    En tout cas, nous sommes pour cet amendement.

    Je mets aux voix l’amendement no 213.

    (Le vote à main levée n’ayant pas été concluant, il est procédé à un scrutin public.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        88
            Nombre de suffrages exprimés                69
            Majorité absolue                        35
                    Pour l’adoption                45
                    Contre                24

    (L’amendement no 213 est adopté.)

    Suspension et reprise de la séance

    La séance est suspendue.

    (La séance, suspendue à dix-sept heures trente-cinq, est reprise à dix-sept heures cinquante-cinq.)

    Je suis saisie de trois amendements identiques, nos 83, 709 et 746, qui tendent à supprimer l’article 4 bis A et font l’objet d’une demande de scrutin public par le groupe de la Gauche démocrate et républicaine.
    Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    La parole est à Mme Élisa Martin, pour soutenir l’amendement no 83.

    Nous en revenons au sujet des amendes forfaitaires délictuelles (AFD), auxquelles nous sommes radicalement opposés pour plusieurs raisons : la confusion entre celui qui constate le délit et celui qui prononce la peine, l’absence de contradictoire et d’individualisation de celle-ci, l’absence de garanties procédurales et le non-respect de la présomption d’innocence.
    On sait que votre obsession, ou celle de votre collègue ministre de la justice –⁠ car on a du mal à voir où passe la frontière entre votre domaine et le sien –, est la gestion du stock et du flux d’affaires, mais la Cour des comptes a montré qu’en la matière les AFD ne résolvaient rien.
    Ensuite, monsieur le ministre, vous êtes vraiment champion du monde mais, malheureusement, je ne suis pas certaine que vous ayez le talent de notre équipe de France.

    Si je dis cela, c’est que vous vous attaquez carrément ici aux groupes de supporters, à qui vous interdisez, collectivement –⁠ et c’est là que cette histoire devient folle –, l’entrée du stade ou la fréquentation de certains périmètres dès lors qu’ils sont en cortège. Cela va jusqu’aux véhicules personnels, qui peuvent être empêchés d’emprunter tel itinéraire ou de stationner à tel endroit.
    On a donc, avec cet article, un double effet Kiss Cool : des AFD, qui ont tout lieu de nous préoccuper, a fortiori ici où elles s’appliquent à un collectif.

    La parole est à M. Nicolas Sansu, pour soutenir l’amendement no 709.

    L’article 4 bis A élargit encore le champ du recours aux interdictions de déplacement, qui frappent déjà indistinctement l’ensemble des supporters d’un club indépendamment de leur comportement individuel –⁠ et j’ai bien entendu votre réponse, monsieur le ministre, à l’amendement de notre collègue Boucard, qui portait à peu près sur le même sujet.
    La saison dernière, pas moins de 333 arrêtés d’encadrement ou d’interdiction de déplacement ont été pris. Et les dérives se multiplient. En mai dernier, à l’occasion du barrage retour entre l’OGC Nice et l’AS Saint-Étienne, un arrêté préfectoral est allé jusqu’à interdire à des supporters niçois de circuler dans leur propre ville –⁠ ce qui n’a malheureusement pas empêché Nice de rester en ligue 1 et Saint-Étienne en ligue 2.
    Plus inquiétant encore, certains arrêtés sont délibérément annoncés dans la presse afin de décourager les déplacements, sans jamais être publiés officiellement. Les supporters concernés ne peuvent alors même pas exercer de recours devant le juge administratif, ce qui pose problème.
    Avec ce texte, une personne qui n’a jamais troublé l’ordre public pourra être condamnée à une amende forfaitaire pour le seul fait de s’être rendue au match de son équipe, parfois simplement parce qu’elle porte une écharpe ou un maillot aux couleurs de son club de c?ur. On ne sanctionne plus un comportement individuel, mais une appartenance supposée. Cela va vraiment trop loin !

    La parole est à M. Pouria Amirshahi, pour soutenir l’amendement no 746.

    Il est identique à l’amendement de notre collègue Boucard et à celui de Mme Faucillon, que vient de défendre M. Sansu. L’application de mes indiscriminées pour encadrer strictement –⁠ c’est l’intention du ministre – les déplacements de supporters risque de porter atteinte à la liberté individuelle. Il y a un changement d’échelle entre la capacité à intervenir après identification d’éventuels fauteurs de troubles et la stigmatisation globale d’un groupe de supporters.
    Récemment, autour du canal Saint-Martin, le soir de la finale de la Coupe de France, des nervis d’extrême droite se sont mêlés aux supporters de l’OGC Nice pour mener une expédition punitive dans le 10e arrondissement de Paris. Ils se sont livrés à des saccages, à des agressions, notamment à l’arme blanche, ils ont proféré des cris racistes et fait des signes nazis. La faculté générale de cadrage préfectoral donnée par cet article banaliserait des mes restrictives qui devraient rester exceptionnelles et motivées par des faits précis, par un risque identifié et un précédent établi. Autrement dit, lors d’une intervention, on risque de ne pas distinguer les vrais fauteurs de troubles –⁠ en l’occurrence, des militants d’extrême droite, néonazis et racistes, qui ont saccagé un bar – de l’ensemble des supporters, et d’interpeller tout le monde de manière indiscriminée. C’est ainsi que des supporters, présents à proximité, se sont retrouvés concernés par des interpellations rudes, violentes et brutales.

    Quel est l’avis de la commission sur ces amendements de suppression ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Nous n’avons pas réussi à tomber d’accord sur le bien-fondé des mes individuelles. Je l’ai déjà dit : nous les préférons toujours aux mes collectives, mais ces dernières doivent aussi exister.
    Je ne m’étends pas sur les amendes forfaitaires délictuelles, dont nous avons déjà parlé. Il convient de conserver l’article 4 bis A, qui permet de clarifier les pouvoirs dont dispose le préfet en matière d’encadrement des déplacements de supporters en listant précisément ce que peut contenir un arrêté préfectoral qui vise à lutter contre les phénomènes violents et en offrant aux forces de l’ordre un outil pour réprimer rapidement toute violation de ce type de mes. Avis défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Je suis défavorable à ces amendements qui aboutissent au même problème que celui de M. Boucard qui vient d’être adopté : nous ne pourrons plus interdire des déplacements de supporters. Quand nous savons qu’il va y avoir des troubles graves à l’ordre public, par exemple à l’occasion d’un match OM-PSG, nous demandons aux supporters parisiens, depuis plusieurs années, de ne plus venir à Marseille, et inversement, pour éviter les incidents qui auraient sinon immanquablement lieu.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Quand l’OM joue à Lyon, c’est la même chose. Cet amendement empêchera le préfet d’interdire un déplacement collectif. L’article 4 bis A précise simplement les mes qui peuvent être prises par le préfet, parmi lesquelles la définition de périmètres d’interdiction. Je suis défavorable au fait de supprimer la possibilité, pour le préfet, d’interdire des déplacements collectifs. C’est la garantie de troubles à l’ordre public très graves. Or avec l’amendement que vous venez d’adopter, il ne sera plus possible d’interdire des déplacements de supporters. Nous serons donc contraints d’encadrer les supporters.

    La parole est à M. Pouria Amirshahi.

    Vous exposez là une difficulté opérationnelle, monsieur le ministre. Votre raisonnement, c’est qu’il vaudrait mieux, pour la tranquillité publique, pour éviter des débordements, des incidents, des affrontements, empêcher les déplacements de l’ensemble des supporters d’un club, car les mes individuelles seules n’y suffisent pas. Cependant, que faites-vous dans le cas que j’ai évoqué tout à l’heure, sur lequel vous n’avez pas répondu ? Que faites-vous lorsque des militants d’extrême droite organisés, violents, de véritables hooligans…

    Mme Catherine Dellong Meng

  • Oh là là !

    …s’infiltrent, comme l’autre jour, parmi les supporters de Nice pour saccager un bar sur le canal Saint-Martin, agresser des gens, proférer des cris racistes ? Vous dites que vous empêcherez tout le monde, y compris les supporters, de se déplacer et de faire la fête le soir de la finale de la Coupe de France. Ainsi, l’ensemble des supporters de l’OGC Nice seraient pénalisés parce qu’une horde d’imbéciles racistes et violents est venue manifester ses idées, interdites par la loi, dans l’espace public ? Si vous multipliez ce genre de mes, vous vous retrouverez dans des situations très compliquées : vous empêcherez ceux qui veulent sincèrement faire la fête de la faire et vous viderez les stades des supporters qui viennent encourager leurs équipes le soir d’une finale.
    Nous sommes très attachés au fait que les mes soient individuelles et non globales. Vous dites avoir besoin de mes d’ordre plus général parce qu’elles sont plus efficaces, mais il conviendrait, à tout le moins, de réfléchir à des mes qui n’aillent pas dans le sens d’une privation excessive des libertés individuelles –⁠ car ce que vous proposez, c’est bien une restriction des libertés individuelles qui contrevient à nos principes. Nous souhaitons pour notre part permettre aux supporters du Paris Saint-Germain comme de l’Olympique de Marseille, qui viennent massivement faire la fête, de le faire de manière vraiment festive.

    La parole est à M. le ministre.

    Essayez de ne pas mentir, cette fois-ci !

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Je me permets d’insister. Pour éviter des troubles, et rendre possible les déplacements, nous les encadrons. Les préfets s’organisent pour qu’on aille chercher les supporters et qu’on les emmène au stade.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Certes, mais ce n’est plus possible compte tenu de ce qui a été voté, car tout cela s’inscrit dans le cadre d’un arrêté d’interdiction collective de déplacement, sauf pour un quota de personnes que l’on va chercher. Voilà des années que nous interdisons les déplacements ou que nous les encadrons. Vous revenez donc sur quelque chose qui fonctionnait, au motif du respect de libertés individuelles qui sont déjà garanties, puisque la plupart des déplacements sont encadrés, en lien avec les clubs ; c’est très dangereux du point de vue du respect du maintien de l’ordre public.

    C’est insupportable de mentir à ce point !

    Je mets aux voix les amendements identiques nos 83, 709 et 746.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        97
            Nombre de suffrages exprimés                80
            Majorité absolue                        41
                    Pour l’adoption                33
                    Contre                47

    (Les amendements identiques nos 83, 709 et 746 ne sont pas adoptés.)

    L’amendement no 741 de M. Vincent Caure, rapporteur, est rédactionnel.
    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Favorable.

    Je mets aux voix l’amendement no 741.

    (Le vote à main levée n’ayant pas été concluant, il est procédé à un scrutin public.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        95
            Nombre de suffrages exprimés                92
            Majorité absolue                        47
                    Pour l’adoption                60
                    Contre                32

    (L’amendement no 741 est adopté.)

    Je suis saisie de plusieurs demandes de scrutin public : sur les amendements nos 560 et identique, par les groupes La France insoumise-Nouveau Front populaire et Socialistes et apparentés ; sur les amendements nos 84 et identiques, par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    Les amendements nos 560 et identique ne sont pas défendus.
    Je suis saisie de trois amendements identiques, nos 84, 279 et 568.
    La parole est à Mme Élisa Martin, pour soutenir l’amendement no 84.

    Cet amendement vise à supprimer –⁠ si j’ose dire – le deuxième étage de la fusée, c’est-à-dire l’AFD réprimant le délit de violation des mes prévues par cet article.
    Monsieur le ministre de l’intérieur, il reste un sujet à aborder : l’action de ceux que vous appelez les forces de l’ordre –⁠ quand nous souhaiterions que ce soient des gardiens de la paix – pour s’asr que les choses puissent se passer tranquillement. La confrontation avec des groupes nous inquiète. D’abord, parce que vous avez changé la doctrine de maintien de l’ordre en favorisant le contact, l’action directe –⁠ sans mauvais jeu de mots. On sait bien que cela ne fait qu’augmenter la dangerosité non seulement pour les manifestants ou les supporters, mais aussi pour les policiers ou les gendarmes. Nous sommes d’autant plus inquiets, quand vous parlez de dimension collective, que la présomption de légalité a priori pour le policier ayant recours à son arme de poing et à des armes létales a été votée ici avant-hier.
    Ensuite, si ces amendements mettent le ministère de l’intérieur dans une situation impossible, indépassable, cela vous obligera à discuter avec les kops. Compte tenu de vos capacités de dialogue, vous trouverez les solutions qui ne relèvent pas de logiques répressives,  injustes et irréalistes. C’est comme les histoires de ces gens qui, lors de free parties, font bien gentiment la queue pour recevoir leur AFD. Faites preuve d’imagination !

    Sur l’article 4 bis A, je suis saisie par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire d’une demande de scrutin public.
    Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    L’amendement no 279 de M. Roger Vicot est défendu.
    La parole est à M. Benjamin Lucas-Lundy, pour soutenir l’amendement no 568.

    Nous venons d’expliquer notre opposition à l’élargissement des pouvoirs préfectoraux prévu par cet article, mais vous avez refusé de le supprimer. Nous proposons donc, au moins, de retirer la sanction forfaitaire qui lui est attachée. L’amende forfaitaire délictuelle sanctionne ici le non-respect d’un arrêté administratif –⁠ un périmètre, un trajet, un lieu de rassemblement, une modalité de déplacement fixée par le préfet. Soyez sérieux : le dispositif pose un problème d’opérationnalité. Un déplacement de supporters, ce sont parfois des centaines, des milliers de personnes, qui arrivent par des gares différentes, se dispersent dans la ville, rejoignent des bars, des cortèges, des abords de stades, parfois sans appartenir à un groupe organisé ; vous en conviendrez. Comment cette amende forfaitaire délictuelle sera-t-elle appliquée ? On met un policier derrière chaque supporter ? On verbalise à la chaîne dans un périmètre donné ? On considère que le fait d’être présent, dans une rue, avec le maillot de l’équipe du soir, suffit à caractériser le non-respect de l’arrêté ? On est en absurdie ! Un supporter peut se trouver dans un périmètre sans avoir participé à un déplacement organisé. Il peut y avoir une confusion sur les lieux visés, les horaires, les itinéraires, les conditions d’application. Le problème d’une sanction forfaitaire appliquée à ce type de situation, c’est qu’elle écrase le contexte –⁠ qui est ici déterminant – et rend la contestation quasiment impossible. Voilà pourquoi nous proposons de supprimer ce dispositif.

    Quel est l’avis de la commission sur ces amendements identiques ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Défavorable.

    La parole est à M. Antoine Léaument.

    Monsieur le ministre, vous mentez ; ce n’est pas bien. Vous avez dit qu’après l’adoption de l’amendement de notre collègue Ian Boucard, vous ne pouviez plus prendre d’arrêté d’interdiction. Vous le pouvez toujours ; simplement, cet amendement impose de préciser que l’interdiction concerne uniquement des personnes qui peuvent représenter un danger. C’est ce que nous avions demandé. Nous aurions préféré supprimer cette disposition qui nous semble excessive, mais désormais vous êtes au moins contraint de préciser et de motiver. C’est normal quand on défend l’État de droit et la déclaration des droits de l’homme et du citoyen.
    Nous souhaitons la suppression de l’amende forfaitaire délictuelle, parce que nous craignons que, sur la base d’arrêtés préfectoraux moyennement motivés, des policiers n’utilisent l’occasion pour interpeller des gens et ne les contraignent à un choix : payer l’amende ou aller au tribunal. On sait très bien que les gens préfèrent payer plutôt qu’aller au tribunal, alors qu’en l’occurrence ils ne sont peut-être pas concernés par l’arrêté.
    Je vous demande donc de supprimer l’extension des amendes forfaitaires délictuelles au délit prévu par l’article 4  bis A, sinon, des gens qui, grâce à l’amendement de Ian Boucard, n’auraient pas été concernés par l’arrêté d’interdiction risquent de faire l’objet se voir infliger des amendes.

    La parole est à M. le ministre.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Monsieur Léaument, je ne mens pas. J’ai bien compris le sens de la disposition.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • On ne pourra interdire de déplacement que des individus déterminés et il faudra les lister.

    L’arrêté peut interdire tout déplacement « individuel ou collectif » !

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • C’est complètement inopérant. Cela n’a aucun sens.

    Le gouvernement est censé nourrir le débat, pas le rabougrir et le pourrir ! Vu le niveau, nous avons bien compris que vous n’êtes pas ministre de la justice. Vous allez nous faire regretter Darmanin !

    Je mets aux voix les amendements identiques nos 84, 279 et 568.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        100
            Nombre de suffrages exprimés                100
            Majorité absolue                        51
                    Pour l’adoption                35
                    Contre                65

    (Les amendements identiques nos 84, 279 et 568 ne sont pas adoptés.)

    Je mets aux voix l’article 4  bis  A, tel qu’il a été amendé.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        98
            Nombre de suffrages exprimés                85
            Majorité absolue                        43
                    Pour l’adoption                41
                    Contre                44

    (L’article 4  bis  A, amendé, n’est pas adopté.)
    (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP
    et sur plusieurs bancs du groupe EcoS.)

    L’article 4  bis a été supprimé par la commission.
    La parole est à M. Pierrick Courbon, pour soutenir l’amendement no 280, tendant à le rétablir, et qui fait l’objet du sous-amendement no 1082.
    Sur cet amendement, je suis saisie par le groupe Socialistes et apparentés d’une demande de scrutin public.
    Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.

    Cet amendement a pour objet le rétablissement de l’article 4  bis, introduit au Sénat et supprimé par la commission, qui prévoit que la Commission nationale consultative de prévention des violences lors des manifestations sportives (CNPV) rende public son avis dans un délai fixé à sept jours. Cela permettrait d’éviter les situations où la Commission se réunit et transmet un avis au ministre de l’intérieur, mais ce dernier se garde bien de le communiquer, en sorte que les associations qui font l’objet d’une procédure de dissolution n’en sont pas informées.
    Je note que le sous-amendement no 1082 propose de porter ce délai à quatorze jours. Si c’est une condition à l’adoption de notre amendement, nous sommes prêts à l’accepter.

    La parole est à M. le ministre, pour soutenir le sous-amendement no 1082.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Si le délai de quatorze jours est accepté, je suis favorable à l’amendement.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Favorable au sous-amendement ainsi qu’à l’amendement sous-amendé.

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1082.

    (Le vote à main levée n’ayant pas été concluant, il est procédé à un scrutin public.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        100
            Nombre de suffrages exprimés                86
            Majorité absolue                        44
                    Pour l’adoption                50
                    Contre                36

    (Le sous-amendement no 1082 est adopté.)

    Je mets aux voix l’amendement no 280, tel qu’il a été sous-amendé.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        97
            Nombre de suffrages exprimés                68
            Majorité absolue                        35
                    Pour l’adoption                68
                    Contre                0

    (L’amendement no 280, sous-amendé, est adopté.)

    La parole est à M. Pierre-Yves Cadalen.

    C’est son anniversaire ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)

    Merci aux camarades qui me le souhaitent.
    Plus sérieusement : à un moment donné, cela suffit ! En France, on compte 350 000 personnes sans-abri.

    Comment ça « Oh là là » ?

    Le mal-logement est un problème massif : 15 millions de personnes en souffrent. Depuis la loi honteuse de M. Kasbarian, le nombre d’expulsions atteint des records. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.)

    De l’aveu même de l’Union nationale des propriétaires immobiliers (UNPI), le ministère de l’intérieur dénombre seulement 6 000 à 7 000 squattages par an. Alors que la canicule frappe le pays, que les gens crèvent de chaud dans leur logement ou crèvent de chaud dehors quand ils n’en ont pas, votre priorité est de créer des mes administratives pour expulser davantage de gens. (Mêmes mouvements.)

    On peut revenir à l’amendement ?

    Occupez-vous d’eux ! Logez-les, construisez des logements ! Faites ce que vous n’avez pas fait pendant des années et des années ! (Mêmes mouvements.) Répondez aux besoins sociaux ! Il est absurde et ridicule de discuter, comme nous le faisons depuis ce matin neuf heures, de dispositions qui n’auront aucun effet et d’une loi inutile, voire contre-productive, répressive et liberticide.

    C’est vous qui êtes ridicule !

    C’est d’autant plus ridicule que le pays souffre et que vous n’en avez rien à faire ! (Mêmes mouvements.) Le Haut Conseil pour le climat a dit ce matin que la France n’était pas prête pour la canicule. Et vous voulez que nous discutions de cette loi Ripost qui n’est faite ni à faire, de ce fourre-tout invraisemblable ? Nous, collègues de gauche, ainsi que tout le pays, nous n’en pouvons plus de ce gouvernement inutile ! Il est grand temps de vous remplacer ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    Je suis saisie de deux amendements identiques, nos 85, 569 et 606.
    La parole est à M. Andy Kerbrat, pour soutenir l’amendement no 85.

    Nous avons déjà eu ce débat sur les squats en commission, et avant cela lors de l’examen de la loi de l’ancien ministre Kasbarian, désormais député.

    L’excellent Kasbarian !

    En l’occurrence, l’article vise à étendre la procédure d’évacuation forcée aux squats de meublés touristiques, type Airbnb.
    Au-delà du fait que le pays souffre de l’achat de foncier pour créer non pas des locations de vacances, mais des locations en Airbnb, vous suivez toujours la même pente : criminaliser les personnes les plus fragiles –⁠ à la toute fin, c’est bien cela le sujet.
    Nous avons parlé de rodéos urbains et nous parlerons plus tard du protoxyde d’azote, des drogues, de la possibilité pour l’Antai d’accéder à des données pour récupérer des AFD, et que sais-je encore. Dans ma circonscription, un sans-abri est mort de la canicule.

    En 2014, quatorze personnes sont mortes des intempéries dans mon département ; en 2023, treize. Nous verrons quel sera le bilan définitif, mais c’est bien le bilan de la politique que vous avez menée depuis 2017 : explosion générale du sans-abrisme…

    Mais non ! Vous mélangez tout !

    …et refus de reconnaître l’importance de les reloger, alors même que cela avait été une promesse d’Emmanuel Macron en 2017.

    Vous avez voté pour eux !

    C’est pourquoi nous proposons de limiter les Airbnb, parce qu’on ne peut pas réquisitionner tous les logements juste pour faire du business. Il faut à tout prix organiser la réquisition des logements vides ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.)

    Sur les amendements nos 85, 86, 87 et 720, je suis saisie par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire de demandes de scrutin public.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    La parole est à Mme Danielle Simonnet, pour soutenir l’amendement no 569.

    Franchement, quel rapport avec la choucroute ? On ne cesse de passer d’un sujet à l’autre dans ce teste ! Excusez-moi, mais l’article 5 vise à rendre plus faciles encore expulsions des logements alors que le texte ne contient pas une seule me relative à la production de logements sociaux, à l’encadrement des loyers, à la fiscalité de la vacance, à l’application de la réquisition des logements vides ou à l’instauration d’une sécurité sociale du logement –⁠ rien de tout cela : il ne s’agit que de énièmes dispositions pour faciliter les expulsions !
    Alors que vous avez déjà atteint un record en 2025, avec 30 500 ménages expulsés avec le concours de la force publique et 200 000 concernés par une procédure d’expulsion, vous voulez instaurer un détournement de procédure, un glissement préoccupant d’un litige civil contractuel vers une réponse de police administrative et pénale expéditive qui contourne l’autorité judiciaire. C’est extrêmement grave !
    Je vais vous dire deux choses. D’abord, malgré votre obsession pour les expulsions locatives, vous devez être sacrément incompétents puisque vous remettez sans cesse ce sujet sur le tapis : c’est dire à quel point vous vous y prenez mal ! Surtout, être pauvre n’est pas un trouble à l’ordre public : c’est fabriquer des pauvres qui est un trouble à l’ordre public ; c’est vous qui organisez le trouble à l’ordre public !
    Oui, il faut supprimer cet article ! (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EcoS et LFI-NFP.)

    L’amendement no 606 de Mme Elsa Faucillon est défendu.

    La parole est à M. Xavier Albertini, rapporteur de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République, pour donner l’avis de la commission sur ces amendements identiques.

    M. Xavier Albertini, rapporteur de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République

  • L’article 5 prévoit l’élargissement du champ d’application de la procédure administrative dérogatoire d’évacuation forcée en cas de maintien dans une location de meublé touristique. Nous sommes donc loin de votre argumentation.
    Vous ciblez le droit de propriété, mais je rappelle que cet article vise aussi à protéger le droit à la vie privée et à garantir son respect. Il est normal, lorsqu’on loue un meublé touristique et que le locataire ne quitte pas les lieux, de garantir le droit à la vie privée. Compte tenu de ces éléments, il me paraît nécessaire de conserver l’article 5. C’est pourquoi je suis défavorable à vos amendements de suppression.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Avis défavorable pour les mêmes motifs. L’article prévoit l’extension d’une procédure existante aux meublés touristiques, qui constituaient un angle mort du dispositif. Il n’y a pas d’entrée illégale, mais, lorsque les gens ne quittent pas les lieux, ils savent qu’ils ne sont pas dans leur droit. Avis défavorable.

    La parole est à M. Guillaume Kasbarian.

    La voix du Parti de la liberté !

    Sans surprise, la gauche prend encore une fois la défense des squatteurs,…

    …explique qu’il est tout à fait normal de squatter la propriété d’autrui, qu’il s’agisse d’une résidence principale, d’une résidence secondaire ou d’un Airbnb, et que nous sommes de grands méchants parce que nous voulons faire respecter la propriété, un élément fondamental de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR.)

    Quelle honte ! Le nombre de sans-abri explose !

    Vous n’aimez pas la propriété privée, mais on le savait déjà.
    M. le ministre a bien rappelé que l’article permet simplement d’étendre la procédure aux squatteurs d’Airbnb, entrés de façon licite grâce à un contrat, mais qui se maintiennent illégalement, un cas qui n’était pas pris en compte. Même cela, vous n’en voulez pas, parce que vous voulez que des gens puissent abuser de locations pour se maintenir dans les lieux.

    Allez voir à quoi ressemble un logement insalubre !

    Accueillez les squatteurs chez vous, vous qui avez bon esprit, qui êtes de bonnes âmes ! Ouvrez-leur la porte de votre domicile, accueillez-les sur votre canapé !

    Vous pourrez ainsi accorder vos déclarations d’amour aux squatteurs et vos actes concrets dans la vie réelle.
    Nous nous opposerons à ces amendements de suppression.

    C’est vous qui squattez le pouvoir !

    La parole est à M. Antoine Léaument, pour un rappel au règlement. Sur le fondement de quel article ?

    Sur celui de l’article 17 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et sur celui du préambule de la Constitution de 1946. Certes, l’article 17 consacre le droit de propriété, mais il le limite aussi, « lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l’exige ». (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.)
    Quant au préambule de la Constitution de 1948, il dispose : « La Nation as à l’individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement.
    « Elle garantit à tous, notamment à l’enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs. »
    Autrement dit, s’il y a un problème de squat, c’est de votre faute ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)

    La parole est à M. Jérôme Legavre.

    Monsieur Kasbarian, qui vient de s’exprimer, s’était félicité d’avoir fait exploser le nombre d’expulsions locatives. Ce fait suffit à le caractériser.

    C’était l’objectif de la loi !

    Avec l’article 5, vous étendez les pouvoirs de l’autorité administrative sans vous attaquer aux causes des problèmes que vous voulez traiter. C’est d’ailleurs vrai de l’ensemble du projet de loi.
    Dans mon département de Seine-Saint-Denis, il y a 130 000 demandes de logement qui ne sont pas satisfaites. Le 29 juin dernier, en pleine canicule, 561 demandes de mise à l’abri de personnes qui vivent à la rue n’ont pas été satisfaites –⁠ et on meurt de chaleur quand on est à la rue ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)

    Cela n’a aucun rapport !

    Parmi les personnes à mettre à l’abri, 232 sont des enfants mineurs. Voilà la situation !
    Ce matin, on a appris le décès d’une vieille dame de 93 ans, morte de chaud à son domicile. Depuis un an, elle demandait que des volets soient installés –⁠ les anciens n’avaient pas été remplacés. Voilà la cause de son décès !

    Le bailleur n’a rien fait. De cette situation, vous n’avez rien à faire ! Ce n’est pas votre problème et M. Kasbarian continuera de se féliciter de l’explosion des expulsions locatives comme résultat de ses mes réactionnaires sur toute la ligne. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)

    Je mets aux voix les amendements identiques nos 85, 569 et 606.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        102
            Nombre de suffrages exprimés                101
            Majorité absolue                        51
                    Pour l’adoption                31
                    Contre                70

    (Les amendements identiques nos 85, 569 et 606 ne sont pas adoptés.)

    La parole est à Mme Élisa Martin, pour soutenir l’amendement no 86.

    Il faut rappeler quelques malheureuses évidences. Dans notre pays, environ 15 millions de personnes sont mal logées. L’an dernier, il y a eu 25 000 expulsions locatives, avec réquisition de la force publique. C’est à cela qu’il faut réfléchir, c’est par ce bout qu’il faut tenter d’attraper le réel et de régler ce problème.
    Le responsable de l’Union nationale des propriétaires immobiliers indique qu’il y a entre 6 000 et 7 000 situations de squat. Qu’on le veuille ou non, ces situations sont minoritaires.
    Aborder le problème du mal-logement sous l’angle du squat pose donc un problème. Ce n’est pas ainsi qu’il faut procéder : il faut d’abord réunir les conditions d’une véritable politique de logement publique. Cela suppose de ne pas étouffer, comme l’a fait Emmanuel Macron tout au long de ses deux mandats, les bailleurs sociaux, à commencer par les offices publics qui, eux, logent la France telle qu’elle est. Si vous ne voulez pas qu’ils soient squattés, il faut réfléchir à la réquisition par l’État des logements vides.

    Allez dire cela aux propriétaires !

    Il faut être conscient qu’il y a 10 % de bureaux vides en Île-de-France. Comment voulez-vous que les 15 millions de personnes mal logées ne soient pas à tout le moins étonnées par ce chiffre ? C’est à cela qu’il faut réfléchir et c’est par ce bout qu’il faut prendre le problème !

    Ce n’est pas comme cela qu’on le résoudra !

    Autre élément d’inquiétude –⁠ toujours le même, depuis que vous avez permis le vote de la proposition de loi en vertu de laquelle il serait a priori légal pour un policier de se servir de son arme –, le squat de bureaux étant souvent un squat collectif impliquant de nombreuses personnes, que se passera-t-il en cas de réquisition de la force publique pour réaliser contre elles d’importantes opérations de maintien de l’ordre ?

    M. Ian Boucard et M. Guillaume Kasbarian

  • Elles partiront, tout simplement !

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Je crois que votre lecture du travail rédactionnel des sénateurs est erronée. Ils n’ont pas restreint l’application de la procédure prévue à l’article 5 au cas où le maintien dans le local aurait été obtenu par voie de violence, mais ont précisé que la procédure d’évacuation forcée serait applicable en cas de simple introduction ou quand le local aurait été obtenu par des manœuvres, des menaces, des voies de fait ou des contraintes.
    C’est une évolution logique : une personne qui aurait pénétré de manière illégale dans un bâtiment ou une habitation est clairement en situation de squat.
    Vous évoquez souvent le préambule de la Constitution de 1946 ou la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne. Les sénateurs l’ont fait aussi et ont cherché à soutenir le droit au commerce et à l’usage normal des locaux commerciaux professionnels ou agricoles.

    Et le droit au logement ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Pour cette raison, ils ont étendu l’application de la procédure d’évacuation forcée aux locaux commerciaux.
    J’émets donc un avis est défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Même avis.

    La parole est à Mme Élisa Martin.

    Je reconnais volontiers que j’ai peu de qualités, mais j’ai au moins celle de savoir lire.
    Nous avons parfaitement compris le sens de l’article et de l’extension de la procédure d’expulsion avec réquisition de la force publique à d’autres locaux que des locaux résidentiels –⁠ nous pressentions ce danger.
    Avons-nous, pour autant, réglé le problème des 15 millions de personnes mal logées et des 10 % de bureaux –⁠ car c’est bien de ce type de locaux qu’il est question – vides en Île-de-France ? Le mouvement HLM est aujourd’hui à genoux…

    Il y a des secteurs bien plus à genoux que celui des HLM !

    …car vous avez préféré à son soutien des dispositifs fiscalement avantageux à destination des particuliers investissant dans la construction de logements, lesquels logement sont bien entendu inaccessibles.

    Vous voulez 100 % de logements sociaux partout !

    Vous pensez qu’en cachant la pauvreté, en mettant la poussière sous le tapis, on va s’en sortir. Cela ne marche pas comme ça ! Vos dispositions sont injustes, rendues dangereuses par l’adoption de la proposition de loi visant à reconnaître une présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre, et de surcroît ne règlent rien.
    Quelle est votre priorité ? Les 15 millions de personnes mal logées ? Les 10 % de bureaux vides en Île-de-France ? Dites-le nous ! La nôtre est claire.

    Je mets aux voix l’amendement no 86.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        98
            Nombre de suffrages exprimés                98
            Majorité absolue                        50
                    Pour l’adoption                32
                    Contre                66

    (L’amendement no 86 n’est pas adopté.)

    La parole est à M. Louis Boyard, pour soutenir l’amendement no 87.

    Des moments de sincérité devraient être possibles dans cette assemblée. Je ne sais pas comment vous faites pour ne pas vous sentir responsables et coupables quand, en route pour l’Assemblée, vous voyez des gens dormir dans la rue ! (Protestations sur plusieurs bancs du groupe EPR, ainsi que sur quelques bancs du groupe RN.)
    S’il y a bien un endroit où nous pouvons faire en sorte que plus personne ne dorme dans la rue, c’est bien celui où nous nous trouvons. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.)
    Vous me répondrez que c’est comme ça, que c’est la loi. Pour vous, les choses sont faciles : vous avez un toit, un salaire, un frigo plein.

    Des personnes dorment dehors alors que des millions de logements sont vides : je pense sincèrement que cette loi n’est pas juste. Elle est immorale, violente et contraire aux principes de la République. (Mêmes mouvements.)
    À vous qui parlez constamment d’ordre et de loi, à vous qui vous drapez constamment dans la morale et la bonne vertu, je le dis : au regard de la République, au regard de la liberté, au regard de l’égalité, au regard de la fraternité, vous n’êtes pas dignes de votre mandat. Vous êtes coupables !

    Vous passez votre temps à vanter le succès et la richesse, mais est-on accompli quand on est multipropriétaire et qu’on possède un logement vide ? Je ne le crois pas. On a surtout une part de responsabilité dans la situation des gens qui dorment dehors.
    Oui, vous êtes coupables et responsables ! Chaque fois que vous pouviez voter pour réquisitionner les logements vides, vous ne l’avez pas fait. Dans un grand moment de sincérité, laissez-moi vous redire, mes chers collègues, que vous n’êtes pas dignes de la République, vous n’êtes pas dignes de la liberté, vous n’êtes pas dignes de l’égalité, vous n’êtes pas dignes de la fraternité ! (Protestations sur plusieurs bancs des groupes RN, EPR, DR, Dem et HOR.)

    Drapez-vous tant que vous voudrez dans la morale et la bonne vertu, vous restez coupables et responsables ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.)

    Nous n’avons pas de leçons à recevoir de ce monsieur !

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Défavorable.

    La parole est à M. Antoine Léaument.

    Vos réactions à l’intervention de notre collègue Louis Boyard nous donnent une once d’espoir. Nous espérons que vous ressentez, comme nous, un pincement au cœur quand vous voyez des personnes qui vivent et qui dorment dans la rue.
    Ce pincement au cœur, certains d’entre vous l’éprouvent encore, même s’il est vrai que la société capitaliste nous oblige à nous blinder chaque fois que nous voyons des gens dans la rue et que nous nous disons que nous ne pouvons pas nécessairement faire la petite chose qui les aiderait. (Protestations sur les bancs du groupe EPR et sur plusieurs bancs du groupe RN.)
    Eh bien, finalement, vos réactions me laissent penser que vous n’en avez rien à faire et que vous êtes convaincus de mener une bonne politique. J’essayais de vous offrir une sortie positive et humaniste mais, à l’évidence, vous savez parfaitement ce que vous faites !
    J’ai eu la faiblesse de penser que, peut-être, vous voudriez appliquer de grands principes. Ici, à l’Assemblée nationale, nous pourrions faire en sorte que chacun ait un toit au-dessus de sa tête, en construisant des logements, en faisant baisser le prix du logement, en augmentant les salaires, en permettant à chacun d’avoir un emploi et, puisque la société capitaliste n’y pourvoit pas, en appliquant la règle magnifique que nous proposons, avec Jean-Luc Mélenchon, dans notre programme : faire de l’État l’employeur en dernier ressort.

    L’État employeur en dernier ressort, cela signifie que l’État s’engage à permettre aux individus qui le souhaitent d’occuper un emploi lorsque la société ne le permet pas.
    Voilà comment, par des mes concrètes et efficaces, nous pourrions faire respecter, comme me le soufflait mon collègue Ugo Bernalicis, les grands principes énoncés dans le préambule de la Constitution de 1946. Édictés au sortir de la guerre contre les nazis, ils doivent nous éviter que la société s’engouffre de nouveau dans le fascisme.
    Que voyons-nous aujourd’hui ? La montée du fascisme n’est pas un hasard : elle est aussi le fruit de la pauvreté et du fait que nous ne luttons pas assez contre elle ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.)

    Le fascisme ne monte pas tant que ça, puisque Mélenchon n’est qu’à 15 % !

    La parole est à M. Guillaume Kasbarian.

    Ce que la gauche est en train de nous dire, c’est que le squat est une solution à la situation des personnes sans domicile fixe. (Protestations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    Quand on lit vos amendements et quand on vous écoute, on comprend qu’il y a des personnes SDF et qu’il est par conséquent légitime de squatter.

    Nous avons dit exactement le contraire !

    Il n’est ni une solution au mal-logement ni une solution pour les sans domicile fixe.

    M. Jean-François Coulomme

  • Alors construisez des logements sociaux !

    La France insoumise nous donne de grandes leçons de fraternité, de morale et d’émotion. que nous ressentons des émotions ! Permettez-moi de vous demander en toute sincérité, mesdames et messieurs les députés de La France insoumise : combien de SDF accueillez-vous actuellement chez vous ? Monsieur Boyard et monsieur Léaument, combien de SDF hébergez-vous actuellement dans votre appartement ? Ce soir, quand vous rentrerez au chaud chez vous, combien de SDF aurez-vous recueilli après avoir versé des larmes de crocodile ?
    Quand vous aurez accueilli ces personnes, vous pourrez nous donner vos leçons de morale et de fraternité. En attendant, vos mots et vos leçons demeurent vains ! (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EPR et RN. –⁠ Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    Pour qui vous prenez-vous ?

    La parole est à M. Benjamin Lucas-Lundy, pour un rappel au règlement.

    Il se fonde sur l’article 70, alinéa 3. Nous venons d’être gravement mis en cause par le collègue Kasbarian, qui a créé une scène tumultueuse et qui a repris les arguments bien connus de l’extrême droite lepéniste à propos de l’immigration et de l’accueil des exilés.
    Nous sommes à l’Assemblée nationale pour faire la loi. Ce genre d’argument ignominieux n’a pas sa place ici. C’est pourquoi je demande que M. Kasbarian soit rappelé à l’ordre. (Exclamations sur les bancs des groupes RN et EPR.) Nous l’avons été pour beaucoup moins que cela ! (Applaudissements et claquements de pupitres sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)

    La parole est à M. Louis Boyard, pour un rappel au règlement.

    Au titre de l’article 70, alinéa 3, puisque j’ai été directement interpellé par M. Kasbarian.
    Monsieur Kasbarian, vous demandiez si nous accueillions directement des gens chez nous. Figurez-vous que nous le faisons, mais pas pour faire des coups de communication ! Et vous, monsieur Kasbarian, l’espèce d’ultrabourgeois qui vote constamment pour mettre des gens à la rue, vous en accueillez combien ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP, dont plusieurs députés se lèvent. –⁠ Vives protestations sur les bancs du groupe EPR. –⁠ Exclamations sur les bancs du groupe RN. –⁠ Mme Marie Lebec fait signe à l’orateur de sortir.)

    Vous êtes des criminels, voilà ce que vous êtes ! (Vacarme.)

    Je vous appelle à retrouver votre calme, mes chers collègues.

    Je mets aux voix l’amendement no 87.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        96
            Nombre de suffrages exprimés                96
            Majorité absolue                        49
                    Pour l’adoption                33
                    Contre                63

    (L’amendement no 87 n’est pas adopté.)

    L’amendement no 125 de M. Corentin Le Fur est défendu.
    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Défavorable.

    La parole est à M. Antoine Léaument.

    Nous voyons bien que s’affrontent deux visions de la société.

    Un député du groupe EPR

  • Oui !

    Vous, vous considérez que les problèmes sont individuels : si je me retrouve sans logement, c’est de ma faute ; je n’avais qu’à avoir le capital, qu’à trouver un travail, qu’à faire des études, qu’à faire mieux dans ma vie… (Protestations sur les bancs du groupe EPR.)
    Vous protestez, mais que faites-vous pour les personnes qui se retrouvent effectivement à la rue et sans emploi ?

    Quel rapport avec l’amendement ?

    Vous, lorsqu’une personne se débrouille comme elle peut pour avoir un toit une nuit en s’installant dans un logement ou dans un commerce vide, vous l’expulsez de force.

    Ça s’appelle squatter !

    Vous n’avez rien fait pour elle, mais vous l’expulsez de force !
    Pour nous, devant une telle situation, la solution n’est pas l’expulsion, parce que la responsabilité de la société est collective : c’est collectivement que nous avons échoué à donner un toit à la personne qui squatte ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.) J’ajoute que les responsables de cette situation sont ceux qui ont accaparé la richesse, notamment la richesse immobilière.
    Robespierre disait (Protestations sur les bancs du groupe EPR. –⁠ Exclamations sur les bancs du groupe RN) –⁠ écoutez bien ses mots : « Nul n’a le droit d’entasser des monceaux de blé à côté de son semblable qui meurt de faim. » Oui, c’est de Robespierre, l’inventeur de la devise Liberté, Égalité, Fraternité !

    Il t’aurait guillotiné en premier, Robespierre !

    Qu’est-ce qu’il raconte, celui-là ?

    Il guillotinait tout le monde ! Les gens comme vous lui étaient insupportables !

    Monsieur Salmon, député du Rassemblement national, il faut que les électeurs de votre parti le sachent : lorsque nous parlons du logement ou du pouvoir d’achat, les députés du Rassemblement national hurlent avec les députés macronistes. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Je veux que cela soit su à l’extérieur de cet hémicycle ! (Plusieurs députés du groupe LFI-NFP ainsi que M. Benjamin Lucas-Lundy se lèvent et continuent d’applaudir. –⁠ Exclamations sur les bancs du groupe RN. –⁠ Brouhaha.) Quant à nous, avec Jean-Luc Mélenchon, nous ferons en sorte dès l’année prochaine que chacun ait non seulement un toit, mais aussi un emploi et un salaire dignes pour faire vivre sa famille. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    La parole est à M. Ian Boucard.

    Je tiens à apporter quelques précisions afin d’éclairer le vote, car ceux qui auraient écouté Antoine Léaument ne peuvent pas savoir quel est l’objet de l’amendement de M. Le Fur : il est intervenu deux minutes sans jamais citer son contenu !

    M. Le Fur n’a pas parlé du tout !

    Cet amendement vise à étendre les dispositions de l’article 5, par exemple à des personnes qui loueraient un appartement par l’intermédiaire d’Airbnb et qui, à la fin du contrat de location, ne partiraient pas.
    Collègues insoumis qui applaudissez en permanence, notamment quand il est question de Robespierre (Plusieurs députés du groupe LFI-NFP applaudissent) : plongez-vous dans l’histoire, mais attention, dans toute l’histoire ! Car s’il vous arrivait un jour d’être plus modérés que Robespierre, vous pourriez connaître le destin de Danton. En 2026, vous vous retrouvez excommuniés par les écologistes ou les socialistes sans être guillotinés ; mais si M. Mélenchon devient président, il pourrait vous arriver pire ! (Sourires sur les bancs des groupes DR et HOR.)

    La parole est à M. Antoine Léaument, pour un rappel au règlement. Sur le fondement de quel article ?

    Sur le fondement de l’article 70, alinéa 2, sur les scènes tumultueuses… (Mme la présidente coupe le micro de l’orateur.)

    On ne peut pas qualifier ce qu’il vient de se passer de scène tumultueuse, monsieur Léaument ! (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
    Nous reprenons l’examen des articles. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR et HOR.) Un peu de sérieux !

    Je mets aux voix l’amendement no 125.

    (Le vote à main levée n’ayant pas été concluant, il est procédé à un scrutin public.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        90
            Nombre de suffrages exprimés                89
            Majorité absolue                        45
                    Pour l’adoption                39
                    Contre                50

    (L’amendement no 125 n’est pas adopté.)

    La parole est à M. Guillaume Kasbarian, pour soutenir l’amendement no 720.

    La procédure administrative est construite de telle sorte que, s’il y a introduction et maintien dans un lieu par voies de fait, de menaces, de manœuvres ou de contraintes, le préfet peut agir et expulser le squatteur. Par cet amendement, je propose de clarifier les choses sur le plan sémantique afin que les préfets aient les moyens d’agir. Il s’agit d’inscrire dans la loi que le préfet peut agir s’il y a introduction « ainsi que » maintien par voies de fait, manœuvres et contraintes.
    En effet, il arrive que certains s’introduisent de façon licite dans un lieu et s’y maintiennent de façon illicite, c’est-à-dire en exerçant une contrainte sur le propriétaire. La rédaction proposée permettrait d’englober les deux cas de figure : soit il y a introduction illicite, soit il y a maintien illicite, mais, dans les deux cas, le préfet pourrait agir et expulser le squatteur au titre de l’article 38 de la loi Dalo –⁠ cette procédure express qui permet d’expulser le squatteur.
    Il s’agirait donc d’une me d’élargissement de la procédure et d’une clarification qui permettra à tous les préfets de France, dans toutes les situations –⁠ qu’il s’agisse d’une introduction ou d’un maintien par voies de fait, menaces ou contraintes –, d’agir le plus vite possible pour sortir les squatteurs de la propriété privée qu’ils occupent.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Je comprends votre idée : vous cherchez un équilibre…

    Qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre !

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • …entre l’introduction illicite et le maintien également illicite. Toutefois, cette rédaction pourrait entraîner un effet indésirable, car votre « ainsi que » vise tous les cas de figure, et pourrait donner lieu à une disposition frôlant l’inconstitutionnalité ; elle serait même inconstitutionnelle eu égard à la nécessité de laisser au juge judiciaire la possibilité de gérer les conflits locatifs sortants.
    C’est pourquoi je vous demande de retirer votre amendement ; à défaut, j’y serai défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Même avis : cet amendement risque de vider la procédure judiciaire alors que celle-ci est la procédure de droit commun ; s’y ajoute la difficulté de caractériser le « maintien recourant à des manœuvres ». Je préconise donc plutôt son retrait, sinon son rejet.

    La parole est à Mme Gabrielle Cathala.

    Le spectacle que vous offrez cet après-midi est déplorable. Nous sommes là à débattre de la façon d’expulser plus facilement des personnes de meublés touristiques, comme si c’était la priorité, le jour où l’Insee publie des statistiques montrant que, depuis qu’il existe un outil pour mer le taux de pauvreté en France, celui-ci n’a jamais été aussi élevé ! (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et GDR.)

    La publication date de cet après-midi : 15 % des Français vivent sous le seuil de pauvreté –⁠ encore ne s’agit-il que de 15 % des Français hexagonaux, cet outil ne comptant même pas les Français des outre-mer, qui sont aussi nos compatriotes mais que vous oubliez en permanence. (Mêmes mouvements.)
    Au reste, l’Insee ne compte pas non plus les personnes qui vivent à la rue, ni les voyageurs, parce qu’il n’est pas possible d’établir des statistiques sur leur pauvreté. Quinze pour cent des Français, cela représente 9,8 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté : un taux jamais égalé depuis 1996 !

    M. Jean-François Coulomme

  • Voilà le bilan de la Macronie !

    Ce rapport nous apprend également que les inégalités n’ont jamais été si élevées. Pourquoi ? C’est écrit noir sur blanc : parce que les riches ne se sont jamais autant enrichis, à cause de la politique que vous menez depuis 2017 ! (Mêmes mouvements.)
    Vous pouvez lever les yeux au ciel et grimacer : vous êtes les entiers responsables de cette situation ! (Protestations sur les bancs du groupe EPR.)

    M. Jean-François Coulomme

  • Vous en êtes les architectes !

    Qui a laissé faire les 49.3 sur des budgets austéritaires ?

    Nous sommes très loin de l’austérité !

    Qui, depuis 2017, tolère des budgets prévoyant des coupes records dans la sécurité sociale et le budget de l’État ? Vous êtes entièrement responsables ! Et vous venez nous donner des leçons de bonne gestion en nous caricaturant, en nous faisant passer pour des dépensiers sans limites ? Mais c’est vous qui avez détruit les comptes de l’État en creusant un déficit record –⁠ 1 000 milliards d’euros de dette ! – et en appauvrissant… ( Mme la présidente coupe le micro de l’oratrice, dont le temps de parole est écoulé.)

    Enlevez vos œillères !

    La parole est à M. Guillaume Kasbarian.

    J’entends les difficultés juridiques, y compris constitutionnelles, soulevées par M. le rapporteur et M. le ministre. Je vais retirer l’amendement, en espérant que vous puissiez faire prospérer ce sujet et, s’il y a des doutes à lever, trouver une meilleure rédaction en commission mixte paritaire. En attendant, ne faisons pas les choses salement : faisons-les proprement.

    Salement c’est Salmon !

    Un député du groupe LFI-NFP

  • Salmon est allemand !

    (L’amendement no 720 est retiré.)

    Les amendements nos 352, 369, 354 rectifié, 353 et 205 ne sont pas défendus.

    Cela ne m’étonne pas qu’il n’y ait personne pour les défendre : ils sont tellement hideux ! Il s’agissait de mettre les enfants à la rue. Regardez-vous dans un miroir, collègues !

    M. Jean-François Coulomme

  • Les amendements Thénardier !

    La parole est à M. Yoann Gillet, pour soutenir l’amendement no 493, qui fait l’objet d’une demande de scrutin public par le groupe Rassemblement national.
    Je fais annoncer le scrutin dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.

    Le problème du dispositif actuel est qu’en cas de squat, un accès illimité au réseau d’énergie est maintenu au profit des squatteurs pendant toute la phase d’instruction. Par cet amendement, nous voulons couper l’accès aux énergies, qui est un facteur de blocage, en vue de libérer plus rapidement les terrains et les appartements squattés. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Ne négligeons pas le coût financier totalement injuste subi par les propriétaires squattés, qui doivent en plus –⁠ nombre d’entre eux nous le disent – payer l’électricité et le gaz aux squatteurs.
    Cet amendement de bon sens permettrait d’accélérer la libération des locaux et des terrains squattés en suspendant l’électricité et le gaz naturel qui les alimentent. Il vise à autoriser le représentant de l’État saisi d’une demande par le propriétaire d’un local ou d’un terrain squatté d’enjoindre directement au gestionnaire des réseaux publics de distribution de procéder à cette suspension.

    Je vous entends, mes chers collègues de gauche, mais sachez que nous nous placerons toujours du côté des honnêtes gens, jamais du côté des délinquants. (Vives exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)

    Sur l’amendement no 88 et sur l’article 5, je suis saisie par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire de deux demandes de scrutin public.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Le bon sens ne fait pas la loi, monsieur Gillet.

    Vous osez parler de bon sens, c’est incroyable !

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Si l’on peut comprendre l’idée générale qui préside à votre amendement, votre proposition irait à l’encontre de plusieurs actions pouvant être menées par le préfet selon le principe de proportionnalité. Sur le plan sanitaire, votre proposition pourrait même mettre en danger les occupant ; elle empêcherait toute individualisation de l’action du préfet et toute prise en considération de la situation personnelle de l’occupant. Nous l’avions déjà évoquée en commission. Mon avis était alors défavorable : il le reste.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Même avis, d’autant que cela a déjà été jugé par le Conseil d’État.

    La parole est à M. Benjamin Lucas-Lundy.

    Entendre, en cette semaine, un député du Rassemblement national se revendiquer des honnêtes gens cette semaine, c’est franchement cocasse ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) C’est peut-être aussi prendre les Français pour des imbéciles, sachant que la candidate de ce parti à l’élection présidentielle est une délinquante et une voleuse condamnée à deux reprises par la justice. (Vives protestations sur les bancs du groupe RN.)

    C’est faux ! C’est mensonger ! Vous racontez n’importe quoi !

    Ce n’est toutefois pas le sujet du jour, j’en conviens, madame la présidente.

    En effet. Pourriez-vous rester sur l’amendement, s’il vous plaît ?

    J’en reviens à cet amendement, tout aussi répugnant que ses auteurs…

    Et la présomption d’innocence ? Vous connaissez l’État de droit ?

    Elle a été condamnée deux fois !

    Vous foulez l’État de droit !

    Dans la réponse timorée, pour le dire gentiment, du rapporteur, je vois se dessiner à nouveau un arc macrono-lepéniste qui considère que l’on résoudra le problème de la pauvreté en combattant les pauvres, comme on répondait hier au problème du chômage en combattant les chômeurs. Et de la même manière, vous répondez à la souffrance mentale de la jeunesse par la criminalisation des jeunes qui veulent danser, faire la fête ou s’aimer. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.)
    En clair…

    S’il vous plaît, pouvons-nous écouter M. Lucas-Lundy qui essaie désespérément de défendre son amendement, auquel il va venir à présent.

    Il raconte n’importe quoi !

    Oh, je ne suis jamais désespéré, madame la présidente, et nous ne nous désespérerons jamais face à l’extrême droite, c’est une évidence.
    Je disais donc que se dessine un continuum macrono-lepéniste –⁠ nous l’avons vu hélas bien souvent cette semaine –,…

    Où est-il, Julien Bayou ?

    …qui vise à combattre les précaires plutôt que la précarité et, en l’occurrence, à combattre les problèmes liés au logement en s’attaquant en permanence à celles et ceux qui ne peuvent pas se loger. « Expulsator » Kasbarian nous en fait à nouveau la démonstration. Ce qu’a dit Mme Cathala est fondamental : le jour où l’Insee publie cette statistique qui nous apprend que le taux de pauvreté n’a jamais été aussi élevé dans notre pays depuis qu’il est mesuré, et qui devrait tous vous pétrifier de honte au lieu de vous faire rire grassement, eh bien ce jour-là, vous choisissez de matraquer, de stigmatiser…

    …de réprimer… (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’orateur.)

    La parole est à M. Yoann Gillet.

    Que la gauche soit du côté des délinquants, cela n’étonnera personne, mais nous avons aussi un bel aveu des macronistes, qui font une fois de plus preuve de faiblesse en voulant continuer à imposer la double peine aux propriétaires victimes des squatteurs. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    Voilà ce que vous faites, monsieur le rapporteur, monsieur le ministre, en vous opposant à cet amendement.

    Rendez les 4 millions !

    Que les victimes du squat se rasnt : une nouvelle élection arrive en 2027 et les sondages placent tous Marine Le Pen en tête –⁠ 54 % face à Édouard Philippe, 55 % face à Gabriel Attal, 70 % face à Jean-Luc Mélenchon. Je leur dis : tenez bon, nous arrivons ! Vivement 2027 ! (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)

    La parole est à M. Benjamin Lucas-Lundy, pour un rappel au règlement.

    Il se fonde sur l’article 70, alinéa 3, pour mise en cause personnelle. Le collègue du premier parti des pourris de France vient d’expliquer que nous étions du côté des délinquants. (Mme la présidente coupe le micro de l’orateur.)

    Je n’ai pas entendu de mise en cause personnelle. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) (M. Benoît Blanchard applaudit.)
    La parole est à M. Antoine Léaument, pour un nouveau rappel au règlement. Sur la base de quel article ?

    L’article 70, alinéa 3, que je vais prendre le temps de lire pour vous montrer à quel point le rappel au règlement se justifie : « Qui se livre à une mise en cause personnelle, qui interpelle un autre député ou qui adresse à un ou plusieurs de ses collègues des injures, provocations ou menaces […] ».
    J’ai entendu de la part de M. Gillet les mots suivants : « La gauche, vous êtes du côté des délinquants. »

    Ce n’est pas une injure, c’est un constat.

    Nous avons réagi de manière un peu vive compte tenu du fait que la présidente Le Pen porte un bracelet électronique à son pied. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ Exclamations sur les bancs du groupe RN.)

    Merci monsieur le député mais j’ai entendu des propos du même genre de votre part tout à l’heure. Je suspends la séance pour deux minutes.

    Suspension et reprise de la séance

    La séance est suspendue.

    (La séance, suspendue à dix-neuf heures cinq, est reprise à dix-neuf heures dix.)

    Je mets aux voix l’amendement no 493.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        72
            Nombre de suffrages exprimés                72
            Majorité absolue                        37
                    Pour l’adoption                22
                    Contre                50

    (L’amendement no 493 n’est pas adopté.)

    La parole est à M. Pierre-Yves Cadalen, pour soutenir l’amendement no 88.

    Nous avons bien compris que votre priorité n’était pas du tout de garantir un logement pour toutes et tous, de respecter le préambule de la Constitution de 1946 ou encore la vocation sociale de notre République. Vous prévoyez dans cet article d’aggraver les sanctions contre les personnes qui occupent les logements, et vous êtes même prêts à les envoyer en prison. C’est peut-être votre solution pour loger les gens, remarquez !
    Quelle ironie que le parti de M. Kasbarian s’appelle le parti de la liberté. Je lui propose de préciser qu’il s’agit de la liberté des riches ou de celle des bourgeois. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
    C’est ce que vous avez démontré, en tout état de cause. Vous êtes ici et là-bas, les macrono-lepénistes, les représentants de la classe bourgeoise. Karl Marx disait que lorsque l’on vous montre tel que vous êtes, lorsque l’on dit quels intérêts vous représentez, vous ne le supportez pas parce que vous n’assumez pas ce que vous êtes et ce que vous faites.
    Au XIXe siècle, à une période où le suffrage était censitaire, le premier ministre Guizot encourageait ses concitoyens à s’enrichir pour devenir des citoyens et des électeurs. Vous voulez la même chose. Du reste, quand la participation populaire aux élections est faible, cela vous arrange.
    À ceux qui nous écoutent, je dis donc d’aller voter massivement à la présidentielle pour Jean-Luc Mélenchon parce que nous garantirons le logement, nous construirons des logements publics, nous rénoverons et nous en finirons avec ces lois sottes et stupides qui ne font que nous faire perdre notre temps. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Avis défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Avis défavorable.

    La parole est à M. Guillaume Kasbarian.

    Le squat n’est pas une liberté mais un délit. La liberté recouvre aussi celle d’être propriétaire et de voir sa propriété privée respectée. La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres. On ne peut pas empiéter sur la liberté d’autrui et la propriété d’autrui au prétexte que ce serait une liberté de squatter. Votre raisonnement est fallacieux. Vous ne défendez pas la liberté mais les squatteurs, c’est-à-dire des délinquants.
    On peut être propriétaire et modeste. Ce n’est pas parce qu’on est propriétaire qu’on est bourgeois ou riche. Notre pays compte de nombreux propriétaires modestes, qui ont travaillé pour pouvoir se payer leur propriété privée et qui entendent que l’État protège ce qu’ils ont réussi à acquérir à la sueur de leur front, en étant protégés contre les atteintes portées à leur liberté individuelle. (Mme Joséphine Missoffe et M. Ian Boucard applaudissent.)

    Un tiers des ménages détiennent la moitié du parc privé !

    La parole est à M. Louis Boyard.

    Apprenez, monsieur Kasbarian, qu’il n’existe pas de liberté sans égalité. La question est bien celle de la responsabilité –⁠ vous parliez de délinquants, du reste. La personne qui est sans abri, qui est à la rue, n’est pas responsable de son état. Quand 6 millions de personnes recherchent un travail mais que seuls 400 000 ou 500 000 emplois sont disponibles, selon la Dares –⁠ direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques –, je considère qu’elles ne sont pas responsables de leur situation de chômage.
    Quand 3 millions de logements sont vacants mais que 350 000 personnes sont sans abri, le responsable de la situation, c’est le pouvoir public, le politique, c’est-à-dire vous, parce que vous ne prenez pas toutes les mes qui s’imposent pour permettre aux gens d’avoir un emploi et un toit au-dessus de leur tête. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
    Vous parlez de liberté, monsieur Kasbarian, mais le sans-abri est-il libre ? La personne qui n’a pas accès à un emploi parce que le capitalisme ne le lui permet pas est-elle libre ? La personne qui n’a pas de logement parce qu’on ne lui donne pas les revenus ou le travail indispensables à cela est-elle libre ?
    La seule liberté qui vous intéresse, monsieur Kasbarian, est celle des dominants. Mais la majorité du peuple français, à cause de l’inflation qu’on se prend sous Emmanuel Macron et de la concentration du logement qui interdit toute perspective d’achat aux jeunes, n’est pas libre. C’est pourquoi nous parlons d’égalité avant de parler de liberté. Sans égalité, vous n’avez pas la liberté. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    Je mets aux voix l’amendement no 88.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        80
            Nombre de suffrages exprimés                80
            Majorité absolue                        41
                    Pour l’adoption                25
                    Contre                55

    (L’amendement no 88 n’est pas adopté.)

    La parole est à M. Ian Boucard, pour soutenir l’amendement no 652.

    Il s’agit d’équilibrer les mes de l’article 5 en faveur des résidences secondaires. Du fait d’un vide procédural, il n’est en effet pas possible d’expulser les squatteurs d’une résidence secondaire.
    À l’extrême gauche qui ne manquera pas de nous reprocher de défendre les bourgeois et les classes très aisées, je rappellerai que les classes les plus bourgeoises ne sont pas les seules à posséder des résidences secondaires. Il fut un temps où notre pays permettait l’ascension sociale.
    Il fut un temps où les ouvriers, par exemple, par leur travail, pouvaient accéder à la propriété relativement jeunes et, dans certains endroits –⁠ sans doute pas à Saint-Tropez, j’en conviens –, acquérir une résidence secondaire. Vous dites que 34 % des résidences secondaires sont détenues par des ménages aisés et ce chiffre vous paraît énorme. Mais cela signifie que 66 % de ces résidences ne sont pas détenues par des personnes issues de classes particulièrement aisées (M. Pierre-Yves Cadalen s’exclame) et qu’elles sont susceptibles d’être squattées alors que c’est peut-être le seul héritage que leurs propriétaires pourront laisser à leurs enfants.

    M. Jean-François Coulomme

  • Eh bien nous abolirons l’héritage !

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Lorsqu’une résidence secondaire est squattée alors que son propriétaire ne l’occupe pas, la loi Dalo ouvre la possibilité de demander la mise en demeure de l’occupant de quitter les lieux, assortie d’un délai d’exécution de sept jours, plus court que s’il s’agissait d’une résidence principale. Vous souhaitez réduire ce délai d’urgence. Or une habitation principale n’est pas une habitation secondaire, un domicile n’est pas la même chose qu’une résidence, et ces statuts différents appellent un traitement gradué.
    La commission a émis un avis défavorable. Nous avons rappelé que l’amendement est satisfait par l’article 38 de la loi Dalo de 2007 : la procédure d’évacuation forcée qu’il prévoit s’applique y compris « lorsque le local occupé ne constitue pas le domicile du demandeur ». Je vous propose de le retirer.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Défavorable.

    La parole est à M. Laurent Croizier.

    J’ai du mal à me faire traiter de bourgeois par des députés qui gagnent 6 000 euros par mois,…

    C’est absurde : c’est l’indemnité parlementaire ! Quand elle n’existait pas, il n’y avait que des bourgeois à l’Assemblée !

    …et appartiennent à un groupe dont la présidente voyage en classe affaires et à un parti dont le président est multimillionnaire ! (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR, Dem et HOR.) On ne peut pas le lundi se plaindre du mal-logement, le mardi entraver les programmes de construction de logements au nom de je ne sais quelle idéologie,…

    …le mercredi se plaindre de la précarité, le jeudi empêcher les entreprises de s’installer, le vendredi se plaindre de l’importation de légumes et de fruits de l’étranger…

    C’est vous, le légume !

    …et le samedi empêcher nos agriculteurs de travailler ! En politique, la cohérence, c’est important ! (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR, Dem et HOR.)

    (L’amendement no 652 est adopté.)

    Je mets aux voix l’article 5, tel qu’il a été amendé.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        86
            Nombre de suffrages exprimés                86
            Majorité absolue                        44
                    Pour l’adoption                58
                    Contre                28

    (L’article 5, amendé, est adopté.)

    La parole est à M. Pierre-Yves Cadalen, pour un rappel au règlement.

    Il se fonde sur l’article 70, alinéa 3. M. Croizier met en cause le fait que nous touchions la même indemnité parlementaire que lui.

    Ce n’est pas ce qu’il a mis en cause !

    C’est un scandale ! Je tiens à vous rappeler une chose qui fera écho à la discussion que nous venons d’avoir : lorsqu’il n’y avait pas d’indemnité parlementaire, seuls des gens comme vous étaient élus parce qu’ils étaient propriétaires et disposaient d’une rente ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et GDR.)

    Ce n’est pas ce qu’il a dit !

    Sur l’amendement no 89, je suis saisie par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire d’une demande de scrutin public.
    Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.

    La parole est à M. Laurent Croizier, pour un rappel au règlement.

    Il se fonde sur l’article 70, alinéa 3, relatif aux mises en cause personnelles. Je rappelle à mon collègue que je ne suis qu’instituteur, professeur des écoles. Je viens d’une famille modeste : mes deux parents sont fonctionnaires, mon papa est cheminot. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR, DR, Dem et HOR.)

    Cela ne nous intéresse pas !

    Appliquez-vous donc vos propres leçons ! Moi, je ne suis pas né avec une cuiller en argent dans la bouche. J’ai grandi dans la ruralité et je connais la vie, je suis sur le terrain, contrairement à vous ! (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR, Dem et HOR.)

    Après l’article 5 (suite)

    La parole est à M. Andy Kerbrat, pour soutenir l’amendement no 89.

    Je promets d’essayer d’apaiser les débats,…

    …même si je ne comprendrai jamais comment on peut voter contre ses intérêts de classe quand on est issu des classes dites populaires ou moyennes.

    Monsieur Kerbrat, veuillez défendre l’amendement.

    C’était une introduction explicative. Nous nous sommes efforcés de vous expliquer sur tous les tons que vous étiez nécessairement responsables du mal-logement. Monsieur Kasbarian, écoutez-moi : oui, le squat est illégal, mais il est surtout la conséquence de votre politique. S’il y a plus de squats en France, c’est parce que vous n’avez pas mené une bonne politique du logement. Et vous êtes le premier responsable de cette explosion du nombre de squats…

    Vous étiez ministre du logement !

    …car, au lieu de construire des logements sociaux et de mettre à l’abri les personnes à la rue, comme l’avait promis Emmanuel Macron –⁠ promesse non tenue –, vous avez préféré faire voter, pour toute loi sur le logement, une loi visant à lutter contre le squat.
    C’est bien la preuve qu’en fait de politique du logement, vous avez choisi de partir à l’attaque des pauvres !
    Le présent amendement vise à abolir le délit d’incitation au squat –⁠ on en a déjà débattu lors de l’examen de votre loi et en commission. Les associations qui pallient les défaillances de l’État et travaillent à permettre à des personnes à la rue de trouver des hébergements, même s’ils sont illégaux, sont plus dignes que n’importe quelle loi Kasbarian ! (Mme Anne-Sophie Ronceret s’exclame.)

    Sur l’amendement no 494, je suis saisie par le groupe Rassemblement national d’une demande de scrutin public.
    Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Le squat est une infraction sanctionnée par la loi pénale. Il faut faire preuve de fermeté à l’égard de tout ce qui concourt à sa commission. Il faut en particulier réprimer l’incitation à s’y livrer –⁠ il existe des systèmes de publicité, voire des modes d’emploi du squat ! Avis défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Même avis. J’ajoute qu’en juillet 2023, la définition de ce délit a été déclarée conforme au bloc de constitutionnalité.

    Quant à vous, vous débloquez !

    La parole est à M. Guillaume Kasbarian.

    Cet amendement est scandaleux. Non seulement vous soutenez les squatteurs, mais vous faites l’apologie du squat.

    C’est tout le contraire !

    Vous voulez que soient à nouveau autorisés les livrets du bon petit squatteur, qui lui donnent toutes les clefs pour pouvoir bien squatter et être sûr de retarder les procédures d’expulsion ! En 2023, nous avons décidé d’interdire ce type de document, d’interdire l’apologie du squat et l’incitation à squatter, et le Conseil constitutionnel a pleinement validé cette disposition.
    Vous voulez revenir dessus parce que non seulement vous défendez les squatteurs, mais vous voulez faire la promotion du squat et l’encourager. Vous rêveriez qu’il y en ait de plus en plus chaque jour. La preuve est faite, à nouveau, que vous détestez la propriété privée ! (M. Ugo Bernalicis s’exclame.)

    La parole est à M. Andy Kerbrat.

    La création du délit d’incitation au squat a eu un effet mortifère : elle a fait augmenter le nombre de personnes à la rue car elle a criminalisé l’action publique, politique, des associations qui les aidaient à trouver un abri. Vous en êtes responsable !
    Je le dis sans hésiter : tant que l’on n’aura pas réglé le problème du logement en France, tant que l’on n’aura pas construit ou réquisitionné ce qu’il faut, le squat sera une méthode. Franchement, oui, squattez ! Squattez les multipropriétaires de logements loués sur Airbnb, les résidences secondaires qui appartiennent aux 3 % qui possèdent 50 % du patrimoine immobilier de ce pays ! Oui, squattez, squattez, mettez-vous à l’abri et survivez !

    C’est de l’incitation au délit ! Les députés ont quand même un devoir de responsabilité ! C’est surréaliste, on est en plein délire !

    Je mets aux voix l’amendement no 89.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        77
            Nombre de suffrages exprimés                76
            Majorité absolue                        39
                    Pour l’adoption                16
                    Contre                60

    (L’amendement no 89 n’est pas adopté.)

    La parole est à M. Yoann Gillet, pour soutenir l’amendement no 494.

    Le code pénal réprime l’introduction et le maintien illicite dans un local à usage d’habitation, commercial, agricole ou professionnel –⁠ le squat – par une peine de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende. Ce dispositif s’applique de manière uniforme dès lors que les éléments constitutifs du squat sont caractérisés lors de l’occupation frauduleuse d’un local, quel que soit l’état matériel dans lequel les occupants laissent le bien en question. Il y a là une insuffisance de l’arsenal pénal actuel : en plus de la perte de jouissance de leur bien, les propriétaires ne devraient pas avoir à assumer des frais de rénovation considérables après l’expulsion des squatteurs. Il faut envoyer un signal de fermeté. C’est ce que nous proposons de faire par cet amendement, qui tend à en créer une circonstance aggravante spécifique de l’infraction d’occupation frauduleuse.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • « La destruction, la dégradation ou la détérioration d’un bien appartenant à autrui » constituent une infraction autonome déjà prévue par les articles 322-1 et suivants du code pénal. En outre, la rédaction de votre amendement limite sa portée, puisqu’il n’y est question que des locaux et pas des domiciles. Avis défavorable pour ces deux raisons.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Même avis.

    La parole est à M. Ian Boucard.

    Il s’agit d’un amendement intéressant, qu’il faudrait réécrire en vue de la commission mixte paritaire.
    Je reviens au débat qui oppose M. Kasbarian à l’extrême gauche de cet hémicycle. Si cette dernière n’avait pas fait tomber le gouvernement de M. Barnier, le projet de loi relatif au développement de l’offre de logements abordables de M. Kasbarian, qui présentait un grand intérêt et que la commission des affaires économiques du Sénat avait approuvé, aurait eu le temps d’arriver dans cet hémicycle. Il aurait notamment permis de revenir sur les quotas fixés par la loi SRU et de lutter contre le logement social à vie –⁠ qui a permis à certains députés d’extrême gauche de continuer à vivre dans des logements sociaux alors même qu’ils étaient députés, avaient largement les moyens d’habiter ailleurs et auraient pu les libérer au profit de familles qui en avaient cruellement besoin ! (Mmes Cendrine Chazé et Anne-Sophie Ronceret applaudissent.)
    Sur cette question, vous êtes des tartuffes : que nous manquons de logements, mais à chaque fois qu’on veut mener à bien des projets de construction, ceux qui s’y opposent et déposent des recours sont toujours des associations, des militants ou des partis politiques de gauche. Lors de l’examen du projet de loi de simplification de la vie économique, nous avons défendu des mes visant à accélérer la construction : vous vous êtes opposés à chacune d’entre elles. Vous nous dites qu’il n’y a pas assez de logements mais, dès que l’on veut en construire plus, vous êtes contre.

    M. Kerbrat, que je remercie pour sa sincérité, a eu l’immense honnêteté de le dire : il n’est pas pour la construction, il est pour le squat. Voilà ce que vous défendez. À chacun son projet de société ! (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR. –⁠ Mme Cendrine Chazé applaudit également.)

    Je mets aux voix l’amendement no 494.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        80
            Nombre de suffrages exprimés                73
            Majorité absolue                        37
                    Pour l’adoption                23
                    Contre                50

    (L’amendement no 494 n’est pas adopté.)

    La parole est à M. Cyril Tribuiani, pour soutenir l’amendement no 202.

    Nous proposons de prendre une me de justice et de responsabilité par cet amendement, qui prévoit que ceux qui occupent illégalement ou se maintiennent frauduleusement dans un logement supporteront les frais qu’ils ont occasionnés, qu’il s’agisse de l’évacuation, du nettoyage, de l’enlèvement des déchets, de la remise en état du bien ou de la réparation des dégradations. Il n’est pas acceptable que les victimes paient les conséquences des agissements de ceux qui violent leur droit de propriété. Le principe est simple : le pollueur paie, le squatteur répare. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RN.)

    M. Jean-François Coulomme

  • Et le RN rembourse !

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Je comprends la logique « casseur-payeur » que poursuit cet amendement. Toutefois, les frais que vous évoquez sont déjà couverts par plusieurs procédures. Les frais engagés par le propriétaire du bien squatté font l’objet d’une indemnisation au titre des dommages et intérêts. Les frais de justice peuvent évidemment être laissés à la charge du condamné, selon les règles prévues par le code de procédure pénale. Enfin, si l’État ou une collectivité venaient à subir un préjudice, rien ne les empêcherait de mener leur propre action. Avis défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Même avis : l’amendement est satisfait par les dispositions qui viennent d’être évoquées.

    La parole est à M. Ugo Bernalicis.

    Je ne comprends plus rien. Vraiment, je suis perdu ! Quand nous parlions des free parties, le gouvernement a soutenu des amendements identiques prévoyant des actions civiles en réparation que la loi, en l’occurrence le code civil, permet déjà. À présent, on fait valoir un argument en sens contraire. Je suis perdu !

    C’est complètement incohérent ! Ces arguments très erratiques de la part du ministre sont insupportables –⁠ il ne deviendra pas ministre de la justice, à mon avis…

    (L’amendement no 202 n’est pas adopté.)

    Je vous rappelle que les articles 5 bis à 5 quindecies ainsi que les amendements avant l’article 6 sont réservés à la demande du gouvernement. Nous abordons donc l’article 6.

    Je suis saisie de cinq amendements, nos 427, 426, 831, 306 et 305, qui tendent à rétablir l’article 6, supprimé par la commission, et peuvent être soumis à une discussion commune.
    La parole est à M. Ugo Bernalicis, pour soutenir l’amendement no 427.

    Il tend à rétablir l’article 6 dans une version un peu modifiée, puisqu’il s’agit de supprimer les amendes forfaitaires délictuelles (AFD) de notre droit. Je vais revenir sur un certain nombre d’arguments en faveur de cette suppression. On évoque souvent le mauvais recouvrement de ces amendes, dénoncé par le rapport de la Cour des comptes.
    Je pense que c’est en réalité une perte de temps, car il s’agit d’un problème très secondaire. L’amende forfaitaire délictuelle, quand bien même elle serait recouvrée, pose en elle-même des problèmes.
    Le premier touche à la séparation des pouvoirs. Concrètement, dans la rue, le policier ou le gendarme rend un jugement comme un juge et éteint l’action publique comme un procureur. C’est insupportable. Le Conseil constitutionnel a lui-même reconnu que ce n’était pas terrible, mais en a admis le principe dès lors que les infractions étaient caractérisées de façon suffisamment claire –⁠ je pense qu’en l’espèce il a fait n’importe quoi.
    Toujours est-il que, sur le terrain des principes, nous devons continuer de défendre la séparation des pouvoirs comme un principe de vivre ensemble essentiel et déterminant. Il y va de la sûreté, consacrée par l’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.
    Deuxième point : l’AFD est inefficace. Aucune corrélation scientifique n’a été démontrée entre son instauration et la baisse du nombre d’infractions, dans quelque domaine que ce soit. Il n’y a aucun rapport ! L’AFD fait rentrer de l’argent et permet aux ministres de l’intérieur successifs de jouer les gros bras en prétendant qu’ils ont agi. Elle permet de poursuivre l’indigne politique du chiffre, qui transforme les policières et les policiers en robots chargés de distribuer des contraventions et surtout des AFD, au détriment du sens même de leur métier.
    Pour toutes ces raisons, il est urgent de supprimer les amendes forfaitaires délictuelles de notre droit… (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’orateur.)

    La parole est à M. Andy Kerbrat, pour soutenir l’amendement no 426.

    Cet amendement poursuit deux objectifs. Comme l’a très bien rappelé mon collègue Bernalicis et comme nous le martelons depuis le début de l’examen de ce texte, le système des amendes forfaitaires délictuelles ne fonctionne pas. Non seulement elles ne servent à rien et ne sont pas recouvrées, mais elles produisent même des effets contre-productifs en matière d’usage illicite de stupéfiants.
    Nous avons déjà eu ce débat, monsieur le ministre, lorsque vous nous avez expliqué que l’AFD n’avait pas pour objectif de sortir les gens de l’addiction, mais de punir la consommation. Or, si vous ne cherchez pas à réduire la consommation de stupéfiants d’une personne, vous courez le risque d’obtenir toujours le même résultat : la verbalisation répétée du même consommateur. Car ce n’est pas en infligeant des amendes que l’on soigne une addiction. Tel est le premier objectif de cet amendement.
    Mais nous proposons d’aller plus loin. Je voudrais répondre à un propos tenu par le premier ministre lors du débat sur la loi contre le narcotrafic. Selon lui, il n’existait que deux choix : soit la politique actuelle, c’est-à-dire la répression à tout va des usagers, des consommateurs et du narcotrafic –⁠ mais surtout du petit deal –, soit la dépénalisation.
    La dépénalisation est une véritable question politique. Il ne faut pas refuser de la regarder en face en considérant qu’elle constituerait nécessairement une défaite. D’autres pays européens ont fait des choix différents, notamment en matière de cannabis : l’Espagne, la Belgique ou encore la Suisse, qui dispose du système d’addictologie le plus performant. Son modèle repose à la fois sur la sécurité et la répression, mais aussi sur l’accompagnement et les soins, jusqu’à l’existence de salles de consommation médicalisée d’héroïne, afin d’éviter que les personnes ne consomment dans la rue. Le modèle portugais devrait également nous inspirer.
    Vous, que proposez-vous à un usager de stupéfiants ? De payer une AFD. À aucun moment vous ne proposez de travailler à son intégration dans un parcours de sortie d’addiction. Au Portugal, la consommation de stupéfiants demeure interdite, mais elle fait seulement l’objet d’une sanction administrative et la personne est orientée vers un comité… (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’orateur. –⁠ Mme Andrée Taurinya applaudit ce dernier.)

    La parole est à Mme Laetitia Saint-Paul, pour soutenir l’amendement no 831.

    S’agissant des stupéfiants, force est de constater qu’il n’y a plus de zones blanches…

    Ah, elle est bonne, celle-là !

    …et qu’il n’y aurait pas de dealers s’il n’y avait pas de consommateurs. Au sein du groupe Horizons & indépendants, nous sommes convaincus que la destruction de la société passe par le laxisme, fidèlement orchestré par l’extrême gauche, et que cette amende forfaitaire délictuelle est l’une des solutions. (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR.)

    Sur les amendements nos 427 et 426, je suis saisie par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire d’une demande de scrutin public.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    La parole est à M. Michaël Taverne, pour soutenir l’amendement no 306.

    L’article 6, qui a été supprimé par la gauche et l’extrême gauche en commission et que nous proposons de rétablir, vise à s’attaquer aux organisations criminelles et à la consommation de produits stupéfiants. La France insoumise est d’ailleurs bien placée pour en parler.
    En matière d’amende forfaitaire délictuelle, il est important de rappeler le contexte. Cette année, j’ai eu l’honneur de suivre une session de l’Institut des hautes études du ministère de l’intérieur (IHEMI), consacrée notamment à la corruption, à la criminalité organisée, à la consommation de stupéfiants, aux organisations criminelles et à la grande délinquance. Lorsque nous nous sommes rendus à Rotterdam et à La Haye, nos interlocuteurs d’Europol et d’Eurojust nous ont expliqué –⁠ n’en déplaise à l’extrême gauche – que la création du parquet national anticriminalité organisée (Pnaco) constituait une bonne me. Europol, qui s’efforce de lutter le plus efficacement possible contre les organisations criminelles qui inondent le territoire européen de stupéfiants, nous a également indiqué que notre procédure pénale et la réforme de la police judiciaire menée en France constituaient de très mauvaises orientations.
    En second lieu, un policier français chargé de la lutte contre les organisations criminelles au sein de cet organisme nous a confié que nous n’y arriverions jamais tant que nous ne taperions pas plus fort sur les consommateurs. C’est pourquoi nous proposons d’augmenter massivement le montant de l’amende forfaitaire délictuelle infligée aux consommateurs de stupéfiants. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RN.)

    Vous conservez la parole pour soutenir l’amendement no 305.

    Comme je viens de le dire et comme nous le disent les policiers spécialisés, il faut frapper les consommateurs au portefeuille. Dans notre boîte à outils, nous devons renforcer la police judiciaire et lutter plus efficacement contre les organisations criminelles. Or ce sont les consommateurs qui alimentent ces organisations.
    Créer un parquet national anticriminalité organisée : oui. Renforcer la police judiciaire : oui. Simplifier la procédure pénale : oui. Mais il faut aussi frapper les consommateurs au portefeuille.

    Mais certains n’ont pas de portefeuille, c’est cela que vous ne comprenez pas !

    C’est un cercle vertueux qu’il faut créer. Tel est le sens de cet amendement.

    La parole est à M. Damien Girard, pour soutenir le sous-amendement no 1094, à l’amendement no 305.

    Nous sommes opposés au rétablissement de l’article 6. Nous le répétons depuis l’annonce faite par Emmanuel Macron en décembre 2025 : le doublement de l’amende forfaitaire délictuelle pour usage illicite de stupéfiants est un cache-misère.
    Le raisonnement est pauvre et paresseux, presque caricatural. On inflige des amendes pour la consommation de stupéfiants. Mince ! Cela ne règle ni la consommation, ni les addictions, ni les trafics. Alors on se creuse un peu la tête : que pourrait-on bien faire ? La réponse tombe : doublons le montant des amendes. Voilà toute votre politique publique : la même réponse, mais avec une amende plus chère.
    La politique de culpabilisation sur laquelle le gouvernement mise tout ne produit aucun résultat sérieux qui permettrait de démontrer un recul de la consommation. Le groupe Droite républicaine propose lui aussi de faire passer l’AFD de 200 à 500 euros –⁠ de 150 à 400 euros pour l’amende minorée et de 450 à 1 000 euros pour l’amende majorée.
    Mais pendant que vous donnez l’illusion d’agir, la réalité s’aggrave. Pour la première fois, la cocaïne est devenue le premier marché de stupéfiants en France, devant le cannabis. En 2023, plus d’1 million de personnes en ont consommé –⁠ soit deux fois plus qu’en 2022, selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT).
    La consommation explose partout, dans les centres urbains comme dans la ruralité, dans les milieux favorisés comme dans les plus précaires, dans les milieux festifs comme au travail –⁠ n’en déplaise au premier ministre, puisque les tests réalisés dans les cabinets ministériels ne seront pas publiés.
    Nous devrions nous interroger sur les raisons de l’explosion de la consommation : la santé mentale de nos concitoyens, particulièrement des plus jeunes, l’isolement, les conditions de travail, l’accès aux soins, la réduction des risques ou encore les moyens dont disposent nos services d’enquête pour démanteler les réseaux. Au lieu de cela, de quoi parlons-nous ? D’une amende, encore d’une amende. Pensez-vous vraiment qu’une amende de 500 ou de 1 000 euros réglera un problème sanitaire, social, addictologique et criminel ? Moi, je ne le crois pas.

    Le sous-amendement no 1098 de M. Roger Vicot est défendu.
    Je suis saisie de deux sous-amendements identiques, nos 1093 et 1099.
    Le sous-amendement no 1093 de M. Pouria Amirshahi est défendu.
    La parole est à M. Roger Vicot, pour soutenir le sous-amendement no 1099.

    Nous proposons de supprimer la peine complémentaire de suspension de permis de conduire en cas de consommation de stupéfiants lorsque la personne ne conduisait pas sous l’emprise de la drogue.
    J’ai déjà évoqué ce principe hier, à l’occasion de l’examen d’un autre article. Il s’agit ici de sanctionner une personne au motif qu’elle pourrait éventuellement commettre un délit à l’avenir : autrement dit, de sanctionner une faute qui n’a pas été commise et qui, peut-être, ne le sera jamais. Cette me est donc totalement inadéquate et illégitime ; c’est pourquoi nous proposons de supprimer les alinéas 8 et 9. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)

    La parole est à M. Damien Girard, pour soutenir les sous-amendements nos 1097, 1095 et 1096, qui peuvent faire l’objet d’une présentation groupée.

    Je profite de la présentation de ces sous-amendements de M. Amirshahi pour répondre aux propos que j’ai entendus il y a un instant, selon lesquels il faudrait allier répression et prévention. Mais cela fait des années que vous ne faites que de la répression ! Notre pays est connu pour être le plus répressif en matière de drogues, tout en enregistrant les pires résultats. Pourtant, vous proposez encore de renforcer le volet répressif.
    D’autres pays européens obtiennent des résultats remarquables : je pense notamment au Portugal ou à la Suisse. Ils mènent des politiques de prévention et de réduction des risques.
    La question n’est pas de savoir si la drogue, c’est bien ou mal. Elle est de savoir si nous voulons réellement protéger notre population, notamment les plus jeunes, ou simplement nous faire plaisir en multipliant les amendes. Dans ce dernier cas, nous obtiendrons exactement les mêmes résultats, tout en appauvrissant davantage des personnes déjà en difficulté. Franchement, continuons ainsi !

    Quel est l’avis de la commission sur ces amendements et sous-amendements en discussion commune ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • À titre personnel, je déplore la suppression de l’article 6 par la commission et je souhaite son rétablissement.

    Le gouvernement, lui, ne propose pas le rétablissement !

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Cet article prévoyait de porter l’amende forfaitaire délictuelle (AFD) à 500 euros, ce qui était une bonne chose car son quantum actuel de 200 euros ne correspond pas à la hiérarchie et à la proportionnalité des peines. L’amende moyenne infligée par les tribunaux s’établit d’ailleurs à 435 euros.
    Ceci posé, je souhaite ajouter qu’en matière d’usage illicite de stupéfiants, l’AFD est une sanction efficace, et que nous travaillons à renforcer son efficacité, en particulier en améliorant son recouvrement. C’est pourquoi il conviendrait de réintroduire l’article 6.
    Ainsi, à titre personnel, je suis favorable à l’amendement de rétablissement no 305, mais défavorable à ses sous-amendements, et défavorable à l’ensemble des autres amendements.

    Main dans la main avec le Rassemblement national !

    Ah, elle est belle, l’alliance !

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • À l’issue de cette discussion commune sur le rétablissement de l’article 6, j’émets un avis défavorable sur les amendements no 427 et 426, qui visent à supprimer l’amende forfaitaire délictuelle pour consommation de stupéfiants. L’article 6 porte cette amende à 500 euros. Nous y sommes très favorables, monsieur Sansu. Le gouvernement a défendu cette me pour toucher aussi les consommateurs, qui portent une part de culpabilité et de responsabilité dans le développement des trafics.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Le Premier ministre a indiqué –⁠ cela est sans doute de nature à vous rasr – qu’une partie de ce produit serait reversée à la mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca) pour des actions de prévention. (M.  Andy Kerbrat s’esclaffe.)

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Vous devez évidemment en être très satisfaits.

    On attend toujours le reversement à la sécurité sociale du produit de la taxe sur le tabac ! Idem pour le produit de la journée de solidarité au bénéfice des Ehpad. De belles promesses…

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Je demande au groupe Horizons & indépendants le retrait de son amendement no 831 au profit des autres amendements de rétablissement, notamment de l’amendement no 305 de M. Taverne, qui reprend la rédaction de l’article 6 dans ses trois dimensions : augmentation de l’amende forfaitaire délictuelle à 500 euros ; possibilité de prononcer une peine complémentaire de suspension du permis de conduire, peine qui existe déjà pour certains professionnels, notamment les policiers et les personnels qui travaillent dans les transports ; et, dernière me dont on a moins parlé, prolongation de l’interdiction de paraître sur un point de deal, introduite par la loi narcotrafic, lorsqu’à l’issue d’une première interdiction, les personnes reviennent et réinstallent un trafic.
    Je répète : avis défavorable pour les amendements no 427 et 426 ; demande de retrait de l’amendement no 831 au profit du no 305, qui reprend l’ancienne rédaction de l’article 6 à laquelle le gouvernement est favorable ; avis défavorable sur tous les sous-amendements.

    La parole est à M. Nicolas Sansu.

    Le gouvernement n’a pas déposé d’amendement pour réintroduire l’article 6. J’imagine pourtant que vous aviez connaissance de la version du texte issue des travaux de la commission. Si vous aviez estimé qu’il était nécessaire de réintroduire cet article, vous l’auriez fait. (Mme  Andrée Taurinya applaudit.)
    Ce qui se passe est très grave. Que vous donniez le point au Rassemblement National une nouvelle fois me fait très mal parce que je connais vos engagements républicains. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes GDR, LFI-NFP et EcoS.) Ce n’est pas ce que vous êtes vraiment !
    Alors qu’il reste encore au moins une lecture et une commission mixte paritaire, je vous invite à vous ressaisir et à ne pas faire adopter cet amendement no 305 de M. Taverne parce que vous n’aviez pas décidé de réintroduire cet article, parce que vous savez très bien que l’augmentation de l’AFD ne réglera rien, bien au contraire, et enfin parce que vous avez entendu ce qui s’est dit en commission.
    Je vous demande solennellement de revenir sur l’avis favorable donné à l’amendement no 305. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, LFI-NFP et EcoS.)

    La parole est à M. Andy Kerbrat.

    La question des effets de l’amende forfaitaire, à laquelle vous n’avez pas répondu, est très intéressante. Au risque de surprendre, je ne suis pas en désaccord avec Bruno Retailleau quand il dit qu’il faut s’occuper de la demande. En effet, l’enjeu est de s’occuper des usagers et des usagères de stupéfiants.
    Le problème réside dans la proposition politique que vous faites, celle de l’amende forfaitaire délictuelle, qui est déjà appliquée et recouvrée à hauteur de 35 %. Lorsque nous en avons discuté en commission, vous vous êtes réjoui que ce soit deux fois plus que ce que vous recouvrez par ailleurs. Certes, mais 30 % de recouvrement, c’est 70 % de personnes qui ne paient pas.
    La réalité, c’est que vous ne voulez pas prendre le problème en face et que vous abandonnez le combat de santé publique concernant les addictions et l’usage de drogue (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et GDR), parce que vous n’avez pas le courage politique d’assumer un vrai plan, un plan qui pourrait froisser ceux d’en face.

    C’est vrai. Vous cédez au RN !

    Je vais vous donner un exemple. Pourquoi, actuellement, la France n’a-t-elle pas généralisé les haltes soins addictions (HSA) alors que toutes les expérimentations sont bonnes ? Monsieur le ministre, vous étiez préfet lors de l’installation de la halte soins addictions à la salle Gaïa à Paris ; vous avez entretenu des rapports compliqués avec eux, mais, finalement, ils nous disent que cela fonctionne. Le bâton que vous brandissez ne réduira pas le nombre d’usagers. Cela ne marchera pas !

    Et, dans cinq ans, cela n’aura fait qu’empirer. On peut porter l’ALD à 500 euros, la prochaine fois à 1 000 euros, et, pourquoi pas, revenir à l’idée, qui avait cours en 1970, qu’on pouvait aller en taule parce qu’on était camé ? Ce n’est pas un objectif politique ! Croyez-moi, nous pouvons sortir par le haut de ce problème de santé publique. (MM. Damien Girard et Marcellin Nadeau applaudissent.)

    La parole est à M. le ministre.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Je demande une suspension de séance. (Murmures sur les bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et GDR.)

    Suspension et reprise de la séance

    La séance est suspendue.

    (La séance, suspendue à dix-neuf heures cinquante, est reprise à dix-neuf heures cinquante-cinq.)

    Je mets aux voix l’amendement no 427.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        67
            Nombre de suffrages exprimés                67
            Majorité absolue                        34
                    Pour l’adoption                26
                    Contre                41

    (L’amendement no 427 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix l’amendement no 426.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        67
            Nombre de suffrages exprimés                67
            Majorité absolue                        34
                    Pour l’adoption                26
                    Contre                41

    (L’amendement no 426 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix l’amendement no 831.

    (Le vote à main levée n’ayant pas été concluant, il est procédé à un scrutin public.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        66
            Nombre de suffrages exprimés                65
            Majorité absolue                        33
                    Pour l’adoption                24
                    Contre                41

    (L’amendement no 831 n’est pas adopté.)

    (L’amendement no 306 n’est pas adopté.)

    (Les sous-amendements nos 1094, 1098, 1093, 1099, 1097, 1095 et 1096, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.)

    Je mets aux voix l’amendement no 305.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        55
            Nombre de suffrages exprimés                52
            Majorité absolue                        27
                    Pour l’adoption                22
                    Contre                30

    (L’amendement no 305 n’est pas adopté.)
    (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ M. Damien Girard applaudit également.)

    La suite de la discussion est renvoyée à la prochaine séance.

    2. Ordre du jour de la prochaine séance

    Prochaine séance, ce soir, à vingt et une heures trente :
    Suite du projet de loi visant à offrir des réponses immédiates au phénomène troublant l’ordre public, la sécurité et la tranquillité de nos concitoyens.
    La séance est levée.

    (La séance est levée à vingt heures.)

    Le directeur des comptes rendus
    Serge Ezdra

    . 🎯 OBJECTIF : Produire un article factuel, neutre et compatible Google News de

    Présidence de Mme Marie-Agnès Poussier-Winsback
    vice-présidente

    (La séance est ouverte à quinze heures.)

    1. Réponses immédiates aux phénomènes troublant l’ordre public, la sécurité et la tranquillité

    Suite de la discussion d’un projet de loi

    L’ordre du jour appelle la suite de la discussion du projet de loi visant à offrir des réponses immédiates aux phénomènes troublant l’ordre public, la sécurité et la tranquillité de nos concitoyens (nos 2850, 2984).

    Discussion des articles (suite)

    Ce matin, l’Assemblée a poursuivi l’examen des articles, s’arrêtant à l’amendement no 122 portant article additionnel après l’article 3. Je vous rappelle que des scrutins publics ont déjà été annoncés sur les amendements no 455 et identique.

    Après l’article 3 (suite)

    La parole est à M. Nicolas Tryzna, pour soutenir l’amendement no 122.

    Si l’article 3 tend à renforcer utilement la répression de plusieurs infractions routières particulièrement dangereuses, il ne permet pas d’appréhender de manière spécifique les comportements de délinquance routière répétitive. L’amendement tend par conséquent à créer un délit spécifique afin de sanctionner plus sévèrement les personnes qui, après avoir fait l’objet d’au moins trois condamnations définitives au cours des cinq années précédentes pour des infractions routières graves, commettent à nouveau l’une de ces infractions.

    La parole est à M. Vincent Caure, rapporteur de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République.

    M. Vincent Caure, rapporteur de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République

  • Avis défavorable.

    La parole est à M. le ministre de l’intérieur, pour donner l’avis du gouvernement.

    M. Laurent Nuñez, ministre de l’intérieur

  • Avis défavorable car il est déjà prévu de doubler les peines en cas de récidive.

    La parole est à Mme Élisa Martin.

    À ce que je vois, nous continuons sur la même pente ! Pourquoi ne pas faire confiance aux magistrats ? La réitération d’infractions routières ou de comportements potentiellement dangereux, en particulier quand elle est le fait de personnes sous l’emprise d’une substance alcoolique, est une circonstance aggravante. Les magistrats ont la capacité de prononcer des peines plus lourdes.
    Cela étant, il reste un grand absent et il ne dépend que du ministre de l’intérieur de réparer la situation : nous manquons d’un plan digne de ce nom pour lutter contre les violences routières, y compris les plus banales et les plus répandues, puisque, une fois encore, le nombre de morts sur les routes a augmenté dans notre pays. Tous ces gens sont morts pour rien ! Nous aimerions sincèrement que vous preniez enfin l’affaire au sérieux et que vous vous présentiez une véritable stratégie de lutte contre les infractions routières.

    Je mets aux voix l’amendement no 122.

    (Le vote à main levée n’ayant pas été concluant, il est procédé à un scrutin public.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        61
            Nombre de suffrages exprimés                60
            Majorité absolue                        31
                    Pour l’adoption                21
                    Contre                39

    (L’amendement no 122 n’est pas adopté.)

    Je suis saisie de deux amendements identiques, nos 455 et 728.
    La parole est à M. Yoann Gillet, pour soutenir l’amendement no 455.

    Il tend à rendre automatiques l’immobilisation et la mise en fourrière d’un véhicule dès lors que la conduite sans permis est constatée. Il s’agit là en effet d’une infraction grave qui s’accompagne bien souvent d’un défaut d’assurance et met directement en danger les autres usagers de la route. Il est indispensable d’envoyer un signal clair : ceux qui choisissent délibérément de s’affranchir des règles ne doivent pas pouvoir repartir au volant de leur véhicule. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN.)

    La parole est à M. Pouria Amirshahi, pour un rappel au règlement.

    Il se fonde sur l’article 100. J’étais convenu avec la présidence, en fin de matinée, que je ferais ce rappel au règlement en début de séance. Le ministre a déclaré ce matin, à propos d’une intervention de M. Thomas Portes –⁠ dont on pense ce que l’on veut, ce n’est pas le sujet –, qu’il allait se référer au compte rendu de la séance pour en tirer les conclusions qui s’imposent.
    Je voudrais simplement rappeler à Mme la présidente et à M. le ministre qu’au titre de l’article 26 de la Constitution, l’irresponsabilité des parlementaires les soustrait à toute poursuite pour des actes liés à l’exercice de leur mandat et qu’« aucun membre du Parlement ne peut être poursuivi, recherché, arrêté, détenu ou jugé à l’occasion des opinions ou votes émis par lui dans l’exercice de ses fonctions ».
    Vous avez parfaitement le droit, monsieur le ministre, de contester les propos d’un parlementaire et il n’est pas question pour moi de vous retirer ce droit légitime mais je voudrais simplement, puisque nous appelons tous à l’apaisement et au calme, que nous ne débattions pas dans cet esprit de conflictualité. S’il y a un désaccord, on le pose et on s’en explique, mais ne donnons pas à penser, dans le climat actuel, qui plus est au détour d’une phrase prononcée par un ministre, qu’on pourrait s’émanciper de l’article 26 de la Constitution. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    Après l’article 3 (suite)

    La parole est à M. Laurent Croizier, pour soutenir l’amendement no 728.

    Que les écologistes volent au secours de La France insoumise en dit long. (Exclamations prolongées sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
    Selon l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière, près de 600 000 automobilistes circuleraient sans permis de conduire. Conduire sans permis, c’est s’affranchir de toute exigence de sécurité, c’est de l’inconscience. Un conducteur sans permis est un danger pour tous, automobilistes, motards, cyclistes, piétons. À cette infraction s’ajoute souvent l’absence d’assurance, ce qui aggrave encore les risques pour les potentielles victimes.
    La conduite sans permis constitue un délit puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende. Le véhicule peut être immobilisé et placé en fourrière à l’appréciation des forces de l’ordre. En pratique, la possibilité de laisser repartir le véhicule avec un autre conducteur titulaire du permis reste possible. Cette tolérance n’est pas acceptable eu égard à la gravité de l’infraction. Un tel comportement doit entraîner une sanction immédiate, systématique et exemplaire. Mon amendement tend à ce que le véhicule passe systématiquement par la case fourrière afin de marquer les esprits et de toucher directement au portefeuille ceux qui prennent le risque inconsidéré de circuler sans permis.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Avis défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Je suis du même avis car il faut laisser à l’autorité administrative un pouvoir d’appréciation et ne pas rendre systématique cette mise en fourrière.

    La parole est à Mme Élisa Martin.

    Je ne sais pas qui vient au secours de qui mais pour ce qui nous concerne, il s’agissait simplement de rappeler les principes en vigueur dans cet hémicycle. Quand vous serez dans l’opposition, ce qui ne saurait tarder, vous serez très heureux d’en profiter à votre tour. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)
    J’en reviens à l’amendement. Vous êtes étonnants : alors que d’ordinaire, vous ne tarissez pas d’éloges sur les policiers, vous ne leur faites pas confiance pour le cas qui nous intéresse. Pourtant, la capacité à discerner est la première qualité d’un policier et il saura sans nul doute quoi faire face à une personne qui conduit sans permis. Cela étant, cela ne nous exonère pas de réfléchir aux raisons pour lesquelles les jeunes sont de plus en plus nombreux à conduire sans permis. La question n’est pas de savoir si c’est bien ou mal (« Si ! » sur les bancs du groupe RN) mais d’en comprendre les causes pour trouver des solutions. Nul doute que les causes puissent être d’ordre économique. C’est pourquoi nous souhaitons anticiper au maximum l’apprentissage de la conduite et surtout sa gratuité pour l’ensemble des jeunes gens.
    Je suis donc très surprise par votre amendement car il me semblait que vous aviez une entière confiance dans les policiers. Je vous invite à faire le pari de leur discernement.

    La parole est à M. Yoann Gillet.

    Le constat est simple : la sanction est faible et facultative. Non, madame Martin, ce n’est pas parce que nous ne faisons pas confiance aux forces de l’ordre que nous soutenons cette me, bien au contraire. Ne soyez pas naïfs. Les forces de l’ordre elles-mêmes la réclament, pour une raison simple : contrer les consignes qu’ils reçoivent parfois de ne pas saisir le véhicule faute de moyens humains et matériels.
    D’autre part, l’absence d’assurance est un fléau qui pèse sur l’ensemble des assurés par l’intermédiaire d’une contribution au fonds de garantie des assurances obligatoires de dommages, lequel a versé 123 millions d’euros aux victimes blessées et proches de victimes décédées en 2024.
    De surcroît, le nombre de délits pour défaut d’assurance continue de progresser. En 2014, 216 personnes ont trouvé la mort dans un accident impliquant un véhicule non assuré et 680 000 personnes circuleraient en France sans assurance. C’est une réalité sur laquelle il ne faut pas fermer les yeux. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN.)

    Vous racontez n’importe quoi !

    Je mets aux voix les amendements identiques nos 455 et 728.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        84
            Nombre de suffrages exprimés                83
            Majorité absolue                        42
                    Pour l’adoption                27
                    Contre                56

    (Les amendements identiques nos 455 et 728 ne sont pas adoptés.)

    La parole est à M. Laurent Croizier, pour soutenir l’amendement no 727.

    Une politique efficace visant à lutter contre les refus d’obtempérer s’appuie sur l’éducation, la prévention, la responsabilisation et la répression. L’augmentation du nombre de refus d’obtempérer observée ces dernières années, parfois pour des motifs totalement futiles, met en évidence la nécessité de compléter la réponse pénale par des actions de prévention.
    En cohérence, cet amendement tend à instaurer une campagne nationale de prévention destinée à sensibiliser l’ensemble de la population aux dangers des refus d’obtempérer et à informer clairement des sanctions encourues.
    Prévenir, c’est éviter des drames. Informer, c’est responsabiliser. Responsabiliser, c’est déjà protéger.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Favorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Je soutiens l’objectif visé mais la disposition prévue par l’amendement ne relève pas du domaine de la loi, aussi m’en remettrai-je à la sagesse de l’Assemblée.

    La parole est à Mme Élisa Martin.

    Je déduis des avis du rapporteur et du ministre que vous seriez capables d’organiser et de penser une véritable politique de prévention routière. J’insiste, vous l’aurez remarqué, dans l’espoir sans doute fou et peut-être vain d’obtenir une réponse de votre part. La prévention routière relève de votre responsabilité, monsieur le ministre de l’intérieur.
    C’est très urgent, car le nombre de morts augmente, ce qui n’est pas acceptable dans un pays comme le nôtre. Il faut prendre cette affaire très au sérieux. Quand serez-vous en me de nous présenter une campagne massive de prévention routière ?

    (L’amendement no 727 est adopté.)

    Je vous rappelle que l’article 3 bis est réservé à la demande du gouvernement. Nous abordons donc directement l’article 3 ter.

    Je suis saisie de trois amendements identiques, nos 887, 4 et 456, tendant à rétablir l’article 3 ter, supprimé par la commission.
    La parole est à M. le ministre, pour soutenir l’amendement no 887.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Cet amendement, déjà présenté au Sénat et dont l’adoption par ce dernier a créé l’article 3 ter, tend à rétablir une disposition, supprimée en commission, qui fait partie des trois mes –⁠ la commission n’a pas supprimé les deux autres – que nous proposons pour améliorer le recouvrement des amendes forfaitaires délictuelles (AFD). En l’occurrence, il s’agit de permettre aux agents, notamment à ceux de l’Agence nationale de traitement automatisé des infractions (Antai), d’accéder au système national des permis de conduire (SNPC) afin qu’ils puissent, en cas de verbalisation d’un véhicule qui n’était pas conduit par son propriétaire au moment des faits, vérifier les éléments d’identification du conducteur fournis par ce dernier.

    La parole est à M. Éric Pauget, pour soutenir l’amendement no 4.

    Il tend à rétablir l’article 3 ter, qui va dans le sens d’un meilleur recouvrement des AFD en permettant à certains agents d’accéder au fichier du SNPC. Je pense notamment aux cas de vidéoverbalisation où l’on constate que les personnes interrogées donnent un nom qui ne correspond pas aux images enregistrées. Il est très important de voter ces amendements afin de rétablir cet article, qui permettra surtout d’éclairer de tels cas.

    La parole est à M. Yoann Gillet, pour soutenir l’amendement no 456.

    Introduit par un amendement en séance publique au Sénat, l’article 3 ter ouvrait l’accès aux données du système national du permis de conduire à deux nouvelles catégories d’agents : les « agents de la police nationale, [les] militaires de la gendarmerie nationale et [les] agents des douanes exerçant dans un organisme de coopération internationale policière et douanière » d’une part, les « fonctionnaires ou agents de l’État chargés de l’instruction de la recevabilité des requêtes en exonération […] et des réclamations relatives aux amendes forfaitaires » d’autre part, afin de faciliter le recouvrement des AFD. Mais, dès qu’il s’agit de donner des outils efficaces à nos forces de l’ordre ou de sécuriser les procédures de sanction, la gauche s’oppose systématiquement à toutes les mes de bon sens. Par pur dogmatisme idéologique et sous couvert d’une défense déconnectée des réalités, la gauche préfère maintenir le cloisonnement du SNPC. Pour notre part, nous proposons de rétablir l’article 3 ter.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Avis très favorable au rétablissement de cet article, pour les raisons énoncées par monsieur le ministre. « Rien de nouveau sous le soleil », comme dirait l’Ecclésiaste : nous sommes au cœur de notre débat, qui se poursuit, sur les AFD : il s’agit d’améliorer leur recouvrement.

    La parole est à M. Éric Coquerel.

    Je vois bien toutes les mes d’accroissement des contrôles qu’on nous propose. J’ai une question à vous poser, monsieur le ministre : au vu de nos performances actuelles en matière de lutte contre le piratage des fichiers informatiques, ne craignez-vous pas que les recroiser, comme vous le proposez, ne soit risqué ? Alors que ces fichiers sont de plus en plus corrompus, que des données relatives à tous les Français, notamment aux gendarmes, partent dans la nature, disposez-vous de toutes les assurances souhaitables ? Ce que vous proposez ne sera guère pertinent tant que vous n’aurez pas résolu ces problèmes –⁠ et je n’ai pas l’impression que ce soit pour demain… (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)

    C’est un vrai problème, et il se pose également au sujet de l’article suivant !

    (Les amendements identiques nos 887, 4 et 456 sont adoptés ; en conséquence, l’article 3 ter est ainsi rétabli.)

    Je vous rappelle que l’article 3 quater est réservé à la demande du gouvernement. Nous abordons donc directement l’article 3 quinquies.

    Je suis saisie de quatre amendements identiques, nos 263, 566, 604 et 660, tendant à supprimer l’article 3 quinquies.
    La parole est à M. Roger Vicot, pour soutenir l’amendement no 263.

    Je n’expliquerai pas à nouveau –⁠ j’ai eu l’occasion de le faire à maintes reprises depuis hier – pourquoi nous nous opposons au principe des amendes forfaitaires délictuelles. Il est question de permettre d’étaler le paiement des AFD, mais cela ne change rien au problème de départ : quels que soient les moyens employés pour payer ces amendes, nous nous opposons à leur quasi-généralisation et demandons par conséquent la suppression de cet article.

    Sur les amendements no 263 et identiques ainsi que sur l’amendement no 805 et l’article 3 quinquies, je suis saisie par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire de demandes de scrutin public.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    L’amendement no 566 de M. Pouria Amirshahi est défendu.
    La parole est à M. Nicolas Sansu, pour soutenir l’amendement no 604.

    Le présent article prévoit d’autoriser les services chargés de la verbalisation et du recouvrement des amendes à accéder directement à des données fiscales couvertes par le secret professionnel. Concrètement, un agent de police qui dresse une amende forfaitaire délictuelle et fait une erreur lorsqu’il recueille l’adresse du contrevenant pourra demander à la direction générale des finances publiques (DGFIP) d’accéder à ses données personnelles. Cette nouvelle dérogation au secret fiscal participe d’un mouvement croissant d’interconnexion des fichiers administratifs et de circulation des données personnelles entre administrations. Alors que le secret fiscal constitue une garantie essentielle de protection de la vie privée, le dispositif que nous examinons tend à élargir considérablement les possibilités d’accès à ces informations à des fins principalement liées au recouvrement automatisé de sanctions financières.
    La Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) lance régulièrement l’alerte s’agissant de ce phénomène d’interconnexion croissante des bases de données publiques. Les administrations françaises utilisent plus d’une centaine de grands fichiers contenant des données personnelles, ce qui les expose, comme l’a rappelé le président Coquerel, à des piratages de plus en plus amples et fréquents.
    Cette logique participe d’un modèle de gestion toujours plus automatisé des AFD et du recouvrement, au détriment des garanties offertes aux usagers et du contrôle du juge. Elle soulève également des interrogations importantes en matière de protection des données personnelles et de proportionnalité des atteintes à la vie privée.
    Outre que nous nous opposons évidemment aux AFD –⁠ qui relèvent d’une justice déséquilibrée ne laissant aucune place au juge ou à l’avocat –, nous constatons que le taux de recouvrement de ces dernières est plus que mauvais : alors qu’il tournait autour de 20 % depuis 2019, il a chuté à 10 % en 2024. Nous n’améliorerons ce taux qu’en créant de nouveaux postes consacrés au contrôle fiscal –⁠ je rappelle qu’il a perdu 2 500 agents en dix ans ! En guise de comparaison, le taux de recouvrement des décisions de justice, sur lesquelles se concentre la DGFIP, est largement supérieur à celui des AFD puisqu’il atteint 50 %.
    La me proposée, monsieur le ministre, est donc une très mauvaise idée, d’autant plus qu’elle ne touchera que les plus précaires.

    La parole est à M. Andy Kerbrat, pour soutenir l’amendement no 660.

    Vous essayez de trouver une solution au non-recouvrement des amendes forfaitaires délictuelles en partant d’un postulat original : les gens donneraient de mauvaises coordonnées et c’est pour cela vous n’arriveriez pas à trouver leur identité fiscale, ni donc à recouvrer ces amendes.
    Les chiffres posent problème. Monsieur le ministre, nous avons évoqué un taux de recouvrement des AFD de 17,5 % tandis que vous parliez tout à l’heure d’un taux de 40 %. Heureusement pour nous, il y a des chercheurs et des juristes qui travaillent : vous avez donné à Yann Bisiou un taux moyen de 34 %, corrigé ensuite à 42,2 % et un taux de l’ordre de 35 %, les 17,5 % que j’ai mentionnés se rapportant aux amendes réglées sur place.
    En vérité, vous ne disposez d’aucunes données relatives aux raisons du non-recouvrement des AFD et vous cherchez à tâtons des solutions pour augmenter un chiffre sans vous intéresser à la réalité : le problème posé par le fait que des personnes ne peuvent pas régler ces amendes. C’est pour cela que nous nous opposons à cette levée du secret fiscal –⁠ dont il est très étonnant qu’elle vienne de votre gouvernement ! – et demandons que l’Antai n’ait pas directement accès aux données en question.
    ,Un jour, il faudra dire à combien s’élève le taux de recouvrement des AFD plutôt que de jouer du pipeau ! Et si vos services ne sont pas capables de le déterminer, il conviendra de lancer un grand travail. Aujourd’hui, les chercheurs sont obligés de saisir la Commission d’accès aux documents administratifs (Cada) pour obtenir de tels chiffres de vos ministères, et ces derniers répondent : « On ne sait pas. Le ministère de l’intérieur ne sait pas » ! C’est ce qu’avait indiqué Darmanin à l’époque, comme vous-même en réponse au premier courrier du juriste Yann Bisiou. Au lieu de faire des bêtises, revenez-en à des choses raisonnables. L’AFD ne fonctionne pas. Il faut des procédures judiciaires, pas administratives.

    Quel est l’avis de la commission sur ces amendements de suppression ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Votre intervention m’étonne, cher collègue Kerbrat, car vous nous avez cité ce matin le rapport de la Cour des comptes relatif aux AFD, qui contient des recommandations, dont trois sont de nature législative. Toutes trois ont été traduites sous forme d’amendements, adoptés par le Sénat. On peut être pour ou contre les AFD mais, tant qu’elles existeront, le législateur devra se battre pour améliorer leur recouvrement. Avis défavorable.

    Et le croisement des fichiers, vous n’en parlez jamais ?

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Je livrerai quelques éléments de clarification. J’ai donné ce matin un taux de recouvrement de 41,5 %, tenant compte des paiements immédiats et majorés. Nous ne sommes pas très loin des chiffres que vous évoquiez, monsieur Kerbrat –⁠ m’accuser de jouer du pipeau est franchement exagéré – et nous espérons aller beaucoup plus loin.
    Monsieur le président Coquerel, monsieur Sansu, il n’est pas vraiment question de croiser des fichiers, mais d’ouvrir un droit d’accès, de permettre de demander un certain nombre d’informations. Je veux dire, pour rasr la représentation nationale, que la procédure que nous examinons, qui vise à identifier des personnes pour mener à bien le recouvrement, existe déjà, notamment en matière de transport. Si vous lisez bien le texte, vous verrez qu’il est question de passer par la « personne morale unique » qu’évoque le code des transports. Ce que nous proposons n’a donc rien d’extraordinaire, mais permettra bel et bien d’améliorer le recouvrement des AFD. Avis défavorable.

    La parole est à M. Pouria Amirshahi.

    Vous nous présentez les dispositions que prévoit l’article 3 quinquies comme des mes techniques visant à faciliter la verbalisation et, surtout, le recouvrement des amendes. Mais il pose d’autres questions : permettez que le législateur s’y intéresse ! Je pense d’abord à la communication de données personnelles des conducteurs –⁠ nom, prénom, date de naissance, adresse du domicile – reçue par des personnels spécialement habilités, sans que le secret professionnel puisse leur être opposé. Pour rendre la sanction un peu plus efficace administrativement, vous voulez affaiblir les protections, ou du moins vous ne donnez aucune garantie de leur respect. Alors que l’accès à ces données doit être strictement limité, justifié, contrôlé, traçable –⁠ je renvoie à toute la jurisprudence française en la matière –, la rédaction que vous proposez renvoie à un décret, c’est-à-dire au domaine réglementaire, la définition des modalités concrètes d’application de l’article, sans rien dire des garanties que vous pourrez fournir. Qui consultera ces informations ? Dans quelles conditions ? Avec quelle traçabilité ? Pour combien de temps ? Avec quel contrôle contre les risques de réutilisation ? Vous ne le dites pas !
    On peut certes répondre que des lois précisent déjà les durées légales de conservation des données. Sans doute, mais dès lors qu’on ne sait pas exactement selon quelles modalités vous entendez faciliter les recouvrements en question, vous parviendrez peut-être à les accélérer, mais vous élargirez en même temps les pouvoirs administratifs –⁠ nous vous critiquons à cet égard depuis ce matin – sans penser à la prévention ni conférer au citoyen de droit opposable, ne serait-ce que celui de savoir quelles données sont recueillies, par qui, et comment elles sont conservées. Ce n’est pas un petit sujet !

    La parole est à M. Yoann Gillet.

    Les AFD ne sont certes pas une réponse à tout, mais elles ont leur utilité. Puisqu’on parle de leur non-recouvrement, il faut en évoquer l’une des raisons : le fait que la créance s’éteint au bout de trois ans. C’est pour résoudre ce problème que nous avons proposé qu’elle ne s’éteigne pas, afin que les services de l’État chargés du recouvrement finissent par réussir à faire payer ceux qui le doivent.

    Je mets aux voix les amendements identiques nos 263, 566, 604 et 660.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        99
            Nombre de suffrages exprimés                99
            Majorité absolue                        50
                    Pour l’adoption                33
                    Contre                66

    (Les amendements identiques nos 263, 566, 604 et 660 ne sont pas adoptés.)

    La parole est à M. Nicolas Sansu, pour soutenir l’amendement no 805.

    Il s’agit d’un amendement de repli de notre collègue Rimane, qui prévoit les modalités d’habilitation des agents chargés de croiser les fichiers dont nous parlons –⁠ c’est tout de même le sujet – et de mieux les former, dans la me où ils auront le droit de consulter les fichiers de la DGFIP, ce qui nous semble excessif.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • L’habilitation des agents autorisés à consulter les informations couvertes par le secret fiscal relève d’ores et déjà des modalités d’application prévues dans le décret, lequel sera pris sous le double contrôle du Conseil d’État et de la Cnil. Votre amendement est satisfait. Je vous suggère de le retirer –⁠ mais je vois à votre regard que vous ne le ferez pas.

    Moi, je ne suis pas satisfait !

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Je le répète, le texte renvoie à un décret en Conseil d’État qui sera pris après avis de la Cnil et qui déterminera les modalités d’habilitation des agents compétents et les conditions d’accès aux informations demandées. Avis défavorable.

    La parole est à M. Louis Boyard.

    Vous connaissez l’importance que j’accorde au sujet des fuites de données. Or, à partir du moment où vous ouvrez l’accès aux données à davantage d’agents, il y a fort à parier que les fuites seront plus importantes encore. Toutes les semaines, nous sommes informés que des données de nos concitoyens et de nos concitoyennes ont fuité des services de l’État. Tant qu’un véritable travail ne sera pas mené au niveau gouvernemental pour mieux protéger les données publiques, le problème ne sera pas réglé. En tout cas, je ne crois pas qu’il le sera par une simple formation.
    Je veux par ailleurs revenir sur la question des AFD. Elles sont la chose la plus stupide qui existe dans le droit ! Mettre des amendes à des mineurs est complètement idiot ! Je connais des jeunes qui écopent d’amendes dans les transports, pour tapage ou pour jet de déchets. Comment voulez-vous qu’un petit de 14 ans règle une amende ? (« Ses parents ! » sur les bancs du groupe RN.) Vous pensez qu’il va aller pointer à France Travail pour pouvoir ensuite s’acquitter de son amende ? (Exclamations sur les bancs du groupe EPR.)

    Tout le monde fait ce qu’il veut, alors ?

    Vous dites que c’est aux parents de régler les amendes, mais les jeunes ne leur en parlent pas toujours. Par ailleurs, il y a des parents qui ne peuvent pas payer les amendes –⁠ comme vous êtes des bourgeois, vous ne vous en rendez pas compte ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ Exclamations sur les bancs des groupes RN et EPR.) Certains jeunes de 16 ans ou de 17 ans, parce que l’amende est majorée, ont des milliers d’euros de dette ! J’en connais personnellement.

    Mettre une amende à un mineur est la chose la plus stupide qui soit. C’est précisément ce qu’on appelle la justice de classe : vous, vous pouvez payer les amendes de vos enfants, mais certains jeunes commencent leur vie d’adulte avec des dizaines de milliers d’euros de dette ! (Exclamations sur les bancs du groupe EPR.)
    Si un jeune n’a pas les moyens de payer un titre de transport, ce n’est pas de sa faute. Lui mettre une amende, dans ces conditions, c’est ce que j’appelle la faillite de l’autorité. Vous parlez tout le temps d’ordre, mais quand l’ordre est injuste, alors l’autorité est injuste. Il ne vous reste que l’autoritarisme. Vous passez votre temps à mater les jeunes par la répression. Ces amendes sont le meilleur exemple de la faillite de votre autorité ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    M. Jérémie Patrier-Leitus

  • Scandaleux !

    La parole est à M. le ministre.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Monsieur Boyard, ce n’est pas parce qu’il y a eu des fuites de données, malheureusement, et que des cyberattaques ont eu lieu, en raison principalement de négligences d’hygiène numérique de la part de certains agents, que l’ouverture des fichiers doit être totalement proscrite.

    C’est de la faute des agents !

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Par ailleurs, pour éclairer la représentation nationale, je précise que l’amende forfaitaire délictuelle ne s’applique pas aux mineurs. Vous confondez avec les contraventions. (Exclamations sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)

    Je mets aux voix l’amendement no 805.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        104
            Nombre de suffrages exprimés                104
            Majorité absolue                        53
                    Pour l’adoption                33
                    Contre                71

    (L’amendement no 805 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix l’article 3 quinquies.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        106
            Nombre de suffrages exprimés                105
            Majorité absolue                        53
                    Pour l’adoption                72
                    Contre                33

    (L’article 3 quinquies est adopté.)

    Je suis saisie de plusieurs demandes de scrutin public : sur l’amendement no 457, par le groupe Rassemblement national ; sur l’amendement no 888 rectifié, par le groupe Ensemble pour la République ; sur l’article 3 sexies, par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    La parole est à M. Cyril Tribuiani, pour soutenir l’amendement no 457.

    Notre collègue Yoann Gillet propose d’étendre les dispositions relatives au contrôle de l’alcoolémie et de l’usage de stupéfiants aux conducteurs de navires de plaisance. La sécurité ne doit pas s’arrêter aux routes ; les comportements dangereux en mer peuvent avoir des conséquences tout aussi dramatiques. Il est donc cohérent d’appliquer les mêmes exigences de responsabilité à tous les conducteurs. Pour renforcer la sécurité maritime et prévenir les accidents, je vous invite à soutenir cet amendement.

    La parole est à M. le ministre, pour soutenir l’amendement no 888 rectifié.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Il reprend une disposition adoptée au Sénat en la complétant. La me initiale permettait d’étendre aux gens de mer le régime d’interdiction en matière d’alcoolémie. Nous avons beaucoup travaillé, notamment avec la ministre déléguée chargée de la mer et avec Mme la députée Panonacle, que je salue, et nous proposons aujourd’hui d’aller plus loin : au-delà des gens de mer, il s’agit d’étendre aux plaisanciers l’interdiction de la conduite sous emprise d’un état alcoolique ou de stupéfiants. L’amendement prévoit également d’habiliter le gouvernement à prendre une ordonnance pour compléter les régimes d’interdiction et de sanction en matière d’alcoolémie et de stupéfiants, pour préciser leurs conditions de mise en œuvre et pour traiter la question des substances psychoactives. Il s’agit donc de construire un régime juridique applicable à l’ensemble des gens de mer et des plaisanciers sur le modèle de celui relatif à la conduite terrestre.
    Quant à l’amendement qui vient d’être défendu, je sollicite son retrait au profit de l’amendement gouvernemental.

    Quel est l’avis de la commission sur ces deux amendements ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Ils ne faisaient pas l’objet d’une discussion commune, mais comme celui du gouvernement vise le même objectif avec une rédaction à la fois plus large et plus précise, j’émets un avis défavorable sur le no 457 et favorable sur le no 888 rectifié.

    La parole est à Mme Sophie Panonacle.

    J’invite l’Assemblée à voter contre l’amendement de M. Gillet parce qu’il est incomplet : il vise les plaisanciers en oubliant le contrôle de stupéfiants pour les professionnels. En outre, dans sa rédaction actuelle, il est inapplicable. Nous soutiendrons donc l’amendement du gouvernement.
    Ce n’est pas sans émotion que je prends la parole aujourd’hui à la suite de l’accident mortel du petit Benjamin, il y a un peu plus d’un an, dans le bassin d’Arcachon. Je sais que ses parents nous écoutent. Nous avons demandé l’évolution du code des transports pour obtenir de nouveaux dispositifs de sécurité en mer. Je suis intervenue au plus haut niveau de l’État et j’ai agi avec le soutien du président de la République, du ministre de l’intérieur, du ministre des transports, de la ministre de la mer et du ministre de la justice, en coordination avec le secrétariat général de la mer. Sachez qu’il n’existe aucun cadre légal en mer pour contrôler les plaisanciers ou les professionnels en matière d’alcoolémie et d’usage de stupéfiants.
    L’amendement du gouvernement donnera aux forces de sécurité en mer les moyens d’exercer, outre une action de prévention, leur mission de contrôle et si besoin de sanction. Je me réjouis que nous soyons en me de réparer le vide juridique sur lequel j’avais alerté les services de l’État en 2020. Il a malheureusement fallu le tragique accident de Benjamin pour que nous puissions avancer.
    Puisque la saison estivale commence, je veux dire que la mer est un incroyable espace de liberté, mais en aucun cas un espace de non-droit. Pour consolider mon engagement, je souhaite vous alerter, monsieur le ministre, sur le sujet suivant : sur le modèle de l’homicide routier adopté il y a quelques années, je propose de créer une infraction spécifique d’homicide en mer. J’espère qu’ainsi nous aurons accompli un travail complet en tant que législateur. Je salue, à travers vous, chers collègues qui allez soutenir cet amendement, M. et Mme Mano et toute leur famille. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, Dem et HOR.)

    Je mets aux voix l’amendement no 457.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        114
            Nombre de suffrages exprimés                113
            Majorité absolue                        57
                    Pour l’adoption                27
                    Contre                86

    (L’amendement no 457 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix l’amendement no 888 rectifié.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        108
            Nombre de suffrages exprimés                85
            Majorité absolue                        43
                    Pour l’adoption                80
                    Contre                5

    (L’amendement no 888 rectifié est adopté.)
    (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, Dem et HOR.)

    Je mets aux voix l’article 3 sexies, tel qu’il a été amendé.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
          Nombre de votants               115
          Nombre de suffrages exprimés          112
          Majorité absolue                   57
                  Pour l’adoption             79
                  Contre            33

    (L’article 3 sexies, amendé, est adopté.)

    Après l’article 3 sexies

    La parole est à M. Michaël Taverne, pour soutenir l’amendement no 327, portant article additionnel après l’article 3 sexies.

    Il vise à autoriser l’interception des véhicules, c’est-à-dire la méthode du « contact tactique », dans le cadre de la lutte des forces de l’ordre contre les rodéos urbains et les refus d’obtempérer.
    Je vois des collègues rigoler, mais cela ne m’étonne pas, ils sont un peu déconnectés… (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    Je reprends : l’amendement vise à autoriser le contact tactique tout en assurant la protection juridique des forces de l’ordre. Cette technique a déjà été autorisée dans le passé.

    Ce n’était pas le même ministre de l’intérieur !

    J’avais d’ailleurs interpellé à ce sujet un précédent ministre de l’intérieur, lors de l’examen du projet de loi d’orientation et de programmation du ministère de l’intérieur (Lopmi) : il m’avait répondu que j’étais abonné aux fake news car aucune note de service n’interdisait aux policiers de prendre en charge les refus d’obtempérer. Je lui ai cité la note 89 de la police nationale et il s’est légèrement décrédibilisé, mais c’est un autre sujet…
    À condition d’avoir reçu une formation, les motocyclistes savent très bien utiliser la technique du contact tactique, pratiquée dans de nombreux pays, notamment au Royaume-Uni. Elle fonctionne très bien dans ce pays, depuis longtemps, et n’engendre pas davantage d’accidents mortels. Je ne vois donc pas pourquoi nous ne serions pas capables de l’appliquer chez nous. Nous avons des policiers extrêmement courageux et professionnels. Ce ne sont pas des dingos, comme le pensent les députés de l’extrême gauche. Nous devons envoyer un signal : lorsque c’est possible, les gendarmes et les policiers doivent pouvoir recourir au contact tactique. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Au-delà de l’aspect juridique de votre amendement, je peux vous dire, en tant que député des Français du Royaume-Uni, que le contact tactique ne fait pas consensus dans ce pays. Je ne pense pas, personnellement, que cette méthode soit la bonne solution. Je ne crois pas non plus qu’elle soit soutenue par l’ensemble des syndicats de police. D’autres voies doivent être explorées pour améliorer la manière dont on lutte contre les rodéos urbains et les refus d’obtempérer. L’usage des drones, notamment pour protéger les forces de sécurité qui interviennent dans ces situations, est une piste à développer pour l’avenir.
    Avis défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Nous avons débattu d’un amendement similaire au Sénat et je vous ferai la même réponse que celle que j’ai faite aux sénateurs. Les refus d’obtempérer sont aujourd’hui pris en charge. Vous avez raison, il fut un temps où certaines instructions dans la police et dans la gendarmerie n’étaient pas claires et n’incitaient pas à la prise en charge des refus d’obtempérer, ce que je considère comme inacceptable en tant que ministre de l’intérieur. Une circulaire de la direction générale de la police nationale (DGPN) de 1999, notamment, limitait les refus d’obtempérer aux circonstances dans lesquelles des crimes de sang ou des délits violents sont commis, ce qu’on ne peut pas accepter. Quand il y a un refus d’obtempérer, le risque encouru par les gendarmes et les policiers doit être la poursuite de l’individu pour l’interpeller.
    Ces circulaires ont été levées, d’abord à la préfecture de police, en juin 2020, à ma demande –⁠ j’étais alors secrétaire d’État auprès du ministre de l’intérieur. Mon prédécesseur a levé les autres instructions, dans la police nationale et dans la gendarmerie, pour prévoir systématiquement la possibilité de prendre en charge les refus d’obtempérer et d’utiliser les matériels que vous avez évoqués ce matin, en particulier le Diva –⁠ dispositif d’intervention des véhicules automobiles.
    Le contact tactique est un sujet autrement compliqué, car il fait courir un risque de bles pour la personne et de mise en cause pénale des fonctionnaires de police et des militaires de la gendarmerie. Je suis pour ma part défavorable à cette méthode. Comme l’a souligné le rapporteur, elle est plutôt contestée dans les pays où elle est utilisée, et en tout cas réservée à certaines infractions très particulières.
    Je donne un avis défavorable à cet amendement, tout en réaffirmant avec force la nécessité d’une réponse ferme face aux refus d’obtempérer.

    La parole est à M. Jérôme Legavre.

    Je vous ras, monsieur Taverne, quand nous vous écoutons, nous n’avons pas envie de rire ! Contrairement à ce que vous pensez, nous aussi nous savons des choses. Je vais vous expliquer ce qu’est le contact tactique quand il est utilisé en dehors des clous.
    Dans une commune de Seine-Saint-Denis, mon département, à Aubervilliers, il y a un peu plus de deux ans, un scooter a été pris en chasse par un véhicule de police : celui-ci a pris le boulevard à contresens et a percuté de plein fouet le scooter ; son conducteur a été tué sur le coup et son passager projeté dix mètres en arrière.
    Malgré les fractures ouvertes dont il souffrait, ce dernier a été traîné pour être placé en garde à vue pendant de longues heures au commissariat. Il n’a été hospitalisé que plusieurs heures après. Cet événement a donné lieu, pour moi et mes collègues Insoumis et communistes du département, à la troisième marche blanche de l’année. Voilà, très exactement, ce qu’est le contact tactique.
    Puisque vous évoquez la Grande-Bretagne, sachez pour votre gouverne que les méthodes et la doctrine de maintien de l’ordre dans ce pays ne ressemblent pas tout à fait –⁠ c’est peu de le dire – à celles qui prévalent en France. En particulier, les policiers n’y sont pas armés, ce qui constitue une sacrée différence. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe EcoS.)

    La parole est à Mme Natalia Pouzyreff.

    Notre groupe –⁠ La République en marche, puis Renaissance – a contribué à la création du délit de rodéo motorisé.

    Renaissance, c’est eux, désormais ! (M. Ian Boucard désigne les bancs du groupe RN.)

    Je salue le soutien des ministres de l’intérieur successifs, qui a permis de renforcer progressivement le dispositif, notamment grâce à l’adoption de la Lopmi. Cet article vient encore le compléter et illustre notre détermination à nous attaquer au fléau des rodéos motorisés.
    En revanche, pour avoir longuement étudié cette question et auditionné des membres des forces de police britanniques, notamment un surintendant principal, je tiens à rappeler que le recours au contrôle tactique est réservé à des brigades spécifiquement entraînées et concerne principalement les vols à l’arraché commis par des contrevenants circulant à deux-roues. Il ne s’agit en aucun cas d’une pratique généralisée chez nos voisins. Au contraire, les Britanniques ont fait marche arrière.
    Il faut donc en finir avec cette idée fausse, propagée dans les médias, selon laquelle les Britanniques recourraient systématiquement au contact tactique lors des poursuites. C’est d’abord le discernement de nos forces de l’ordre qui doit prévaloir, en fonction de la situation à laquelle elles sont confrontées.
    Comme l’a indiqué le rapporteur, les drones permettront des poursuites plus efficaces et plus sûres, non seulement pour les conducteurs des engins, mais aussi pour les piétons, qui risquent d’être fauchés au cours d’une poursuite.

    (L’amendement no 327 n’est pas adopté.)

    Je suis saisie de huit amendements, nos 112, 889, 828, 840, 5, 233, 243 et 351, pouvant être soumis à une discussion commune et tendant à rétablir l’article 4, supprimé par la commission.
    Les amendements nos 889 et 828, qui font l’objet de nombreux sous-amendements, sont identiques, ainsi que les amendements nos 5, 233, 243 et 351.
    La parole est à M. Lionel Duparay, pour soutenir l’amendement no 112.

    Il me revient de lancer la discussion relative au rétablissement de l’article 4, qui touche à la lutte contre les incivilités et les troubles à l’ordre public dans le cadre des manifestations sportives.

    Quelle honte ! Quelle indignité !

    Depuis plusieurs années, nous assistons à leur accroissement, dans les enceintes sportives mais aussi à l’extérieur, à proximité des stades mais parfois beaucoup plus loin, dans les cortèges d’athlètes ou près de leur lieu d’hébergement.
    Les propositions de rétablissement de l’article, dans les différentes rédactions qui nous sont soumises, visent à sanctionner et à contrôler les personnes condamnées pour certaines infractions, afin de s’asr qu’elles ne puissent pénétrer, lors de manifestations sportives, dans les stades ou les enceintes dont l’accès leur a été interdit, et de contribuer ainsi au maintien de l’ordre public.

    La parole est à M. le ministre, pour soutenir l’amendement no 889.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Le gouvernement propose de rétablir l’article 4. Celui-ci a été introduit dans le projet de loi dans un contexte d’augmentation significative des violences dans les stades et –⁠ c’est très important – autour des stades, comme vient de le rappeler M. Duparay.
    J’ai eu la faiblesse de penser que la proposition du gouvernement résultait aussi d’échanges avec des parlementaires dont les circonscriptions comptent des clubs importants. Il m’a semblé les entendre expliquer que les groupes de supporters jouaient un rôle majeur dans la structuration des stades et qu’il était préférable de privilégier les sanctions judiciaires individuelles ou les mes individuelles de police administrative.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • C’est précisément l’objet de l’article 4 : renforcer le régime des interdictions administratives de stade (IAS).
    Nous constatons par ailleurs une recrudescence des débordements en dehors de l’enceinte des stades et pas nécessairement au moment des matchs. Des supporters organisent ainsi des fights, des combats, la veille de la rencontre. Il fallait prendre en compte ce phénomène en étendant l’interdiction administrative de stade à d’autres lieux que l’enceinte sportive, notamment aux lieux de rassemblement des supporters ou à ceux qu’ils choisissent pour organiser leurs fanwalks.
    Ces troubles sont connus de l’ensemble des préfets, des services de l’État, des présidents de clubs et des groupes de supporters. C’est pourquoi nous proposons non seulement d’interdire administrativement de stade les personnes qui ont déjà causé des troubles à l’ordre public, mais aussi de leur interdire l’accès aux lieux précis où existent des risques de troubles –⁠ ni plus ni moins –, avant comme après le match. Les incidents ont en effet souvent lieu la veille de la rencontre, voire immédiatement après celle-ci.
    Tel est le sens de cet article, dont je regrette la suppression par la commission. J’attire également votre attention sur une autre me importante de l’article 4, reprise dans mon amendement de rétablissement : nous intégrons parmi les troubles à l’ordre public susceptibles de justifier une interdiction administrative de stade les propos injurieux et discriminatoires. Nous déplorons régulièrement les propos racistes et homophobes tenus dans les stades.

    Pas seulement dans les stades !

    C’est le juge qui est compétent !

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Enfin, l’amendement du gouvernement comporte une ouverture, car j’ai bien compris, au cours des débats en commission, que des réserves ou des réticences s’étaient exprimées sur certains bancs. Nous proposons donc de limiter à douze heures avant et douze heures après le match la possibilité d’étendre les interdictions administratives de stade, alors que le projet initial du gouvernement, adopté par le Sénat, prévoyait une période de vingt-quatre heures avant et vingt-quatre heures après.
    Nos échanges seront, je pense, assez nourris ; je ne développerai donc pas davantage la présentation de cet amendement. Mais très honnêtement, comme je l’ai dit en commission, le gouvernement propose ici une alternative à des mes collectives de dissolution de groupes consécutives à des incidents. J’ai bien compris que la commission avait rejeté cette option, mais je regretterais d’avoir à me pencher à nouveau sur la dissolution de certains groupes.

    Ça, c’est pas bien ! Il faut aider les Green Angels !

    Sur les amendements identiques nos 889 et 828, je suis saisie par le groupe Horizons & indépendants d’une demande de scrutin public.
    Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    La parole est à Mme Laetitia Saint-Paul, pour soutenir l’amendement no 828.

    Cet amendement des députés du groupe Horizons & indépendants vise à rétablir l’article 4, afin de renforcer un outil qui a fait ses preuves en matière de prévention des violences dans le sport : l’interdiction administrative de stade. Le constat est simple : le dispositif actuel ne répond plus pleinement à la réalité du terrain et présente trois angles morts auxquels cet amendement entend remédier.
    Premier angle mort : le racisme, l’homophobie et les discours de haine. Chaque saison, des chants racistes, des injures homophobes ou antisémites retentissent dans nos enceintes sportives sans que le préfet ne dispose d’un motif clair pour en écarter les auteurs.
    Deuxième angle mort : la géographie. L’interdiction ne couvre que le stade, ses abords et les lieux de retransmission. Or chacun sait que les violences se sont déplacées : rixes organisées à distance des enceintes ou affrontements sur les trajets des cortèges des supporters.
    Troisième angle mort : le temps. Les débordements ne commencent pas au coup d’envoi et ne s’arrêtent pas au coup de sifflet final. C’est pourquoi nous proposons d’étendre l’interdiction aux douze heures précédant et suivant la manifestation sportive. Notre groupe estime cette temporalité parfaitement proportionnée.
    J’insiste enfin sur un point. Ce dispositif reste strictement encadré. Il ne vise pas les supporters qui font vivre nos stades, mais, comme toujours, la minorité qui empêche les matchs de se dérouler sereinement et dans le respect de chacun.

    Nous en venons aux sous-amendements aux amendements identiques nos 889 et 828.
    La parole est à Mme Andrée Taurinya, pour soutenir le sous-amendement no 929.

    Nous avons réussi à supprimer cet article en commission et nous espérons confirmer cette suppression dans l’hémicycle. En effet, dans le fouillis de mes que constitue votre texte, pour quelles raisons cet article visant les supporters surgit-il soudainement ? On se le demande.
    Vous nous dites avoir eu des échanges avec des parlementaires. Pourtant, ma circonscription se trouve intégralement à Saint-Étienne –⁠ Allez les Verts ! – et je n’ai reçu aucun appel. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ Mme Léa Balage El Mariky applaudit également.) Et même si vous m’aviez appelé pour négocier quoi que ce soit, je vous aurais dit non : vous voulez instaurer des interdictions administratives, alors même qu’il existe déjà des interdictions judiciaires.
    Je vous répète ce que nous ne cessons de vous dire depuis le début de ce débat : vous vous prenez pour le ministre de la justice, alors que vous êtes ministre de l’intérieur. La justice, pour nous, ne se rend pas par sanctions administratives.
    En outre, monsieur le ministre –⁠ écoutez-moi, s’il vous plaît, vous demanderez conseil pour votre réponse plus tard (Sourires) –, le gouvernement a conclu en 2023 un accord équilibré avec les associations de supporters, qui prévoyait une augmentation des peines judiciaires mais un encadrement des sanctions administratives.
    Nous étions parvenus à cet équilibre, mais les associations de supporters attendent toujours le bilan de cette réforme. Avant d’introduire une nouvelle me dans ce texte fourre-tout, communiquez-nous ce rapport. Nous verrons alors s’il convient d’envisager d’autres mes.

    Je suis saisie de plusieurs demandes de scrutin public : sur les sous-amendements nos 929, 930, 931, 932 et 933, par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire ; sur les sous-amendements nos 1062, 1063, 1064, 1065, 1066, 1067, 1068, 1069, 1070 et 1071, par le groupe Socialistes et apparentés.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    La parole est à Mme Ersilia Soudais, pour soutenir le sous-amendement no 930.

    Monsieur le ministre, vous affirmez vouloir sanctionner des personnes qui auraient troublé l’ordre public par le passé. Or ce n’est pas la fonction initiale des interdictions administratives de stade, qui visent à prévenir les troubles. Qu’est-ce qui vous prouve que les personnes que vous visez vont forcément récidiver ? Rien. Votre me porte donc une atteinte disproportionnée à la liberté d’aller et venir.
    Ce sous-amendement vise à supprimer l’extension temporelle des interdictions administratives de stade, mais nous sommes opposés au principe même de telles interdictions, qui consacrent le règne de l’arbitraire. Il s’agit d’une sanction très lourde, qui n’est même pas prononcée par un juge et qui prive l’intéressé de toute réelle possibilité de se défendre, contrairement aux mes judiciaires.
    Les supporters visés n’ont pas accès à leur dossier avant le prononcé de l’IAS. Que se passe-t-il en cas d’erreur d’identification, d’erreur dans l’appréciation des faits ou d’erreur de l’administration ? Des situations arbitraires et injustes peuvent évidemment survenir.
    Vous prétendez constamment prendre de telles mes au nom de la sécurité. Au contraire, vous êtes en train de créer un monde dangereux, un monde où les gens se sentiront en insécurité du fait même de vos choix politiques. Depuis de nombreuses années, vous nous dessinez un monde proprement épouvantable. La proposition de loi sur le permis de tuer tout récemment adoptée l’a encore prouvé, et ce projet de loi Ripost en constitue un nouvel exemple. Les gens sont atterrés de voir où nous en sommes arrivés.

    La parole est à M. Nicolas Sansu, pour soutenir le sous-amendement no 1041.

    Personne ne nie qu’il existe des problèmes dans les stades et à leurs abords. Les accords qui avaient été conclus sur le sujet, et qui méritent désormais d’être évalués, étaient bons.
    Le rétablissement de cet article vise à étendre le champ des interdictions administratives de stade, qui constituent pourtant une anomalie juridique puisque, prononcées par un préfet, sans intervention d’un juge, sans procès équitable, sans accès effectif au dossier, elles produisent les effets d’une véritable sanction.
    Quels sont leurs résultats ? Le rapport parlementaire rédigé par Mme Marie-Georges Buffet et M. Sacha Houlié en 2020 est sans appel : près de 75 % des interdictions administratives de stade contestées devant le juge administratif sont annulées ! Dans certains cas, elles sont même inscrites à tort au casier judiciaire avec des conséquences professionnelles lourdes, alors même que la loi ne le prévoit pas. Voilà la réalité de ce dispositif !
    Ne nous trompons pas sur l’objectif réel de cet article. Loin de viser à lutter contre le racisme ou les violences dans les stades, que notre arsenal législatif permet de combattre –⁠ le préfet peut toujours saisir le parquet des délits de racisme, d’antisémitisme et d’homophobie –, l’étude d’impact assume qu’il s’agit avant tout de faciliter la répression des banderoles et chants visant la Ligue de football professionnel ou des diffuseurs.
    Ce qui est poursuivi n’est pas seulement un comportement mais une conception du supportérisme. Les ultras ne se considèrent pas comme de simples consommateurs d’un spectacle. Ils se vivent comme des acteurs de leur club, capables de contester les dirigeants, d’afficher une banderole contre la multipropriété (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP), de s’opposer à la tenue de matchs en semaine –⁠ comme l’ont fait les supporters du Red star –, ou d’organiser collectivement leurs tribunes. Cette autonomie dérange parce que le football business préfère un public docile, prévisible et consommateur.
    La menace que vous avez proférée tout à l’heure contre les clubs de supporters n’est pas de bon aloi, monsieur le ministre. Demain, sans doute, on ne pourra plus avoir des tifos aux couleurs de la Palestine.

    Eh oui ! (Mme  Andrée Taurinya applaudit.)

    C’est ça, la réalité ! Les tribunes sont un espace d’expression ; le sport est politique. À force de vouloir faire taire toute contestation au nom de l’ordre, vous ne protégez ni le football, ni les libertés, vous affaiblissez les deux ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    Je suis saisie de deux sous-amendements identiques, nos 931 et 1062, à l’amendement no 889.
    La parole est à M. Andy Kerbrat, pour soutenir le sous-amendement no 931.

    Il est très important de bien qualifier ce dont nous parlons. Vous nous avez fait tout un blabla, monsieur le ministre, sur la nécessité de renforcer l’arsenal juridique que constitue l’interdiction de stade à des personnes qui ne vous plaisent pas. La réalité est que vous renforcez une interdiction administrative. Voilà ce que vous faites !
    Or l’interdiction administrative de stade signifie qu’un préfet, une autorité administrative, décide unilatéralement, sans aucune possibilité de recours, d’interdire l’accès à des stades. Savez-vous de qui nous parlons ? Vous êtes sans doute au courant que 70 % de ces IAS, comme on les appelle, ont été interdits pour avoir déclenché un fumigène au sein des tribunes !
    Ainsi, tout ce que vous dites au sujet de l’ultraviolence, de la société Orange mécanique et que sais-je encore, ce n’est pas la réalité de votre travail. Dans les faits, celle qui lutte réellement contre les phénomènes d’agressions, de rixe, de batailles, de fights organisées, c’est la justice. La justice est la seule à pouvoir mener cette bataille.
    Votre proposition inique prévoit une interdiction administrative de stade qui serait non seulement temporelle –⁠ douze heures avant et douze heures après la rencontre – mais aussi géographique ! Elle vise le stade, mais, aussi, le bar, ce que vous avez reconnu au Sénat. Il suffit que trois supporters se retrouvent dans un bar et –⁠ mon Dieu, oh là là ! – l’autorité administrative pourra considérer que la personne a enfreint son IAS. Voilà la réalité : ce que vous voulez faire, c’est criminaliser, dans la lignée de Bruno Retailleau.
    Vous n’avez pas appelé Saint-Étienne, mais vous n’avez pas non plus appelé Nantes ! Vous auriez pu me contacter pour avoir une discussion avec le groupe Brigade Loire, qui a été pendant très longtemps dans le viseur de votre prédécesseur… En menaçant de dissoudre les groupes de supporters si on ne rétablit pas votre article 4, vous créerez dans les stades un climat que vous vous mordrez les doigts d’avoir suscité ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    La parole est à M. Pierrick Courbon, pour soutenir les sous-amendements nos 1062 et 1063, à l’amendement no 889, qui peuvent faire l’objet d’une présentation groupée.

    Avant de défendre le sous-amendement no 1062, je débuterai par un propos général. Nous l’avons dit en commission, commencer la discussion sur l’article 4 en disant : « Je n’aimerais pas être contraint de me replonger dans des dossiers de dissolution », n’est pas une entrée en matière très constructive ! (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.)
    Si je suis d’accord sur la nécessité de lutter pour éradiquer la violence dans et aux abords des stades –⁠ il n’y a aucune ambiguïté là-dessus –,…

    …la question est de savoir comment y parvenir de manière efficace.
    Après avoir salué –⁠ je continue de le faire – l’évolution consistant à vouloir éviter les sanctions collectives, qui sont injustes et inefficaces, je constate que, loin de renforcer les sanctions judiciaires à l’encontre de comportements délictuels, vous favorisez des mes administratives, principalement préventives, dont vous connaissez pourtant la faiblesse juridique, puisqu’une grande partie des interdictions de stade, notamment celles prononcées pour pyrotechnie festive, sont annulées par les tribunaux administratifs.
    Certains d’entre nous éprouvent un certain malaise à discuter des supporters et des ultras dans le cadre d’un texte de loi fourre-tout, dans lequel on les associe à des narcotrafiquants, des délinquants routiers, etc. Certes, ce ne sont pas des anges, mais si l’on s’attache aux risques qu’ils font courir à la société, il y a quand même un vrai problème de proportionnalité.
    De manière plus globale, tant dans la version initiale du texte que dans votre amendement de rétablissement –⁠ qui fait un pas dans la bonne direction –, vos propositions pour renforcer les mes administratives à l’encontre des supporters reviennent à assujettir certains d’entre eux à un régime de contrôle parfois plus sévère et restrictif que les Micas –⁠ mes individuelles de contrôle administratif et de surveillance – auxquelles sont soumises certaines personnes suspectées de terrorisme, ce qui pose un problème de proportionnalité de la sanction.
    J’en viens à la défense des sous-amendements relatifs à l’extension géographique de l’interdiction.
    Premièrement, une interdiction administrative de stade doit se concentrer sur ce qui se passe dans le stade, même s’il est nécessaire d’avoir une vision sur ce qui se produit aux alentours. La difficulté provient de ce que de nombreux stades sont situés en plein cœur des villes. Ainsi l’extension de l’IAS aux « lieux de passage de cortège et aux lieux de rassemblement » n’est-elle pas non plus nécessairement proportionnée. Dans ma ville, par exemple, le lieu de passage des supporters, c’est toute la ville, du sud au nord, quand ils vont en cortège rejoindre le stade ! La limitation de la liberté d’aller et venir peut être vraiment problématique quand tout un pan d’une ville de 180 000 habitants est concerné !
    D’autant que le Conseil d’État dit clairement que le périmètre et les circonstances de l’interdiction doivent être définis de manière précise. Par nature, les lieux de rassemblement et les lieux de passage ne sont pas toujours les mêmes, ce qui crée une véritable fragilité juridique.
    Le sous-amendement no 1063 est une solution de repli, consistant à accepter cette extension géographique pour les matchs classés catégorie 5, c’est-à-dire ceux pour lesquels les troubles à l’ordre public sont susceptibles d’être les plus importants et les plus fréquents.

    La parole est à M. Sacha Houlié, pour soutenir les sous-amendements nos 1064 et 1065, à l’amendement no 889, qui peuvent faire l’objet d’une présentation groupée.

    Avant de répondre à M. le ministre sur sa présentation de l’amendement no 889, je voudrais rectifier deux éléments qu’il a présentés comme des constats. Le premier concerne l’accroissement des troubles à l’intérieur des stades. Dans son rapport, le Sénat établit que 85 IAS ont été prononcées pour la saison 2022-2023 et 147 pour la saison 2024-2025. S’il y a bien une augmentation, ça n’est pas une explosion des violences, telle que vous avez pu la décrire.
    Vous avez affirmé par ailleurs que les sanctions collectives ne sont pas des réponses à la violence que l’on connaît dans les stades. Nous partageons ce constat et nous leur avons toujours préféré les réponses individuelles. C’est la raison pour laquelle, après avoir étudié avec attention les interdictions administratives de stade, Marie-George Buffet et moi-même n’avons pas proposé leur suppression mais leur pérennisation, sous réserve d’encadrer leur durée, fixée à douze mois, et qui peut être prolongée de vingt-quatre mois en cas de récidive. Nous avons également souhaité que l’interdiction administrative ne se cumule pas avec une interdiction judiciaire et qu’elle s’éteigne lorsqu’une peine complémentaire d’interdiction est prononcée par un magistrat.
    Cela m’amène à mon second point : les mes dont vous proposez le rétablissement marquent en réalité une évolution par rapport à celles que vous aviez initialement présentées. Ainsi, vous maintenez la durée des IAS que j’avais fait corriger dans la loi de 2023, c’est-à-dire les périodes de douze et vingt-quatre mois que je viens d’évoquer.
    Vous revoyez l’amplitude de l’interdiction : de vingt-quatre heures précédant et suivant la rencontre, vous êtes passés à douze heures.
    Si l’IAS peut être prononcée en raison d’injures publiques, vous avez accepté que ce ne soit possible qu’après des injures « graves et répétées ». Rappelons que l’injure publique est une qualification pénale, qui doit être appréciée par le juge plutôt que par une autorité administrative. D’autre part, il est naturel que des choix politiques de la Ligue de football professionnel puissent être contestés par les supporters dans un stade.
    En revanche, vous n’avez pas souhaité revenir sur l’obligation de pointage, alors que nous souhaitions que cette me particulièrement attentatoire aux libertés ne puisse être prononcée qu’à l’égard d’un supporter qui entend se soustraire à une IAS.
    Les sous-amendements nos 1064 et 1065 reviennent à vous prendre au mot. Puisque vous estimez que l’interdiction administrative est une sanction, elle doit faire l’objet d’une procédure contradictoire, lors de laquelle la personne se verra communiquer son dossier –⁠ c’est l’objet du sous-amendement no 1064 , pour être en me de contester l’interdiction devant les juridictions administratives, au fond ou en référé.
    Le sous-amendement no 1065 tend à introduire un délai d’un mois à compter de la connaissance des faits par l’autorité préfectorale pour lancer la procédure contradictoire préalable à l’IAS. Encore une fois, si cette me est une sanction, elle ne peut pas être prononcée sur-le-champ.

    La parole est à M. Pierrick Courbon, pour soutenir le sous-amendement no 1066, à l’amendement no 889.

    Dans la me où nous présentons de très nombreux sous-amendements à l’amendement no 889, portant sur des sujets différents, peut-être serait-il opportun pour la cohérence de nos débats que M. le ministre nous réponde en plusieurs vagues, plutôt qu’en une fois au terme de la discussion ?
    Le sous-amendement no 1066 vise à garantir qu’une IAS –⁠ qui, historiquement, même si les choses évoluent, est censée être une me préventive – tombe automatiquement et mécaniquement dès lors qu’une sanction pénale définitive est intervenue pour les mêmes faits.
    Vous me direz sans doute que cet amendement est satisfait mais, sur le terrain, on constate qu’un certain nombre d’interdictions administratives de stade sont maintenues après que des décisions judiciaires ont invalidé leur fondement. Il s’agit d’empêcher ces cas de figure, qui existent en pratique.

    Sur les sous-amendements nos 1005 rectifié et 1006, je suis saisie par le groupe Écologiste et social d’une demande de scrutin public.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    La parole est à M. Pouria Amirshahi, pour soutenir le sous-amendement no 1005 rectifié, à l’amendement no 889.

    Les interdictions de paraître pour incitation à la haine raciale sont au cœur de l’actualité avec la Coupe du monde de football, puisqu’on a vu des joueurs éminents, de notre équipe et d’autres équipes, victimes de racisme et de négrophobie. À cet égard, je tiens à exprimer toute ma solidarité aux joueurs de l’équipe de France et à Kylian Mbappé en particulier. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EcoS, LFI-NFP, Soc et GDR.)
    Danielle Simonnet –⁠ ici présente – et Sabrina Sebaihi ont justement déposé une proposition de loi visant à responsabiliser les clubs pour mettre fin à l’homophobie dans le sport. On ne peut pas admettre que les stades soient les lieux d’expressions racistes, homophobes ou porteuses d’autres discriminations.
    En la matière, notre arsenal législatif actuel est déjà significatif et robuste puisqu’il qualifie pénalement ces actes, qui sont définis et réprimés par la loi du 29 juillet 1881.
    Or, une fois de plus, vous proposez de transférer au pouvoir administratif ce qui, en application de cette loi, relève du juge. Je finis par m’inquiéter : que restera-t-il au ministère de la justice ? Si vous continuez à déjudiciariser tout ce qui, en vertu de la loi, relève de la procédure pénale, nous nous dirigeons vers un ordre juridictionnel très inquiétant, monsieur le ministre.
    En l’espèce, vous proposez que les IAS motivées par des injures publiques et des provocations à la haine soient décidées de façon définitive, sans recours, par le préfet. Pour notre part, nous demandons, non de renoncer à lutter implacablement contre ces délits –⁠ de ce point de vue, nous partageons le même objectif –, mais de demeurer dans un cadre judiciaire.
    Pour sécuriser juridiquement le dispositif, acceptez notre sous-amendement no 1005 rectifié et le suivant, le sous-amendement no 1006, qui prévoit aussi de rester dans le cadre judiciaire.

    La parole est à M. Pierrick Courbon, pour soutenir le sous-amendement no 1067.

    J’abonde dans le sens de notre collègue Amirshahi. La lutte contre les violences verbales discriminatoires, homophobes et racistes est un combat qui nous rassemble. Les mes prises doivent cependant s’appuyer sur des décisions de justice, comme il est d’usage dans un État de droit.
    Le sous-amendement no 1067 vise à supprimer l’injure publique des comportements susceptibles de donner lieu à une interdiction administrative de stade tel que le prévoit l’amendement du gouvernement. Il n’est évidemment pas question d’autoriser tout et n’importe quoi dans un stade de football. En revanche, la notion d’injure publique reste juridiquement floue dans ce contexte. Notre collègue Sansu l’a dit : on peut régulièrement voir dans les tribunes des banderoles au message piquant ou subversif. Voici quelques exemples pour que vous compreniez mieux de quoi je parle : quand des supporters s’expriment sur la question des droits de retransmission et des modalités de diffusion des matchs en brandissant une banderole qui proclame : « La LFP est une voleuse ! », peut-on parler d’injure publique ? Qu’en est-il si un député, moi par exemple, déclare dans le stade de sa ville : « Vincent Labrune a tué le football français » ? Si des supporters crient : « Non au football qatarisé ! », cette déclaration relève-t-elle de l’injure publique ?

    Oui, c’est xénophobe ! (Sourires.)

    Nous sommes tous d’accord qu’il est nécessaire de lutter contre les propos discriminatoires, homophobes et racistes, mais la notion d’injure publique me paraît trop floue pour être conservée.

    La parole est à M. Sacha Houlié, pour soutenir le sous-amendement no 1068.

    Je compléterai ce que vient de dire M. Courbon. La notion d’injure publique correspond à une qualification pénale. Nous saluons certes le fait que votre amendement précise qu’il faut que l’injure publique soit « grave et répétée » pour justifier une interdiction administrative de stade, mais ce n’est pas suffisant. Il faudrait retirer l’injure publique des motifs pour lesquels peut être prononcée une interdiction administrative de stade, en limitant ceux-ci aux violences dont se rendent coupables les supporters dans une enceinte sportive ou à proximité de celle-ci.
    Admettons cependant que vous ne retiriez pas la mention de l’injure publique : il faudrait qu’une procédure judiciaire soit engagée concomitamment à l’IAS contre l’auteur des propos. La saisine du parquet et l’ouverture d’une enquête sont la condition de la validité de l’IAS. Les auteurs de l’infraction doivent être traduits devant une juridiction pénale pour être jugés, et non simplement faire l’objet d’une procédure administrative, car ce n’est pas à l’administration de sanctionner le supporter qui se rend coupable de propos injurieux.

    La parole est à Mme Élisa Martin, pour soutenir le sous-amendement no 932.

    Les interdictions administratives de stade ne sont pas des décisions neutres. Elles restreignent significativement les libertés fondamentales, en particulier celle d’aller et venir et le droit au respect de la vie privée. Au travers de ce sous-amendement, nous proposons que l’IAS devienne caduque à partir du moment où une décision de justice a été rendue. Il y a une hiérarchie à respecter : les décisions judiciaires l’emportent sur les mes administratives, c’est un principe de base ! Il est d’autant plus important de respecter cette hiérarchie que ce sont les libertés fondamentales des personnes qui sont affectées. Sinon, on pourrait se retrouver dans des situations ubuesques, où une interdiction administrative de stade resterait d’actualité alors qu’une décision de classement sans suite ou une amende aurait été prononcée par l’autorité judiciaire. Ce serait fort problématique, d’autant que, comme on l’a dit plusieurs fois, ces décisions sont fragiles, y compris aux yeux de la justice administrative.
    À ces questions vient se greffer un autre sujet, donc nous avons déjà débattu à l’occasion de la préparation des Jeux olympiques de 2024 : la protection de la liberté d’expression. Des exemples viennent d’être donnés. Certains groupes de supporters se mobilisent contre l’organisation mégacapitalistique du football contemporain. Nous sommes entièrement d’accord avec eux : ce sport populaire mériterait d’être davantage protégé à cet égard.

    La parole est à M. Pouria Amirshahi, pour soutenir le sous-amendement no 1006.

    Je reprends mon argumentation là où j’avais dû l’interrompre en défendant le sous-amendement no 1005. Monsieur le ministre, si vous continuez à transférer autant de pouvoir à l’autorité administrative au détriment de l’autorité judiciaire, ce ne sera pas sans conséquences, et on les constate déjà.

    La mise en place d’un État policier !

    Ce matin, Léa Balage El Mariky est revenue de la cour administrative d’appel de Paris avec le chiffre suivant : le contentieux administratif a augmenté de 35 % ! Vous affaiblissez le juge judiciaire, garant de notre droit, et vous allez engorger toute la justice administrative. Nous y perdrons donc en efficacité. Or, depuis le début de l’examen de ce texte, c’est l’efficacité que vous invoquez pour justifier la pertinence de vos mes.
    Par ailleurs, je voudrais évoquer les graves difficultés que soulève le recours aux Micas, dont vous vous inspirez. Si une interdiction à paraître est prise par l’administration, mais que le juge judiciaire, saisi de son côté, décide qu’une telle interdiction n’a pas lieu d’être, la décision administrative reste valide. Vous instaurez donc quelque chose d’assez fou en revenant sur un principe fondamental, l’autorité de la chose jugée !

    Tant du point de vue de l’organisation administrative, de notre ordre juridictionnel que des principes du droit, vous faites non seulement fausse route, mais vous édifiez quelque chose de très dangereux. Sur cette question comme sur d’autres, vous vous en doutez, nous saisirons le Conseil constitutionnel. En attendant, je vous invite à y réfléchir à deux fois, ou en tout cas à répondre précisément à nos arguments –⁠ le risque d’embolie de la justice administrative et surtout la remise en cause de l’autorité de la chose jugée si une me administrative reste valide alors que le juge judiciaire a rendu une décision contraire.

    Je suis saisie de deux sous-amendements identiques, nos 933 et 1069.
    La parole est à Mme Sophia Chikirou, pour soutenir le sous-amendement no 933.

    Je poursuivrai sur le même ton que mon collègue. Le sous-amendement no 933 est un sous-amendement de repli. Nous essayons ainsi de sécuriser certaines garanties et de limiter l’arbitraire que vous souhaitez généraliser, voire automatiser, monsieur le ministre.
    Plusieurs ONG vous ont déjà interpellé à propos de ce texte. Vous allez trop loin : vous instaurez un système qui ne respecte pas les libertés fondamentales. Même l’ONU s’est exprimée à propos de ce projet de loi car vous faites peser un risque sur les libertés fondamentales des Français. Pourquoi avez-vous décidé d’instaurer un tel système en plein mois de juillet, à moins d’un an de votre départ, puisque les élections auront lieu au printemps prochain et que vous partirez, que vous dégagerez même, de ce gouvernement ? (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Nous ne comprenons pas pourquoi vous avez choisi ce moment pour instaurer un État policier ! Vous n’êtes pas ministre de la justice mais ministre de l’intérieur ; comment pouvez-vous faire fi de la justice et instaurer un système où la règle administrative l’emporte ? Les mes administratives ont pourtant quelque chose d’arbitraire et d’autoritaire puisqu’elles sont prises en dehors de tout débat contradictoire et qu’il n’est pas possible de revenir dessus, comme mon collègue Amirshahi vient de le rappeler. Même quand la justice judiciaire ne prononce pas d’interdiction de stade, vous persistez à appliquer les IAS !
    Je rebondis aussi sur ce qu’a dit le collègue Courbon. Nous sommes des militants politiques qui nous engageons pour des causes qui ne vous plaisent pas et que vous combattez en employant des moyens qui ne sont pas toujours loyaux. Vous seriez bien capables de nous interdire de stade pour nous empêcher de nous exprimer !

    M. Jérémie Patrier-Leitus

  • Vous interdire d’Assemblée, en tout cas !

    Les stades de football, comme tous les stades, sont des lieux d’expression populaire et… (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’oratrice. –⁠ Les députés du groupe LFI-NFP applaudissent cette dernière. –⁠ M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.)

    La parole est à M. Sacha Houlié, pour soutenir le sous-amendement no 1069.

    L’état du droit sur les obligations de pointage est défini par la loi de 2023, qui a circonscrit l’obligation de pointage au seul cas où la personne sous le coup d’une IAS entend manifestement s’y soustraire. C’est extrêmement important ! Or la rédaction du gouvernement revient à autoriser l’administration à imposer des obligations de pointage sans avoir à les justifier ; en tout cas, elle tend à lever la restriction actuelle.
    Dans les faits, certains préfets imposent souvent le pointage en toutes circonstances. Je veux évoquer quatre situations dont m’a fait part l’avocat de l’Association nationale des supporters. Un père divorcé a été assigné à résidence un week-end car il devait pointer au commissariat tous les jours ; par conséquent, il n’a pas pu emmener son fils en vacances. Un infirmier de nuit s’est retrouvé à devoir pointer tous les jours au commissariat, et a donc été contraint de laisser sa femme enceinte de huit mois s’occuper de leurs quatre enfants. Un père de famille qui avait demandé s’il pouvait pointer à la gendarmerie de son lieu de villégiature plutôt qu’au commissariat de sa ville s’est vu répondre de prendre ses billets, avant qu’on lui dise qu’il ne pouvait finalement pas partir en vacances car il n’avait pas obtenu l’autorisation de la préfecture –⁠ précisons qu’il n’avait nulle intention de se rendre au stade pendant ses vacances.
    Des recours ont été adressés au tribunal administratif et dans chaque cas, ce dernier a annulé l’obligation de pointage, mais trop tard ! Voilà pourquoi la disposition prévue à l’alinéa 5 de l’article L. 332-16 est justifiée. Nous l’avons introduite en 2023 par un amendement que j’avais défendu en tant que président de la commission des lois, et que certains d’entre vous ont donc peut-être voté. L’amendement du gouvernement, dont le 9e alinéa prévoit la suppression de cette disposition, pourrait tout changer.
    Par conséquent, si vous ne deviez voter que pour un seul sous-amendement à l’amendement du gouvernement, il faudrait que ce soit pour celui-ci !

    La parole est à M. Pierrick Courbon, pour soutenir le sous-amendement no 1070.

    Il s’agit d’un amendement de repli qui porte sur le même sujet. Nous proposons de restreindre la possibilité d’imposer une obligation de pointage aux cas de faits de violence avérés et d’atteintes aux personnes et aux biens. Pourquoi cette précision, monsieur le ministre ? Comme notre collègue Houlié vient de l’expliquer, l’obligation de pointage détruit des familles. Elle peut être lourde de conséquences pour la situation professionnelle ou familiale. Surtout, une obligation de pointage peut être imposée à des personnes à qui l’on reproche simplement d’avoir tenté d’introduire un fumigène dans un stade ! Dans la majorité des cas évoqués par Sacha Houlié, l’interdiction de stade assortie d’une obligation de pointage n’avait pas été prononcée pour des faits de violence contre les forces de l’ordre ou d’autres supporters mais bien en raison d’un usage festif d’engins pyrotechniques –⁠ en d’autres termes, pour avoir allumé un fumigène. C’est très problématique ! Faute de temps, Sacha Houlié n’a pas pu citer son quatrième exemple : il s’agissait d’un supporter qui n’avait pas pu se rendre à des obsèques en raison de son obligation de pointage.
    Nous en avons déjà parlé, monsieur le ministre : j’entends bien que votre intention n’est pas de rétablir l’automaticité du pointage. Mais la loi est de portée générale ! Je pourrais partir d’un postulat de confiance, mais quelle garantie avons-nous que, dans quelques mois, un autre ministre de l’intérieur ne décidera pas que toute interdiction administrative de stade s’accompagnera automatiquement d’une obligation de pointage ?
    Si vous n’arrivez pas à revenir sur la me du code du sport qui oblige l’administration à démontrer que l’assujetti à une IAS a l’intention de s’y soustraire, c’est tout simplement parce que les personnes dans ce cas n’ont pas cette intention.

    Vous conservez la parole, monsieur Courbon, pour soutenir le dernier sous-amendement à l’amendement du gouvernement, le no 1071.

    Il s’agit d’un sous-amendement très important : si, en plus du no 1069 défendu par mon collègue Houlié, il ne fallait en retenir qu’un, ce serait celui-là. Je m’adresse à tous les collègues qui ne sont pas passionnés par le sujet de l’article 4 mais qui ont dans leur téléphone portable des photos de tribunes embrasées par des fumigènes festifs, lesquels sont à l’origine de la majorité des IAS. On peut réclamer de la sévérité à l’encontre des auteurs de violences contre les biens ou les personnes, et je peux comprendre ceux qui souhaitent également en faire preuve contre les personnes utilisant la pyrotechnie pour abîmer les sièges d’un stade ou lançant des fumigènes vers une autre tribune ou sur le terrain.

    En revanche, dans la plupart des cas, l’utilisation de la pyrotechnie est purement festive, elle ne porte atteinte ni aux biens ni aux personnes. Le sous-amendement que nous proposons offre l’occasion d’un jackpot au gouvernement. Ce dernier peut persister dans sa politique du chiffre, qui consiste à afficher une prétendue sévérité en prononçant de nombreuses IAS. Mais il pourrait aussi, avec le dispositif que nous proposons, significativement augmenter le taux de recouvrement des AFD et désencombrer les tribunaux administratifs, qui sont systématiquement saisis et annulent dans l’immense majorité des cas les IAS prononcées pour usage festif de la pyrotechnie.
    Le sous-amendement vise à instaurer le principe suivant : si une personne visée par une IAS pour un usage festif de la pyrotechnie ou une tentative en ce sens règle son AFD, l’IAS tombe. Il s’agit d’une proposition de bon sens sur laquelle je demande à M. le ministre une réponse argumentée.

    La parole est à M. Christophe Marion, pour soutenir l’amendement no 840.

    Nous demandons le rétablissement de cet article dans sa version initiale, qui proposait une extension temporelle et géographique des IAS. C’est indispensable car les violences peuvent commencer avant le match, lors de rassemblements de supporters, et continuer après, lors d’affrontements, de dégradations, de provocations. Surtout, elles ciblent nos valeurs, avec des discours de haine qui s’opposent à la passion du sport.
    L’article prévoyait de renforcer le dispositif permettant aux préfets de prononcer des IAS. On ne peut pas s’offusquer lorsqu’une sénatrice paraguayenne s’attaque à Kylian Mbappé et ne pas faire preuve de fermeté quand la même chose se passe dans un stade. Et si on parle de cette sénatrice, on peut aussi penser à l’influenceuse d’extrême droite Thaïs d’Escufon, qui a tenu des propos inadmissibles sur l’équipe de France en proposant de renvoyer ses joueurs par charter en Afrique. (MM. François Cormier-Bouligeon et Antoine Léaument applaudissent.) Rétablir l’article dans sa version initiale est une solution de bon sens : les faits visés doivent être suivis de sanctions et nos stades ne peuvent pas être des cirques où s’exprime la violence. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe EPR.)

    Les amendements identiques nos 5 de M. Éric Pauget, 233 de M. Thierry Liger, 243 de Mme Valérie Bazin-Malgras et 351 de M. Laurent Mazaury sont défendus.
    Quel est l’avis de la commission sur l’ensemble des amendements et sous-amendements en discussion commune ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Je vais essayer de ramasser dans une réponse globale les avis sur les amendements de rétablissement et sur les sous-amendements qui leur sont rattachés. Avant toute chose, je précise à nos collègues qui n’étaient pas avec nous en commission des lois et qui n’ont donc pas participé à nos échanges sur les IAS que, contrairement à ce qui a pu être dit, l’article 4 ne crée pas quelque chose de nouveau. Il est inexact de prétendre qu’en plein mois de juillet, nous inventerions un régime administratif d’interdiction. Les IAS existent dans le droit français depuis 2006…

    C’est le principe même de ce texte ! Tout ce qu’il prévoit est déjà dans le droit !

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • …et, en se combinant avec des interdictions judiciaires, permettent de traiter un problème. Elles ne sont pas une anomalie –⁠  M. Houlié ne me contredira pas si j’indique qu’elles existent dans d’autres pays. Par ailleurs, j’imagine que nous sommes tous d’accord pour dire que des mes individuelles sont toujours préférables à des sanctions collectives.
    Après la suppression de l’article 4 en commission, des échanges ont eu lieu entre le ministre de l’intérieur et plusieurs groupes politiques pour essayer de trouver une version de consensus ou, au moins, de convergence. La rédaction a été améliorée, avec un rétrécissement du dispositif proposé : les obligations débutent douze heures avant le match et se terminent douze heures après, alors que la rédaction initiale prévoyait deux fois vingt-quatre heures ; les IAS peuvent être prononcées pour un maximum de douze mois –⁠ vingt-quatre en cas de réitération –, et non plus respectivement vingt-quatre et trente-six mois ; et un seul pointage est désormais exigé.
    Certains ont évoqué la liberté d’aller et venir. Or, par le passé, le Conseil constitutionnel n’a rien trouvé à redire sur ce point à propos des IAS. M. Courbon a déposé un sous-amendement pour que les interdictions ne concernent pas le parcours de cortèges de supporters. Or, dans son avis, le Conseil d’État n’a pas relevé de difficultés de proportionnalité ou de motivation de la me.
    On peut toutefois encore améliorer le dispositif, comme cela a été le cas entre le passage en commission et l’examen en séance. C’est pourquoi j’émets un avis favorable au sous-amendement no 1067, M. Courbon ayant pointé les difficultés posées par les mots « injures publiques graves ou répétées ». Je suis en revanche défavorable à tous les autres sous-amendements à l’amendement du gouvernement.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • En introduction à ma réponse à cette longue discussion commune, je vais donner quelques chiffres. Pour la saison 2024-2025, pour laquelle nous disposons des statistiques définitives, les interpellations en marge des matchs de football ont augmenté de 26,7 % par rapport à la saison précédente, soit un passage de 718 à 910 interpellations. La pyrotechnie est loin d’être le seul motif puisque nous avons connu beaucoup d’attaques de convois de supporters par des individus au visage dissimulé, entre autres délits. Je donne ces éléments de bilan pour expliquer à Mme Taurinya ce qui justifie de nouvelles mes.
    À M. Amirshahi, j’indique qu’on ne crée pas une nouvelle police administrative. On se contente d’étendre le champ d’application de ce qui existe pour le faire coller à la réalité actuelle des troubles à l’ordre public. À Mme Chikirou, je signale que la procédure est contradictoire, avec des demandes d’observations, et que, surtout, elle se déroule sous le contrôle du juge administratif,…

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • …éventuellement dans le cadre d’un référé jugé en quarante-huit heures.

    Dans les faits, ce n’est pas appliqué !

    L’administratif, ce n’est pas du judiciaire !

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • S’il vous plaît, ne m’interrompez pas alors que j’explique seulement et modestement que le contrôle judiciaire et les garanties dont vous déploriez l’absence existent !
    Les interdictions judiciaires dont plusieurs orateurs ont parlé accompagnent souvent des sanctions prises pour des violences commises dans l’enceinte du stade. Il s’agit la plupart du temps de peines complémentaires…

    Non, c’est l’inverse !

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • …et, très souvent, elles sont prononcées deux ans après les faits. Comment voulez-vous prévenir des troubles à l’ordre public avec de tels délais ? Je vous ras sur un point important : quand une décision judiciaire est prise en s’appuyant sur les faits à l’origine d’une IAS, celle-ci tombe automatiquement. (M. Pouria Amirshahi proteste.)

    Elle tombe ? C’est pour ça que vous êtes à la ramasse…

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Je veux dire un mot aussi sur l’extension des zones où peut s’appliquer une IAS, au-delà du stade lui-même et de son pourtour. Un préfet ne pourra jamais prendre une interdiction valable dans toute une ville. Cela ne serait ni équilibré ni proportionné et serait immédiatement censuré par un juge administratif. En revanche, on connaît les points de rassemblement, autour de certains bars et, donc, sur la voie publique. C’est toujours là que les troubles ont lieu. À Paris, je pourrais citer une grande place concernée par le problème. Il vaut donc mieux qu’une personne administrativement interdite de stade soit empêchée de se rendre à ces endroits. L’extension prévue ne vise que ce cas-là.
    Monsieur Houlié, mes chiffres ne concordent pas du tout avec les vôtres. Après recensement auprès des préfets, on a dénombré 1 148 IAS prononcées entre 2023 et 2026, dont 5 % seulement ont été annulées.

    Parce que les autres personnes visées ne vont pas au tribunal !

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Je ne sais donc pas d’où vient le chiffre de 75 %. D’autre part, monsieur Courbon, seules un quart des IAS s’accompagnent d’une obligation de pointage. Il n’y en a aucune dans 75 % des cas, et nous souhaitons supprimer la condition selon laquelle il faut démontrer que la personne a l’intention de se soustraire à son obligation de pointage : elle est quasiment impossible à remplir.
    En revanche, je suis surpris par les cas que M. Houlié et vous avez cités, avec des personnes empêchées de se rendre à des obsèques ou de répondre à leurs obligations familiales. J’ai été préfet et je sais que, si elle est contactée, la préfecture lève l’obligation le temps nécessaire. Je l’ai moi-même fait à de nombreuses reprises. Le dispositif est en réalité très souple.
    D’autre part, je voudrais revenir sur les évolutions consenties par le gouvernement. Nous souhaitions porter la durée maximale des IAS à vingt-quatre mois. Nous y avons renoncé, sauf en cas de réitération, et nous restons sur douze mois. La nouvelle rédaction que nous proposons prévoit que l’IAS s’applique douze heures avant et douze heures après le match, et non plus deux fois vingt-quatre heures. Autre élément important : on passe à une seule obligation de pointage, contre un maximum de trois auparavant.
    J’en viens à la notion d’injures publiques relevée par M. Courbon. Cette mention a été ajoutée au Sénat, avec la précision qu’elles devaient être « graves ou répétées ». Je conviens que ce n’est pas facile à établir, et que c’est même très compliqué à établir, à la différence des autres motifs que nous avons retenus, notamment les actes d’incitation à la haine ou à la discrimination contre des personnes en raison de leur origine ou de leur orientation sexuelle, etc. En conséquence, si mon amendement est adopté, je serai, comme M. le rapporteur, favorable au sous-amendement no 1067 qui vise à supprimer cette mention.

    C’est dans l’autre sens que cela se passe !

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Enfin, Mmes Chikirou et Taurinya m’ont accusé de vouloir interdire l’accès au stade à certaines personnes pour les empêcher d’y exprimer des opinions.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Attention : d’une manière générale, les messages politiques sont proscrits des enceintes sportives par les fédérations ou les ligues professionnelles. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    Les propos homophobes ne leur posent pas de problèmes, mais avec les propos politiques, c’est une autre histoire !

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Ce n’est pas du tout un motif d’IAS. Personne n’est interdit de stade pour avoir exprimé un message politique où que ce soit et on n’interdit pas les gens de stade pour les empêcher de le faire.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • En résumé, je suis défavorable à l’ensemble des sous-amendements, sauf le no 1067, et évidemment favorable à l’amendement identique à celui du gouvernement. 

    Avant de donner la parole à l’ensemble des orateurs qui me l’ont demandée, je veux vérifier avec M. le rapporteur que sa position est la même que celle de M. le ministre. Vous êtes opposé à tous les amendements et sous-amendements, à l’exception de l’amendement du gouvernement, de l’amendement identique et du sous-amendement no 1067, c’est bien cela ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Vous avez lu en moi !

    Merci !
    La parole est à M. Corentin Le Fur.

    Nous abordons un sujet important. Si je salue le travail remarquable du ministre de l’intérieur et du rapporteur sur ce texte, je n’en reste pas moins extrêmement sceptique, voire extrêmement critique, sur le rétablissement de l’article 4. Je sais que mon avis est partagé par certains de mes collègues, notamment l’excellent Ian Boucard.
    À mon sens, on se trompe de combat en faisant preuve d’une telle sévérité à l’égard des supporters –⁠ nous en connaissons –, en particulier en imposant à certains une obligation de pointage, particulièrement préjudiciable. Par conséquent, accordons-nous au moins pour adopter les sous-amendements nos 1069, 1070 et 1071 de notre collègue Courbon, afin de supprimer cette obligation, excessivement préjudiciable et sévère lorsqu’il s’agit de réprimer de petites infractions. (M. Sacha Houlié applaudit.) Cet article traite en effet comme des délinquants des supporters qui ont eu le malheur de craquer un fumigène en leur imposant une obligation de pointage qui est disproportionnée.
    Chez moi, les gendarmes eux-mêmes viennent me voir en disant : « Cette obligation de pointage nous pénalise. Pour nous aussi, elle est extrêmement préjudiciable, puisqu’elle nous impose un travail administratif supplémentaire. »

    J’espère que le ministre prend des notes !

    M. Jean-François Coulomme

  • En avant Guingamp !

    …nous connaissons les supporters, notamment ceux du Kop Rouge –⁠ ce sont des artisans, des professeurs, des commerciaux –, à qui cette contrainte est imposée au risque de nuire considérablement à leur vie de famille. J’ai entendu votre argument, monsieur le ministre –⁠ on peut demander une dérogation. Néanmoins, il s’agit d’une contrainte supplémentaire. Supprimons donc cette obligation de pointage !
    Surtout, je crois qu’on se trompe de combat en visant les supporters et les associations de supporters. C’est envers la casse en marge des manifestations sportives et lors de la célébration des victoires qu’il nous appartient collectivement de nous montrer beaucoup plus fermes et plus sévères. (Mme Sophia Chikirou applaudit.)

    Oui, cent fois oui, à une loi anticasseurs !

    Je vous ai entendus, le premier ministre et vous-même : vous voulez avancer en ce sens, et c’est heureux. Reste qu’il ne faut pas se tromper de combat en pénalisant les supporters, comme le fait cet article. L’enjeu est bien de disposer enfin d’une loi permettant de frapper les casseurs au portefeuille et de faire le distinguo entre les supporters et ces individus qui n’ont rien à voir avec eux et qui empoisonnent la vie de nombreux commerçants et riverains. Il me semble indispensable de ne pas rétablir l’article 4. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe DR.)

    La parole est à Mme Danielle Simonnet.

    Monsieur le ministre, il est problématique d’étendre l’interdiction administrative de stade aux personnes ayant tenu des propos discriminatoires, et cela pour une raison : les propos comme les actes LGBTphobes et racistes relèvent du pénal. Par conséquent, en faire des infractions relevant de la justice administrative et de l’arbitraire des préfets pose d’abord un problème d’interprétation : comment sera considérée une banderole «  Free Palestine » ? La me risque de donner lieu à des atteintes disproportionnées à la liberté d’expression. Surtout, ce que vous proposez revient, de fait, à banaliser des délits de provocation à la discrimination, qui devraient plutôt faire l’objet de poursuites pénales.
    Quant au maintien d’une peine d’interdiction administrative de stade même lorsqu’un juge l’a levée, cela me semble dingue. Cela revient à faire du préfet un juge –⁠ et même pire : un juge au-dessus des juges ! C’est donc problématique. (M. Pouria Amirshahi applaudit.)
    D’autre part, j’avais déposé des amendements tendant à inscrire dans la loi une obligation de résultat en matière de lutte contre de tels propos pour les clubs et les organisateurs d’événements sportifs. On a décidé que ces amendements étaient des cavaliers législatifs. Alors que nous examinons une loi fourre-tout, truffée de nchères sécuritaires, totalement inefficace, vous ne vous êtes pas saisi d’une possibilité dont vous disposiez pourtant, monsieur le ministre : reprendre l’un de ces amendements, qui aurait permis de traduire dans le texte deux avis du Conseil d’État, lequel s’est prononcé par deux fois en faveur d’une obligation de résultat imposée aux clubs.
    Franchement, quand des clubs laissent passer des banderoles de vingt mètres de long portant des inscriptions LGBTphobes, convenez que leur complicité est totale ! Outre la responsabilité des supporters, il faut donc mettre en cause celle des clubs. Il s’agit d’un véritable problème : nous sommes très fiers de notre équipe et le football est très populaire, mais cela rend justement ce sport sacrément prescripteur, de sorte que les violences LGBTphobes ou racistes survenant dans les stades ne reflètent pas seulement les mentalités d’une partie de la société : elles peuvent aussi contribuer à les façonner. Or, ne l’oublions jamais, l’homophobie et le racisme tuent. Pensons aux victimes et donnons-nous les moyens de changer la donne, ce que permettrait une telle obligation de résultat ! (M. Pouria Amirshahi applaudit.)

    La parole est à M. Andy Kerbrat.

    Collègues, je ne pense pas que vous souhaitiez qu’une interdiction administrative de stade soit prononcée à l’encontre de Thaïs d’Escufon, cette célèbre raciste dont le nom a été prononcé ici. Il me semble que tout le monde est d’accord : pour avoir tenu des propos racistes, elle doit passer devant la justice. (Mme Danielle Simonnet applaudit.) Et si elle s’attaque à un autre club français et qu’elle tient de nouveaux propos racistes, j’espère qu’ils feront l’objet d’une procédure judiciaire.

    L’un n’empêche pas l’autre !

    Quoi qu’il en soit, nous restons décidés à voter contre les amendements tendant à rétablir l’article. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Votre réécriture ne nous a pas convaincus. Comme nous vous l’avons déjà dit en commission, le problème de l’article initial, comme de votre amendement de réécriture, vient de ce que vous n’avez pas consulté l’Association nationale des supporters. Ses membres vous avaient pourtant alertés lors des travaux auxquels ils ont participé aux côtés de certains parlementaires, non pour représenter nos clubs respectifs, mais pour une raison de fond : bien que j’adore le FC Nantes et la Brigade Loire –⁠ sans être le plus footeux de cette assemblée, je pense –, je ne viens pas ici pour défendre mon club, mais parce que je ne trouve pas normal que l’interdiction de stade relève du registre administratif. Elle doit être prononcée par l’autorité judiciaire ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe EcoS.)
    Quelqu’un, un con –⁠ disons-le clairement – qui tiendrait des propos LGBTphobes au sein de l’Assemblée nationale –⁠ chacun sait que je suis plutôt tatillon sur ce genre de questions – devrait être condamné par la justice ; c’est à elle qu’il revient de décider d’une éventuelle interdiction de stade. (Mêmes mouvements.) L’interdiction administrative de stade n’a de valeur qu’entre le moment où le fait est commis et le passage en justice. Or, en réalité, seules les interdictions administratives ont cours. Voilà ce que votre texte vise à aggraver : il n’y aura plus de justice.

    Vous pouvez bien raconter ce que vous voulez sur les possibilités de recours devant le juge administratif. Vous savez aussi bien que moi que les juridictions administratives sont sous l’eau : vous les avez noyées en durcissant le droit des étrangers et en instaurant ce genre de bêtises ! (Mme Sophia Chikirou applaudit.) Les durées de traitement sont si longues que le droit de recours n’est pas effectif. Monsieur Nuñez, retirez cet amendement ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe EcoS.)

    La parole est à Mme Agnès Pannier-Runacher.

    Mme Agnès Pannier-Runacher

  • La position que je vais défendre différera peut-être un peu de celle de mon groupe.
    Le rétablissement de l’article 4 me gêne un peu (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS. –⁠ MM. Ian Boucard et Corentin Le Fur applaudissent également), pour des raisons qui tiennent à mon expérience : je connais des supporters qui, tout en se comportant tout à fait bien, peuvent craquer des fumigènes de manière festive. Tout le monde s’accordera pour reconnaître que c’est interdit et que c’est mal, mais de là à devoir pointer trois fois par semaine au commissariat… (Mêmes mouvements.) Car c’est bien de cela qu’il s’agit : championnat le samedi, coupe d’Europe le mercredi et championnat le samedi qui suit, cela fait trois fois en une semaine. Il s’agit de la vie des gens et la me me semble disproportionnée, je tenais à le dire ici.
    Peut-être pouvons-nous nous rallier aux sous-amendement nos 1069 et identique afin de corriger ce défaut, en sus du sous-amendement no 1067, sur lequel le rapporteur Vincent Caure a donné un avis favorable et de l’amendement no 889, dans lequel je remercie le gouvernement d’avoir esquissé un premier chemin de compromis en s’écartant de la rédaction initiale. Autrement dit, j’invite soit à ne pas adopter d’amendement tendant à rétablir l’article 4, soit à le sous-amender. N’envoyons pas d’honnêtes gens pointer trois fois par semaine au commissariat au risque d’affecter leur vie : pas si nombreux, un peu portés sur la fête et surtout très passionnés de football, ils restent –⁠ j’en connais – de bons citoyens. (MM. Ian Boucard et Corentinl Le Fur applaudissent.)

    La parole est à M. Pierrick Courbon.

    Je salue les quelques ouvertures du rapporteur et du ministre, notamment en faveur de la suppression de la mention des injures publiques, qui relève du bon sens.
    Je vais commencer par un propos qui ne sera pas forcément politiquement correct. Monsieur le ministre, vous avez mentionné 910 interpellations. C’est beaucoup, certes : ce sont 910 faits de trop. Mais, rapportés aux 13 millions d’entrées annuelles dans des stades de football –⁠ en ligue 1, en ligue 2 et en coupe d’Europe –, cela fait moins de 0,01 % de comportements problématiques. Ceux-ci constituent donc un simple reliquat statistique et non un problème systémique de la part des supporters. (M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit.)
    Notre attachement à la question des supporters tient à une autre raison. Comme notre collègue Kerbrat l’a dit, il ne procède pas d’un biais territorial ou d’une volonté de nous adresser à tel ou tel public de nos circonscriptions respectives, mais du constat que, dans notre société, les endroits ne sont plus si nombreux où vous pouvez rencontrer, assis à la même tribune, un prof, un cadre sup et, qui sait, un député, voire un membre du cabinet du ministre de l’intérieur, qui se retrouvent au même moment pour célébrer le sport et soutenir une équipe de football. Il faut défendre ces lieux de rassemblement et de mixité sociale.
    J’en viens aux éléments de réponse de M. le ministre. Afin de lutter contre la violence, objectif que nous partageons, nous avions proposé de muscler l’arsenal juridique avec des mes judiciaires, ce que vous avez refusé de faire, préférant vous en tenir à des mes administratives. Or, vous l’avez reconnu vous-même, le problème des mes judiciaires, c’est que les procédures mettent deux ans à aboutir. Outre qu’un tel délai soulève la question des moyens de la justice, vous conviendrez, je pense, qu’obliger quelqu’un à aller pointer au commissariat toutes les semaines avant d’être innocenté par la justice au bout de deux ans –⁠ sachant que les interdictions administratives de stade qui sont contestées devant le tribunal administratif sont très régulièrement annulées, notamment celles qui avaient été prononcées pour pyrotechnie festive – constitue une me tout à fait disproportionnée.

    Je termine, madame la présidente, en vous disant… (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’orateur.)

    M. Jérémie Patrier-Leitus

  • Droit au but, s’il vous plaît !

    Vous avez terminé, monsieur le député. Tous les orateurs qui le souhaitaient ayant pu s’exprimer, tant sur l’ensemble de la discussion commune que sur chacun des amendements et des sous-amendements, je vais maintenant procéder à leur mise aux voix.

    (L’amendement no 112 est retiré.)
    (M. Corentin
    Le Fur applaudit.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 929.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        131
            Nombre de suffrages exprimés                131
            Majorité absolue                        66
                    Pour l’adoption                46
                    Contre                85

    (Le sous-amendement no 929 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 930.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        135
            Nombre de suffrages exprimés                135
            Majorité absolue                        68
                    Pour l’adoption                46
                    Contre                89

    (Le sous-amendement no 930 n’est pas adopté.)

    (Le sous-amendement no 1041 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix les sous-amendements identiques nos 931 et 1062.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        135
            Nombre de suffrages exprimés                135
            Majorité absolue                        68
                    Pour l’adoption                46
                    Contre                89

    (Les sous-amendements identiques nos 931 et 1062 ne sont pas adoptés.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1063.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        129
            Nombre de suffrages exprimés                107
            Majorité absolue                        54
                    Pour l’adoption                20
                    Contre                87

    (Le sous-amendement no 1063 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1064.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        132
            Nombre de suffrages exprimés                106
            Majorité absolue                        54
                    Pour l’adoption                17
                    Contre                89

    (Le sous-amendement no 1064 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1065.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        133
            Nombre de suffrages exprimés                107
            Majorité absolue                        54
                    Pour l’adoption                18
                    Contre                89

    (Le sous-amendement no 1065 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1066.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        134
            Nombre de suffrages exprimés                133
            Majorité absolue                        67
                    Pour l’adoption                46
                    Contre                87

    (Le sous-amendement no 1066 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1005 rectifié.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        133
            Nombre de suffrages exprimés                107
            Majorité absolue                        54
                    Pour l’adoption                18
                    Contre                89

    (Le sous-amendement no 1005 rectifié n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1067.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        134
            Nombre de suffrages exprimés                74
            Majorité absolue                        38
                    Pour l’adoption                70
                    Contre                4

    (Le sous-amendement no 1067 est adopté.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1068.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        130
            Nombre de suffrages exprimés                108
            Majorité absolue                        55
                    Pour l’adoption                22
                    Contre                86

    (Le sous-amendement no 1068 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 932.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        135
            Nombre de suffrages exprimés                135
            Majorité absolue                        68
                    Pour l’adoption                46
                    Contre                89

    (Le sous-amendement no 932 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1006.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        135
            Nombre de suffrages exprimés                135
            Majorité absolue                        68
                    Pour l’adoption                46
                    Contre                89

    (Le sous-amendement no 1006 n’est pas adopté.)

    On enchaîne les victoires !

    Je mets aux voix les sous-amendements identiques nos 933 et 1069.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        133
            Nombre de suffrages exprimés                133
            Majorité absolue                        67
                    Pour l’adoption                45
                    Contre                88

    (Les sous-amendements identiques nos 933 et 1069 ne sont pas adoptés.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1070.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        129
            Nombre de suffrages exprimés                102
            Majorité absolue                        52
                    Pour l’adoption                42
                    Contre                60

    (Le sous-amendement no 1070 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1071.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        133
            Nombre de suffrages exprimés                127
            Majorité absolue                        64
                    Pour l’adoption                39
                    Contre                88

    (Le sous-amendement no 1071 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix les amendements identiques nos 889 du gouvernement et 828, sous-amendés.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        133
            Nombre de suffrages exprimés                98
            Majorité absolue                        50
                    Pour l’adoption                40
                    Contre                58

    (Les amendements identiques nos 889 et 828, sous-amendés, ne sont pas adoptés.)
    (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)

    Je mets aux voix l’amendement no 840.

    (Le vote à main levée n’ayant pas été concluant, il est procédé à un scrutin public.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        131
            Nombre de suffrages exprimés                95
            Majorité absolue                        48
                    Pour l’adoption                37
                    Contre                58

    (L’amendement no 840 n’est pas adopté.)

    (L’amendement no 233 est retiré.)

    Je mets aux voix, par scrutin public, les amendements identiques nos 5, 243 et 351.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        127
            Nombre de suffrages exprimés                87
            Majorité absolue                        44
                    Pour l’adoption                19
                    Contre                68

    (Les amendements identiques nos 5, 243 et 351 ne sont pas adoptés.)

    La parole est à M. Antoine Léaument, pour un rappel au règlement. Sur quel article le fondez-vous ?

    Je ne me souviens plus de son numéro : il s’agit de l’article qui précise que vous devez donner les avis de la commission et du gouvernement pour chaque amendement. Vous avez dit, pour l’amendement no 889 du gouvernement, que l’avis de la commission était favorable ; or l’avis favorable était celui du rapporteur à titre personnel, la commission ayant voté contre –⁠ je me réjouis d’ailleurs que l’Assemblée ait fait de même. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)

    Je suis saisie de plusieurs demandes de scrutin public : sur les amendements nos 704 et 705, par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire ; sur les amendements nos 281 et 282, par le groupe Socialistes et apparentés.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    La parole est à M. Nicolas Sansu, pour soutenir l’amendement no 704.

    Toujours en ce qui concerne les interdictions de stade, l’amendement vise à supprimer les interdictions commerciales de stade (ICS), qui sont prononcées par les clubs et non par l’autorité judiciaire. Elles peuvent paraître pertinentes au premier abord : compte tenu de la relation contractuelle qui lie le stade et les supporters, si ces derniers ne respectent pas les termes du contrat, le club peut leur interdire l’accès au stade.
    Cependant, les clubs outrepassent leur fonction première de centre commercial du sport. Les stades, qui sont majoritairement des équipements publics, sont aussi des lieux de sociabilité et d’expression politique ; ils constituent parfois, pour certaines personnes, l’unique loisir de la semaine. Du fait de cette évolution, les politiques de sanction des supporters doivent être revues.
    Les ICS sont dépourvues des garanties fondamentales de la procédure judiciaire : elles ne sont assorties ni d’un débat contradictoire ni de la possibilité de faire appel. Il est normal que les actes de violence, de racisme ou d’homophobie soient sanctionnés ; ils tombent d’ailleurs déjà sous le coup du droit pénal. Mais les ICS ne répondent pas à la même logique : dénuées de tout cadre juridique, elles dotent les clubs d’un véritable pouvoir de police.
    En pratique, ce pouvoir est fréquemment détourné pour en faire un instrument répressif à l’encontre des supporters critiquant la direction ou la politique du club. Nombreuses sont les associations de supporters qui en ont fait les frais, comme à Laval ou à Saint-Étienne.
    Comme l’a souligné le rapport de 2020 de M. Houlié et Mme Buffet, ce dispositif est attentatoire aux libertés et insuffisamment encadré. Nous ne pouvons l’accepter. Certains clubs partagent d’ailleurs notre position : ainsi, le Racing club de Lens a décidé d’encadrer sa procédure d’ICS, en permettant un débat contradictoire et en ouvrant la possibilité de faire appel. Il n’est pas normal que les clubs aient de l’avance sur le législateur.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Avis défavorable. Les ICS, créées en 2016, permettent d’agir, parfois face à des comportements qui ne réclament pas de mes de police administrative. Libre aux clubs d’adopter des politiques internes comme celle que vous avez citée à propos du RC Lens. Les ICS restent très utiles.

    Ça sert surtout à virer les gens qui ne sont pas d’accord !

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • J’ai un peu de mal à comprendre cet amendement. Les ICS visent à responsabiliser les clubs, selon une logique commerciale, en leur permettant de suspendre des abonnements. Nous aimerions d’ailleurs que certains clubs prennent davantage leurs responsabilités. Je suis très défavorable à cet amendement.

    Je mets aux voix l’amendement no 704.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        104
            Nombre de suffrages exprimés                104
            Majorité absolue                        53
                    Pour l’adoption                33
                    Contre                71

    (L’amendement no 704 n’est pas adopté.)

    Je suis saisie de deux amendements, nos 705 et 281, pouvant être soumis à une discussion commune.
    La parole est à M. Nicolas Sansu, pour soutenir l’amendement no 705.

    Cet amendement de repli vise à borner dans le temps les interdictions commerciales de stade. Pour le moment, leur durée théorique maximale est de dix-huit mois –⁠ non pas par choix du législateur, mais du fait des limites imposées par le cadre européen en matière de conservation des données personnelles. Ce n’est donc, en réalité, même pas la durée de la sanction qui est plafonnée, mais la durée légale de conservation des données d’identité des supporters.
    Cette durée très longue et qui ne peut être contestée par l’intéressé –⁠ contrairement aux IAS – fait de l’interdiction commerciale de stade la seule interdiction non encadrée. Or les IAS et les interdictions judiciaires, qui sont encadrées, sont déjà largement attentatoires aux droits des supporters !
    Même si nous appelons à la suppression du mécanisme, cet amendement de repli permet de ramener sa durée maximale à six mois. Je pense que vous pourrez le comprendre, monsieur le rapporteur et monsieur le ministre !

    La parole est à M. Sacha Houlié, pour soutenir l’amendement no 281.

    Il s’agit également d’encadrer la durée des interdictions commerciales de stade. Leur légitimité ne peut pas être la même que celle des interdictions judiciaires ou administratives. L’interdiction judiciaire doit primer –⁠ elle prend généralement la forme d’une peine complémentaire infligée à un supporter pour une infraction commise dans une enceinte sportive ou à proximité. Sa durée maximale est de cinq ans. La durée maximale de l’interdiction administrative, quant à elle, est de douze mois. L’amendement no 281 tend à limiter la durée de l’interdiction prononcée par un club –⁠ c’est-à-dire une autorité privée – à neuf mois.
    Je me permets de présenter également l’amendement no 282, qui vise à instaurer une me de coordination. Lorsqu’une interdiction judiciaire est prononcée, elle fait tomber l’interdiction administrative. Dans la même logique, il convient que les préfectures aient connaissance des interdictions commerciales, afin de ne pas prononcer une interdiction administrative qui se cumulerait à une interdiction commerciale, sans coordination de leurs durées. L’amendement no 282 prévoit ainsi qu’à chaque fois qu’un club prononce une interdiction commerciale, il transmet cette information au préfet, afin qu’il en tire les conséquences s’agissant de ses propres interdictions.

    Quel est l’avis de la commission sur ces trois amendements ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Les interdictions commerciales de stade relèvent du pouvoir d’organisation et de gestion des enceintes sportives par leurs exploitants ou par les propriétaires et gestionnaires des clubs. Les pratiques observées varient selon les clubs, les circonstances, les faits reprochés et le niveau de risque présenté par les personnes concernées.
    Dès lors, l’instauration d’un plafond unique de six ou neuf mois ne me paraît pas justifiée ; elle risquerait de réduire la capacité des organisateurs à prévenir efficacement les comportements dangereux.
    Avis défavorable sur les trois amendements.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Même avis, pour les mêmes motifs.

    Je mets aux voix l’amendement no 705.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        95
            Nombre de suffrages exprimés                95
            Majorité absolue                        48
                    Pour l’adoption                28
                    Contre                67

    (L’amendement no 705 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix l’amendement no 281.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        97
            Nombre de suffrages exprimés                97
            Majorité absolue                        49
                    Pour l’adoption                29
                    Contre                68

    (L’amendement no 281 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix l’amendement no 282.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        99
            Nombre de suffrages exprimés                99
            Majorité absolue                        50
                    Pour l’adoption                12
                    Contre                87

    (L’amendement no 282 n’est pas adopté.)

    Je suis saisie de plusieurs demandes de scrutin public : sur les amendements nos 707 et 708, par le groupe Gauche démocrate et républicaine ; sur l’amendement no 807, par le groupe Écologiste et social.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    La parole est à M. Nicolas Sansu, pour soutenir l’amendement no 707.

    Il s’agit de renforcer les garanties procédurales entourant les IAS, en donnant aux supporters concernés un accès effectif aux éléments sur lesquels l’administration fonde sa décision. Monsieur le ministre, 75 % des interdictions administratives qui font l’objet d’un recours devant le juge administratif sont annulées. Certes, tout le monde ne dépose pas un tel recours ; c’est ce qui explique l’inexactitude du chiffre que vous avez communiqué tout à l’heure.
    Les annulations des IAS par le juge administratif résultent généralement d’un défaut de preuves matérielles ou d’une erreur d’identification de la personne visée. Ce constat conduit à interroger la fiabilité du dispositif et justifie de mieux garantir les droits de la défense en amont. Aujourd’hui, lors de la procédure prétendument contradictoire, de nombreuses préfectures refusent de communiquer les photographies, vidéos et autres éléments censés justifier la décision. Le supporter est alors invité à présenter des observations sans connaître les faits précis qui lui sont reprochés.
    Cet amendement vise à garantir le respect des droits de la défense et à limiter les erreurs qui conduisent à des restrictions de liberté injustifiées. Je rappelle que les IAS sont inscrites au casier judiciaire, si bien que certains supporters visés par ces interdictions peuvent se retrouver en difficulté : ainsi, un supporter que je connais particulièrement n’a pas pu devenir sapeur-pompier à cause d’une IAS.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Vous proposez de soumettre toute décision d’IAS à une procédure contradictoire.

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Or l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration (CRPA) impose déjà –⁠ sauf conditions d’urgence – une telle procédure, les IAS relevant d’une décision individuelle défavorable de police administrative. Avis défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Avis défavorable, pour la raison que M. le rapporteur vient d’exposer : la procédure contradictoire est déjà prévue dans ces situations. L’accès au dossier, prévu par l’article L. 122-2 du code des relations entre le public et l’administration, est quant à lui réservé aux seules mes « à caractère de sanction », ce qui n’est pas le cas des mes de police administrative.

    C’est tout de même de l’arbitraire !

    Je mets aux voix l’amendement no 707.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        100
            Nombre de suffrages exprimés                100
            Majorité absolue                        51
                    Pour l’adoption                31
                    Contre                69

    (L’amendement no 707 n’est pas adopté.)

    L’amendement no 708 de Mme Elsa Faucillon est défendu.
    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Même avis.

    Je mets aux voix l’amendement no 708.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        96
            Nombre de suffrages exprimés                96
            Majorité absolue                        49
                    Pour l’adoption                27
                    Contre                69

    (L’amendement no 708 n’est pas adopté.)

    La parole est à M. le ministre, pour soutenir l’amendement no 890 rectifié.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Il vise à créer une interdiction de paraître. M. le député Le Fur disait tout à l’heure que nous devions tenir compte des événements récents : la rédaction du présent amendement est directement inspirée des incidents à répétition qui ont eu lieu à l’issue d’un certain nombre de manifestations sportives. Tout récemment, les célébrations consécutives à la finale de la Ligue des champions ont ainsi été l’occasion d’incidents et de débordements graves.
    L’amendement vise à permettre au représentant de l’État dans le département ou, à Paris, au préfet de police, « [d’] interdire à toute personne ayant commis de manière répétée des agissements violents contre des personnes ou des biens ou un acte violent d’une particulière gravité en marge d’une manifestation sportive, et à l’égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser qu’elle est susceptible de réitérer ces agissements, de paraître en tout lieu ouvert au public dans lequel des troubles graves sont susceptibles de se produire [….] ».
    Il ne s’agit pas d’une interdiction pour plusieurs semaines ou pour plusieurs mois, mais d’une interdiction de paraître limitée à une manifestation sportive, un événement –⁠ pensons par exemple à l’avenue des Champs-Élysées les soirs de match du Paris Saint-Germain ou de l’équipe de France, ou à d’autres lieux encore, à Paris comme en province.
    Cette me de police administrative très importante est donc directement issue de l’expérience des débordements que nous avons connus lors de célébrations sportives.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Avis favorable, motivé par les images –⁠ que nous avons tous en mémoire – de la soirée qui a suivi, à Paris, la finale de la Ligue des champions.
    Nous ne visons pas les supporters des clubs, mais les individus qui font de ces événements une occasion de commettre des troubles, par exemple en utilisant des mortiers d’artifice contre les forces de l’ordre –⁠ nous en avons déjà débattu avant-hier.
    Cette interdiction de paraître est similaire dans son esprit à celle que nous avions votée l’année dernière lors de l’examen du projet de loi visant à sortir la France du piège du narcotrafic.

    Qui n’a servi à rien !

    La parole est à M. Ugo Bernalicis, pour un rappel au règlement.

    Au titre de l’article 100, sur l’organisation de nos débats et sur vos pouvoirs en tant que présidente. Si notre règlement ne garantit qu’une prise de parole pour et une prise de parole contre par amendement, les circonstances sont inhabituelles : de nombreuses dispositions ont été supprimées en commission, les sous-amendements sont nombreux, etc. Nous étions donc partis du principe que, sur les amendements du gouvernement, un orateur de chaque groupe aurait la possibilité de s’exprimer ; il est impossible, sinon, de se prononcer.

    Cela était en effet convenu, mais pas pour les articles additionnels.

    Certes, mais le même principe doit s’appliquer !

    Après l’article 4 (suite)

    Ne perdons pas davantage de temps. La parole est à M. Pouria Amirshahi.

    Vos propos, monsieur le rapporteur, monsieur le ministre, mettent en lumière plusieurs points.
    Premièrement, monsieur le rapporteur, vous avez dit que cet amendement était le bienvenu au lendemain des incidents survenus le soir de la célébration de la victoire du Paris Saint-Germain : voilà qui illustre bien comment des lois émotionnelles contribuent à l’inflation législative ! Tout part d’un fait divers –⁠ qu’une autre doctrine de police aurait permis de gérer autrement, mais je n’entrerai pas maintenant dans ce débat –, alors que nous disposons déjà largement des mes permettant de faire face à ce genre de situation, y compris par de la prévention. Monsieur le ministre, je vous avais d’ailleurs directement interpellé, lors d’une séance de questions au gouvernement, sur la manière dont Madrid ou Londres préparent les soirées de fête et de célébration.
    Deuxièmement, nous voyons bien comment les interdictions de paraître, qui ne visaient initialement que les étrangers, ont donné lieu, petit à petit, à nombre de mes de police administrative allant dans le même sens d’une restriction de la liberté d’aller et de venir, au-delà du cas des seuls étrangers. Ceux qui pensent qu’en s’en prenant aux étrangers, on ne s’en prend qu’aux fauteurs de troubles, devraient voir qu’à la fin, tout le monde est concerné : création des fameuses Micas, création des interdictions administratives de paraître à l’occasion des grands événements, notamment pour les Jeux olympiques et paralympiques de 2030, généralisation des interdictions administratives de paraître par la loi dite « narcotrafic » –⁠ M. le rapporteur vient de le rappeler –, extension des interdictions administratives de stade par le présent projet de loi.
    Il y a enfin, monsieur le ministre, une contradiction dans votre raisonnement. Vous avez dit tout à l’heure : n’ayez crainte, car il est établi qu’en référé, en moins de quarante-huit heures, une décision du juge peut revenir sur la décision de l’autorité administrative. Toutefois, vous avez également affirmé que l’interdiction de paraître à l’occasion d’un événement sportif valait douze heures avant et douze heures après ce dernier : concrètement, le juge n’aura aucune possibilité de revenir sur la décision administrative.

    La parole est à M. Carlos Martens Bilongo.

    M. Carlos Martens Bilongo

  • Monsieur le ministre, l’exposé sommaire de votre amendement fait référence à l’article 4 du projet de loi ; mais vous avez été mis en minorité et la suppression de l’article 4 a été maintenue.
    Vous appuyez votre argumentation sur les événements survenus après la finale de la Ligue des champions remportée par le Paris Saint-Germain. Je vous ai cependant écrit à propos de Rafaël, un jeune homme qui a perdu un œil après la demi-finale. Selon un reportage de Mediapart, le soir de la finale, trois personnes ont également été mutilées.
    Vos projets de loi ne font que créer des tensions en réaction à des événements que nous aurions pu organiser et planifier nous-mêmes. Des personnes sont arrivées en toute tranquillité au Trocadéro pour célébrer une victoire et passer un bon moment à Paris ; en à peine quatre minutes, pourtant, Rafaël a perdu un œil, lui qui n’avait rien cassé et qui ne voulait que fêter la victoire. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
    M. Amirshahi a raison : dans nos communes, à Paris et ailleurs, nous pouvons créer et encadrer des moments populaires et festifs, pour que tout le monde puisse s’amuser et rentrer ensuite tranquillement chez soi. À chaque fois, pourtant, vous cherchez à criminaliser et à stigmatiser. L’exposé sommaire de votre amendement indique que vous entendez qu’on puisse interdire de paraître à des personnes qui n’ont parfois rien à se reprocher et ne veulent que célébrer une victoire populaire. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    La parole est à Mme Andrée Taurinya.

    Madame la présidente, je vous demande une suspension de séance.

    Suspension et reprise de la séance

    La séance est suspendue.

    (La séance, suspendue à dix-sept heures vingt-cinq, est reprise à dix-sept heures trente.)

    (L’amendement no 890 rectifié est adopté.)

    Quel manque de cohérence !

    La parole est à M. Damien Girard, pour soutenir l’amendement no 807.

    Cet amendement poursuit un objectif simple : permettre le réexamen des interdictions administratives de stade d’une durée égale ou supérieure à quatre mois. Les mes de police administrative doivent toujours rester nécessaires, adaptées et proportionnées. Or elles sont prononcées à un instant donné, alors que la situation et le comportement de la personne concernée peuvent évoluer.
    Notre droit prévoit déjà de telles possibilités de réexamen dans d’autres domaines. Il n’y a aucune raison pour que les interdictions de stade échappent à cette logique. Elles présentent d’ailleurs une spécificité : leurs effets dépendent directement du calendrier des compétitions. Deux interdictions de même durée peuvent avoir des conséquences très différentes selon la date à laquelle elles sont prononcées.
    L’amendement ne retire aucun pouvoir au préfet. Il lui donne simplement la possibilité d’adapter sa décision lorsque les circonstances ont évolué, dans le respect du principe de proportionnalité qui fonde notre État de droit. Je vous invite donc à adopter cet amendement. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.)

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Défavorable également.

    Je mets aux voix l’amendement no 807.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        85
            Nombre de suffrages exprimés                85
            Majorité absolue                        43
                    Pour l’adoption                31
                    Contre                54

    (L’amendement no 807 n’est pas adopté.)

    La parole est à M. Ian Boucard, pour soutenir l’amendement no 213.

    Il s’agit d’encadrer le pouvoir de police administrative des préfets concernant les interdictions de déplacement de supporters. J’ai été sensible au fait que le ministre de l’intérieur indique vouloir individualiser les sanctions et ne pas les rendre collectives. Or, dans le cas des interdictions de déplacement, elles sont clairement collectives.
    On peut ainsi se retrouver dans des situations ubuesques où, par exemple, le préfet prononce une interdiction alors que des supporters ont déjà entrepris leur déplacement. À vingt-quatre heures du match, la justice administrative ne peut plus intervenir. Et, parce qu’il y a eu des dérives lors d’un match il y a vingt-cinq ans, les supporters de Cannes –⁠ en National 2 – sont par exemple interdits de déplacement à Nîmes, ou les supporters de Sochaux empêchés de se rendre à Dijon.
    Comme l’interdiction repose sur la qualité de supporter, le simple fait de porter le maillot de Dijon à Sochaux –⁠ ou l’inverse – fait de vous un délinquant. Cela soulève un problème d’interprétation.
    Deux arguments pour finir. Le premier est celui de M. Courbon. Il a raison de rappeler que les tribunes de stade sont l’un des derniers espaces de sociabilisation –⁠ il n’en reste plus beaucoup dans notre pays – où un chef d’entreprise et son ouvrier peuvent se retrouver dans la même tribune. (Plusieurs députés du groupe LFI-NFP approuvent.)
    Le second concerne la qualité de supporter. On l’a vu récemment, les supporters peuvent être empêchés de se déplacer, mais les partenaires –⁠ ceux qui sont en loge – peuvent, eux, se rendre au match. Cela pose un problème d’équité. (Mêmes mouvements.) Nous sommes une grande République, et nous avons un bon ministre de l’intérieur. L’État devrait donc être en me de garantir la sécurité d’une rencontre sportive –⁠ qu’il s’agisse de Nîmes-Cannes, de Sochaux-Dijon ou de n’importe quelle autre rencontre.

    Enfin, je partage les propos de M. Le Fur : les débordements qui ont lieu après certains matchs –⁠ notamment après la deuxième victoire du Paris Saint-Germain en Ligue des champions – ne sont pas forcément le fait de ceux qui étaient au stade –⁠ en l’espèce au Parc des Princes. Il s’agit plutôt de faits de nature comparable à certaines manifestations : des groupes violents comme les black blocs se mêlent aux cortèges sans être des supporters de football –⁠ ou des militants lors des manifestations du 1er mai – pour tout casser dans Paris. (Exclamations sur quelques bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)

    Pour une fois, j’allais dans votre sens : ce n’est pas parce que les black blocs sont présents le 1er mai qu’ils sont militants politiques. (M. Carlos Martens Bilongo fait un geste de la main pour indiquer à l’orateur qu’il doit s’interrompre.)
    Cher collègue, ce n’est pas à vous de me dire quand finir mon intervention. J’arrêterai quand la présidente me le dira. Nous devons pouvoir asr la sécurité.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Avis défavorable. Vous allez en partie dans le même sens que certains des collègues qui se trouvent derrière moi, mais pour des raisons de construction juridique, votre rédaction pose problème : elle reprend des éléments utilisés pour les interdictions individuelles et les applique à des interdictions collectives, affaiblissant l’opérationnalité de votre dispositif.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Il serait compliqué de mettre en œuvre une telle me. J’en comprends la logique –⁠ interdire uniquement les déplacements des fauteurs de troubles. Mais, lorsque les préfets prennent des interdictions de déplacement, elles peuvent être partielles. Dans ce cas, les déplacements sont encadrés : on autorise 700 ou 800 personnes, qu’on conduit jusqu’au stade. La fête a donc bien lieu, elle est très encadrée, je le répète, et cela mobilise énormément de forces de l’ordre.
    Interdire individuellement ne serait pas suffisant : lorsqu’on interdit un déplacement, c’est parce qu’on craint des troubles graves à l’ordre public, et que les supporters du club accueillant attaquent à un moment ou à un autre les visiteurs. Ce n’est pas en isolant quelques individus que l’on empêchera les débordements –⁠ la me doit donc être collective pour être opérationnellement efficace. Je vous demande de bien vouloir retirer votre amendement ; à défaut, mon avis sera défavorable.
    Je le répète, beaucoup de déplacements sont encadrés : les forces de l’ordre vont chercher les supporters sur une aire d’autoroute, encadrent les bus et leurs occupants, puis les conduisent jusqu’au stade.
    Un clin d’œil à M. Sacha Houlié : si nous devons encadrer les supporters visiteurs, c’est bien que tout n’est pas à l’eau de rose dans le football. Mais nous le faisons, et cela sécurise les déplacements. Je souhaite qu’on en reste à ces mes collectives.

    La parole est à M. Pouria Amirshahi.

    Monsieur Boucard, nous sommes plus convaincus par votre exposé sommaire que par votre défense de l’amendement.

    M. Carlos Martens Bilongo

  • Voilà !

    C’est vraiment dommage !

    Cet amendement est intéressant à plusieurs titres. Le premier, c’est vous, monsieur le ministre, qui l’avez soulevé : vous estimez qu’il vaut mieux des mes indiscriminées car on ne pourrait pas distinguer entre les supporters et ceux qui portent les maillots.
    J’entends votre logique, mais une telle me touche aux libertés individuelles. Si vous confondez toutes les personnes qui se trouvent dans ou à proximité d’un moment festif où il peut y avoir des débordements, ou des individus mal intentionnés, vous empêchez la fête –⁠ clairement, l’esprit de fête n’est pas votre terrain naturel. Mais vous empêchez aussi les clubs et les supporters –⁠ issus de milieux sociaux différents – de se retrouver et de partager ce moment.
    En outre, monsieur Boucard, l’exemple du 1er mai n’est pas bon, car on ne peut distinguer les militants politiques des manifestants qui ne seraient pas militants.

    J’ai parlé des black blocs !

    C’est vous qui avez parlé des militants politiques.

    Non, des black blocs ! Vous les considérez comme les vôtres ?

    Non, vous n’avez pas dit ça !

    Si c’est le cas, tant mieux.

    Oui, je fais la distinction !

    Si ce n’est pas le cas, vous me le direz, même en aparté –⁠ cela me va.

    En tout cas, nous sommes pour cet amendement.

    Je mets aux voix l’amendement no 213.

    (Le vote à main levée n’ayant pas été concluant, il est procédé à un scrutin public.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        88
            Nombre de suffrages exprimés                69
            Majorité absolue                        35
                    Pour l’adoption                45
                    Contre                24

    (L’amendement no 213 est adopté.)

    Suspension et reprise de la séance

    La séance est suspendue.

    (La séance, suspendue à dix-sept heures trente-cinq, est reprise à dix-sept heures cinquante-cinq.)

    Je suis saisie de trois amendements identiques, nos 83, 709 et 746, qui tendent à supprimer l’article 4 bis A et font l’objet d’une demande de scrutin public par le groupe de la Gauche démocrate et républicaine.
    Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    La parole est à Mme Élisa Martin, pour soutenir l’amendement no 83.

    Nous en revenons au sujet des amendes forfaitaires délictuelles (AFD), auxquelles nous sommes radicalement opposés pour plusieurs raisons : la confusion entre celui qui constate le délit et celui qui prononce la peine, l’absence de contradictoire et d’individualisation de celle-ci, l’absence de garanties procédurales et le non-respect de la présomption d’innocence.
    On sait que votre obsession, ou celle de votre collègue ministre de la justice –⁠ car on a du mal à voir où passe la frontière entre votre domaine et le sien –, est la gestion du stock et du flux d’affaires, mais la Cour des comptes a montré qu’en la matière les AFD ne résolvaient rien.
    Ensuite, monsieur le ministre, vous êtes vraiment champion du monde mais, malheureusement, je ne suis pas certaine que vous ayez le talent de notre équipe de France.

    Si je dis cela, c’est que vous vous attaquez carrément ici aux groupes de supporters, à qui vous interdisez, collectivement –⁠ et c’est là que cette histoire devient folle –, l’entrée du stade ou la fréquentation de certains périmètres dès lors qu’ils sont en cortège. Cela va jusqu’aux véhicules personnels, qui peuvent être empêchés d’emprunter tel itinéraire ou de stationner à tel endroit.
    On a donc, avec cet article, un double effet Kiss Cool : des AFD, qui ont tout lieu de nous préoccuper, a fortiori ici où elles s’appliquent à un collectif.

    La parole est à M. Nicolas Sansu, pour soutenir l’amendement no 709.

    L’article 4 bis A élargit encore le champ du recours aux interdictions de déplacement, qui frappent déjà indistinctement l’ensemble des supporters d’un club indépendamment de leur comportement individuel –⁠ et j’ai bien entendu votre réponse, monsieur le ministre, à l’amendement de notre collègue Boucard, qui portait à peu près sur le même sujet.
    La saison dernière, pas moins de 333 arrêtés d’encadrement ou d’interdiction de déplacement ont été pris. Et les dérives se multiplient. En mai dernier, à l’occasion du barrage retour entre l’OGC Nice et l’AS Saint-Étienne, un arrêté préfectoral est allé jusqu’à interdire à des supporters niçois de circuler dans leur propre ville –⁠ ce qui n’a malheureusement pas empêché Nice de rester en ligue 1 et Saint-Étienne en ligue 2.
    Plus inquiétant encore, certains arrêtés sont délibérément annoncés dans la presse afin de décourager les déplacements, sans jamais être publiés officiellement. Les supporters concernés ne peuvent alors même pas exercer de recours devant le juge administratif, ce qui pose problème.
    Avec ce texte, une personne qui n’a jamais troublé l’ordre public pourra être condamnée à une amende forfaitaire pour le seul fait de s’être rendue au match de son équipe, parfois simplement parce qu’elle porte une écharpe ou un maillot aux couleurs de son club de c?ur. On ne sanctionne plus un comportement individuel, mais une appartenance supposée. Cela va vraiment trop loin !

    La parole est à M. Pouria Amirshahi, pour soutenir l’amendement no 746.

    Il est identique à l’amendement de notre collègue Boucard et à celui de Mme Faucillon, que vient de défendre M. Sansu. L’application de mes indiscriminées pour encadrer strictement –⁠ c’est l’intention du ministre – les déplacements de supporters risque de porter atteinte à la liberté individuelle. Il y a un changement d’échelle entre la capacité à intervenir après identification d’éventuels fauteurs de troubles et la stigmatisation globale d’un groupe de supporters.
    Récemment, autour du canal Saint-Martin, le soir de la finale de la Coupe de France, des nervis d’extrême droite se sont mêlés aux supporters de l’OGC Nice pour mener une expédition punitive dans le 10e arrondissement de Paris. Ils se sont livrés à des saccages, à des agressions, notamment à l’arme blanche, ils ont proféré des cris racistes et fait des signes nazis. La faculté générale de cadrage préfectoral donnée par cet article banaliserait des mes restrictives qui devraient rester exceptionnelles et motivées par des faits précis, par un risque identifié et un précédent établi. Autrement dit, lors d’une intervention, on risque de ne pas distinguer les vrais fauteurs de troubles –⁠ en l’occurrence, des militants d’extrême droite, néonazis et racistes, qui ont saccagé un bar – de l’ensemble des supporters, et d’interpeller tout le monde de manière indiscriminée. C’est ainsi que des supporters, présents à proximité, se sont retrouvés concernés par des interpellations rudes, violentes et brutales.

    Quel est l’avis de la commission sur ces amendements de suppression ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Nous n’avons pas réussi à tomber d’accord sur le bien-fondé des mes individuelles. Je l’ai déjà dit : nous les préférons toujours aux mes collectives, mais ces dernières doivent aussi exister.
    Je ne m’étends pas sur les amendes forfaitaires délictuelles, dont nous avons déjà parlé. Il convient de conserver l’article 4 bis A, qui permet de clarifier les pouvoirs dont dispose le préfet en matière d’encadrement des déplacements de supporters en listant précisément ce que peut contenir un arrêté préfectoral qui vise à lutter contre les phénomènes violents et en offrant aux forces de l’ordre un outil pour réprimer rapidement toute violation de ce type de mes. Avis défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Je suis défavorable à ces amendements qui aboutissent au même problème que celui de M. Boucard qui vient d’être adopté : nous ne pourrons plus interdire des déplacements de supporters. Quand nous savons qu’il va y avoir des troubles graves à l’ordre public, par exemple à l’occasion d’un match OM-PSG, nous demandons aux supporters parisiens, depuis plusieurs années, de ne plus venir à Marseille, et inversement, pour éviter les incidents qui auraient sinon immanquablement lieu.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Quand l’OM joue à Lyon, c’est la même chose. Cet amendement empêchera le préfet d’interdire un déplacement collectif. L’article 4 bis A précise simplement les mes qui peuvent être prises par le préfet, parmi lesquelles la définition de périmètres d’interdiction. Je suis défavorable au fait de supprimer la possibilité, pour le préfet, d’interdire des déplacements collectifs. C’est la garantie de troubles à l’ordre public très graves. Or avec l’amendement que vous venez d’adopter, il ne sera plus possible d’interdire des déplacements de supporters. Nous serons donc contraints d’encadrer les supporters.

    La parole est à M. Pouria Amirshahi.

    Vous exposez là une difficulté opérationnelle, monsieur le ministre. Votre raisonnement, c’est qu’il vaudrait mieux, pour la tranquillité publique, pour éviter des débordements, des incidents, des affrontements, empêcher les déplacements de l’ensemble des supporters d’un club, car les mes individuelles seules n’y suffisent pas. Cependant, que faites-vous dans le cas que j’ai évoqué tout à l’heure, sur lequel vous n’avez pas répondu ? Que faites-vous lorsque des militants d’extrême droite organisés, violents, de véritables hooligans…

    Mme Catherine Dellong Meng

  • Oh là là !

    …s’infiltrent, comme l’autre jour, parmi les supporters de Nice pour saccager un bar sur le canal Saint-Martin, agresser des gens, proférer des cris racistes ? Vous dites que vous empêcherez tout le monde, y compris les supporters, de se déplacer et de faire la fête le soir de la finale de la Coupe de France. Ainsi, l’ensemble des supporters de l’OGC Nice seraient pénalisés parce qu’une horde d’imbéciles racistes et violents est venue manifester ses idées, interdites par la loi, dans l’espace public ? Si vous multipliez ce genre de mes, vous vous retrouverez dans des situations très compliquées : vous empêcherez ceux qui veulent sincèrement faire la fête de la faire et vous viderez les stades des supporters qui viennent encourager leurs équipes le soir d’une finale.
    Nous sommes très attachés au fait que les mes soient individuelles et non globales. Vous dites avoir besoin de mes d’ordre plus général parce qu’elles sont plus efficaces, mais il conviendrait, à tout le moins, de réfléchir à des mes qui n’aillent pas dans le sens d’une privation excessive des libertés individuelles –⁠ car ce que vous proposez, c’est bien une restriction des libertés individuelles qui contrevient à nos principes. Nous souhaitons pour notre part permettre aux supporters du Paris Saint-Germain comme de l’Olympique de Marseille, qui viennent massivement faire la fête, de le faire de manière vraiment festive.

    La parole est à M. le ministre.

    Essayez de ne pas mentir, cette fois-ci !

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Je me permets d’insister. Pour éviter des troubles, et rendre possible les déplacements, nous les encadrons. Les préfets s’organisent pour qu’on aille chercher les supporters et qu’on les emmène au stade.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Certes, mais ce n’est plus possible compte tenu de ce qui a été voté, car tout cela s’inscrit dans le cadre d’un arrêté d’interdiction collective de déplacement, sauf pour un quota de personnes que l’on va chercher. Voilà des années que nous interdisons les déplacements ou que nous les encadrons. Vous revenez donc sur quelque chose qui fonctionnait, au motif du respect de libertés individuelles qui sont déjà garanties, puisque la plupart des déplacements sont encadrés, en lien avec les clubs ; c’est très dangereux du point de vue du respect du maintien de l’ordre public.

    C’est insupportable de mentir à ce point !

    Je mets aux voix les amendements identiques nos 83, 709 et 746.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        97
            Nombre de suffrages exprimés                80
            Majorité absolue                        41
                    Pour l’adoption                33
                    Contre                47

    (Les amendements identiques nos 83, 709 et 746 ne sont pas adoptés.)

    L’amendement no 741 de M. Vincent Caure, rapporteur, est rédactionnel.
    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Favorable.

    Je mets aux voix l’amendement no 741.

    (Le vote à main levée n’ayant pas été concluant, il est procédé à un scrutin public.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        95
            Nombre de suffrages exprimés                92
            Majorité absolue                        47
                    Pour l’adoption                60
                    Contre                32

    (L’amendement no 741 est adopté.)

    Je suis saisie de plusieurs demandes de scrutin public : sur les amendements nos 560 et identique, par les groupes La France insoumise-Nouveau Front populaire et Socialistes et apparentés ; sur les amendements nos 84 et identiques, par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    Les amendements nos 560 et identique ne sont pas défendus.
    Je suis saisie de trois amendements identiques, nos 84, 279 et 568.
    La parole est à Mme Élisa Martin, pour soutenir l’amendement no 84.

    Cet amendement vise à supprimer –⁠ si j’ose dire – le deuxième étage de la fusée, c’est-à-dire l’AFD réprimant le délit de violation des mes prévues par cet article.
    Monsieur le ministre de l’intérieur, il reste un sujet à aborder : l’action de ceux que vous appelez les forces de l’ordre –⁠ quand nous souhaiterions que ce soient des gardiens de la paix – pour s’asr que les choses puissent se passer tranquillement. La confrontation avec des groupes nous inquiète. D’abord, parce que vous avez changé la doctrine de maintien de l’ordre en favorisant le contact, l’action directe –⁠ sans mauvais jeu de mots. On sait bien que cela ne fait qu’augmenter la dangerosité non seulement pour les manifestants ou les supporters, mais aussi pour les policiers ou les gendarmes. Nous sommes d’autant plus inquiets, quand vous parlez de dimension collective, que la présomption de légalité a priori pour le policier ayant recours à son arme de poing et à des armes létales a été votée ici avant-hier.
    Ensuite, si ces amendements mettent le ministère de l’intérieur dans une situation impossible, indépassable, cela vous obligera à discuter avec les kops. Compte tenu de vos capacités de dialogue, vous trouverez les solutions qui ne relèvent pas de logiques répressives,  injustes et irréalistes. C’est comme les histoires de ces gens qui, lors de free parties, font bien gentiment la queue pour recevoir leur AFD. Faites preuve d’imagination !

    Sur l’article 4 bis A, je suis saisie par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire d’une demande de scrutin public.
    Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    L’amendement no 279 de M. Roger Vicot est défendu.
    La parole est à M. Benjamin Lucas-Lundy, pour soutenir l’amendement no 568.

    Nous venons d’expliquer notre opposition à l’élargissement des pouvoirs préfectoraux prévu par cet article, mais vous avez refusé de le supprimer. Nous proposons donc, au moins, de retirer la sanction forfaitaire qui lui est attachée. L’amende forfaitaire délictuelle sanctionne ici le non-respect d’un arrêté administratif –⁠ un périmètre, un trajet, un lieu de rassemblement, une modalité de déplacement fixée par le préfet. Soyez sérieux : le dispositif pose un problème d’opérationnalité. Un déplacement de supporters, ce sont parfois des centaines, des milliers de personnes, qui arrivent par des gares différentes, se dispersent dans la ville, rejoignent des bars, des cortèges, des abords de stades, parfois sans appartenir à un groupe organisé ; vous en conviendrez. Comment cette amende forfaitaire délictuelle sera-t-elle appliquée ? On met un policier derrière chaque supporter ? On verbalise à la chaîne dans un périmètre donné ? On considère que le fait d’être présent, dans une rue, avec le maillot de l’équipe du soir, suffit à caractériser le non-respect de l’arrêté ? On est en absurdie ! Un supporter peut se trouver dans un périmètre sans avoir participé à un déplacement organisé. Il peut y avoir une confusion sur les lieux visés, les horaires, les itinéraires, les conditions d’application. Le problème d’une sanction forfaitaire appliquée à ce type de situation, c’est qu’elle écrase le contexte –⁠ qui est ici déterminant – et rend la contestation quasiment impossible. Voilà pourquoi nous proposons de supprimer ce dispositif.

    Quel est l’avis de la commission sur ces amendements identiques ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Défavorable.

    La parole est à M. Antoine Léaument.

    Monsieur le ministre, vous mentez ; ce n’est pas bien. Vous avez dit qu’après l’adoption de l’amendement de notre collègue Ian Boucard, vous ne pouviez plus prendre d’arrêté d’interdiction. Vous le pouvez toujours ; simplement, cet amendement impose de préciser que l’interdiction concerne uniquement des personnes qui peuvent représenter un danger. C’est ce que nous avions demandé. Nous aurions préféré supprimer cette disposition qui nous semble excessive, mais désormais vous êtes au moins contraint de préciser et de motiver. C’est normal quand on défend l’État de droit et la déclaration des droits de l’homme et du citoyen.
    Nous souhaitons la suppression de l’amende forfaitaire délictuelle, parce que nous craignons que, sur la base d’arrêtés préfectoraux moyennement motivés, des policiers n’utilisent l’occasion pour interpeller des gens et ne les contraignent à un choix : payer l’amende ou aller au tribunal. On sait très bien que les gens préfèrent payer plutôt qu’aller au tribunal, alors qu’en l’occurrence ils ne sont peut-être pas concernés par l’arrêté.
    Je vous demande donc de supprimer l’extension des amendes forfaitaires délictuelles au délit prévu par l’article 4  bis A, sinon, des gens qui, grâce à l’amendement de Ian Boucard, n’auraient pas été concernés par l’arrêté d’interdiction risquent de faire l’objet se voir infliger des amendes.

    La parole est à M. le ministre.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Monsieur Léaument, je ne mens pas. J’ai bien compris le sens de la disposition.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • On ne pourra interdire de déplacement que des individus déterminés et il faudra les lister.

    L’arrêté peut interdire tout déplacement « individuel ou collectif » !

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • C’est complètement inopérant. Cela n’a aucun sens.

    Le gouvernement est censé nourrir le débat, pas le rabougrir et le pourrir ! Vu le niveau, nous avons bien compris que vous n’êtes pas ministre de la justice. Vous allez nous faire regretter Darmanin !

    Je mets aux voix les amendements identiques nos 84, 279 et 568.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        100
            Nombre de suffrages exprimés                100
            Majorité absolue                        51
                    Pour l’adoption                35
                    Contre                65

    (Les amendements identiques nos 84, 279 et 568 ne sont pas adoptés.)

    Je mets aux voix l’article 4  bis  A, tel qu’il a été amendé.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        98
            Nombre de suffrages exprimés                85
            Majorité absolue                        43
                    Pour l’adoption                41
                    Contre                44

    (L’article 4  bis  A, amendé, n’est pas adopté.)
    (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP
    et sur plusieurs bancs du groupe EcoS.)

    L’article 4  bis a été supprimé par la commission.
    La parole est à M. Pierrick Courbon, pour soutenir l’amendement no 280, tendant à le rétablir, et qui fait l’objet du sous-amendement no 1082.
    Sur cet amendement, je suis saisie par le groupe Socialistes et apparentés d’une demande de scrutin public.
    Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.

    Cet amendement a pour objet le rétablissement de l’article 4  bis, introduit au Sénat et supprimé par la commission, qui prévoit que la Commission nationale consultative de prévention des violences lors des manifestations sportives (CNPV) rende public son avis dans un délai fixé à sept jours. Cela permettrait d’éviter les situations où la Commission se réunit et transmet un avis au ministre de l’intérieur, mais ce dernier se garde bien de le communiquer, en sorte que les associations qui font l’objet d’une procédure de dissolution n’en sont pas informées.
    Je note que le sous-amendement no 1082 propose de porter ce délai à quatorze jours. Si c’est une condition à l’adoption de notre amendement, nous sommes prêts à l’accepter.

    La parole est à M. le ministre, pour soutenir le sous-amendement no 1082.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Si le délai de quatorze jours est accepté, je suis favorable à l’amendement.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Favorable au sous-amendement ainsi qu’à l’amendement sous-amendé.

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1082.

    (Le vote à main levée n’ayant pas été concluant, il est procédé à un scrutin public.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        100
            Nombre de suffrages exprimés                86
            Majorité absolue                        44
                    Pour l’adoption                50
                    Contre                36

    (Le sous-amendement no 1082 est adopté.)

    Je mets aux voix l’amendement no 280, tel qu’il a été sous-amendé.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        97
            Nombre de suffrages exprimés                68
            Majorité absolue                        35
                    Pour l’adoption                68
                    Contre                0

    (L’amendement no 280, sous-amendé, est adopté.)

    La parole est à M. Pierre-Yves Cadalen.

    C’est son anniversaire ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)

    Merci aux camarades qui me le souhaitent.
    Plus sérieusement : à un moment donné, cela suffit ! En France, on compte 350 000 personnes sans-abri.

    Comment ça « Oh là là » ?

    Le mal-logement est un problème massif : 15 millions de personnes en souffrent. Depuis la loi honteuse de M. Kasbarian, le nombre d’expulsions atteint des records. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.)

    De l’aveu même de l’Union nationale des propriétaires immobiliers (UNPI), le ministère de l’intérieur dénombre seulement 6 000 à 7 000 squattages par an. Alors que la canicule frappe le pays, que les gens crèvent de chaud dans leur logement ou crèvent de chaud dehors quand ils n’en ont pas, votre priorité est de créer des mes administratives pour expulser davantage de gens. (Mêmes mouvements.)

    On peut revenir à l’amendement ?

    Occupez-vous d’eux ! Logez-les, construisez des logements ! Faites ce que vous n’avez pas fait pendant des années et des années ! (Mêmes mouvements.) Répondez aux besoins sociaux ! Il est absurde et ridicule de discuter, comme nous le faisons depuis ce matin neuf heures, de dispositions qui n’auront aucun effet et d’une loi inutile, voire contre-productive, répressive et liberticide.

    C’est vous qui êtes ridicule !

    C’est d’autant plus ridicule que le pays souffre et que vous n’en avez rien à faire ! (Mêmes mouvements.) Le Haut Conseil pour le climat a dit ce matin que la France n’était pas prête pour la canicule. Et vous voulez que nous discutions de cette loi Ripost qui n’est faite ni à faire, de ce fourre-tout invraisemblable ? Nous, collègues de gauche, ainsi que tout le pays, nous n’en pouvons plus de ce gouvernement inutile ! Il est grand temps de vous remplacer ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    Je suis saisie de deux amendements identiques, nos 85, 569 et 606.
    La parole est à M. Andy Kerbrat, pour soutenir l’amendement no 85.

    Nous avons déjà eu ce débat sur les squats en commission, et avant cela lors de l’examen de la loi de l’ancien ministre Kasbarian, désormais député.

    L’excellent Kasbarian !

    En l’occurrence, l’article vise à étendre la procédure d’évacuation forcée aux squats de meublés touristiques, type Airbnb.
    Au-delà du fait que le pays souffre de l’achat de foncier pour créer non pas des locations de vacances, mais des locations en Airbnb, vous suivez toujours la même pente : criminaliser les personnes les plus fragiles –⁠ à la toute fin, c’est bien cela le sujet.
    Nous avons parlé de rodéos urbains et nous parlerons plus tard du protoxyde d’azote, des drogues, de la possibilité pour l’Antai d’accéder à des données pour récupérer des AFD, et que sais-je encore. Dans ma circonscription, un sans-abri est mort de la canicule.

    En 2014, quatorze personnes sont mortes des intempéries dans mon département ; en 2023, treize. Nous verrons quel sera le bilan définitif, mais c’est bien le bilan de la politique que vous avez menée depuis 2017 : explosion générale du sans-abrisme…

    Mais non ! Vous mélangez tout !

    …et refus de reconnaître l’importance de les reloger, alors même que cela avait été une promesse d’Emmanuel Macron en 2017.

    Vous avez voté pour eux !

    C’est pourquoi nous proposons de limiter les Airbnb, parce qu’on ne peut pas réquisitionner tous les logements juste pour faire du business. Il faut à tout prix organiser la réquisition des logements vides ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.)

    Sur les amendements nos 85, 86, 87 et 720, je suis saisie par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire de demandes de scrutin public.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    La parole est à Mme Danielle Simonnet, pour soutenir l’amendement no 569.

    Franchement, quel rapport avec la choucroute ? On ne cesse de passer d’un sujet à l’autre dans ce teste ! Excusez-moi, mais l’article 5 vise à rendre plus faciles encore expulsions des logements alors que le texte ne contient pas une seule me relative à la production de logements sociaux, à l’encadrement des loyers, à la fiscalité de la vacance, à l’application de la réquisition des logements vides ou à l’instauration d’une sécurité sociale du logement –⁠ rien de tout cela : il ne s’agit que de énièmes dispositions pour faciliter les expulsions !
    Alors que vous avez déjà atteint un record en 2025, avec 30 500 ménages expulsés avec le concours de la force publique et 200 000 concernés par une procédure d’expulsion, vous voulez instaurer un détournement de procédure, un glissement préoccupant d’un litige civil contractuel vers une réponse de police administrative et pénale expéditive qui contourne l’autorité judiciaire. C’est extrêmement grave !
    Je vais vous dire deux choses. D’abord, malgré votre obsession pour les expulsions locatives, vous devez être sacrément incompétents puisque vous remettez sans cesse ce sujet sur le tapis : c’est dire à quel point vous vous y prenez mal ! Surtout, être pauvre n’est pas un trouble à l’ordre public : c’est fabriquer des pauvres qui est un trouble à l’ordre public ; c’est vous qui organisez le trouble à l’ordre public !
    Oui, il faut supprimer cet article ! (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EcoS et LFI-NFP.)

    L’amendement no 606 de Mme Elsa Faucillon est défendu.

    La parole est à M. Xavier Albertini, rapporteur de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République, pour donner l’avis de la commission sur ces amendements identiques.

    M. Xavier Albertini, rapporteur de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République

  • L’article 5 prévoit l’élargissement du champ d’application de la procédure administrative dérogatoire d’évacuation forcée en cas de maintien dans une location de meublé touristique. Nous sommes donc loin de votre argumentation.
    Vous ciblez le droit de propriété, mais je rappelle que cet article vise aussi à protéger le droit à la vie privée et à garantir son respect. Il est normal, lorsqu’on loue un meublé touristique et que le locataire ne quitte pas les lieux, de garantir le droit à la vie privée. Compte tenu de ces éléments, il me paraît nécessaire de conserver l’article 5. C’est pourquoi je suis défavorable à vos amendements de suppression.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Avis défavorable pour les mêmes motifs. L’article prévoit l’extension d’une procédure existante aux meublés touristiques, qui constituaient un angle mort du dispositif. Il n’y a pas d’entrée illégale, mais, lorsque les gens ne quittent pas les lieux, ils savent qu’ils ne sont pas dans leur droit. Avis défavorable.

    La parole est à M. Guillaume Kasbarian.

    La voix du Parti de la liberté !

    Sans surprise, la gauche prend encore une fois la défense des squatteurs,…

    …explique qu’il est tout à fait normal de squatter la propriété d’autrui, qu’il s’agisse d’une résidence principale, d’une résidence secondaire ou d’un Airbnb, et que nous sommes de grands méchants parce que nous voulons faire respecter la propriété, un élément fondamental de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR.)

    Quelle honte ! Le nombre de sans-abri explose !

    Vous n’aimez pas la propriété privée, mais on le savait déjà.
    M. le ministre a bien rappelé que l’article permet simplement d’étendre la procédure aux squatteurs d’Airbnb, entrés de façon licite grâce à un contrat, mais qui se maintiennent illégalement, un cas qui n’était pas pris en compte. Même cela, vous n’en voulez pas, parce que vous voulez que des gens puissent abuser de locations pour se maintenir dans les lieux.

    Allez voir à quoi ressemble un logement insalubre !

    Accueillez les squatteurs chez vous, vous qui avez bon esprit, qui êtes de bonnes âmes ! Ouvrez-leur la porte de votre domicile, accueillez-les sur votre canapé !

    Vous pourrez ainsi accorder vos déclarations d’amour aux squatteurs et vos actes concrets dans la vie réelle.
    Nous nous opposerons à ces amendements de suppression.

    C’est vous qui squattez le pouvoir !

    La parole est à M. Antoine Léaument, pour un rappel au règlement. Sur le fondement de quel article ?

    Sur celui de l’article 17 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et sur celui du préambule de la Constitution de 1946. Certes, l’article 17 consacre le droit de propriété, mais il le limite aussi, « lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l’exige ». (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.)
    Quant au préambule de la Constitution de 1948, il dispose : « La Nation as à l’individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement.
    « Elle garantit à tous, notamment à l’enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs. »
    Autrement dit, s’il y a un problème de squat, c’est de votre faute ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)

    La parole est à M. Jérôme Legavre.

    Monsieur Kasbarian, qui vient de s’exprimer, s’était félicité d’avoir fait exploser le nombre d’expulsions locatives. Ce fait suffit à le caractériser.

    C’était l’objectif de la loi !

    Avec l’article 5, vous étendez les pouvoirs de l’autorité administrative sans vous attaquer aux causes des problèmes que vous voulez traiter. C’est d’ailleurs vrai de l’ensemble du projet de loi.
    Dans mon département de Seine-Saint-Denis, il y a 130 000 demandes de logement qui ne sont pas satisfaites. Le 29 juin dernier, en pleine canicule, 561 demandes de mise à l’abri de personnes qui vivent à la rue n’ont pas été satisfaites –⁠ et on meurt de chaleur quand on est à la rue ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)

    Cela n’a aucun rapport !

    Parmi les personnes à mettre à l’abri, 232 sont des enfants mineurs. Voilà la situation !
    Ce matin, on a appris le décès d’une vieille dame de 93 ans, morte de chaud à son domicile. Depuis un an, elle demandait que des volets soient installés –⁠ les anciens n’avaient pas été remplacés. Voilà la cause de son décès !

    Le bailleur n’a rien fait. De cette situation, vous n’avez rien à faire ! Ce n’est pas votre problème et M. Kasbarian continuera de se féliciter de l’explosion des expulsions locatives comme résultat de ses mes réactionnaires sur toute la ligne. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)

    Je mets aux voix les amendements identiques nos 85, 569 et 606.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        102
            Nombre de suffrages exprimés                101
            Majorité absolue                        51
                    Pour l’adoption                31
                    Contre                70

    (Les amendements identiques nos 85, 569 et 606 ne sont pas adoptés.)

    La parole est à Mme Élisa Martin, pour soutenir l’amendement no 86.

    Il faut rappeler quelques malheureuses évidences. Dans notre pays, environ 15 millions de personnes sont mal logées. L’an dernier, il y a eu 25 000 expulsions locatives, avec réquisition de la force publique. C’est à cela qu’il faut réfléchir, c’est par ce bout qu’il faut tenter d’attraper le réel et de régler ce problème.
    Le responsable de l’Union nationale des propriétaires immobiliers indique qu’il y a entre 6 000 et 7 000 situations de squat. Qu’on le veuille ou non, ces situations sont minoritaires.
    Aborder le problème du mal-logement sous l’angle du squat pose donc un problème. Ce n’est pas ainsi qu’il faut procéder : il faut d’abord réunir les conditions d’une véritable politique de logement publique. Cela suppose de ne pas étouffer, comme l’a fait Emmanuel Macron tout au long de ses deux mandats, les bailleurs sociaux, à commencer par les offices publics qui, eux, logent la France telle qu’elle est. Si vous ne voulez pas qu’ils soient squattés, il faut réfléchir à la réquisition par l’État des logements vides.

    Allez dire cela aux propriétaires !

    Il faut être conscient qu’il y a 10 % de bureaux vides en Île-de-France. Comment voulez-vous que les 15 millions de personnes mal logées ne soient pas à tout le moins étonnées par ce chiffre ? C’est à cela qu’il faut réfléchir et c’est par ce bout qu’il faut prendre le problème !

    Ce n’est pas comme cela qu’on le résoudra !

    Autre élément d’inquiétude –⁠ toujours le même, depuis que vous avez permis le vote de la proposition de loi en vertu de laquelle il serait a priori légal pour un policier de se servir de son arme –, le squat de bureaux étant souvent un squat collectif impliquant de nombreuses personnes, que se passera-t-il en cas de réquisition de la force publique pour réaliser contre elles d’importantes opérations de maintien de l’ordre ?

    M. Ian Boucard et M. Guillaume Kasbarian

  • Elles partiront, tout simplement !

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Je crois que votre lecture du travail rédactionnel des sénateurs est erronée. Ils n’ont pas restreint l’application de la procédure prévue à l’article 5 au cas où le maintien dans le local aurait été obtenu par voie de violence, mais ont précisé que la procédure d’évacuation forcée serait applicable en cas de simple introduction ou quand le local aurait été obtenu par des manœuvres, des menaces, des voies de fait ou des contraintes.
    C’est une évolution logique : une personne qui aurait pénétré de manière illégale dans un bâtiment ou une habitation est clairement en situation de squat.
    Vous évoquez souvent le préambule de la Constitution de 1946 ou la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne. Les sénateurs l’ont fait aussi et ont cherché à soutenir le droit au commerce et à l’usage normal des locaux commerciaux professionnels ou agricoles.

    Et le droit au logement ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Pour cette raison, ils ont étendu l’application de la procédure d’évacuation forcée aux locaux commerciaux.
    J’émets donc un avis est défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Même avis.

    La parole est à Mme Élisa Martin.

    Je reconnais volontiers que j’ai peu de qualités, mais j’ai au moins celle de savoir lire.
    Nous avons parfaitement compris le sens de l’article et de l’extension de la procédure d’expulsion avec réquisition de la force publique à d’autres locaux que des locaux résidentiels –⁠ nous pressentions ce danger.
    Avons-nous, pour autant, réglé le problème des 15 millions de personnes mal logées et des 10 % de bureaux –⁠ car c’est bien de ce type de locaux qu’il est question – vides en Île-de-France ? Le mouvement HLM est aujourd’hui à genoux…

    Il y a des secteurs bien plus à genoux que celui des HLM !

    …car vous avez préféré à son soutien des dispositifs fiscalement avantageux à destination des particuliers investissant dans la construction de logements, lesquels logement sont bien entendu inaccessibles.

    Vous voulez 100 % de logements sociaux partout !

    Vous pensez qu’en cachant la pauvreté, en mettant la poussière sous le tapis, on va s’en sortir. Cela ne marche pas comme ça ! Vos dispositions sont injustes, rendues dangereuses par l’adoption de la proposition de loi visant à reconnaître une présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre, et de surcroît ne règlent rien.
    Quelle est votre priorité ? Les 15 millions de personnes mal logées ? Les 10 % de bureaux vides en Île-de-France ? Dites-le nous ! La nôtre est claire.

    Je mets aux voix l’amendement no 86.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        98
            Nombre de suffrages exprimés                98
            Majorité absolue                        50
                    Pour l’adoption                32
                    Contre                66

    (L’amendement no 86 n’est pas adopté.)

    La parole est à M. Louis Boyard, pour soutenir l’amendement no 87.

    Des moments de sincérité devraient être possibles dans cette assemblée. Je ne sais pas comment vous faites pour ne pas vous sentir responsables et coupables quand, en route pour l’Assemblée, vous voyez des gens dormir dans la rue ! (Protestations sur plusieurs bancs du groupe EPR, ainsi que sur quelques bancs du groupe RN.)
    S’il y a bien un endroit où nous pouvons faire en sorte que plus personne ne dorme dans la rue, c’est bien celui où nous nous trouvons. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.)
    Vous me répondrez que c’est comme ça, que c’est la loi. Pour vous, les choses sont faciles : vous avez un toit, un salaire, un frigo plein.

    Des personnes dorment dehors alors que des millions de logements sont vides : je pense sincèrement que cette loi n’est pas juste. Elle est immorale, violente et contraire aux principes de la République. (Mêmes mouvements.)
    À vous qui parlez constamment d’ordre et de loi, à vous qui vous drapez constamment dans la morale et la bonne vertu, je le dis : au regard de la République, au regard de la liberté, au regard de l’égalité, au regard de la fraternité, vous n’êtes pas dignes de votre mandat. Vous êtes coupables !

    Vous passez votre temps à vanter le succès et la richesse, mais est-on accompli quand on est multipropriétaire et qu’on possède un logement vide ? Je ne le crois pas. On a surtout une part de responsabilité dans la situation des gens qui dorment dehors.
    Oui, vous êtes coupables et responsables ! Chaque fois que vous pouviez voter pour réquisitionner les logements vides, vous ne l’avez pas fait. Dans un grand moment de sincérité, laissez-moi vous redire, mes chers collègues, que vous n’êtes pas dignes de la République, vous n’êtes pas dignes de la liberté, vous n’êtes pas dignes de l’égalité, vous n’êtes pas dignes de la fraternité ! (Protestations sur plusieurs bancs des groupes RN, EPR, DR, Dem et HOR.)

    Drapez-vous tant que vous voudrez dans la morale et la bonne vertu, vous restez coupables et responsables ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.)

    Nous n’avons pas de leçons à recevoir de ce monsieur !

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Défavorable.

    La parole est à M. Antoine Léaument.

    Vos réactions à l’intervention de notre collègue Louis Boyard nous donnent une once d’espoir. Nous espérons que vous ressentez, comme nous, un pincement au cœur quand vous voyez des personnes qui vivent et qui dorment dans la rue.
    Ce pincement au cœur, certains d’entre vous l’éprouvent encore, même s’il est vrai que la société capitaliste nous oblige à nous blinder chaque fois que nous voyons des gens dans la rue et que nous nous disons que nous ne pouvons pas nécessairement faire la petite chose qui les aiderait. (Protestations sur les bancs du groupe EPR et sur plusieurs bancs du groupe RN.)
    Eh bien, finalement, vos réactions me laissent penser que vous n’en avez rien à faire et que vous êtes convaincus de mener une bonne politique. J’essayais de vous offrir une sortie positive et humaniste mais, à l’évidence, vous savez parfaitement ce que vous faites !
    J’ai eu la faiblesse de penser que, peut-être, vous voudriez appliquer de grands principes. Ici, à l’Assemblée nationale, nous pourrions faire en sorte que chacun ait un toit au-dessus de sa tête, en construisant des logements, en faisant baisser le prix du logement, en augmentant les salaires, en permettant à chacun d’avoir un emploi et, puisque la société capitaliste n’y pourvoit pas, en appliquant la règle magnifique que nous proposons, avec Jean-Luc Mélenchon, dans notre programme : faire de l’État l’employeur en dernier ressort.

    L’État employeur en dernier ressort, cela signifie que l’État s’engage à permettre aux individus qui le souhaitent d’occuper un emploi lorsque la société ne le permet pas.
    Voilà comment, par des mes concrètes et efficaces, nous pourrions faire respecter, comme me le soufflait mon collègue Ugo Bernalicis, les grands principes énoncés dans le préambule de la Constitution de 1946. Édictés au sortir de la guerre contre les nazis, ils doivent nous éviter que la société s’engouffre de nouveau dans le fascisme.
    Que voyons-nous aujourd’hui ? La montée du fascisme n’est pas un hasard : elle est aussi le fruit de la pauvreté et du fait que nous ne luttons pas assez contre elle ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.)

    Le fascisme ne monte pas tant que ça, puisque Mélenchon n’est qu’à 15 % !

    La parole est à M. Guillaume Kasbarian.

    Ce que la gauche est en train de nous dire, c’est que le squat est une solution à la situation des personnes sans domicile fixe. (Protestations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    Quand on lit vos amendements et quand on vous écoute, on comprend qu’il y a des personnes SDF et qu’il est par conséquent légitime de squatter.

    Nous avons dit exactement le contraire !

    Il n’est ni une solution au mal-logement ni une solution pour les sans domicile fixe.

    M. Jean-François Coulomme

  • Alors construisez des logements sociaux !

    La France insoumise nous donne de grandes leçons de fraternité, de morale et d’émotion. que nous ressentons des émotions ! Permettez-moi de vous demander en toute sincérité, mesdames et messieurs les députés de La France insoumise : combien de SDF accueillez-vous actuellement chez vous ? Monsieur Boyard et monsieur Léaument, combien de SDF hébergez-vous actuellement dans votre appartement ? Ce soir, quand vous rentrerez au chaud chez vous, combien de SDF aurez-vous recueilli après avoir versé des larmes de crocodile ?
    Quand vous aurez accueilli ces personnes, vous pourrez nous donner vos leçons de morale et de fraternité. En attendant, vos mots et vos leçons demeurent vains ! (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EPR et RN. –⁠ Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    Pour qui vous prenez-vous ?

    La parole est à M. Benjamin Lucas-Lundy, pour un rappel au règlement.

    Il se fonde sur l’article 70, alinéa 3. Nous venons d’être gravement mis en cause par le collègue Kasbarian, qui a créé une scène tumultueuse et qui a repris les arguments bien connus de l’extrême droite lepéniste à propos de l’immigration et de l’accueil des exilés.
    Nous sommes à l’Assemblée nationale pour faire la loi. Ce genre d’argument ignominieux n’a pas sa place ici. C’est pourquoi je demande que M. Kasbarian soit rappelé à l’ordre. (Exclamations sur les bancs des groupes RN et EPR.) Nous l’avons été pour beaucoup moins que cela ! (Applaudissements et claquements de pupitres sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)

    La parole est à M. Louis Boyard, pour un rappel au règlement.

    Au titre de l’article 70, alinéa 3, puisque j’ai été directement interpellé par M. Kasbarian.
    Monsieur Kasbarian, vous demandiez si nous accueillions directement des gens chez nous. Figurez-vous que nous le faisons, mais pas pour faire des coups de communication ! Et vous, monsieur Kasbarian, l’espèce d’ultrabourgeois qui vote constamment pour mettre des gens à la rue, vous en accueillez combien ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP, dont plusieurs députés se lèvent. –⁠ Vives protestations sur les bancs du groupe EPR. –⁠ Exclamations sur les bancs du groupe RN. –⁠ Mme Marie Lebec fait signe à l’orateur de sortir.)

    Vous êtes des criminels, voilà ce que vous êtes ! (Vacarme.)

    Je vous appelle à retrouver votre calme, mes chers collègues.

    Je mets aux voix l’amendement no 87.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        96
            Nombre de suffrages exprimés                96
            Majorité absolue                        49
                    Pour l’adoption                33
                    Contre                63

    (L’amendement no 87 n’est pas adopté.)

    L’amendement no 125 de M. Corentin Le Fur est défendu.
    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Défavorable.

    La parole est à M. Antoine Léaument.

    Nous voyons bien que s’affrontent deux visions de la société.

    Un député du groupe EPR

  • Oui !

    Vous, vous considérez que les problèmes sont individuels : si je me retrouve sans logement, c’est de ma faute ; je n’avais qu’à avoir le capital, qu’à trouver un travail, qu’à faire des études, qu’à faire mieux dans ma vie… (Protestations sur les bancs du groupe EPR.)
    Vous protestez, mais que faites-vous pour les personnes qui se retrouvent effectivement à la rue et sans emploi ?

    Quel rapport avec l’amendement ?

    Vous, lorsqu’une personne se débrouille comme elle peut pour avoir un toit une nuit en s’installant dans un logement ou dans un commerce vide, vous l’expulsez de force.

    Ça s’appelle squatter !

    Vous n’avez rien fait pour elle, mais vous l’expulsez de force !
    Pour nous, devant une telle situation, la solution n’est pas l’expulsion, parce que la responsabilité de la société est collective : c’est collectivement que nous avons échoué à donner un toit à la personne qui squatte ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.) J’ajoute que les responsables de cette situation sont ceux qui ont accaparé la richesse, notamment la richesse immobilière.
    Robespierre disait (Protestations sur les bancs du groupe EPR. –⁠ Exclamations sur les bancs du groupe RN) –⁠ écoutez bien ses mots : « Nul n’a le droit d’entasser des monceaux de blé à côté de son semblable qui meurt de faim. » Oui, c’est de Robespierre, l’inventeur de la devise Liberté, Égalité, Fraternité !

    Il t’aurait guillotiné en premier, Robespierre !

    Qu’est-ce qu’il raconte, celui-là ?

    Il guillotinait tout le monde ! Les gens comme vous lui étaient insupportables !

    Monsieur Salmon, député du Rassemblement national, il faut que les électeurs de votre parti le sachent : lorsque nous parlons du logement ou du pouvoir d’achat, les députés du Rassemblement national hurlent avec les députés macronistes. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Je veux que cela soit su à l’extérieur de cet hémicycle ! (Plusieurs députés du groupe LFI-NFP ainsi que M. Benjamin Lucas-Lundy se lèvent et continuent d’applaudir. –⁠ Exclamations sur les bancs du groupe RN. –⁠ Brouhaha.) Quant à nous, avec Jean-Luc Mélenchon, nous ferons en sorte dès l’année prochaine que chacun ait non seulement un toit, mais aussi un emploi et un salaire dignes pour faire vivre sa famille. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    La parole est à M. Ian Boucard.

    Je tiens à apporter quelques précisions afin d’éclairer le vote, car ceux qui auraient écouté Antoine Léaument ne peuvent pas savoir quel est l’objet de l’amendement de M. Le Fur : il est intervenu deux minutes sans jamais citer son contenu !

    M. Le Fur n’a pas parlé du tout !

    Cet amendement vise à étendre les dispositions de l’article 5, par exemple à des personnes qui loueraient un appartement par l’intermédiaire d’Airbnb et qui, à la fin du contrat de location, ne partiraient pas.
    Collègues insoumis qui applaudissez en permanence, notamment quand il est question de Robespierre (Plusieurs députés du groupe LFI-NFP applaudissent) : plongez-vous dans l’histoire, mais attention, dans toute l’histoire ! Car s’il vous arrivait un jour d’être plus modérés que Robespierre, vous pourriez connaître le destin de Danton. En 2026, vous vous retrouvez excommuniés par les écologistes ou les socialistes sans être guillotinés ; mais si M. Mélenchon devient président, il pourrait vous arriver pire ! (Sourires sur les bancs des groupes DR et HOR.)

    La parole est à M. Antoine Léaument, pour un rappel au règlement. Sur le fondement de quel article ?

    Sur le fondement de l’article 70, alinéa 2, sur les scènes tumultueuses… (Mme la présidente coupe le micro de l’orateur.)

    On ne peut pas qualifier ce qu’il vient de se passer de scène tumultueuse, monsieur Léaument ! (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
    Nous reprenons l’examen des articles. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR et HOR.) Un peu de sérieux !

    Je mets aux voix l’amendement no 125.

    (Le vote à main levée n’ayant pas été concluant, il est procédé à un scrutin public.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        90
            Nombre de suffrages exprimés                89
            Majorité absolue                        45
                    Pour l’adoption                39
                    Contre                50

    (L’amendement no 125 n’est pas adopté.)

    La parole est à M. Guillaume Kasbarian, pour soutenir l’amendement no 720.

    La procédure administrative est construite de telle sorte que, s’il y a introduction et maintien dans un lieu par voies de fait, de menaces, de manœuvres ou de contraintes, le préfet peut agir et expulser le squatteur. Par cet amendement, je propose de clarifier les choses sur le plan sémantique afin que les préfets aient les moyens d’agir. Il s’agit d’inscrire dans la loi que le préfet peut agir s’il y a introduction « ainsi que » maintien par voies de fait, manœuvres et contraintes.
    En effet, il arrive que certains s’introduisent de façon licite dans un lieu et s’y maintiennent de façon illicite, c’est-à-dire en exerçant une contrainte sur le propriétaire. La rédaction proposée permettrait d’englober les deux cas de figure : soit il y a introduction illicite, soit il y a maintien illicite, mais, dans les deux cas, le préfet pourrait agir et expulser le squatteur au titre de l’article 38 de la loi Dalo –⁠ cette procédure express qui permet d’expulser le squatteur.
    Il s’agirait donc d’une me d’élargissement de la procédure et d’une clarification qui permettra à tous les préfets de France, dans toutes les situations –⁠ qu’il s’agisse d’une introduction ou d’un maintien par voies de fait, menaces ou contraintes –, d’agir le plus vite possible pour sortir les squatteurs de la propriété privée qu’ils occupent.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Je comprends votre idée : vous cherchez un équilibre…

    Qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre !

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • …entre l’introduction illicite et le maintien également illicite. Toutefois, cette rédaction pourrait entraîner un effet indésirable, car votre « ainsi que » vise tous les cas de figure, et pourrait donner lieu à une disposition frôlant l’inconstitutionnalité ; elle serait même inconstitutionnelle eu égard à la nécessité de laisser au juge judiciaire la possibilité de gérer les conflits locatifs sortants.
    C’est pourquoi je vous demande de retirer votre amendement ; à défaut, j’y serai défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Même avis : cet amendement risque de vider la procédure judiciaire alors que celle-ci est la procédure de droit commun ; s’y ajoute la difficulté de caractériser le « maintien recourant à des manœuvres ». Je préconise donc plutôt son retrait, sinon son rejet.

    La parole est à Mme Gabrielle Cathala.

    Le spectacle que vous offrez cet après-midi est déplorable. Nous sommes là à débattre de la façon d’expulser plus facilement des personnes de meublés touristiques, comme si c’était la priorité, le jour où l’Insee publie des statistiques montrant que, depuis qu’il existe un outil pour mer le taux de pauvreté en France, celui-ci n’a jamais été aussi élevé ! (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et GDR.)

    La publication date de cet après-midi : 15 % des Français vivent sous le seuil de pauvreté –⁠ encore ne s’agit-il que de 15 % des Français hexagonaux, cet outil ne comptant même pas les Français des outre-mer, qui sont aussi nos compatriotes mais que vous oubliez en permanence. (Mêmes mouvements.)
    Au reste, l’Insee ne compte pas non plus les personnes qui vivent à la rue, ni les voyageurs, parce qu’il n’est pas possible d’établir des statistiques sur leur pauvreté. Quinze pour cent des Français, cela représente 9,8 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté : un taux jamais égalé depuis 1996 !

    M. Jean-François Coulomme

  • Voilà le bilan de la Macronie !

    Ce rapport nous apprend également que les inégalités n’ont jamais été si élevées. Pourquoi ? C’est écrit noir sur blanc : parce que les riches ne se sont jamais autant enrichis, à cause de la politique que vous menez depuis 2017 ! (Mêmes mouvements.)
    Vous pouvez lever les yeux au ciel et grimacer : vous êtes les entiers responsables de cette situation ! (Protestations sur les bancs du groupe EPR.)

    M. Jean-François Coulomme

  • Vous en êtes les architectes !

    Qui a laissé faire les 49.3 sur des budgets austéritaires ?

    Nous sommes très loin de l’austérité !

    Qui, depuis 2017, tolère des budgets prévoyant des coupes records dans la sécurité sociale et le budget de l’État ? Vous êtes entièrement responsables ! Et vous venez nous donner des leçons de bonne gestion en nous caricaturant, en nous faisant passer pour des dépensiers sans limites ? Mais c’est vous qui avez détruit les comptes de l’État en creusant un déficit record –⁠ 1 000 milliards d’euros de dette ! – et en appauvrissant… ( Mme la présidente coupe le micro de l’oratrice, dont le temps de parole est écoulé.)

    Enlevez vos œillères !

    La parole est à M. Guillaume Kasbarian.

    J’entends les difficultés juridiques, y compris constitutionnelles, soulevées par M. le rapporteur et M. le ministre. Je vais retirer l’amendement, en espérant que vous puissiez faire prospérer ce sujet et, s’il y a des doutes à lever, trouver une meilleure rédaction en commission mixte paritaire. En attendant, ne faisons pas les choses salement : faisons-les proprement.

    Salement c’est Salmon !

    Un député du groupe LFI-NFP

  • Salmon est allemand !

    (L’amendement no 720 est retiré.)

    Les amendements nos 352, 369, 354 rectifié, 353 et 205 ne sont pas défendus.

    Cela ne m’étonne pas qu’il n’y ait personne pour les défendre : ils sont tellement hideux ! Il s’agissait de mettre les enfants à la rue. Regardez-vous dans un miroir, collègues !

    M. Jean-François Coulomme

  • Les amendements Thénardier !

    La parole est à M. Yoann Gillet, pour soutenir l’amendement no 493, qui fait l’objet d’une demande de scrutin public par le groupe Rassemblement national.
    Je fais annoncer le scrutin dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.

    Le problème du dispositif actuel est qu’en cas de squat, un accès illimité au réseau d’énergie est maintenu au profit des squatteurs pendant toute la phase d’instruction. Par cet amendement, nous voulons couper l’accès aux énergies, qui est un facteur de blocage, en vue de libérer plus rapidement les terrains et les appartements squattés. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Ne négligeons pas le coût financier totalement injuste subi par les propriétaires squattés, qui doivent en plus –⁠ nombre d’entre eux nous le disent – payer l’électricité et le gaz aux squatteurs.
    Cet amendement de bon sens permettrait d’accélérer la libération des locaux et des terrains squattés en suspendant l’électricité et le gaz naturel qui les alimentent. Il vise à autoriser le représentant de l’État saisi d’une demande par le propriétaire d’un local ou d’un terrain squatté d’enjoindre directement au gestionnaire des réseaux publics de distribution de procéder à cette suspension.

    Je vous entends, mes chers collègues de gauche, mais sachez que nous nous placerons toujours du côté des honnêtes gens, jamais du côté des délinquants. (Vives exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)

    Sur l’amendement no 88 et sur l’article 5, je suis saisie par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire de deux demandes de scrutin public.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Le bon sens ne fait pas la loi, monsieur Gillet.

    Vous osez parler de bon sens, c’est incroyable !

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Si l’on peut comprendre l’idée générale qui préside à votre amendement, votre proposition irait à l’encontre de plusieurs actions pouvant être menées par le préfet selon le principe de proportionnalité. Sur le plan sanitaire, votre proposition pourrait même mettre en danger les occupant ; elle empêcherait toute individualisation de l’action du préfet et toute prise en considération de la situation personnelle de l’occupant. Nous l’avions déjà évoquée en commission. Mon avis était alors défavorable : il le reste.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Même avis, d’autant que cela a déjà été jugé par le Conseil d’État.

    La parole est à M. Benjamin Lucas-Lundy.

    Entendre, en cette semaine, un député du Rassemblement national se revendiquer des honnêtes gens cette semaine, c’est franchement cocasse ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) C’est peut-être aussi prendre les Français pour des imbéciles, sachant que la candidate de ce parti à l’élection présidentielle est une délinquante et une voleuse condamnée à deux reprises par la justice. (Vives protestations sur les bancs du groupe RN.)

    C’est faux ! C’est mensonger ! Vous racontez n’importe quoi !

    Ce n’est toutefois pas le sujet du jour, j’en conviens, madame la présidente.

    En effet. Pourriez-vous rester sur l’amendement, s’il vous plaît ?

    J’en reviens à cet amendement, tout aussi répugnant que ses auteurs…

    Et la présomption d’innocence ? Vous connaissez l’État de droit ?

    Elle a été condamnée deux fois !

    Vous foulez l’État de droit !

    Dans la réponse timorée, pour le dire gentiment, du rapporteur, je vois se dessiner à nouveau un arc macrono-lepéniste qui considère que l’on résoudra le problème de la pauvreté en combattant les pauvres, comme on répondait hier au problème du chômage en combattant les chômeurs. Et de la même manière, vous répondez à la souffrance mentale de la jeunesse par la criminalisation des jeunes qui veulent danser, faire la fête ou s’aimer. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.)
    En clair…

    S’il vous plaît, pouvons-nous écouter M. Lucas-Lundy qui essaie désespérément de défendre son amendement, auquel il va venir à présent.

    Il raconte n’importe quoi !

    Oh, je ne suis jamais désespéré, madame la présidente, et nous ne nous désespérerons jamais face à l’extrême droite, c’est une évidence.
    Je disais donc que se dessine un continuum macrono-lepéniste –⁠ nous l’avons vu hélas bien souvent cette semaine –,…

    Où est-il, Julien Bayou ?

    …qui vise à combattre les précaires plutôt que la précarité et, en l’occurrence, à combattre les problèmes liés au logement en s’attaquant en permanence à celles et ceux qui ne peuvent pas se loger. « Expulsator » Kasbarian nous en fait à nouveau la démonstration. Ce qu’a dit Mme Cathala est fondamental : le jour où l’Insee publie cette statistique qui nous apprend que le taux de pauvreté n’a jamais été aussi élevé dans notre pays depuis qu’il est mesuré, et qui devrait tous vous pétrifier de honte au lieu de vous faire rire grassement, eh bien ce jour-là, vous choisissez de matraquer, de stigmatiser…

    …de réprimer… (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’orateur.)

    La parole est à M. Yoann Gillet.

    Que la gauche soit du côté des délinquants, cela n’étonnera personne, mais nous avons aussi un bel aveu des macronistes, qui font une fois de plus preuve de faiblesse en voulant continuer à imposer la double peine aux propriétaires victimes des squatteurs. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    Voilà ce que vous faites, monsieur le rapporteur, monsieur le ministre, en vous opposant à cet amendement.

    Rendez les 4 millions !

    Que les victimes du squat se rasnt : une nouvelle élection arrive en 2027 et les sondages placent tous Marine Le Pen en tête –⁠ 54 % face à Édouard Philippe, 55 % face à Gabriel Attal, 70 % face à Jean-Luc Mélenchon. Je leur dis : tenez bon, nous arrivons ! Vivement 2027 ! (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)

    La parole est à M. Benjamin Lucas-Lundy, pour un rappel au règlement.

    Il se fonde sur l’article 70, alinéa 3, pour mise en cause personnelle. Le collègue du premier parti des pourris de France vient d’expliquer que nous étions du côté des délinquants. (Mme la présidente coupe le micro de l’orateur.)

    Je n’ai pas entendu de mise en cause personnelle. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) (M. Benoît Blanchard applaudit.)
    La parole est à M. Antoine Léaument, pour un nouveau rappel au règlement. Sur la base de quel article ?

    L’article 70, alinéa 3, que je vais prendre le temps de lire pour vous montrer à quel point le rappel au règlement se justifie : « Qui se livre à une mise en cause personnelle, qui interpelle un autre député ou qui adresse à un ou plusieurs de ses collègues des injures, provocations ou menaces […] ».
    J’ai entendu de la part de M. Gillet les mots suivants : « La gauche, vous êtes du côté des délinquants. »

    Ce n’est pas une injure, c’est un constat.

    Nous avons réagi de manière un peu vive compte tenu du fait que la présidente Le Pen porte un bracelet électronique à son pied. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ Exclamations sur les bancs du groupe RN.)

    Merci monsieur le député mais j’ai entendu des propos du même genre de votre part tout à l’heure. Je suspends la séance pour deux minutes.

    Suspension et reprise de la séance

    La séance est suspendue.

    (La séance, suspendue à dix-neuf heures cinq, est reprise à dix-neuf heures dix.)

    Je mets aux voix l’amendement no 493.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        72
            Nombre de suffrages exprimés                72
            Majorité absolue                        37
                    Pour l’adoption                22
                    Contre                50

    (L’amendement no 493 n’est pas adopté.)

    La parole est à M. Pierre-Yves Cadalen, pour soutenir l’amendement no 88.

    Nous avons bien compris que votre priorité n’était pas du tout de garantir un logement pour toutes et tous, de respecter le préambule de la Constitution de 1946 ou encore la vocation sociale de notre République. Vous prévoyez dans cet article d’aggraver les sanctions contre les personnes qui occupent les logements, et vous êtes même prêts à les envoyer en prison. C’est peut-être votre solution pour loger les gens, remarquez !
    Quelle ironie que le parti de M. Kasbarian s’appelle le parti de la liberté. Je lui propose de préciser qu’il s’agit de la liberté des riches ou de celle des bourgeois. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
    C’est ce que vous avez démontré, en tout état de cause. Vous êtes ici et là-bas, les macrono-lepénistes, les représentants de la classe bourgeoise. Karl Marx disait que lorsque l’on vous montre tel que vous êtes, lorsque l’on dit quels intérêts vous représentez, vous ne le supportez pas parce que vous n’assumez pas ce que vous êtes et ce que vous faites.
    Au XIXe siècle, à une période où le suffrage était censitaire, le premier ministre Guizot encourageait ses concitoyens à s’enrichir pour devenir des citoyens et des électeurs. Vous voulez la même chose. Du reste, quand la participation populaire aux élections est faible, cela vous arrange.
    À ceux qui nous écoutent, je dis donc d’aller voter massivement à la présidentielle pour Jean-Luc Mélenchon parce que nous garantirons le logement, nous construirons des logements publics, nous rénoverons et nous en finirons avec ces lois sottes et stupides qui ne font que nous faire perdre notre temps. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Avis défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Avis défavorable.

    La parole est à M. Guillaume Kasbarian.

    Le squat n’est pas une liberté mais un délit. La liberté recouvre aussi celle d’être propriétaire et de voir sa propriété privée respectée. La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres. On ne peut pas empiéter sur la liberté d’autrui et la propriété d’autrui au prétexte que ce serait une liberté de squatter. Votre raisonnement est fallacieux. Vous ne défendez pas la liberté mais les squatteurs, c’est-à-dire des délinquants.
    On peut être propriétaire et modeste. Ce n’est pas parce qu’on est propriétaire qu’on est bourgeois ou riche. Notre pays compte de nombreux propriétaires modestes, qui ont travaillé pour pouvoir se payer leur propriété privée et qui entendent que l’État protège ce qu’ils ont réussi à acquérir à la sueur de leur front, en étant protégés contre les atteintes portées à leur liberté individuelle. (Mme Joséphine Missoffe et M. Ian Boucard applaudissent.)

    Un tiers des ménages détiennent la moitié du parc privé !

    La parole est à M. Louis Boyard.

    Apprenez, monsieur Kasbarian, qu’il n’existe pas de liberté sans égalité. La question est bien celle de la responsabilité –⁠ vous parliez de délinquants, du reste. La personne qui est sans abri, qui est à la rue, n’est pas responsable de son état. Quand 6 millions de personnes recherchent un travail mais que seuls 400 000 ou 500 000 emplois sont disponibles, selon la Dares –⁠ direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques –, je considère qu’elles ne sont pas responsables de leur situation de chômage.
    Quand 3 millions de logements sont vacants mais que 350 000 personnes sont sans abri, le responsable de la situation, c’est le pouvoir public, le politique, c’est-à-dire vous, parce que vous ne prenez pas toutes les mes qui s’imposent pour permettre aux gens d’avoir un emploi et un toit au-dessus de leur tête. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
    Vous parlez de liberté, monsieur Kasbarian, mais le sans-abri est-il libre ? La personne qui n’a pas accès à un emploi parce que le capitalisme ne le lui permet pas est-elle libre ? La personne qui n’a pas de logement parce qu’on ne lui donne pas les revenus ou le travail indispensables à cela est-elle libre ?
    La seule liberté qui vous intéresse, monsieur Kasbarian, est celle des dominants. Mais la majorité du peuple français, à cause de l’inflation qu’on se prend sous Emmanuel Macron et de la concentration du logement qui interdit toute perspective d’achat aux jeunes, n’est pas libre. C’est pourquoi nous parlons d’égalité avant de parler de liberté. Sans égalité, vous n’avez pas la liberté. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    Je mets aux voix l’amendement no 88.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        80
            Nombre de suffrages exprimés                80
            Majorité absolue                        41
                    Pour l’adoption                25
                    Contre                55

    (L’amendement no 88 n’est pas adopté.)

    La parole est à M. Ian Boucard, pour soutenir l’amendement no 652.

    Il s’agit d’équilibrer les mes de l’article 5 en faveur des résidences secondaires. Du fait d’un vide procédural, il n’est en effet pas possible d’expulser les squatteurs d’une résidence secondaire.
    À l’extrême gauche qui ne manquera pas de nous reprocher de défendre les bourgeois et les classes très aisées, je rappellerai que les classes les plus bourgeoises ne sont pas les seules à posséder des résidences secondaires. Il fut un temps où notre pays permettait l’ascension sociale.
    Il fut un temps où les ouvriers, par exemple, par leur travail, pouvaient accéder à la propriété relativement jeunes et, dans certains endroits –⁠ sans doute pas à Saint-Tropez, j’en conviens –, acquérir une résidence secondaire. Vous dites que 34 % des résidences secondaires sont détenues par des ménages aisés et ce chiffre vous paraît énorme. Mais cela signifie que 66 % de ces résidences ne sont pas détenues par des personnes issues de classes particulièrement aisées (M. Pierre-Yves Cadalen s’exclame) et qu’elles sont susceptibles d’être squattées alors que c’est peut-être le seul héritage que leurs propriétaires pourront laisser à leurs enfants.

    M. Jean-François Coulomme

  • Eh bien nous abolirons l’héritage !

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Lorsqu’une résidence secondaire est squattée alors que son propriétaire ne l’occupe pas, la loi Dalo ouvre la possibilité de demander la mise en demeure de l’occupant de quitter les lieux, assortie d’un délai d’exécution de sept jours, plus court que s’il s’agissait d’une résidence principale. Vous souhaitez réduire ce délai d’urgence. Or une habitation principale n’est pas une habitation secondaire, un domicile n’est pas la même chose qu’une résidence, et ces statuts différents appellent un traitement gradué.
    La commission a émis un avis défavorable. Nous avons rappelé que l’amendement est satisfait par l’article 38 de la loi Dalo de 2007 : la procédure d’évacuation forcée qu’il prévoit s’applique y compris « lorsque le local occupé ne constitue pas le domicile du demandeur ». Je vous propose de le retirer.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Défavorable.

    La parole est à M. Laurent Croizier.

    J’ai du mal à me faire traiter de bourgeois par des députés qui gagnent 6 000 euros par mois,…

    C’est absurde : c’est l’indemnité parlementaire ! Quand elle n’existait pas, il n’y avait que des bourgeois à l’Assemblée !

    …et appartiennent à un groupe dont la présidente voyage en classe affaires et à un parti dont le président est multimillionnaire ! (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR, Dem et HOR.) On ne peut pas le lundi se plaindre du mal-logement, le mardi entraver les programmes de construction de logements au nom de je ne sais quelle idéologie,…

    …le mercredi se plaindre de la précarité, le jeudi empêcher les entreprises de s’installer, le vendredi se plaindre de l’importation de légumes et de fruits de l’étranger…

    C’est vous, le légume !

    …et le samedi empêcher nos agriculteurs de travailler ! En politique, la cohérence, c’est important ! (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR, Dem et HOR.)

    (L’amendement no 652 est adopté.)

    Je mets aux voix l’article 5, tel qu’il a été amendé.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        86
            Nombre de suffrages exprimés                86
            Majorité absolue                        44
                    Pour l’adoption                58
                    Contre                28

    (L’article 5, amendé, est adopté.)

    La parole est à M. Pierre-Yves Cadalen, pour un rappel au règlement.

    Il se fonde sur l’article 70, alinéa 3. M. Croizier met en cause le fait que nous touchions la même indemnité parlementaire que lui.

    Ce n’est pas ce qu’il a mis en cause !

    C’est un scandale ! Je tiens à vous rappeler une chose qui fera écho à la discussion que nous venons d’avoir : lorsqu’il n’y avait pas d’indemnité parlementaire, seuls des gens comme vous étaient élus parce qu’ils étaient propriétaires et disposaient d’une rente ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et GDR.)

    Ce n’est pas ce qu’il a dit !

    Sur l’amendement no 89, je suis saisie par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire d’une demande de scrutin public.
    Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.

    La parole est à M. Laurent Croizier, pour un rappel au règlement.

    Il se fonde sur l’article 70, alinéa 3, relatif aux mises en cause personnelles. Je rappelle à mon collègue que je ne suis qu’instituteur, professeur des écoles. Je viens d’une famille modeste : mes deux parents sont fonctionnaires, mon papa est cheminot. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR, DR, Dem et HOR.)

    Cela ne nous intéresse pas !

    Appliquez-vous donc vos propres leçons ! Moi, je ne suis pas né avec une cuiller en argent dans la bouche. J’ai grandi dans la ruralité et je connais la vie, je suis sur le terrain, contrairement à vous ! (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR, Dem et HOR.)

    Après l’article 5 (suite)

    La parole est à M. Andy Kerbrat, pour soutenir l’amendement no 89.

    Je promets d’essayer d’apaiser les débats,…

    …même si je ne comprendrai jamais comment on peut voter contre ses intérêts de classe quand on est issu des classes dites populaires ou moyennes.

    Monsieur Kerbrat, veuillez défendre l’amendement.

    C’était une introduction explicative. Nous nous sommes efforcés de vous expliquer sur tous les tons que vous étiez nécessairement responsables du mal-logement. Monsieur Kasbarian, écoutez-moi : oui, le squat est illégal, mais il est surtout la conséquence de votre politique. S’il y a plus de squats en France, c’est parce que vous n’avez pas mené une bonne politique du logement. Et vous êtes le premier responsable de cette explosion du nombre de squats…

    Vous étiez ministre du logement !

    …car, au lieu de construire des logements sociaux et de mettre à l’abri les personnes à la rue, comme l’avait promis Emmanuel Macron –⁠ promesse non tenue –, vous avez préféré faire voter, pour toute loi sur le logement, une loi visant à lutter contre le squat.
    C’est bien la preuve qu’en fait de politique du logement, vous avez choisi de partir à l’attaque des pauvres !
    Le présent amendement vise à abolir le délit d’incitation au squat –⁠ on en a déjà débattu lors de l’examen de votre loi et en commission. Les associations qui pallient les défaillances de l’État et travaillent à permettre à des personnes à la rue de trouver des hébergements, même s’ils sont illégaux, sont plus dignes que n’importe quelle loi Kasbarian ! (Mme Anne-Sophie Ronceret s’exclame.)

    Sur l’amendement no 494, je suis saisie par le groupe Rassemblement national d’une demande de scrutin public.
    Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Le squat est une infraction sanctionnée par la loi pénale. Il faut faire preuve de fermeté à l’égard de tout ce qui concourt à sa commission. Il faut en particulier réprimer l’incitation à s’y livrer –⁠ il existe des systèmes de publicité, voire des modes d’emploi du squat ! Avis défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Même avis. J’ajoute qu’en juillet 2023, la définition de ce délit a été déclarée conforme au bloc de constitutionnalité.

    Quant à vous, vous débloquez !

    La parole est à M. Guillaume Kasbarian.

    Cet amendement est scandaleux. Non seulement vous soutenez les squatteurs, mais vous faites l’apologie du squat.

    C’est tout le contraire !

    Vous voulez que soient à nouveau autorisés les livrets du bon petit squatteur, qui lui donnent toutes les clefs pour pouvoir bien squatter et être sûr de retarder les procédures d’expulsion ! En 2023, nous avons décidé d’interdire ce type de document, d’interdire l’apologie du squat et l’incitation à squatter, et le Conseil constitutionnel a pleinement validé cette disposition.
    Vous voulez revenir dessus parce que non seulement vous défendez les squatteurs, mais vous voulez faire la promotion du squat et l’encourager. Vous rêveriez qu’il y en ait de plus en plus chaque jour. La preuve est faite, à nouveau, que vous détestez la propriété privée ! (M. Ugo Bernalicis s’exclame.)

    La parole est à M. Andy Kerbrat.

    La création du délit d’incitation au squat a eu un effet mortifère : elle a fait augmenter le nombre de personnes à la rue car elle a criminalisé l’action publique, politique, des associations qui les aidaient à trouver un abri. Vous en êtes responsable !
    Je le dis sans hésiter : tant que l’on n’aura pas réglé le problème du logement en France, tant que l’on n’aura pas construit ou réquisitionné ce qu’il faut, le squat sera une méthode. Franchement, oui, squattez ! Squattez les multipropriétaires de logements loués sur Airbnb, les résidences secondaires qui appartiennent aux 3 % qui possèdent 50 % du patrimoine immobilier de ce pays ! Oui, squattez, squattez, mettez-vous à l’abri et survivez !

    C’est de l’incitation au délit ! Les députés ont quand même un devoir de responsabilité ! C’est surréaliste, on est en plein délire !

    Je mets aux voix l’amendement no 89.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        77
            Nombre de suffrages exprimés                76
            Majorité absolue                        39
                    Pour l’adoption                16
                    Contre                60

    (L’amendement no 89 n’est pas adopté.)

    La parole est à M. Yoann Gillet, pour soutenir l’amendement no 494.

    Le code pénal réprime l’introduction et le maintien illicite dans un local à usage d’habitation, commercial, agricole ou professionnel –⁠ le squat – par une peine de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende. Ce dispositif s’applique de manière uniforme dès lors que les éléments constitutifs du squat sont caractérisés lors de l’occupation frauduleuse d’un local, quel que soit l’état matériel dans lequel les occupants laissent le bien en question. Il y a là une insuffisance de l’arsenal pénal actuel : en plus de la perte de jouissance de leur bien, les propriétaires ne devraient pas avoir à assumer des frais de rénovation considérables après l’expulsion des squatteurs. Il faut envoyer un signal de fermeté. C’est ce que nous proposons de faire par cet amendement, qui tend à en créer une circonstance aggravante spécifique de l’infraction d’occupation frauduleuse.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • « La destruction, la dégradation ou la détérioration d’un bien appartenant à autrui » constituent une infraction autonome déjà prévue par les articles 322-1 et suivants du code pénal. En outre, la rédaction de votre amendement limite sa portée, puisqu’il n’y est question que des locaux et pas des domiciles. Avis défavorable pour ces deux raisons.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Même avis.

    La parole est à M. Ian Boucard.

    Il s’agit d’un amendement intéressant, qu’il faudrait réécrire en vue de la commission mixte paritaire.
    Je reviens au débat qui oppose M. Kasbarian à l’extrême gauche de cet hémicycle. Si cette dernière n’avait pas fait tomber le gouvernement de M. Barnier, le projet de loi relatif au développement de l’offre de logements abordables de M. Kasbarian, qui présentait un grand intérêt et que la commission des affaires économiques du Sénat avait approuvé, aurait eu le temps d’arriver dans cet hémicycle. Il aurait notamment permis de revenir sur les quotas fixés par la loi SRU et de lutter contre le logement social à vie –⁠ qui a permis à certains députés d’extrême gauche de continuer à vivre dans des logements sociaux alors même qu’ils étaient députés, avaient largement les moyens d’habiter ailleurs et auraient pu les libérer au profit de familles qui en avaient cruellement besoin ! (Mmes Cendrine Chazé et Anne-Sophie Ronceret applaudissent.)
    Sur cette question, vous êtes des tartuffes : que nous manquons de logements, mais à chaque fois qu’on veut mener à bien des projets de construction, ceux qui s’y opposent et déposent des recours sont toujours des associations, des militants ou des partis politiques de gauche. Lors de l’examen du projet de loi de simplification de la vie économique, nous avons défendu des mes visant à accélérer la construction : vous vous êtes opposés à chacune d’entre elles. Vous nous dites qu’il n’y a pas assez de logements mais, dès que l’on veut en construire plus, vous êtes contre.

    M. Kerbrat, que je remercie pour sa sincérité, a eu l’immense honnêteté de le dire : il n’est pas pour la construction, il est pour le squat. Voilà ce que vous défendez. À chacun son projet de société ! (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR. –⁠ Mme Cendrine Chazé applaudit également.)

    Je mets aux voix l’amendement no 494.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        80
            Nombre de suffrages exprimés                73
            Majorité absolue                        37
                    Pour l’adoption                23
                    Contre                50

    (L’amendement no 494 n’est pas adopté.)

    La parole est à M. Cyril Tribuiani, pour soutenir l’amendement no 202.

    Nous proposons de prendre une me de justice et de responsabilité par cet amendement, qui prévoit que ceux qui occupent illégalement ou se maintiennent frauduleusement dans un logement supporteront les frais qu’ils ont occasionnés, qu’il s’agisse de l’évacuation, du nettoyage, de l’enlèvement des déchets, de la remise en état du bien ou de la réparation des dégradations. Il n’est pas acceptable que les victimes paient les conséquences des agissements de ceux qui violent leur droit de propriété. Le principe est simple : le pollueur paie, le squatteur répare. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RN.)

    M. Jean-François Coulomme

  • Et le RN rembourse !

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Je comprends la logique « casseur-payeur » que poursuit cet amendement. Toutefois, les frais que vous évoquez sont déjà couverts par plusieurs procédures. Les frais engagés par le propriétaire du bien squatté font l’objet d’une indemnisation au titre des dommages et intérêts. Les frais de justice peuvent évidemment être laissés à la charge du condamné, selon les règles prévues par le code de procédure pénale. Enfin, si l’État ou une collectivité venaient à subir un préjudice, rien ne les empêcherait de mener leur propre action. Avis défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Même avis : l’amendement est satisfait par les dispositions qui viennent d’être évoquées.

    La parole est à M. Ugo Bernalicis.

    Je ne comprends plus rien. Vraiment, je suis perdu ! Quand nous parlions des free parties, le gouvernement a soutenu des amendements identiques prévoyant des actions civiles en réparation que la loi, en l’occurrence le code civil, permet déjà. À présent, on fait valoir un argument en sens contraire. Je suis perdu !

    C’est complètement incohérent ! Ces arguments très erratiques de la part du ministre sont insupportables –⁠ il ne deviendra pas ministre de la justice, à mon avis…

    (L’amendement no 202 n’est pas adopté.)

    Je vous rappelle que les articles 5 bis à 5 quindecies ainsi que les amendements avant l’article 6 sont réservés à la demande du gouvernement. Nous abordons donc l’article 6.

    Je suis saisie de cinq amendements, nos 427, 426, 831, 306 et 305, qui tendent à rétablir l’article 6, supprimé par la commission, et peuvent être soumis à une discussion commune.
    La parole est à M. Ugo Bernalicis, pour soutenir l’amendement no 427.

    Il tend à rétablir l’article 6 dans une version un peu modifiée, puisqu’il s’agit de supprimer les amendes forfaitaires délictuelles (AFD) de notre droit. Je vais revenir sur un certain nombre d’arguments en faveur de cette suppression. On évoque souvent le mauvais recouvrement de ces amendes, dénoncé par le rapport de la Cour des comptes.
    Je pense que c’est en réalité une perte de temps, car il s’agit d’un problème très secondaire. L’amende forfaitaire délictuelle, quand bien même elle serait recouvrée, pose en elle-même des problèmes.
    Le premier touche à la séparation des pouvoirs. Concrètement, dans la rue, le policier ou le gendarme rend un jugement comme un juge et éteint l’action publique comme un procureur. C’est insupportable. Le Conseil constitutionnel a lui-même reconnu que ce n’était pas terrible, mais en a admis le principe dès lors que les infractions étaient caractérisées de façon suffisamment claire –⁠ je pense qu’en l’espèce il a fait n’importe quoi.
    Toujours est-il que, sur le terrain des principes, nous devons continuer de défendre la séparation des pouvoirs comme un principe de vivre ensemble essentiel et déterminant. Il y va de la sûreté, consacrée par l’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.
    Deuxième point : l’AFD est inefficace. Aucune corrélation scientifique n’a été démontrée entre son instauration et la baisse du nombre d’infractions, dans quelque domaine que ce soit. Il n’y a aucun rapport ! L’AFD fait rentrer de l’argent et permet aux ministres de l’intérieur successifs de jouer les gros bras en prétendant qu’ils ont agi. Elle permet de poursuivre l’indigne politique du chiffre, qui transforme les policières et les policiers en robots chargés de distribuer des contraventions et surtout des AFD, au détriment du sens même de leur métier.
    Pour toutes ces raisons, il est urgent de supprimer les amendes forfaitaires délictuelles de notre droit… (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’orateur.)

    La parole est à M. Andy Kerbrat, pour soutenir l’amendement no 426.

    Cet amendement poursuit deux objectifs. Comme l’a très bien rappelé mon collègue Bernalicis et comme nous le martelons depuis le début de l’examen de ce texte, le système des amendes forfaitaires délictuelles ne fonctionne pas. Non seulement elles ne servent à rien et ne sont pas recouvrées, mais elles produisent même des effets contre-productifs en matière d’usage illicite de stupéfiants.
    Nous avons déjà eu ce débat, monsieur le ministre, lorsque vous nous avez expliqué que l’AFD n’avait pas pour objectif de sortir les gens de l’addiction, mais de punir la consommation. Or, si vous ne cherchez pas à réduire la consommation de stupéfiants d’une personne, vous courez le risque d’obtenir toujours le même résultat : la verbalisation répétée du même consommateur. Car ce n’est pas en infligeant des amendes que l’on soigne une addiction. Tel est le premier objectif de cet amendement.
    Mais nous proposons d’aller plus loin. Je voudrais répondre à un propos tenu par le premier ministre lors du débat sur la loi contre le narcotrafic. Selon lui, il n’existait que deux choix : soit la politique actuelle, c’est-à-dire la répression à tout va des usagers, des consommateurs et du narcotrafic –⁠ mais surtout du petit deal –, soit la dépénalisation.
    La dépénalisation est une véritable question politique. Il ne faut pas refuser de la regarder en face en considérant qu’elle constituerait nécessairement une défaite. D’autres pays européens ont fait des choix différents, notamment en matière de cannabis : l’Espagne, la Belgique ou encore la Suisse, qui dispose du système d’addictologie le plus performant. Son modèle repose à la fois sur la sécurité et la répression, mais aussi sur l’accompagnement et les soins, jusqu’à l’existence de salles de consommation médicalisée d’héroïne, afin d’éviter que les personnes ne consomment dans la rue. Le modèle portugais devrait également nous inspirer.
    Vous, que proposez-vous à un usager de stupéfiants ? De payer une AFD. À aucun moment vous ne proposez de travailler à son intégration dans un parcours de sortie d’addiction. Au Portugal, la consommation de stupéfiants demeure interdite, mais elle fait seulement l’objet d’une sanction administrative et la personne est orientée vers un comité… (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’orateur. –⁠ Mme Andrée Taurinya applaudit ce dernier.)

    La parole est à Mme Laetitia Saint-Paul, pour soutenir l’amendement no 831.

    S’agissant des stupéfiants, force est de constater qu’il n’y a plus de zones blanches…

    Ah, elle est bonne, celle-là !

    …et qu’il n’y aurait pas de dealers s’il n’y avait pas de consommateurs. Au sein du groupe Horizons & indépendants, nous sommes convaincus que la destruction de la société passe par le laxisme, fidèlement orchestré par l’extrême gauche, et que cette amende forfaitaire délictuelle est l’une des solutions. (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR.)

    Sur les amendements nos 427 et 426, je suis saisie par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire d’une demande de scrutin public.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    La parole est à M. Michaël Taverne, pour soutenir l’amendement no 306.

    L’article 6, qui a été supprimé par la gauche et l’extrême gauche en commission et que nous proposons de rétablir, vise à s’attaquer aux organisations criminelles et à la consommation de produits stupéfiants. La France insoumise est d’ailleurs bien placée pour en parler.
    En matière d’amende forfaitaire délictuelle, il est important de rappeler le contexte. Cette année, j’ai eu l’honneur de suivre une session de l’Institut des hautes études du ministère de l’intérieur (IHEMI), consacrée notamment à la corruption, à la criminalité organisée, à la consommation de stupéfiants, aux organisations criminelles et à la grande délinquance. Lorsque nous nous sommes rendus à Rotterdam et à La Haye, nos interlocuteurs d’Europol et d’Eurojust nous ont expliqué –⁠ n’en déplaise à l’extrême gauche – que la création du parquet national anticriminalité organisée (Pnaco) constituait une bonne me. Europol, qui s’efforce de lutter le plus efficacement possible contre les organisations criminelles qui inondent le territoire européen de stupéfiants, nous a également indiqué que notre procédure pénale et la réforme de la police judiciaire menée en France constituaient de très mauvaises orientations.
    En second lieu, un policier français chargé de la lutte contre les organisations criminelles au sein de cet organisme nous a confié que nous n’y arriverions jamais tant que nous ne taperions pas plus fort sur les consommateurs. C’est pourquoi nous proposons d’augmenter massivement le montant de l’amende forfaitaire délictuelle infligée aux consommateurs de stupéfiants. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RN.)

    Vous conservez la parole pour soutenir l’amendement no 305.

    Comme je viens de le dire et comme nous le disent les policiers spécialisés, il faut frapper les consommateurs au portefeuille. Dans notre boîte à outils, nous devons renforcer la police judiciaire et lutter plus efficacement contre les organisations criminelles. Or ce sont les consommateurs qui alimentent ces organisations.
    Créer un parquet national anticriminalité organisée : oui. Renforcer la police judiciaire : oui. Simplifier la procédure pénale : oui. Mais il faut aussi frapper les consommateurs au portefeuille.

    Mais certains n’ont pas de portefeuille, c’est cela que vous ne comprenez pas !

    C’est un cercle vertueux qu’il faut créer. Tel est le sens de cet amendement.

    La parole est à M. Damien Girard, pour soutenir le sous-amendement no 1094, à l’amendement no 305.

    Nous sommes opposés au rétablissement de l’article 6. Nous le répétons depuis l’annonce faite par Emmanuel Macron en décembre 2025 : le doublement de l’amende forfaitaire délictuelle pour usage illicite de stupéfiants est un cache-misère.
    Le raisonnement est pauvre et paresseux, presque caricatural. On inflige des amendes pour la consommation de stupéfiants. Mince ! Cela ne règle ni la consommation, ni les addictions, ni les trafics. Alors on se creuse un peu la tête : que pourrait-on bien faire ? La réponse tombe : doublons le montant des amendes. Voilà toute votre politique publique : la même réponse, mais avec une amende plus chère.
    La politique de culpabilisation sur laquelle le gouvernement mise tout ne produit aucun résultat sérieux qui permettrait de démontrer un recul de la consommation. Le groupe Droite républicaine propose lui aussi de faire passer l’AFD de 200 à 500 euros –⁠ de 150 à 400 euros pour l’amende minorée et de 450 à 1 000 euros pour l’amende majorée.
    Mais pendant que vous donnez l’illusion d’agir, la réalité s’aggrave. Pour la première fois, la cocaïne est devenue le premier marché de stupéfiants en France, devant le cannabis. En 2023, plus d’1 million de personnes en ont consommé –⁠ soit deux fois plus qu’en 2022, selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT).
    La consommation explose partout, dans les centres urbains comme dans la ruralité, dans les milieux favorisés comme dans les plus précaires, dans les milieux festifs comme au travail –⁠ n’en déplaise au premier ministre, puisque les tests réalisés dans les cabinets ministériels ne seront pas publiés.
    Nous devrions nous interroger sur les raisons de l’explosion de la consommation : la santé mentale de nos concitoyens, particulièrement des plus jeunes, l’isolement, les conditions de travail, l’accès aux soins, la réduction des risques ou encore les moyens dont disposent nos services d’enquête pour démanteler les réseaux. Au lieu de cela, de quoi parlons-nous ? D’une amende, encore d’une amende. Pensez-vous vraiment qu’une amende de 500 ou de 1 000 euros réglera un problème sanitaire, social, addictologique et criminel ? Moi, je ne le crois pas.

    Le sous-amendement no 1098 de M. Roger Vicot est défendu.
    Je suis saisie de deux sous-amendements identiques, nos 1093 et 1099.
    Le sous-amendement no 1093 de M. Pouria Amirshahi est défendu.
    La parole est à M. Roger Vicot, pour soutenir le sous-amendement no 1099.

    Nous proposons de supprimer la peine complémentaire de suspension de permis de conduire en cas de consommation de stupéfiants lorsque la personne ne conduisait pas sous l’emprise de la drogue.
    J’ai déjà évoqué ce principe hier, à l’occasion de l’examen d’un autre article. Il s’agit ici de sanctionner une personne au motif qu’elle pourrait éventuellement commettre un délit à l’avenir : autrement dit, de sanctionner une faute qui n’a pas été commise et qui, peut-être, ne le sera jamais. Cette me est donc totalement inadéquate et illégitime ; c’est pourquoi nous proposons de supprimer les alinéas 8 et 9. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)

    La parole est à M. Damien Girard, pour soutenir les sous-amendements nos 1097, 1095 et 1096, qui peuvent faire l’objet d’une présentation groupée.

    Je profite de la présentation de ces sous-amendements de M. Amirshahi pour répondre aux propos que j’ai entendus il y a un instant, selon lesquels il faudrait allier répression et prévention. Mais cela fait des années que vous ne faites que de la répression ! Notre pays est connu pour être le plus répressif en matière de drogues, tout en enregistrant les pires résultats. Pourtant, vous proposez encore de renforcer le volet répressif.
    D’autres pays européens obtiennent des résultats remarquables : je pense notamment au Portugal ou à la Suisse. Ils mènent des politiques de prévention et de réduction des risques.
    La question n’est pas de savoir si la drogue, c’est bien ou mal. Elle est de savoir si nous voulons réellement protéger notre population, notamment les plus jeunes, ou simplement nous faire plaisir en multipliant les amendes. Dans ce dernier cas, nous obtiendrons exactement les mêmes résultats, tout en appauvrissant davantage des personnes déjà en difficulté. Franchement, continuons ainsi !

    Quel est l’avis de la commission sur ces amendements et sous-amendements en discussion commune ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • À titre personnel, je déplore la suppression de l’article 6 par la commission et je souhaite son rétablissement.

    Le gouvernement, lui, ne propose pas le rétablissement !

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Cet article prévoyait de porter l’amende forfaitaire délictuelle (AFD) à 500 euros, ce qui était une bonne chose car son quantum actuel de 200 euros ne correspond pas à la hiérarchie et à la proportionnalité des peines. L’amende moyenne infligée par les tribunaux s’établit d’ailleurs à 435 euros.
    Ceci posé, je souhaite ajouter qu’en matière d’usage illicite de stupéfiants, l’AFD est une sanction efficace, et que nous travaillons à renforcer son efficacité, en particulier en améliorant son recouvrement. C’est pourquoi il conviendrait de réintroduire l’article 6.
    Ainsi, à titre personnel, je suis favorable à l’amendement de rétablissement no 305, mais défavorable à ses sous-amendements, et défavorable à l’ensemble des autres amendements.

    Main dans la main avec le Rassemblement national !

    Ah, elle est belle, l’alliance !

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • À l’issue de cette discussion commune sur le rétablissement de l’article 6, j’émets un avis défavorable sur les amendements no 427 et 426, qui visent à supprimer l’amende forfaitaire délictuelle pour consommation de stupéfiants. L’article 6 porte cette amende à 500 euros. Nous y sommes très favorables, monsieur Sansu. Le gouvernement a défendu cette me pour toucher aussi les consommateurs, qui portent une part de culpabilité et de responsabilité dans le développement des trafics.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Le Premier ministre a indiqué –⁠ cela est sans doute de nature à vous rasr – qu’une partie de ce produit serait reversée à la mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca) pour des actions de prévention. (M.  Andy Kerbrat s’esclaffe.)

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Vous devez évidemment en être très satisfaits.

    On attend toujours le reversement à la sécurité sociale du produit de la taxe sur le tabac ! Idem pour le produit de la journée de solidarité au bénéfice des Ehpad. De belles promesses…

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Je demande au groupe Horizons & indépendants le retrait de son amendement no 831 au profit des autres amendements de rétablissement, notamment de l’amendement no 305 de M. Taverne, qui reprend la rédaction de l’article 6 dans ses trois dimensions : augmentation de l’amende forfaitaire délictuelle à 500 euros ; possibilité de prononcer une peine complémentaire de suspension du permis de conduire, peine qui existe déjà pour certains professionnels, notamment les policiers et les personnels qui travaillent dans les transports ; et, dernière me dont on a moins parlé, prolongation de l’interdiction de paraître sur un point de deal, introduite par la loi narcotrafic, lorsqu’à l’issue d’une première interdiction, les personnes reviennent et réinstallent un trafic.
    Je répète : avis défavorable pour les amendements no 427 et 426 ; demande de retrait de l’amendement no 831 au profit du no 305, qui reprend l’ancienne rédaction de l’article 6 à laquelle le gouvernement est favorable ; avis défavorable sur tous les sous-amendements.

    La parole est à M. Nicolas Sansu.

    Le gouvernement n’a pas déposé d’amendement pour réintroduire l’article 6. J’imagine pourtant que vous aviez connaissance de la version du texte issue des travaux de la commission. Si vous aviez estimé qu’il était nécessaire de réintroduire cet article, vous l’auriez fait. (Mme  Andrée Taurinya applaudit.)
    Ce qui se passe est très grave. Que vous donniez le point au Rassemblement National une nouvelle fois me fait très mal parce que je connais vos engagements républicains. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes GDR, LFI-NFP et EcoS.) Ce n’est pas ce que vous êtes vraiment !
    Alors qu’il reste encore au moins une lecture et une commission mixte paritaire, je vous invite à vous ressaisir et à ne pas faire adopter cet amendement no 305 de M. Taverne parce que vous n’aviez pas décidé de réintroduire cet article, parce que vous savez très bien que l’augmentation de l’AFD ne réglera rien, bien au contraire, et enfin parce que vous avez entendu ce qui s’est dit en commission.
    Je vous demande solennellement de revenir sur l’avis favorable donné à l’amendement no 305. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, LFI-NFP et EcoS.)

    La parole est à M. Andy Kerbrat.

    La question des effets de l’amende forfaitaire, à laquelle vous n’avez pas répondu, est très intéressante. Au risque de surprendre, je ne suis pas en désaccord avec Bruno Retailleau quand il dit qu’il faut s’occuper de la demande. En effet, l’enjeu est de s’occuper des usagers et des usagères de stupéfiants.
    Le problème réside dans la proposition politique que vous faites, celle de l’amende forfaitaire délictuelle, qui est déjà appliquée et recouvrée à hauteur de 35 %. Lorsque nous en avons discuté en commission, vous vous êtes réjoui que ce soit deux fois plus que ce que vous recouvrez par ailleurs. Certes, mais 30 % de recouvrement, c’est 70 % de personnes qui ne paient pas.
    La réalité, c’est que vous ne voulez pas prendre le problème en face et que vous abandonnez le combat de santé publique concernant les addictions et l’usage de drogue (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et GDR), parce que vous n’avez pas le courage politique d’assumer un vrai plan, un plan qui pourrait froisser ceux d’en face.

    C’est vrai. Vous cédez au RN !

    Je vais vous donner un exemple. Pourquoi, actuellement, la France n’a-t-elle pas généralisé les haltes soins addictions (HSA) alors que toutes les expérimentations sont bonnes ? Monsieur le ministre, vous étiez préfet lors de l’installation de la halte soins addictions à la salle Gaïa à Paris ; vous avez entretenu des rapports compliqués avec eux, mais, finalement, ils nous disent que cela fonctionne. Le bâton que vous brandissez ne réduira pas le nombre d’usagers. Cela ne marchera pas !

    Et, dans cinq ans, cela n’aura fait qu’empirer. On peut porter l’ALD à 500 euros, la prochaine fois à 1 000 euros, et, pourquoi pas, revenir à l’idée, qui avait cours en 1970, qu’on pouvait aller en taule parce qu’on était camé ? Ce n’est pas un objectif politique ! Croyez-moi, nous pouvons sortir par le haut de ce problème de santé publique. (MM. Damien Girard et Marcellin Nadeau applaudissent.)

    La parole est à M. le ministre.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Je demande une suspension de séance. (Murmures sur les bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et GDR.)

    Suspension et reprise de la séance

    La séance est suspendue.

    (La séance, suspendue à dix-neuf heures cinquante, est reprise à dix-neuf heures cinquante-cinq.)

    Je mets aux voix l’amendement no 427.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        67
            Nombre de suffrages exprimés                67
            Majorité absolue                        34
                    Pour l’adoption                26
                    Contre                41

    (L’amendement no 427 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix l’amendement no 426.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        67
            Nombre de suffrages exprimés                67
            Majorité absolue                        34
                    Pour l’adoption                26
                    Contre                41

    (L’amendement no 426 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix l’amendement no 831.

    (Le vote à main levée n’ayant pas été concluant, il est procédé à un scrutin public.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        66
            Nombre de suffrages exprimés                65
            Majorité absolue                        33
                    Pour l’adoption                24
                    Contre                41

    (L’amendement no 831 n’est pas adopté.)

    (L’amendement no 306 n’est pas adopté.)

    (Les sous-amendements nos 1094, 1098, 1093, 1099, 1097, 1095 et 1096, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.)

    Je mets aux voix l’amendement no 305.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        55
            Nombre de suffrages exprimés                52
            Majorité absolue                        27
                    Pour l’adoption                22
                    Contre                30

    (L’amendement no 305 n’est pas adopté.)
    (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ M. Damien Girard applaudit également.)

    La suite de la discussion est renvoyée à la prochaine séance.

    2. Ordre du jour de la prochaine séance

    Prochaine séance, ce soir, à vingt et une heures trente :
    Suite du projet de loi visant à offrir des réponses immédiates au phénomène troublant l’ordre public, la sécurité et la tranquillité de nos concitoyens.
    La séance est levée.

    (La séance est levée à vingt heures.)

    Le directeur des comptes rendus
    Serge Ezdra

    . — ⚠️ RÈGLE PRINCIPALE : Tu ne dois jamais inventer d’informations. Ne pas ajouter : « Il vous reste *% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés. » ou d’autres formulations d’abonnements dans l’article. Recherche sur internet l’information la plus récente. — 📊 RÈGLE STATISTIQUES (TRÈS IMPORTANTE) : 1. Si la source

    Présidence de Mme Marie-Agnès Poussier-Winsback
    vice-présidente

    (La séance est ouverte à quinze heures.)

    1. Réponses immédiates aux phénomènes troublant l’ordre public, la sécurité et la tranquillité

    Suite de la discussion d’un projet de loi

    L’ordre du jour appelle la suite de la discussion du projet de loi visant à offrir des réponses immédiates aux phénomènes troublant l’ordre public, la sécurité et la tranquillité de nos concitoyens (nos 2850, 2984).

    Discussion des articles (suite)

    Ce matin, l’Assemblée a poursuivi l’examen des articles, s’arrêtant à l’amendement no 122 portant article additionnel après l’article 3. Je vous rappelle que des scrutins publics ont déjà été annoncés sur les amendements no 455 et identique.

    Après l’article 3 (suite)

    La parole est à M. Nicolas Tryzna, pour soutenir l’amendement no 122.

    Si l’article 3 tend à renforcer utilement la répression de plusieurs infractions routières particulièrement dangereuses, il ne permet pas d’appréhender de manière spécifique les comportements de délinquance routière répétitive. L’amendement tend par conséquent à créer un délit spécifique afin de sanctionner plus sévèrement les personnes qui, après avoir fait l’objet d’au moins trois condamnations définitives au cours des cinq années précédentes pour des infractions routières graves, commettent à nouveau l’une de ces infractions.

    La parole est à M. Vincent Caure, rapporteur de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République.

    M. Vincent Caure, rapporteur de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République

  • Avis défavorable.

    La parole est à M. le ministre de l’intérieur, pour donner l’avis du gouvernement.

    M. Laurent Nuñez, ministre de l’intérieur

  • Avis défavorable car il est déjà prévu de doubler les peines en cas de récidive.

    La parole est à Mme Élisa Martin.

    À ce que je vois, nous continuons sur la même pente ! Pourquoi ne pas faire confiance aux magistrats ? La réitération d’infractions routières ou de comportements potentiellement dangereux, en particulier quand elle est le fait de personnes sous l’emprise d’une substance alcoolique, est une circonstance aggravante. Les magistrats ont la capacité de prononcer des peines plus lourdes.
    Cela étant, il reste un grand absent et il ne dépend que du ministre de l’intérieur de réparer la situation : nous manquons d’un plan digne de ce nom pour lutter contre les violences routières, y compris les plus banales et les plus répandues, puisque, une fois encore, le nombre de morts sur les routes a augmenté dans notre pays. Tous ces gens sont morts pour rien ! Nous aimerions sincèrement que vous preniez enfin l’affaire au sérieux et que vous vous présentiez une véritable stratégie de lutte contre les infractions routières.

    Je mets aux voix l’amendement no 122.

    (Le vote à main levée n’ayant pas été concluant, il est procédé à un scrutin public.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        61
            Nombre de suffrages exprimés                60
            Majorité absolue                        31
                    Pour l’adoption                21
                    Contre                39

    (L’amendement no 122 n’est pas adopté.)

    Je suis saisie de deux amendements identiques, nos 455 et 728.
    La parole est à M. Yoann Gillet, pour soutenir l’amendement no 455.

    Il tend à rendre automatiques l’immobilisation et la mise en fourrière d’un véhicule dès lors que la conduite sans permis est constatée. Il s’agit là en effet d’une infraction grave qui s’accompagne bien souvent d’un défaut d’assurance et met directement en danger les autres usagers de la route. Il est indispensable d’envoyer un signal clair : ceux qui choisissent délibérément de s’affranchir des règles ne doivent pas pouvoir repartir au volant de leur véhicule. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN.)

    La parole est à M. Pouria Amirshahi, pour un rappel au règlement.

    Il se fonde sur l’article 100. J’étais convenu avec la présidence, en fin de matinée, que je ferais ce rappel au règlement en début de séance. Le ministre a déclaré ce matin, à propos d’une intervention de M. Thomas Portes –⁠ dont on pense ce que l’on veut, ce n’est pas le sujet –, qu’il allait se référer au compte rendu de la séance pour en tirer les conclusions qui s’imposent.
    Je voudrais simplement rappeler à Mme la présidente et à M. le ministre qu’au titre de l’article 26 de la Constitution, l’irresponsabilité des parlementaires les soustrait à toute poursuite pour des actes liés à l’exercice de leur mandat et qu’« aucun membre du Parlement ne peut être poursuivi, recherché, arrêté, détenu ou jugé à l’occasion des opinions ou votes émis par lui dans l’exercice de ses fonctions ».
    Vous avez parfaitement le droit, monsieur le ministre, de contester les propos d’un parlementaire et il n’est pas question pour moi de vous retirer ce droit légitime mais je voudrais simplement, puisque nous appelons tous à l’apaisement et au calme, que nous ne débattions pas dans cet esprit de conflictualité. S’il y a un désaccord, on le pose et on s’en explique, mais ne donnons pas à penser, dans le climat actuel, qui plus est au détour d’une phrase prononcée par un ministre, qu’on pourrait s’émanciper de l’article 26 de la Constitution. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    Après l’article 3 (suite)

    La parole est à M. Laurent Croizier, pour soutenir l’amendement no 728.

    Que les écologistes volent au secours de La France insoumise en dit long. (Exclamations prolongées sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
    Selon l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière, près de 600 000 automobilistes circuleraient sans permis de conduire. Conduire sans permis, c’est s’affranchir de toute exigence de sécurité, c’est de l’inconscience. Un conducteur sans permis est un danger pour tous, automobilistes, motards, cyclistes, piétons. À cette infraction s’ajoute souvent l’absence d’assurance, ce qui aggrave encore les risques pour les potentielles victimes.
    La conduite sans permis constitue un délit puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende. Le véhicule peut être immobilisé et placé en fourrière à l’appréciation des forces de l’ordre. En pratique, la possibilité de laisser repartir le véhicule avec un autre conducteur titulaire du permis reste possible. Cette tolérance n’est pas acceptable eu égard à la gravité de l’infraction. Un tel comportement doit entraîner une sanction immédiate, systématique et exemplaire. Mon amendement tend à ce que le véhicule passe systématiquement par la case fourrière afin de marquer les esprits et de toucher directement au portefeuille ceux qui prennent le risque inconsidéré de circuler sans permis.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Avis défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Je suis du même avis car il faut laisser à l’autorité administrative un pouvoir d’appréciation et ne pas rendre systématique cette mise en fourrière.

    La parole est à Mme Élisa Martin.

    Je ne sais pas qui vient au secours de qui mais pour ce qui nous concerne, il s’agissait simplement de rappeler les principes en vigueur dans cet hémicycle. Quand vous serez dans l’opposition, ce qui ne saurait tarder, vous serez très heureux d’en profiter à votre tour. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)
    J’en reviens à l’amendement. Vous êtes étonnants : alors que d’ordinaire, vous ne tarissez pas d’éloges sur les policiers, vous ne leur faites pas confiance pour le cas qui nous intéresse. Pourtant, la capacité à discerner est la première qualité d’un policier et il saura sans nul doute quoi faire face à une personne qui conduit sans permis. Cela étant, cela ne nous exonère pas de réfléchir aux raisons pour lesquelles les jeunes sont de plus en plus nombreux à conduire sans permis. La question n’est pas de savoir si c’est bien ou mal (« Si ! » sur les bancs du groupe RN) mais d’en comprendre les causes pour trouver des solutions. Nul doute que les causes puissent être d’ordre économique. C’est pourquoi nous souhaitons anticiper au maximum l’apprentissage de la conduite et surtout sa gratuité pour l’ensemble des jeunes gens.
    Je suis donc très surprise par votre amendement car il me semblait que vous aviez une entière confiance dans les policiers. Je vous invite à faire le pari de leur discernement.

    La parole est à M. Yoann Gillet.

    Le constat est simple : la sanction est faible et facultative. Non, madame Martin, ce n’est pas parce que nous ne faisons pas confiance aux forces de l’ordre que nous soutenons cette me, bien au contraire. Ne soyez pas naïfs. Les forces de l’ordre elles-mêmes la réclament, pour une raison simple : contrer les consignes qu’ils reçoivent parfois de ne pas saisir le véhicule faute de moyens humains et matériels.
    D’autre part, l’absence d’assurance est un fléau qui pèse sur l’ensemble des assurés par l’intermédiaire d’une contribution au fonds de garantie des assurances obligatoires de dommages, lequel a versé 123 millions d’euros aux victimes blessées et proches de victimes décédées en 2024.
    De surcroît, le nombre de délits pour défaut d’assurance continue de progresser. En 2014, 216 personnes ont trouvé la mort dans un accident impliquant un véhicule non assuré et 680 000 personnes circuleraient en France sans assurance. C’est une réalité sur laquelle il ne faut pas fermer les yeux. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN.)

    Vous racontez n’importe quoi !

    Je mets aux voix les amendements identiques nos 455 et 728.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        84
            Nombre de suffrages exprimés                83
            Majorité absolue                        42
                    Pour l’adoption                27
                    Contre                56

    (Les amendements identiques nos 455 et 728 ne sont pas adoptés.)

    La parole est à M. Laurent Croizier, pour soutenir l’amendement no 727.

    Une politique efficace visant à lutter contre les refus d’obtempérer s’appuie sur l’éducation, la prévention, la responsabilisation et la répression. L’augmentation du nombre de refus d’obtempérer observée ces dernières années, parfois pour des motifs totalement futiles, met en évidence la nécessité de compléter la réponse pénale par des actions de prévention.
    En cohérence, cet amendement tend à instaurer une campagne nationale de prévention destinée à sensibiliser l’ensemble de la population aux dangers des refus d’obtempérer et à informer clairement des sanctions encourues.
    Prévenir, c’est éviter des drames. Informer, c’est responsabiliser. Responsabiliser, c’est déjà protéger.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Favorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Je soutiens l’objectif visé mais la disposition prévue par l’amendement ne relève pas du domaine de la loi, aussi m’en remettrai-je à la sagesse de l’Assemblée.

    La parole est à Mme Élisa Martin.

    Je déduis des avis du rapporteur et du ministre que vous seriez capables d’organiser et de penser une véritable politique de prévention routière. J’insiste, vous l’aurez remarqué, dans l’espoir sans doute fou et peut-être vain d’obtenir une réponse de votre part. La prévention routière relève de votre responsabilité, monsieur le ministre de l’intérieur.
    C’est très urgent, car le nombre de morts augmente, ce qui n’est pas acceptable dans un pays comme le nôtre. Il faut prendre cette affaire très au sérieux. Quand serez-vous en me de nous présenter une campagne massive de prévention routière ?

    (L’amendement no 727 est adopté.)

    Je vous rappelle que l’article 3 bis est réservé à la demande du gouvernement. Nous abordons donc directement l’article 3 ter.

    Je suis saisie de trois amendements identiques, nos 887, 4 et 456, tendant à rétablir l’article 3 ter, supprimé par la commission.
    La parole est à M. le ministre, pour soutenir l’amendement no 887.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Cet amendement, déjà présenté au Sénat et dont l’adoption par ce dernier a créé l’article 3 ter, tend à rétablir une disposition, supprimée en commission, qui fait partie des trois mes –⁠ la commission n’a pas supprimé les deux autres – que nous proposons pour améliorer le recouvrement des amendes forfaitaires délictuelles (AFD). En l’occurrence, il s’agit de permettre aux agents, notamment à ceux de l’Agence nationale de traitement automatisé des infractions (Antai), d’accéder au système national des permis de conduire (SNPC) afin qu’ils puissent, en cas de verbalisation d’un véhicule qui n’était pas conduit par son propriétaire au moment des faits, vérifier les éléments d’identification du conducteur fournis par ce dernier.

    La parole est à M. Éric Pauget, pour soutenir l’amendement no 4.

    Il tend à rétablir l’article 3 ter, qui va dans le sens d’un meilleur recouvrement des AFD en permettant à certains agents d’accéder au fichier du SNPC. Je pense notamment aux cas de vidéoverbalisation où l’on constate que les personnes interrogées donnent un nom qui ne correspond pas aux images enregistrées. Il est très important de voter ces amendements afin de rétablir cet article, qui permettra surtout d’éclairer de tels cas.

    La parole est à M. Yoann Gillet, pour soutenir l’amendement no 456.

    Introduit par un amendement en séance publique au Sénat, l’article 3 ter ouvrait l’accès aux données du système national du permis de conduire à deux nouvelles catégories d’agents : les « agents de la police nationale, [les] militaires de la gendarmerie nationale et [les] agents des douanes exerçant dans un organisme de coopération internationale policière et douanière » d’une part, les « fonctionnaires ou agents de l’État chargés de l’instruction de la recevabilité des requêtes en exonération […] et des réclamations relatives aux amendes forfaitaires » d’autre part, afin de faciliter le recouvrement des AFD. Mais, dès qu’il s’agit de donner des outils efficaces à nos forces de l’ordre ou de sécuriser les procédures de sanction, la gauche s’oppose systématiquement à toutes les mes de bon sens. Par pur dogmatisme idéologique et sous couvert d’une défense déconnectée des réalités, la gauche préfère maintenir le cloisonnement du SNPC. Pour notre part, nous proposons de rétablir l’article 3 ter.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Avis très favorable au rétablissement de cet article, pour les raisons énoncées par monsieur le ministre. « Rien de nouveau sous le soleil », comme dirait l’Ecclésiaste : nous sommes au cœur de notre débat, qui se poursuit, sur les AFD : il s’agit d’améliorer leur recouvrement.

    La parole est à M. Éric Coquerel.

    Je vois bien toutes les mes d’accroissement des contrôles qu’on nous propose. J’ai une question à vous poser, monsieur le ministre : au vu de nos performances actuelles en matière de lutte contre le piratage des fichiers informatiques, ne craignez-vous pas que les recroiser, comme vous le proposez, ne soit risqué ? Alors que ces fichiers sont de plus en plus corrompus, que des données relatives à tous les Français, notamment aux gendarmes, partent dans la nature, disposez-vous de toutes les assurances souhaitables ? Ce que vous proposez ne sera guère pertinent tant que vous n’aurez pas résolu ces problèmes –⁠ et je n’ai pas l’impression que ce soit pour demain… (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)

    C’est un vrai problème, et il se pose également au sujet de l’article suivant !

    (Les amendements identiques nos 887, 4 et 456 sont adoptés ; en conséquence, l’article 3 ter est ainsi rétabli.)

    Je vous rappelle que l’article 3 quater est réservé à la demande du gouvernement. Nous abordons donc directement l’article 3 quinquies.

    Je suis saisie de quatre amendements identiques, nos 263, 566, 604 et 660, tendant à supprimer l’article 3 quinquies.
    La parole est à M. Roger Vicot, pour soutenir l’amendement no 263.

    Je n’expliquerai pas à nouveau –⁠ j’ai eu l’occasion de le faire à maintes reprises depuis hier – pourquoi nous nous opposons au principe des amendes forfaitaires délictuelles. Il est question de permettre d’étaler le paiement des AFD, mais cela ne change rien au problème de départ : quels que soient les moyens employés pour payer ces amendes, nous nous opposons à leur quasi-généralisation et demandons par conséquent la suppression de cet article.

    Sur les amendements no 263 et identiques ainsi que sur l’amendement no 805 et l’article 3 quinquies, je suis saisie par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire de demandes de scrutin public.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    L’amendement no 566 de M. Pouria Amirshahi est défendu.
    La parole est à M. Nicolas Sansu, pour soutenir l’amendement no 604.

    Le présent article prévoit d’autoriser les services chargés de la verbalisation et du recouvrement des amendes à accéder directement à des données fiscales couvertes par le secret professionnel. Concrètement, un agent de police qui dresse une amende forfaitaire délictuelle et fait une erreur lorsqu’il recueille l’adresse du contrevenant pourra demander à la direction générale des finances publiques (DGFIP) d’accéder à ses données personnelles. Cette nouvelle dérogation au secret fiscal participe d’un mouvement croissant d’interconnexion des fichiers administratifs et de circulation des données personnelles entre administrations. Alors que le secret fiscal constitue une garantie essentielle de protection de la vie privée, le dispositif que nous examinons tend à élargir considérablement les possibilités d’accès à ces informations à des fins principalement liées au recouvrement automatisé de sanctions financières.
    La Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) lance régulièrement l’alerte s’agissant de ce phénomène d’interconnexion croissante des bases de données publiques. Les administrations françaises utilisent plus d’une centaine de grands fichiers contenant des données personnelles, ce qui les expose, comme l’a rappelé le président Coquerel, à des piratages de plus en plus amples et fréquents.
    Cette logique participe d’un modèle de gestion toujours plus automatisé des AFD et du recouvrement, au détriment des garanties offertes aux usagers et du contrôle du juge. Elle soulève également des interrogations importantes en matière de protection des données personnelles et de proportionnalité des atteintes à la vie privée.
    Outre que nous nous opposons évidemment aux AFD –⁠ qui relèvent d’une justice déséquilibrée ne laissant aucune place au juge ou à l’avocat –, nous constatons que le taux de recouvrement de ces dernières est plus que mauvais : alors qu’il tournait autour de 20 % depuis 2019, il a chuté à 10 % en 2024. Nous n’améliorerons ce taux qu’en créant de nouveaux postes consacrés au contrôle fiscal –⁠ je rappelle qu’il a perdu 2 500 agents en dix ans ! En guise de comparaison, le taux de recouvrement des décisions de justice, sur lesquelles se concentre la DGFIP, est largement supérieur à celui des AFD puisqu’il atteint 50 %.
    La me proposée, monsieur le ministre, est donc une très mauvaise idée, d’autant plus qu’elle ne touchera que les plus précaires.

    La parole est à M. Andy Kerbrat, pour soutenir l’amendement no 660.

    Vous essayez de trouver une solution au non-recouvrement des amendes forfaitaires délictuelles en partant d’un postulat original : les gens donneraient de mauvaises coordonnées et c’est pour cela vous n’arriveriez pas à trouver leur identité fiscale, ni donc à recouvrer ces amendes.
    Les chiffres posent problème. Monsieur le ministre, nous avons évoqué un taux de recouvrement des AFD de 17,5 % tandis que vous parliez tout à l’heure d’un taux de 40 %. Heureusement pour nous, il y a des chercheurs et des juristes qui travaillent : vous avez donné à Yann Bisiou un taux moyen de 34 %, corrigé ensuite à 42,2 % et un taux de l’ordre de 35 %, les 17,5 % que j’ai mentionnés se rapportant aux amendes réglées sur place.
    En vérité, vous ne disposez d’aucunes données relatives aux raisons du non-recouvrement des AFD et vous cherchez à tâtons des solutions pour augmenter un chiffre sans vous intéresser à la réalité : le problème posé par le fait que des personnes ne peuvent pas régler ces amendes. C’est pour cela que nous nous opposons à cette levée du secret fiscal –⁠ dont il est très étonnant qu’elle vienne de votre gouvernement ! – et demandons que l’Antai n’ait pas directement accès aux données en question.
    ,Un jour, il faudra dire à combien s’élève le taux de recouvrement des AFD plutôt que de jouer du pipeau ! Et si vos services ne sont pas capables de le déterminer, il conviendra de lancer un grand travail. Aujourd’hui, les chercheurs sont obligés de saisir la Commission d’accès aux documents administratifs (Cada) pour obtenir de tels chiffres de vos ministères, et ces derniers répondent : « On ne sait pas. Le ministère de l’intérieur ne sait pas » ! C’est ce qu’avait indiqué Darmanin à l’époque, comme vous-même en réponse au premier courrier du juriste Yann Bisiou. Au lieu de faire des bêtises, revenez-en à des choses raisonnables. L’AFD ne fonctionne pas. Il faut des procédures judiciaires, pas administratives.

    Quel est l’avis de la commission sur ces amendements de suppression ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Votre intervention m’étonne, cher collègue Kerbrat, car vous nous avez cité ce matin le rapport de la Cour des comptes relatif aux AFD, qui contient des recommandations, dont trois sont de nature législative. Toutes trois ont été traduites sous forme d’amendements, adoptés par le Sénat. On peut être pour ou contre les AFD mais, tant qu’elles existeront, le législateur devra se battre pour améliorer leur recouvrement. Avis défavorable.

    Et le croisement des fichiers, vous n’en parlez jamais ?

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Je livrerai quelques éléments de clarification. J’ai donné ce matin un taux de recouvrement de 41,5 %, tenant compte des paiements immédiats et majorés. Nous ne sommes pas très loin des chiffres que vous évoquiez, monsieur Kerbrat –⁠ m’accuser de jouer du pipeau est franchement exagéré – et nous espérons aller beaucoup plus loin.
    Monsieur le président Coquerel, monsieur Sansu, il n’est pas vraiment question de croiser des fichiers, mais d’ouvrir un droit d’accès, de permettre de demander un certain nombre d’informations. Je veux dire, pour rasr la représentation nationale, que la procédure que nous examinons, qui vise à identifier des personnes pour mener à bien le recouvrement, existe déjà, notamment en matière de transport. Si vous lisez bien le texte, vous verrez qu’il est question de passer par la « personne morale unique » qu’évoque le code des transports. Ce que nous proposons n’a donc rien d’extraordinaire, mais permettra bel et bien d’améliorer le recouvrement des AFD. Avis défavorable.

    La parole est à M. Pouria Amirshahi.

    Vous nous présentez les dispositions que prévoit l’article 3 quinquies comme des mes techniques visant à faciliter la verbalisation et, surtout, le recouvrement des amendes. Mais il pose d’autres questions : permettez que le législateur s’y intéresse ! Je pense d’abord à la communication de données personnelles des conducteurs –⁠ nom, prénom, date de naissance, adresse du domicile – reçue par des personnels spécialement habilités, sans que le secret professionnel puisse leur être opposé. Pour rendre la sanction un peu plus efficace administrativement, vous voulez affaiblir les protections, ou du moins vous ne donnez aucune garantie de leur respect. Alors que l’accès à ces données doit être strictement limité, justifié, contrôlé, traçable –⁠ je renvoie à toute la jurisprudence française en la matière –, la rédaction que vous proposez renvoie à un décret, c’est-à-dire au domaine réglementaire, la définition des modalités concrètes d’application de l’article, sans rien dire des garanties que vous pourrez fournir. Qui consultera ces informations ? Dans quelles conditions ? Avec quelle traçabilité ? Pour combien de temps ? Avec quel contrôle contre les risques de réutilisation ? Vous ne le dites pas !
    On peut certes répondre que des lois précisent déjà les durées légales de conservation des données. Sans doute, mais dès lors qu’on ne sait pas exactement selon quelles modalités vous entendez faciliter les recouvrements en question, vous parviendrez peut-être à les accélérer, mais vous élargirez en même temps les pouvoirs administratifs –⁠ nous vous critiquons à cet égard depuis ce matin – sans penser à la prévention ni conférer au citoyen de droit opposable, ne serait-ce que celui de savoir quelles données sont recueillies, par qui, et comment elles sont conservées. Ce n’est pas un petit sujet !

    La parole est à M. Yoann Gillet.

    Les AFD ne sont certes pas une réponse à tout, mais elles ont leur utilité. Puisqu’on parle de leur non-recouvrement, il faut en évoquer l’une des raisons : le fait que la créance s’éteint au bout de trois ans. C’est pour résoudre ce problème que nous avons proposé qu’elle ne s’éteigne pas, afin que les services de l’État chargés du recouvrement finissent par réussir à faire payer ceux qui le doivent.

    Je mets aux voix les amendements identiques nos 263, 566, 604 et 660.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        99
            Nombre de suffrages exprimés                99
            Majorité absolue                        50
                    Pour l’adoption                33
                    Contre                66

    (Les amendements identiques nos 263, 566, 604 et 660 ne sont pas adoptés.)

    La parole est à M. Nicolas Sansu, pour soutenir l’amendement no 805.

    Il s’agit d’un amendement de repli de notre collègue Rimane, qui prévoit les modalités d’habilitation des agents chargés de croiser les fichiers dont nous parlons –⁠ c’est tout de même le sujet – et de mieux les former, dans la me où ils auront le droit de consulter les fichiers de la DGFIP, ce qui nous semble excessif.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • L’habilitation des agents autorisés à consulter les informations couvertes par le secret fiscal relève d’ores et déjà des modalités d’application prévues dans le décret, lequel sera pris sous le double contrôle du Conseil d’État et de la Cnil. Votre amendement est satisfait. Je vous suggère de le retirer –⁠ mais je vois à votre regard que vous ne le ferez pas.

    Moi, je ne suis pas satisfait !

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Je le répète, le texte renvoie à un décret en Conseil d’État qui sera pris après avis de la Cnil et qui déterminera les modalités d’habilitation des agents compétents et les conditions d’accès aux informations demandées. Avis défavorable.

    La parole est à M. Louis Boyard.

    Vous connaissez l’importance que j’accorde au sujet des fuites de données. Or, à partir du moment où vous ouvrez l’accès aux données à davantage d’agents, il y a fort à parier que les fuites seront plus importantes encore. Toutes les semaines, nous sommes informés que des données de nos concitoyens et de nos concitoyennes ont fuité des services de l’État. Tant qu’un véritable travail ne sera pas mené au niveau gouvernemental pour mieux protéger les données publiques, le problème ne sera pas réglé. En tout cas, je ne crois pas qu’il le sera par une simple formation.
    Je veux par ailleurs revenir sur la question des AFD. Elles sont la chose la plus stupide qui existe dans le droit ! Mettre des amendes à des mineurs est complètement idiot ! Je connais des jeunes qui écopent d’amendes dans les transports, pour tapage ou pour jet de déchets. Comment voulez-vous qu’un petit de 14 ans règle une amende ? (« Ses parents ! » sur les bancs du groupe RN.) Vous pensez qu’il va aller pointer à France Travail pour pouvoir ensuite s’acquitter de son amende ? (Exclamations sur les bancs du groupe EPR.)

    Tout le monde fait ce qu’il veut, alors ?

    Vous dites que c’est aux parents de régler les amendes, mais les jeunes ne leur en parlent pas toujours. Par ailleurs, il y a des parents qui ne peuvent pas payer les amendes –⁠ comme vous êtes des bourgeois, vous ne vous en rendez pas compte ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ Exclamations sur les bancs des groupes RN et EPR.) Certains jeunes de 16 ans ou de 17 ans, parce que l’amende est majorée, ont des milliers d’euros de dette ! J’en connais personnellement.

    Mettre une amende à un mineur est la chose la plus stupide qui soit. C’est précisément ce qu’on appelle la justice de classe : vous, vous pouvez payer les amendes de vos enfants, mais certains jeunes commencent leur vie d’adulte avec des dizaines de milliers d’euros de dette ! (Exclamations sur les bancs du groupe EPR.)
    Si un jeune n’a pas les moyens de payer un titre de transport, ce n’est pas de sa faute. Lui mettre une amende, dans ces conditions, c’est ce que j’appelle la faillite de l’autorité. Vous parlez tout le temps d’ordre, mais quand l’ordre est injuste, alors l’autorité est injuste. Il ne vous reste que l’autoritarisme. Vous passez votre temps à mater les jeunes par la répression. Ces amendes sont le meilleur exemple de la faillite de votre autorité ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    M. Jérémie Patrier-Leitus

  • Scandaleux !

    La parole est à M. le ministre.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Monsieur Boyard, ce n’est pas parce qu’il y a eu des fuites de données, malheureusement, et que des cyberattaques ont eu lieu, en raison principalement de négligences d’hygiène numérique de la part de certains agents, que l’ouverture des fichiers doit être totalement proscrite.

    C’est de la faute des agents !

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Par ailleurs, pour éclairer la représentation nationale, je précise que l’amende forfaitaire délictuelle ne s’applique pas aux mineurs. Vous confondez avec les contraventions. (Exclamations sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)

    Je mets aux voix l’amendement no 805.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        104
            Nombre de suffrages exprimés                104
            Majorité absolue                        53
                    Pour l’adoption                33
                    Contre                71

    (L’amendement no 805 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix l’article 3 quinquies.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        106
            Nombre de suffrages exprimés                105
            Majorité absolue                        53
                    Pour l’adoption                72
                    Contre                33

    (L’article 3 quinquies est adopté.)

    Je suis saisie de plusieurs demandes de scrutin public : sur l’amendement no 457, par le groupe Rassemblement national ; sur l’amendement no 888 rectifié, par le groupe Ensemble pour la République ; sur l’article 3 sexies, par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    La parole est à M. Cyril Tribuiani, pour soutenir l’amendement no 457.

    Notre collègue Yoann Gillet propose d’étendre les dispositions relatives au contrôle de l’alcoolémie et de l’usage de stupéfiants aux conducteurs de navires de plaisance. La sécurité ne doit pas s’arrêter aux routes ; les comportements dangereux en mer peuvent avoir des conséquences tout aussi dramatiques. Il est donc cohérent d’appliquer les mêmes exigences de responsabilité à tous les conducteurs. Pour renforcer la sécurité maritime et prévenir les accidents, je vous invite à soutenir cet amendement.

    La parole est à M. le ministre, pour soutenir l’amendement no 888 rectifié.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Il reprend une disposition adoptée au Sénat en la complétant. La me initiale permettait d’étendre aux gens de mer le régime d’interdiction en matière d’alcoolémie. Nous avons beaucoup travaillé, notamment avec la ministre déléguée chargée de la mer et avec Mme la députée Panonacle, que je salue, et nous proposons aujourd’hui d’aller plus loin : au-delà des gens de mer, il s’agit d’étendre aux plaisanciers l’interdiction de la conduite sous emprise d’un état alcoolique ou de stupéfiants. L’amendement prévoit également d’habiliter le gouvernement à prendre une ordonnance pour compléter les régimes d’interdiction et de sanction en matière d’alcoolémie et de stupéfiants, pour préciser leurs conditions de mise en œuvre et pour traiter la question des substances psychoactives. Il s’agit donc de construire un régime juridique applicable à l’ensemble des gens de mer et des plaisanciers sur le modèle de celui relatif à la conduite terrestre.
    Quant à l’amendement qui vient d’être défendu, je sollicite son retrait au profit de l’amendement gouvernemental.

    Quel est l’avis de la commission sur ces deux amendements ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Ils ne faisaient pas l’objet d’une discussion commune, mais comme celui du gouvernement vise le même objectif avec une rédaction à la fois plus large et plus précise, j’émets un avis défavorable sur le no 457 et favorable sur le no 888 rectifié.

    La parole est à Mme Sophie Panonacle.

    J’invite l’Assemblée à voter contre l’amendement de M. Gillet parce qu’il est incomplet : il vise les plaisanciers en oubliant le contrôle de stupéfiants pour les professionnels. En outre, dans sa rédaction actuelle, il est inapplicable. Nous soutiendrons donc l’amendement du gouvernement.
    Ce n’est pas sans émotion que je prends la parole aujourd’hui à la suite de l’accident mortel du petit Benjamin, il y a un peu plus d’un an, dans le bassin d’Arcachon. Je sais que ses parents nous écoutent. Nous avons demandé l’évolution du code des transports pour obtenir de nouveaux dispositifs de sécurité en mer. Je suis intervenue au plus haut niveau de l’État et j’ai agi avec le soutien du président de la République, du ministre de l’intérieur, du ministre des transports, de la ministre de la mer et du ministre de la justice, en coordination avec le secrétariat général de la mer. Sachez qu’il n’existe aucun cadre légal en mer pour contrôler les plaisanciers ou les professionnels en matière d’alcoolémie et d’usage de stupéfiants.
    L’amendement du gouvernement donnera aux forces de sécurité en mer les moyens d’exercer, outre une action de prévention, leur mission de contrôle et si besoin de sanction. Je me réjouis que nous soyons en me de réparer le vide juridique sur lequel j’avais alerté les services de l’État en 2020. Il a malheureusement fallu le tragique accident de Benjamin pour que nous puissions avancer.
    Puisque la saison estivale commence, je veux dire que la mer est un incroyable espace de liberté, mais en aucun cas un espace de non-droit. Pour consolider mon engagement, je souhaite vous alerter, monsieur le ministre, sur le sujet suivant : sur le modèle de l’homicide routier adopté il y a quelques années, je propose de créer une infraction spécifique d’homicide en mer. J’espère qu’ainsi nous aurons accompli un travail complet en tant que législateur. Je salue, à travers vous, chers collègues qui allez soutenir cet amendement, M. et Mme Mano et toute leur famille. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, Dem et HOR.)

    Je mets aux voix l’amendement no 457.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        114
            Nombre de suffrages exprimés                113
            Majorité absolue                        57
                    Pour l’adoption                27
                    Contre                86

    (L’amendement no 457 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix l’amendement no 888 rectifié.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        108
            Nombre de suffrages exprimés                85
            Majorité absolue                        43
                    Pour l’adoption                80
                    Contre                5

    (L’amendement no 888 rectifié est adopté.)
    (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, Dem et HOR.)

    Je mets aux voix l’article 3 sexies, tel qu’il a été amendé.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
          Nombre de votants               115
          Nombre de suffrages exprimés          112
          Majorité absolue                   57
                  Pour l’adoption             79
                  Contre            33

    (L’article 3 sexies, amendé, est adopté.)

    Après l’article 3 sexies

    La parole est à M. Michaël Taverne, pour soutenir l’amendement no 327, portant article additionnel après l’article 3 sexies.

    Il vise à autoriser l’interception des véhicules, c’est-à-dire la méthode du « contact tactique », dans le cadre de la lutte des forces de l’ordre contre les rodéos urbains et les refus d’obtempérer.
    Je vois des collègues rigoler, mais cela ne m’étonne pas, ils sont un peu déconnectés… (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    Je reprends : l’amendement vise à autoriser le contact tactique tout en assurant la protection juridique des forces de l’ordre. Cette technique a déjà été autorisée dans le passé.

    Ce n’était pas le même ministre de l’intérieur !

    J’avais d’ailleurs interpellé à ce sujet un précédent ministre de l’intérieur, lors de l’examen du projet de loi d’orientation et de programmation du ministère de l’intérieur (Lopmi) : il m’avait répondu que j’étais abonné aux fake news car aucune note de service n’interdisait aux policiers de prendre en charge les refus d’obtempérer. Je lui ai cité la note 89 de la police nationale et il s’est légèrement décrédibilisé, mais c’est un autre sujet…
    À condition d’avoir reçu une formation, les motocyclistes savent très bien utiliser la technique du contact tactique, pratiquée dans de nombreux pays, notamment au Royaume-Uni. Elle fonctionne très bien dans ce pays, depuis longtemps, et n’engendre pas davantage d’accidents mortels. Je ne vois donc pas pourquoi nous ne serions pas capables de l’appliquer chez nous. Nous avons des policiers extrêmement courageux et professionnels. Ce ne sont pas des dingos, comme le pensent les députés de l’extrême gauche. Nous devons envoyer un signal : lorsque c’est possible, les gendarmes et les policiers doivent pouvoir recourir au contact tactique. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Au-delà de l’aspect juridique de votre amendement, je peux vous dire, en tant que député des Français du Royaume-Uni, que le contact tactique ne fait pas consensus dans ce pays. Je ne pense pas, personnellement, que cette méthode soit la bonne solution. Je ne crois pas non plus qu’elle soit soutenue par l’ensemble des syndicats de police. D’autres voies doivent être explorées pour améliorer la manière dont on lutte contre les rodéos urbains et les refus d’obtempérer. L’usage des drones, notamment pour protéger les forces de sécurité qui interviennent dans ces situations, est une piste à développer pour l’avenir.
    Avis défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Nous avons débattu d’un amendement similaire au Sénat et je vous ferai la même réponse que celle que j’ai faite aux sénateurs. Les refus d’obtempérer sont aujourd’hui pris en charge. Vous avez raison, il fut un temps où certaines instructions dans la police et dans la gendarmerie n’étaient pas claires et n’incitaient pas à la prise en charge des refus d’obtempérer, ce que je considère comme inacceptable en tant que ministre de l’intérieur. Une circulaire de la direction générale de la police nationale (DGPN) de 1999, notamment, limitait les refus d’obtempérer aux circonstances dans lesquelles des crimes de sang ou des délits violents sont commis, ce qu’on ne peut pas accepter. Quand il y a un refus d’obtempérer, le risque encouru par les gendarmes et les policiers doit être la poursuite de l’individu pour l’interpeller.
    Ces circulaires ont été levées, d’abord à la préfecture de police, en juin 2020, à ma demande –⁠ j’étais alors secrétaire d’État auprès du ministre de l’intérieur. Mon prédécesseur a levé les autres instructions, dans la police nationale et dans la gendarmerie, pour prévoir systématiquement la possibilité de prendre en charge les refus d’obtempérer et d’utiliser les matériels que vous avez évoqués ce matin, en particulier le Diva –⁠ dispositif d’intervention des véhicules automobiles.
    Le contact tactique est un sujet autrement compliqué, car il fait courir un risque de bles pour la personne et de mise en cause pénale des fonctionnaires de police et des militaires de la gendarmerie. Je suis pour ma part défavorable à cette méthode. Comme l’a souligné le rapporteur, elle est plutôt contestée dans les pays où elle est utilisée, et en tout cas réservée à certaines infractions très particulières.
    Je donne un avis défavorable à cet amendement, tout en réaffirmant avec force la nécessité d’une réponse ferme face aux refus d’obtempérer.

    La parole est à M. Jérôme Legavre.

    Je vous ras, monsieur Taverne, quand nous vous écoutons, nous n’avons pas envie de rire ! Contrairement à ce que vous pensez, nous aussi nous savons des choses. Je vais vous expliquer ce qu’est le contact tactique quand il est utilisé en dehors des clous.
    Dans une commune de Seine-Saint-Denis, mon département, à Aubervilliers, il y a un peu plus de deux ans, un scooter a été pris en chasse par un véhicule de police : celui-ci a pris le boulevard à contresens et a percuté de plein fouet le scooter ; son conducteur a été tué sur le coup et son passager projeté dix mètres en arrière.
    Malgré les fractures ouvertes dont il souffrait, ce dernier a été traîné pour être placé en garde à vue pendant de longues heures au commissariat. Il n’a été hospitalisé que plusieurs heures après. Cet événement a donné lieu, pour moi et mes collègues Insoumis et communistes du département, à la troisième marche blanche de l’année. Voilà, très exactement, ce qu’est le contact tactique.
    Puisque vous évoquez la Grande-Bretagne, sachez pour votre gouverne que les méthodes et la doctrine de maintien de l’ordre dans ce pays ne ressemblent pas tout à fait –⁠ c’est peu de le dire – à celles qui prévalent en France. En particulier, les policiers n’y sont pas armés, ce qui constitue une sacrée différence. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe EcoS.)

    La parole est à Mme Natalia Pouzyreff.

    Notre groupe –⁠ La République en marche, puis Renaissance – a contribué à la création du délit de rodéo motorisé.

    Renaissance, c’est eux, désormais ! (M. Ian Boucard désigne les bancs du groupe RN.)

    Je salue le soutien des ministres de l’intérieur successifs, qui a permis de renforcer progressivement le dispositif, notamment grâce à l’adoption de la Lopmi. Cet article vient encore le compléter et illustre notre détermination à nous attaquer au fléau des rodéos motorisés.
    En revanche, pour avoir longuement étudié cette question et auditionné des membres des forces de police britanniques, notamment un surintendant principal, je tiens à rappeler que le recours au contrôle tactique est réservé à des brigades spécifiquement entraînées et concerne principalement les vols à l’arraché commis par des contrevenants circulant à deux-roues. Il ne s’agit en aucun cas d’une pratique généralisée chez nos voisins. Au contraire, les Britanniques ont fait marche arrière.
    Il faut donc en finir avec cette idée fausse, propagée dans les médias, selon laquelle les Britanniques recourraient systématiquement au contact tactique lors des poursuites. C’est d’abord le discernement de nos forces de l’ordre qui doit prévaloir, en fonction de la situation à laquelle elles sont confrontées.
    Comme l’a indiqué le rapporteur, les drones permettront des poursuites plus efficaces et plus sûres, non seulement pour les conducteurs des engins, mais aussi pour les piétons, qui risquent d’être fauchés au cours d’une poursuite.

    (L’amendement no 327 n’est pas adopté.)

    Je suis saisie de huit amendements, nos 112, 889, 828, 840, 5, 233, 243 et 351, pouvant être soumis à une discussion commune et tendant à rétablir l’article 4, supprimé par la commission.
    Les amendements nos 889 et 828, qui font l’objet de nombreux sous-amendements, sont identiques, ainsi que les amendements nos 5, 233, 243 et 351.
    La parole est à M. Lionel Duparay, pour soutenir l’amendement no 112.

    Il me revient de lancer la discussion relative au rétablissement de l’article 4, qui touche à la lutte contre les incivilités et les troubles à l’ordre public dans le cadre des manifestations sportives.

    Quelle honte ! Quelle indignité !

    Depuis plusieurs années, nous assistons à leur accroissement, dans les enceintes sportives mais aussi à l’extérieur, à proximité des stades mais parfois beaucoup plus loin, dans les cortèges d’athlètes ou près de leur lieu d’hébergement.
    Les propositions de rétablissement de l’article, dans les différentes rédactions qui nous sont soumises, visent à sanctionner et à contrôler les personnes condamnées pour certaines infractions, afin de s’asr qu’elles ne puissent pénétrer, lors de manifestations sportives, dans les stades ou les enceintes dont l’accès leur a été interdit, et de contribuer ainsi au maintien de l’ordre public.

    La parole est à M. le ministre, pour soutenir l’amendement no 889.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Le gouvernement propose de rétablir l’article 4. Celui-ci a été introduit dans le projet de loi dans un contexte d’augmentation significative des violences dans les stades et –⁠ c’est très important – autour des stades, comme vient de le rappeler M. Duparay.
    J’ai eu la faiblesse de penser que la proposition du gouvernement résultait aussi d’échanges avec des parlementaires dont les circonscriptions comptent des clubs importants. Il m’a semblé les entendre expliquer que les groupes de supporters jouaient un rôle majeur dans la structuration des stades et qu’il était préférable de privilégier les sanctions judiciaires individuelles ou les mes individuelles de police administrative.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • C’est précisément l’objet de l’article 4 : renforcer le régime des interdictions administratives de stade (IAS).
    Nous constatons par ailleurs une recrudescence des débordements en dehors de l’enceinte des stades et pas nécessairement au moment des matchs. Des supporters organisent ainsi des fights, des combats, la veille de la rencontre. Il fallait prendre en compte ce phénomène en étendant l’interdiction administrative de stade à d’autres lieux que l’enceinte sportive, notamment aux lieux de rassemblement des supporters ou à ceux qu’ils choisissent pour organiser leurs fanwalks.
    Ces troubles sont connus de l’ensemble des préfets, des services de l’État, des présidents de clubs et des groupes de supporters. C’est pourquoi nous proposons non seulement d’interdire administrativement de stade les personnes qui ont déjà causé des troubles à l’ordre public, mais aussi de leur interdire l’accès aux lieux précis où existent des risques de troubles –⁠ ni plus ni moins –, avant comme après le match. Les incidents ont en effet souvent lieu la veille de la rencontre, voire immédiatement après celle-ci.
    Tel est le sens de cet article, dont je regrette la suppression par la commission. J’attire également votre attention sur une autre me importante de l’article 4, reprise dans mon amendement de rétablissement : nous intégrons parmi les troubles à l’ordre public susceptibles de justifier une interdiction administrative de stade les propos injurieux et discriminatoires. Nous déplorons régulièrement les propos racistes et homophobes tenus dans les stades.

    Pas seulement dans les stades !

    C’est le juge qui est compétent !

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Enfin, l’amendement du gouvernement comporte une ouverture, car j’ai bien compris, au cours des débats en commission, que des réserves ou des réticences s’étaient exprimées sur certains bancs. Nous proposons donc de limiter à douze heures avant et douze heures après le match la possibilité d’étendre les interdictions administratives de stade, alors que le projet initial du gouvernement, adopté par le Sénat, prévoyait une période de vingt-quatre heures avant et vingt-quatre heures après.
    Nos échanges seront, je pense, assez nourris ; je ne développerai donc pas davantage la présentation de cet amendement. Mais très honnêtement, comme je l’ai dit en commission, le gouvernement propose ici une alternative à des mes collectives de dissolution de groupes consécutives à des incidents. J’ai bien compris que la commission avait rejeté cette option, mais je regretterais d’avoir à me pencher à nouveau sur la dissolution de certains groupes.

    Ça, c’est pas bien ! Il faut aider les Green Angels !

    Sur les amendements identiques nos 889 et 828, je suis saisie par le groupe Horizons & indépendants d’une demande de scrutin public.
    Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    La parole est à Mme Laetitia Saint-Paul, pour soutenir l’amendement no 828.

    Cet amendement des députés du groupe Horizons & indépendants vise à rétablir l’article 4, afin de renforcer un outil qui a fait ses preuves en matière de prévention des violences dans le sport : l’interdiction administrative de stade. Le constat est simple : le dispositif actuel ne répond plus pleinement à la réalité du terrain et présente trois angles morts auxquels cet amendement entend remédier.
    Premier angle mort : le racisme, l’homophobie et les discours de haine. Chaque saison, des chants racistes, des injures homophobes ou antisémites retentissent dans nos enceintes sportives sans que le préfet ne dispose d’un motif clair pour en écarter les auteurs.
    Deuxième angle mort : la géographie. L’interdiction ne couvre que le stade, ses abords et les lieux de retransmission. Or chacun sait que les violences se sont déplacées : rixes organisées à distance des enceintes ou affrontements sur les trajets des cortèges des supporters.
    Troisième angle mort : le temps. Les débordements ne commencent pas au coup d’envoi et ne s’arrêtent pas au coup de sifflet final. C’est pourquoi nous proposons d’étendre l’interdiction aux douze heures précédant et suivant la manifestation sportive. Notre groupe estime cette temporalité parfaitement proportionnée.
    J’insiste enfin sur un point. Ce dispositif reste strictement encadré. Il ne vise pas les supporters qui font vivre nos stades, mais, comme toujours, la minorité qui empêche les matchs de se dérouler sereinement et dans le respect de chacun.

    Nous en venons aux sous-amendements aux amendements identiques nos 889 et 828.
    La parole est à Mme Andrée Taurinya, pour soutenir le sous-amendement no 929.

    Nous avons réussi à supprimer cet article en commission et nous espérons confirmer cette suppression dans l’hémicycle. En effet, dans le fouillis de mes que constitue votre texte, pour quelles raisons cet article visant les supporters surgit-il soudainement ? On se le demande.
    Vous nous dites avoir eu des échanges avec des parlementaires. Pourtant, ma circonscription se trouve intégralement à Saint-Étienne –⁠ Allez les Verts ! – et je n’ai reçu aucun appel. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ Mme Léa Balage El Mariky applaudit également.) Et même si vous m’aviez appelé pour négocier quoi que ce soit, je vous aurais dit non : vous voulez instaurer des interdictions administratives, alors même qu’il existe déjà des interdictions judiciaires.
    Je vous répète ce que nous ne cessons de vous dire depuis le début de ce débat : vous vous prenez pour le ministre de la justice, alors que vous êtes ministre de l’intérieur. La justice, pour nous, ne se rend pas par sanctions administratives.
    En outre, monsieur le ministre –⁠ écoutez-moi, s’il vous plaît, vous demanderez conseil pour votre réponse plus tard (Sourires) –, le gouvernement a conclu en 2023 un accord équilibré avec les associations de supporters, qui prévoyait une augmentation des peines judiciaires mais un encadrement des sanctions administratives.
    Nous étions parvenus à cet équilibre, mais les associations de supporters attendent toujours le bilan de cette réforme. Avant d’introduire une nouvelle me dans ce texte fourre-tout, communiquez-nous ce rapport. Nous verrons alors s’il convient d’envisager d’autres mes.

    Je suis saisie de plusieurs demandes de scrutin public : sur les sous-amendements nos 929, 930, 931, 932 et 933, par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire ; sur les sous-amendements nos 1062, 1063, 1064, 1065, 1066, 1067, 1068, 1069, 1070 et 1071, par le groupe Socialistes et apparentés.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    La parole est à Mme Ersilia Soudais, pour soutenir le sous-amendement no 930.

    Monsieur le ministre, vous affirmez vouloir sanctionner des personnes qui auraient troublé l’ordre public par le passé. Or ce n’est pas la fonction initiale des interdictions administratives de stade, qui visent à prévenir les troubles. Qu’est-ce qui vous prouve que les personnes que vous visez vont forcément récidiver ? Rien. Votre me porte donc une atteinte disproportionnée à la liberté d’aller et venir.
    Ce sous-amendement vise à supprimer l’extension temporelle des interdictions administratives de stade, mais nous sommes opposés au principe même de telles interdictions, qui consacrent le règne de l’arbitraire. Il s’agit d’une sanction très lourde, qui n’est même pas prononcée par un juge et qui prive l’intéressé de toute réelle possibilité de se défendre, contrairement aux mes judiciaires.
    Les supporters visés n’ont pas accès à leur dossier avant le prononcé de l’IAS. Que se passe-t-il en cas d’erreur d’identification, d’erreur dans l’appréciation des faits ou d’erreur de l’administration ? Des situations arbitraires et injustes peuvent évidemment survenir.
    Vous prétendez constamment prendre de telles mes au nom de la sécurité. Au contraire, vous êtes en train de créer un monde dangereux, un monde où les gens se sentiront en insécurité du fait même de vos choix politiques. Depuis de nombreuses années, vous nous dessinez un monde proprement épouvantable. La proposition de loi sur le permis de tuer tout récemment adoptée l’a encore prouvé, et ce projet de loi Ripost en constitue un nouvel exemple. Les gens sont atterrés de voir où nous en sommes arrivés.

    La parole est à M. Nicolas Sansu, pour soutenir le sous-amendement no 1041.

    Personne ne nie qu’il existe des problèmes dans les stades et à leurs abords. Les accords qui avaient été conclus sur le sujet, et qui méritent désormais d’être évalués, étaient bons.
    Le rétablissement de cet article vise à étendre le champ des interdictions administratives de stade, qui constituent pourtant une anomalie juridique puisque, prononcées par un préfet, sans intervention d’un juge, sans procès équitable, sans accès effectif au dossier, elles produisent les effets d’une véritable sanction.
    Quels sont leurs résultats ? Le rapport parlementaire rédigé par Mme Marie-Georges Buffet et M. Sacha Houlié en 2020 est sans appel : près de 75 % des interdictions administratives de stade contestées devant le juge administratif sont annulées ! Dans certains cas, elles sont même inscrites à tort au casier judiciaire avec des conséquences professionnelles lourdes, alors même que la loi ne le prévoit pas. Voilà la réalité de ce dispositif !
    Ne nous trompons pas sur l’objectif réel de cet article. Loin de viser à lutter contre le racisme ou les violences dans les stades, que notre arsenal législatif permet de combattre –⁠ le préfet peut toujours saisir le parquet des délits de racisme, d’antisémitisme et d’homophobie –, l’étude d’impact assume qu’il s’agit avant tout de faciliter la répression des banderoles et chants visant la Ligue de football professionnel ou des diffuseurs.
    Ce qui est poursuivi n’est pas seulement un comportement mais une conception du supportérisme. Les ultras ne se considèrent pas comme de simples consommateurs d’un spectacle. Ils se vivent comme des acteurs de leur club, capables de contester les dirigeants, d’afficher une banderole contre la multipropriété (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP), de s’opposer à la tenue de matchs en semaine –⁠ comme l’ont fait les supporters du Red star –, ou d’organiser collectivement leurs tribunes. Cette autonomie dérange parce que le football business préfère un public docile, prévisible et consommateur.
    La menace que vous avez proférée tout à l’heure contre les clubs de supporters n’est pas de bon aloi, monsieur le ministre. Demain, sans doute, on ne pourra plus avoir des tifos aux couleurs de la Palestine.

    Eh oui ! (Mme  Andrée Taurinya applaudit.)

    C’est ça, la réalité ! Les tribunes sont un espace d’expression ; le sport est politique. À force de vouloir faire taire toute contestation au nom de l’ordre, vous ne protégez ni le football, ni les libertés, vous affaiblissez les deux ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    Je suis saisie de deux sous-amendements identiques, nos 931 et 1062, à l’amendement no 889.
    La parole est à M. Andy Kerbrat, pour soutenir le sous-amendement no 931.

    Il est très important de bien qualifier ce dont nous parlons. Vous nous avez fait tout un blabla, monsieur le ministre, sur la nécessité de renforcer l’arsenal juridique que constitue l’interdiction de stade à des personnes qui ne vous plaisent pas. La réalité est que vous renforcez une interdiction administrative. Voilà ce que vous faites !
    Or l’interdiction administrative de stade signifie qu’un préfet, une autorité administrative, décide unilatéralement, sans aucune possibilité de recours, d’interdire l’accès à des stades. Savez-vous de qui nous parlons ? Vous êtes sans doute au courant que 70 % de ces IAS, comme on les appelle, ont été interdits pour avoir déclenché un fumigène au sein des tribunes !
    Ainsi, tout ce que vous dites au sujet de l’ultraviolence, de la société Orange mécanique et que sais-je encore, ce n’est pas la réalité de votre travail. Dans les faits, celle qui lutte réellement contre les phénomènes d’agressions, de rixe, de batailles, de fights organisées, c’est la justice. La justice est la seule à pouvoir mener cette bataille.
    Votre proposition inique prévoit une interdiction administrative de stade qui serait non seulement temporelle –⁠ douze heures avant et douze heures après la rencontre – mais aussi géographique ! Elle vise le stade, mais, aussi, le bar, ce que vous avez reconnu au Sénat. Il suffit que trois supporters se retrouvent dans un bar et –⁠ mon Dieu, oh là là ! – l’autorité administrative pourra considérer que la personne a enfreint son IAS. Voilà la réalité : ce que vous voulez faire, c’est criminaliser, dans la lignée de Bruno Retailleau.
    Vous n’avez pas appelé Saint-Étienne, mais vous n’avez pas non plus appelé Nantes ! Vous auriez pu me contacter pour avoir une discussion avec le groupe Brigade Loire, qui a été pendant très longtemps dans le viseur de votre prédécesseur… En menaçant de dissoudre les groupes de supporters si on ne rétablit pas votre article 4, vous créerez dans les stades un climat que vous vous mordrez les doigts d’avoir suscité ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    La parole est à M. Pierrick Courbon, pour soutenir les sous-amendements nos 1062 et 1063, à l’amendement no 889, qui peuvent faire l’objet d’une présentation groupée.

    Avant de défendre le sous-amendement no 1062, je débuterai par un propos général. Nous l’avons dit en commission, commencer la discussion sur l’article 4 en disant : « Je n’aimerais pas être contraint de me replonger dans des dossiers de dissolution », n’est pas une entrée en matière très constructive ! (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.)
    Si je suis d’accord sur la nécessité de lutter pour éradiquer la violence dans et aux abords des stades –⁠ il n’y a aucune ambiguïté là-dessus –,…

    …la question est de savoir comment y parvenir de manière efficace.
    Après avoir salué –⁠ je continue de le faire – l’évolution consistant à vouloir éviter les sanctions collectives, qui sont injustes et inefficaces, je constate que, loin de renforcer les sanctions judiciaires à l’encontre de comportements délictuels, vous favorisez des mes administratives, principalement préventives, dont vous connaissez pourtant la faiblesse juridique, puisqu’une grande partie des interdictions de stade, notamment celles prononcées pour pyrotechnie festive, sont annulées par les tribunaux administratifs.
    Certains d’entre nous éprouvent un certain malaise à discuter des supporters et des ultras dans le cadre d’un texte de loi fourre-tout, dans lequel on les associe à des narcotrafiquants, des délinquants routiers, etc. Certes, ce ne sont pas des anges, mais si l’on s’attache aux risques qu’ils font courir à la société, il y a quand même un vrai problème de proportionnalité.
    De manière plus globale, tant dans la version initiale du texte que dans votre amendement de rétablissement –⁠ qui fait un pas dans la bonne direction –, vos propositions pour renforcer les mes administratives à l’encontre des supporters reviennent à assujettir certains d’entre eux à un régime de contrôle parfois plus sévère et restrictif que les Micas –⁠ mes individuelles de contrôle administratif et de surveillance – auxquelles sont soumises certaines personnes suspectées de terrorisme, ce qui pose un problème de proportionnalité de la sanction.
    J’en viens à la défense des sous-amendements relatifs à l’extension géographique de l’interdiction.
    Premièrement, une interdiction administrative de stade doit se concentrer sur ce qui se passe dans le stade, même s’il est nécessaire d’avoir une vision sur ce qui se produit aux alentours. La difficulté provient de ce que de nombreux stades sont situés en plein cœur des villes. Ainsi l’extension de l’IAS aux « lieux de passage de cortège et aux lieux de rassemblement » n’est-elle pas non plus nécessairement proportionnée. Dans ma ville, par exemple, le lieu de passage des supporters, c’est toute la ville, du sud au nord, quand ils vont en cortège rejoindre le stade ! La limitation de la liberté d’aller et venir peut être vraiment problématique quand tout un pan d’une ville de 180 000 habitants est concerné !
    D’autant que le Conseil d’État dit clairement que le périmètre et les circonstances de l’interdiction doivent être définis de manière précise. Par nature, les lieux de rassemblement et les lieux de passage ne sont pas toujours les mêmes, ce qui crée une véritable fragilité juridique.
    Le sous-amendement no 1063 est une solution de repli, consistant à accepter cette extension géographique pour les matchs classés catégorie 5, c’est-à-dire ceux pour lesquels les troubles à l’ordre public sont susceptibles d’être les plus importants et les plus fréquents.

    La parole est à M. Sacha Houlié, pour soutenir les sous-amendements nos 1064 et 1065, à l’amendement no 889, qui peuvent faire l’objet d’une présentation groupée.

    Avant de répondre à M. le ministre sur sa présentation de l’amendement no 889, je voudrais rectifier deux éléments qu’il a présentés comme des constats. Le premier concerne l’accroissement des troubles à l’intérieur des stades. Dans son rapport, le Sénat établit que 85 IAS ont été prononcées pour la saison 2022-2023 et 147 pour la saison 2024-2025. S’il y a bien une augmentation, ça n’est pas une explosion des violences, telle que vous avez pu la décrire.
    Vous avez affirmé par ailleurs que les sanctions collectives ne sont pas des réponses à la violence que l’on connaît dans les stades. Nous partageons ce constat et nous leur avons toujours préféré les réponses individuelles. C’est la raison pour laquelle, après avoir étudié avec attention les interdictions administratives de stade, Marie-George Buffet et moi-même n’avons pas proposé leur suppression mais leur pérennisation, sous réserve d’encadrer leur durée, fixée à douze mois, et qui peut être prolongée de vingt-quatre mois en cas de récidive. Nous avons également souhaité que l’interdiction administrative ne se cumule pas avec une interdiction judiciaire et qu’elle s’éteigne lorsqu’une peine complémentaire d’interdiction est prononcée par un magistrat.
    Cela m’amène à mon second point : les mes dont vous proposez le rétablissement marquent en réalité une évolution par rapport à celles que vous aviez initialement présentées. Ainsi, vous maintenez la durée des IAS que j’avais fait corriger dans la loi de 2023, c’est-à-dire les périodes de douze et vingt-quatre mois que je viens d’évoquer.
    Vous revoyez l’amplitude de l’interdiction : de vingt-quatre heures précédant et suivant la rencontre, vous êtes passés à douze heures.
    Si l’IAS peut être prononcée en raison d’injures publiques, vous avez accepté que ce ne soit possible qu’après des injures « graves et répétées ». Rappelons que l’injure publique est une qualification pénale, qui doit être appréciée par le juge plutôt que par une autorité administrative. D’autre part, il est naturel que des choix politiques de la Ligue de football professionnel puissent être contestés par les supporters dans un stade.
    En revanche, vous n’avez pas souhaité revenir sur l’obligation de pointage, alors que nous souhaitions que cette me particulièrement attentatoire aux libertés ne puisse être prononcée qu’à l’égard d’un supporter qui entend se soustraire à une IAS.
    Les sous-amendements nos 1064 et 1065 reviennent à vous prendre au mot. Puisque vous estimez que l’interdiction administrative est une sanction, elle doit faire l’objet d’une procédure contradictoire, lors de laquelle la personne se verra communiquer son dossier –⁠ c’est l’objet du sous-amendement no 1064 , pour être en me de contester l’interdiction devant les juridictions administratives, au fond ou en référé.
    Le sous-amendement no 1065 tend à introduire un délai d’un mois à compter de la connaissance des faits par l’autorité préfectorale pour lancer la procédure contradictoire préalable à l’IAS. Encore une fois, si cette me est une sanction, elle ne peut pas être prononcée sur-le-champ.

    La parole est à M. Pierrick Courbon, pour soutenir le sous-amendement no 1066, à l’amendement no 889.

    Dans la me où nous présentons de très nombreux sous-amendements à l’amendement no 889, portant sur des sujets différents, peut-être serait-il opportun pour la cohérence de nos débats que M. le ministre nous réponde en plusieurs vagues, plutôt qu’en une fois au terme de la discussion ?
    Le sous-amendement no 1066 vise à garantir qu’une IAS –⁠ qui, historiquement, même si les choses évoluent, est censée être une me préventive – tombe automatiquement et mécaniquement dès lors qu’une sanction pénale définitive est intervenue pour les mêmes faits.
    Vous me direz sans doute que cet amendement est satisfait mais, sur le terrain, on constate qu’un certain nombre d’interdictions administratives de stade sont maintenues après que des décisions judiciaires ont invalidé leur fondement. Il s’agit d’empêcher ces cas de figure, qui existent en pratique.

    Sur les sous-amendements nos 1005 rectifié et 1006, je suis saisie par le groupe Écologiste et social d’une demande de scrutin public.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    La parole est à M. Pouria Amirshahi, pour soutenir le sous-amendement no 1005 rectifié, à l’amendement no 889.

    Les interdictions de paraître pour incitation à la haine raciale sont au cœur de l’actualité avec la Coupe du monde de football, puisqu’on a vu des joueurs éminents, de notre équipe et d’autres équipes, victimes de racisme et de négrophobie. À cet égard, je tiens à exprimer toute ma solidarité aux joueurs de l’équipe de France et à Kylian Mbappé en particulier. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EcoS, LFI-NFP, Soc et GDR.)
    Danielle Simonnet –⁠ ici présente – et Sabrina Sebaihi ont justement déposé une proposition de loi visant à responsabiliser les clubs pour mettre fin à l’homophobie dans le sport. On ne peut pas admettre que les stades soient les lieux d’expressions racistes, homophobes ou porteuses d’autres discriminations.
    En la matière, notre arsenal législatif actuel est déjà significatif et robuste puisqu’il qualifie pénalement ces actes, qui sont définis et réprimés par la loi du 29 juillet 1881.
    Or, une fois de plus, vous proposez de transférer au pouvoir administratif ce qui, en application de cette loi, relève du juge. Je finis par m’inquiéter : que restera-t-il au ministère de la justice ? Si vous continuez à déjudiciariser tout ce qui, en vertu de la loi, relève de la procédure pénale, nous nous dirigeons vers un ordre juridictionnel très inquiétant, monsieur le ministre.
    En l’espèce, vous proposez que les IAS motivées par des injures publiques et des provocations à la haine soient décidées de façon définitive, sans recours, par le préfet. Pour notre part, nous demandons, non de renoncer à lutter implacablement contre ces délits –⁠ de ce point de vue, nous partageons le même objectif –, mais de demeurer dans un cadre judiciaire.
    Pour sécuriser juridiquement le dispositif, acceptez notre sous-amendement no 1005 rectifié et le suivant, le sous-amendement no 1006, qui prévoit aussi de rester dans le cadre judiciaire.

    La parole est à M. Pierrick Courbon, pour soutenir le sous-amendement no 1067.

    J’abonde dans le sens de notre collègue Amirshahi. La lutte contre les violences verbales discriminatoires, homophobes et racistes est un combat qui nous rassemble. Les mes prises doivent cependant s’appuyer sur des décisions de justice, comme il est d’usage dans un État de droit.
    Le sous-amendement no 1067 vise à supprimer l’injure publique des comportements susceptibles de donner lieu à une interdiction administrative de stade tel que le prévoit l’amendement du gouvernement. Il n’est évidemment pas question d’autoriser tout et n’importe quoi dans un stade de football. En revanche, la notion d’injure publique reste juridiquement floue dans ce contexte. Notre collègue Sansu l’a dit : on peut régulièrement voir dans les tribunes des banderoles au message piquant ou subversif. Voici quelques exemples pour que vous compreniez mieux de quoi je parle : quand des supporters s’expriment sur la question des droits de retransmission et des modalités de diffusion des matchs en brandissant une banderole qui proclame : « La LFP est une voleuse ! », peut-on parler d’injure publique ? Qu’en est-il si un député, moi par exemple, déclare dans le stade de sa ville : « Vincent Labrune a tué le football français » ? Si des supporters crient : « Non au football qatarisé ! », cette déclaration relève-t-elle de l’injure publique ?

    Oui, c’est xénophobe ! (Sourires.)

    Nous sommes tous d’accord qu’il est nécessaire de lutter contre les propos discriminatoires, homophobes et racistes, mais la notion d’injure publique me paraît trop floue pour être conservée.

    La parole est à M. Sacha Houlié, pour soutenir le sous-amendement no 1068.

    Je compléterai ce que vient de dire M. Courbon. La notion d’injure publique correspond à une qualification pénale. Nous saluons certes le fait que votre amendement précise qu’il faut que l’injure publique soit « grave et répétée » pour justifier une interdiction administrative de stade, mais ce n’est pas suffisant. Il faudrait retirer l’injure publique des motifs pour lesquels peut être prononcée une interdiction administrative de stade, en limitant ceux-ci aux violences dont se rendent coupables les supporters dans une enceinte sportive ou à proximité de celle-ci.
    Admettons cependant que vous ne retiriez pas la mention de l’injure publique : il faudrait qu’une procédure judiciaire soit engagée concomitamment à l’IAS contre l’auteur des propos. La saisine du parquet et l’ouverture d’une enquête sont la condition de la validité de l’IAS. Les auteurs de l’infraction doivent être traduits devant une juridiction pénale pour être jugés, et non simplement faire l’objet d’une procédure administrative, car ce n’est pas à l’administration de sanctionner le supporter qui se rend coupable de propos injurieux.

    La parole est à Mme Élisa Martin, pour soutenir le sous-amendement no 932.

    Les interdictions administratives de stade ne sont pas des décisions neutres. Elles restreignent significativement les libertés fondamentales, en particulier celle d’aller et venir et le droit au respect de la vie privée. Au travers de ce sous-amendement, nous proposons que l’IAS devienne caduque à partir du moment où une décision de justice a été rendue. Il y a une hiérarchie à respecter : les décisions judiciaires l’emportent sur les mes administratives, c’est un principe de base ! Il est d’autant plus important de respecter cette hiérarchie que ce sont les libertés fondamentales des personnes qui sont affectées. Sinon, on pourrait se retrouver dans des situations ubuesques, où une interdiction administrative de stade resterait d’actualité alors qu’une décision de classement sans suite ou une amende aurait été prononcée par l’autorité judiciaire. Ce serait fort problématique, d’autant que, comme on l’a dit plusieurs fois, ces décisions sont fragiles, y compris aux yeux de la justice administrative.
    À ces questions vient se greffer un autre sujet, donc nous avons déjà débattu à l’occasion de la préparation des Jeux olympiques de 2024 : la protection de la liberté d’expression. Des exemples viennent d’être donnés. Certains groupes de supporters se mobilisent contre l’organisation mégacapitalistique du football contemporain. Nous sommes entièrement d’accord avec eux : ce sport populaire mériterait d’être davantage protégé à cet égard.

    La parole est à M. Pouria Amirshahi, pour soutenir le sous-amendement no 1006.

    Je reprends mon argumentation là où j’avais dû l’interrompre en défendant le sous-amendement no 1005. Monsieur le ministre, si vous continuez à transférer autant de pouvoir à l’autorité administrative au détriment de l’autorité judiciaire, ce ne sera pas sans conséquences, et on les constate déjà.

    La mise en place d’un État policier !

    Ce matin, Léa Balage El Mariky est revenue de la cour administrative d’appel de Paris avec le chiffre suivant : le contentieux administratif a augmenté de 35 % ! Vous affaiblissez le juge judiciaire, garant de notre droit, et vous allez engorger toute la justice administrative. Nous y perdrons donc en efficacité. Or, depuis le début de l’examen de ce texte, c’est l’efficacité que vous invoquez pour justifier la pertinence de vos mes.
    Par ailleurs, je voudrais évoquer les graves difficultés que soulève le recours aux Micas, dont vous vous inspirez. Si une interdiction à paraître est prise par l’administration, mais que le juge judiciaire, saisi de son côté, décide qu’une telle interdiction n’a pas lieu d’être, la décision administrative reste valide. Vous instaurez donc quelque chose d’assez fou en revenant sur un principe fondamental, l’autorité de la chose jugée !

    Tant du point de vue de l’organisation administrative, de notre ordre juridictionnel que des principes du droit, vous faites non seulement fausse route, mais vous édifiez quelque chose de très dangereux. Sur cette question comme sur d’autres, vous vous en doutez, nous saisirons le Conseil constitutionnel. En attendant, je vous invite à y réfléchir à deux fois, ou en tout cas à répondre précisément à nos arguments –⁠ le risque d’embolie de la justice administrative et surtout la remise en cause de l’autorité de la chose jugée si une me administrative reste valide alors que le juge judiciaire a rendu une décision contraire.

    Je suis saisie de deux sous-amendements identiques, nos 933 et 1069.
    La parole est à Mme Sophia Chikirou, pour soutenir le sous-amendement no 933.

    Je poursuivrai sur le même ton que mon collègue. Le sous-amendement no 933 est un sous-amendement de repli. Nous essayons ainsi de sécuriser certaines garanties et de limiter l’arbitraire que vous souhaitez généraliser, voire automatiser, monsieur le ministre.
    Plusieurs ONG vous ont déjà interpellé à propos de ce texte. Vous allez trop loin : vous instaurez un système qui ne respecte pas les libertés fondamentales. Même l’ONU s’est exprimée à propos de ce projet de loi car vous faites peser un risque sur les libertés fondamentales des Français. Pourquoi avez-vous décidé d’instaurer un tel système en plein mois de juillet, à moins d’un an de votre départ, puisque les élections auront lieu au printemps prochain et que vous partirez, que vous dégagerez même, de ce gouvernement ? (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Nous ne comprenons pas pourquoi vous avez choisi ce moment pour instaurer un État policier ! Vous n’êtes pas ministre de la justice mais ministre de l’intérieur ; comment pouvez-vous faire fi de la justice et instaurer un système où la règle administrative l’emporte ? Les mes administratives ont pourtant quelque chose d’arbitraire et d’autoritaire puisqu’elles sont prises en dehors de tout débat contradictoire et qu’il n’est pas possible de revenir dessus, comme mon collègue Amirshahi vient de le rappeler. Même quand la justice judiciaire ne prononce pas d’interdiction de stade, vous persistez à appliquer les IAS !
    Je rebondis aussi sur ce qu’a dit le collègue Courbon. Nous sommes des militants politiques qui nous engageons pour des causes qui ne vous plaisent pas et que vous combattez en employant des moyens qui ne sont pas toujours loyaux. Vous seriez bien capables de nous interdire de stade pour nous empêcher de nous exprimer !

    M. Jérémie Patrier-Leitus

  • Vous interdire d’Assemblée, en tout cas !

    Les stades de football, comme tous les stades, sont des lieux d’expression populaire et… (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’oratrice. –⁠ Les députés du groupe LFI-NFP applaudissent cette dernière. –⁠ M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.)

    La parole est à M. Sacha Houlié, pour soutenir le sous-amendement no 1069.

    L’état du droit sur les obligations de pointage est défini par la loi de 2023, qui a circonscrit l’obligation de pointage au seul cas où la personne sous le coup d’une IAS entend manifestement s’y soustraire. C’est extrêmement important ! Or la rédaction du gouvernement revient à autoriser l’administration à imposer des obligations de pointage sans avoir à les justifier ; en tout cas, elle tend à lever la restriction actuelle.
    Dans les faits, certains préfets imposent souvent le pointage en toutes circonstances. Je veux évoquer quatre situations dont m’a fait part l’avocat de l’Association nationale des supporters. Un père divorcé a été assigné à résidence un week-end car il devait pointer au commissariat tous les jours ; par conséquent, il n’a pas pu emmener son fils en vacances. Un infirmier de nuit s’est retrouvé à devoir pointer tous les jours au commissariat, et a donc été contraint de laisser sa femme enceinte de huit mois s’occuper de leurs quatre enfants. Un père de famille qui avait demandé s’il pouvait pointer à la gendarmerie de son lieu de villégiature plutôt qu’au commissariat de sa ville s’est vu répondre de prendre ses billets, avant qu’on lui dise qu’il ne pouvait finalement pas partir en vacances car il n’avait pas obtenu l’autorisation de la préfecture –⁠ précisons qu’il n’avait nulle intention de se rendre au stade pendant ses vacances.
    Des recours ont été adressés au tribunal administratif et dans chaque cas, ce dernier a annulé l’obligation de pointage, mais trop tard ! Voilà pourquoi la disposition prévue à l’alinéa 5 de l’article L. 332-16 est justifiée. Nous l’avons introduite en 2023 par un amendement que j’avais défendu en tant que président de la commission des lois, et que certains d’entre vous ont donc peut-être voté. L’amendement du gouvernement, dont le 9e alinéa prévoit la suppression de cette disposition, pourrait tout changer.
    Par conséquent, si vous ne deviez voter que pour un seul sous-amendement à l’amendement du gouvernement, il faudrait que ce soit pour celui-ci !

    La parole est à M. Pierrick Courbon, pour soutenir le sous-amendement no 1070.

    Il s’agit d’un amendement de repli qui porte sur le même sujet. Nous proposons de restreindre la possibilité d’imposer une obligation de pointage aux cas de faits de violence avérés et d’atteintes aux personnes et aux biens. Pourquoi cette précision, monsieur le ministre ? Comme notre collègue Houlié vient de l’expliquer, l’obligation de pointage détruit des familles. Elle peut être lourde de conséquences pour la situation professionnelle ou familiale. Surtout, une obligation de pointage peut être imposée à des personnes à qui l’on reproche simplement d’avoir tenté d’introduire un fumigène dans un stade ! Dans la majorité des cas évoqués par Sacha Houlié, l’interdiction de stade assortie d’une obligation de pointage n’avait pas été prononcée pour des faits de violence contre les forces de l’ordre ou d’autres supporters mais bien en raison d’un usage festif d’engins pyrotechniques –⁠ en d’autres termes, pour avoir allumé un fumigène. C’est très problématique ! Faute de temps, Sacha Houlié n’a pas pu citer son quatrième exemple : il s’agissait d’un supporter qui n’avait pas pu se rendre à des obsèques en raison de son obligation de pointage.
    Nous en avons déjà parlé, monsieur le ministre : j’entends bien que votre intention n’est pas de rétablir l’automaticité du pointage. Mais la loi est de portée générale ! Je pourrais partir d’un postulat de confiance, mais quelle garantie avons-nous que, dans quelques mois, un autre ministre de l’intérieur ne décidera pas que toute interdiction administrative de stade s’accompagnera automatiquement d’une obligation de pointage ?
    Si vous n’arrivez pas à revenir sur la me du code du sport qui oblige l’administration à démontrer que l’assujetti à une IAS a l’intention de s’y soustraire, c’est tout simplement parce que les personnes dans ce cas n’ont pas cette intention.

    Vous conservez la parole, monsieur Courbon, pour soutenir le dernier sous-amendement à l’amendement du gouvernement, le no 1071.

    Il s’agit d’un sous-amendement très important : si, en plus du no 1069 défendu par mon collègue Houlié, il ne fallait en retenir qu’un, ce serait celui-là. Je m’adresse à tous les collègues qui ne sont pas passionnés par le sujet de l’article 4 mais qui ont dans leur téléphone portable des photos de tribunes embrasées par des fumigènes festifs, lesquels sont à l’origine de la majorité des IAS. On peut réclamer de la sévérité à l’encontre des auteurs de violences contre les biens ou les personnes, et je peux comprendre ceux qui souhaitent également en faire preuve contre les personnes utilisant la pyrotechnie pour abîmer les sièges d’un stade ou lançant des fumigènes vers une autre tribune ou sur le terrain.

    En revanche, dans la plupart des cas, l’utilisation de la pyrotechnie est purement festive, elle ne porte atteinte ni aux biens ni aux personnes. Le sous-amendement que nous proposons offre l’occasion d’un jackpot au gouvernement. Ce dernier peut persister dans sa politique du chiffre, qui consiste à afficher une prétendue sévérité en prononçant de nombreuses IAS. Mais il pourrait aussi, avec le dispositif que nous proposons, significativement augmenter le taux de recouvrement des AFD et désencombrer les tribunaux administratifs, qui sont systématiquement saisis et annulent dans l’immense majorité des cas les IAS prononcées pour usage festif de la pyrotechnie.
    Le sous-amendement vise à instaurer le principe suivant : si une personne visée par une IAS pour un usage festif de la pyrotechnie ou une tentative en ce sens règle son AFD, l’IAS tombe. Il s’agit d’une proposition de bon sens sur laquelle je demande à M. le ministre une réponse argumentée.

    La parole est à M. Christophe Marion, pour soutenir l’amendement no 840.

    Nous demandons le rétablissement de cet article dans sa version initiale, qui proposait une extension temporelle et géographique des IAS. C’est indispensable car les violences peuvent commencer avant le match, lors de rassemblements de supporters, et continuer après, lors d’affrontements, de dégradations, de provocations. Surtout, elles ciblent nos valeurs, avec des discours de haine qui s’opposent à la passion du sport.
    L’article prévoyait de renforcer le dispositif permettant aux préfets de prononcer des IAS. On ne peut pas s’offusquer lorsqu’une sénatrice paraguayenne s’attaque à Kylian Mbappé et ne pas faire preuve de fermeté quand la même chose se passe dans un stade. Et si on parle de cette sénatrice, on peut aussi penser à l’influenceuse d’extrême droite Thaïs d’Escufon, qui a tenu des propos inadmissibles sur l’équipe de France en proposant de renvoyer ses joueurs par charter en Afrique. (MM. François Cormier-Bouligeon et Antoine Léaument applaudissent.) Rétablir l’article dans sa version initiale est une solution de bon sens : les faits visés doivent être suivis de sanctions et nos stades ne peuvent pas être des cirques où s’exprime la violence. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe EPR.)

    Les amendements identiques nos 5 de M. Éric Pauget, 233 de M. Thierry Liger, 243 de Mme Valérie Bazin-Malgras et 351 de M. Laurent Mazaury sont défendus.
    Quel est l’avis de la commission sur l’ensemble des amendements et sous-amendements en discussion commune ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Je vais essayer de ramasser dans une réponse globale les avis sur les amendements de rétablissement et sur les sous-amendements qui leur sont rattachés. Avant toute chose, je précise à nos collègues qui n’étaient pas avec nous en commission des lois et qui n’ont donc pas participé à nos échanges sur les IAS que, contrairement à ce qui a pu être dit, l’article 4 ne crée pas quelque chose de nouveau. Il est inexact de prétendre qu’en plein mois de juillet, nous inventerions un régime administratif d’interdiction. Les IAS existent dans le droit français depuis 2006…

    C’est le principe même de ce texte ! Tout ce qu’il prévoit est déjà dans le droit !

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • …et, en se combinant avec des interdictions judiciaires, permettent de traiter un problème. Elles ne sont pas une anomalie –⁠  M. Houlié ne me contredira pas si j’indique qu’elles existent dans d’autres pays. Par ailleurs, j’imagine que nous sommes tous d’accord pour dire que des mes individuelles sont toujours préférables à des sanctions collectives.
    Après la suppression de l’article 4 en commission, des échanges ont eu lieu entre le ministre de l’intérieur et plusieurs groupes politiques pour essayer de trouver une version de consensus ou, au moins, de convergence. La rédaction a été améliorée, avec un rétrécissement du dispositif proposé : les obligations débutent douze heures avant le match et se terminent douze heures après, alors que la rédaction initiale prévoyait deux fois vingt-quatre heures ; les IAS peuvent être prononcées pour un maximum de douze mois –⁠ vingt-quatre en cas de réitération –, et non plus respectivement vingt-quatre et trente-six mois ; et un seul pointage est désormais exigé.
    Certains ont évoqué la liberté d’aller et venir. Or, par le passé, le Conseil constitutionnel n’a rien trouvé à redire sur ce point à propos des IAS. M. Courbon a déposé un sous-amendement pour que les interdictions ne concernent pas le parcours de cortèges de supporters. Or, dans son avis, le Conseil d’État n’a pas relevé de difficultés de proportionnalité ou de motivation de la me.
    On peut toutefois encore améliorer le dispositif, comme cela a été le cas entre le passage en commission et l’examen en séance. C’est pourquoi j’émets un avis favorable au sous-amendement no 1067, M. Courbon ayant pointé les difficultés posées par les mots « injures publiques graves ou répétées ». Je suis en revanche défavorable à tous les autres sous-amendements à l’amendement du gouvernement.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • En introduction à ma réponse à cette longue discussion commune, je vais donner quelques chiffres. Pour la saison 2024-2025, pour laquelle nous disposons des statistiques définitives, les interpellations en marge des matchs de football ont augmenté de 26,7 % par rapport à la saison précédente, soit un passage de 718 à 910 interpellations. La pyrotechnie est loin d’être le seul motif puisque nous avons connu beaucoup d’attaques de convois de supporters par des individus au visage dissimulé, entre autres délits. Je donne ces éléments de bilan pour expliquer à Mme Taurinya ce qui justifie de nouvelles mes.
    À M. Amirshahi, j’indique qu’on ne crée pas une nouvelle police administrative. On se contente d’étendre le champ d’application de ce qui existe pour le faire coller à la réalité actuelle des troubles à l’ordre public. À Mme Chikirou, je signale que la procédure est contradictoire, avec des demandes d’observations, et que, surtout, elle se déroule sous le contrôle du juge administratif,…

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • …éventuellement dans le cadre d’un référé jugé en quarante-huit heures.

    Dans les faits, ce n’est pas appliqué !

    L’administratif, ce n’est pas du judiciaire !

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • S’il vous plaît, ne m’interrompez pas alors que j’explique seulement et modestement que le contrôle judiciaire et les garanties dont vous déploriez l’absence existent !
    Les interdictions judiciaires dont plusieurs orateurs ont parlé accompagnent souvent des sanctions prises pour des violences commises dans l’enceinte du stade. Il s’agit la plupart du temps de peines complémentaires…

    Non, c’est l’inverse !

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • …et, très souvent, elles sont prononcées deux ans après les faits. Comment voulez-vous prévenir des troubles à l’ordre public avec de tels délais ? Je vous ras sur un point important : quand une décision judiciaire est prise en s’appuyant sur les faits à l’origine d’une IAS, celle-ci tombe automatiquement. (M. Pouria Amirshahi proteste.)

    Elle tombe ? C’est pour ça que vous êtes à la ramasse…

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Je veux dire un mot aussi sur l’extension des zones où peut s’appliquer une IAS, au-delà du stade lui-même et de son pourtour. Un préfet ne pourra jamais prendre une interdiction valable dans toute une ville. Cela ne serait ni équilibré ni proportionné et serait immédiatement censuré par un juge administratif. En revanche, on connaît les points de rassemblement, autour de certains bars et, donc, sur la voie publique. C’est toujours là que les troubles ont lieu. À Paris, je pourrais citer une grande place concernée par le problème. Il vaut donc mieux qu’une personne administrativement interdite de stade soit empêchée de se rendre à ces endroits. L’extension prévue ne vise que ce cas-là.
    Monsieur Houlié, mes chiffres ne concordent pas du tout avec les vôtres. Après recensement auprès des préfets, on a dénombré 1 148 IAS prononcées entre 2023 et 2026, dont 5 % seulement ont été annulées.

    Parce que les autres personnes visées ne vont pas au tribunal !

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Je ne sais donc pas d’où vient le chiffre de 75 %. D’autre part, monsieur Courbon, seules un quart des IAS s’accompagnent d’une obligation de pointage. Il n’y en a aucune dans 75 % des cas, et nous souhaitons supprimer la condition selon laquelle il faut démontrer que la personne a l’intention de se soustraire à son obligation de pointage : elle est quasiment impossible à remplir.
    En revanche, je suis surpris par les cas que M. Houlié et vous avez cités, avec des personnes empêchées de se rendre à des obsèques ou de répondre à leurs obligations familiales. J’ai été préfet et je sais que, si elle est contactée, la préfecture lève l’obligation le temps nécessaire. Je l’ai moi-même fait à de nombreuses reprises. Le dispositif est en réalité très souple.
    D’autre part, je voudrais revenir sur les évolutions consenties par le gouvernement. Nous souhaitions porter la durée maximale des IAS à vingt-quatre mois. Nous y avons renoncé, sauf en cas de réitération, et nous restons sur douze mois. La nouvelle rédaction que nous proposons prévoit que l’IAS s’applique douze heures avant et douze heures après le match, et non plus deux fois vingt-quatre heures. Autre élément important : on passe à une seule obligation de pointage, contre un maximum de trois auparavant.
    J’en viens à la notion d’injures publiques relevée par M. Courbon. Cette mention a été ajoutée au Sénat, avec la précision qu’elles devaient être « graves ou répétées ». Je conviens que ce n’est pas facile à établir, et que c’est même très compliqué à établir, à la différence des autres motifs que nous avons retenus, notamment les actes d’incitation à la haine ou à la discrimination contre des personnes en raison de leur origine ou de leur orientation sexuelle, etc. En conséquence, si mon amendement est adopté, je serai, comme M. le rapporteur, favorable au sous-amendement no 1067 qui vise à supprimer cette mention.

    C’est dans l’autre sens que cela se passe !

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Enfin, Mmes Chikirou et Taurinya m’ont accusé de vouloir interdire l’accès au stade à certaines personnes pour les empêcher d’y exprimer des opinions.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Attention : d’une manière générale, les messages politiques sont proscrits des enceintes sportives par les fédérations ou les ligues professionnelles. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    Les propos homophobes ne leur posent pas de problèmes, mais avec les propos politiques, c’est une autre histoire !

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Ce n’est pas du tout un motif d’IAS. Personne n’est interdit de stade pour avoir exprimé un message politique où que ce soit et on n’interdit pas les gens de stade pour les empêcher de le faire.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • En résumé, je suis défavorable à l’ensemble des sous-amendements, sauf le no 1067, et évidemment favorable à l’amendement identique à celui du gouvernement. 

    Avant de donner la parole à l’ensemble des orateurs qui me l’ont demandée, je veux vérifier avec M. le rapporteur que sa position est la même que celle de M. le ministre. Vous êtes opposé à tous les amendements et sous-amendements, à l’exception de l’amendement du gouvernement, de l’amendement identique et du sous-amendement no 1067, c’est bien cela ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Vous avez lu en moi !

    Merci !
    La parole est à M. Corentin Le Fur.

    Nous abordons un sujet important. Si je salue le travail remarquable du ministre de l’intérieur et du rapporteur sur ce texte, je n’en reste pas moins extrêmement sceptique, voire extrêmement critique, sur le rétablissement de l’article 4. Je sais que mon avis est partagé par certains de mes collègues, notamment l’excellent Ian Boucard.
    À mon sens, on se trompe de combat en faisant preuve d’une telle sévérité à l’égard des supporters –⁠ nous en connaissons –, en particulier en imposant à certains une obligation de pointage, particulièrement préjudiciable. Par conséquent, accordons-nous au moins pour adopter les sous-amendements nos 1069, 1070 et 1071 de notre collègue Courbon, afin de supprimer cette obligation, excessivement préjudiciable et sévère lorsqu’il s’agit de réprimer de petites infractions. (M. Sacha Houlié applaudit.) Cet article traite en effet comme des délinquants des supporters qui ont eu le malheur de craquer un fumigène en leur imposant une obligation de pointage qui est disproportionnée.
    Chez moi, les gendarmes eux-mêmes viennent me voir en disant : « Cette obligation de pointage nous pénalise. Pour nous aussi, elle est extrêmement préjudiciable, puisqu’elle nous impose un travail administratif supplémentaire. »

    J’espère que le ministre prend des notes !

    M. Jean-François Coulomme

  • En avant Guingamp !

    …nous connaissons les supporters, notamment ceux du Kop Rouge –⁠ ce sont des artisans, des professeurs, des commerciaux –, à qui cette contrainte est imposée au risque de nuire considérablement à leur vie de famille. J’ai entendu votre argument, monsieur le ministre –⁠ on peut demander une dérogation. Néanmoins, il s’agit d’une contrainte supplémentaire. Supprimons donc cette obligation de pointage !
    Surtout, je crois qu’on se trompe de combat en visant les supporters et les associations de supporters. C’est envers la casse en marge des manifestations sportives et lors de la célébration des victoires qu’il nous appartient collectivement de nous montrer beaucoup plus fermes et plus sévères. (Mme Sophia Chikirou applaudit.)

    Oui, cent fois oui, à une loi anticasseurs !

    Je vous ai entendus, le premier ministre et vous-même : vous voulez avancer en ce sens, et c’est heureux. Reste qu’il ne faut pas se tromper de combat en pénalisant les supporters, comme le fait cet article. L’enjeu est bien de disposer enfin d’une loi permettant de frapper les casseurs au portefeuille et de faire le distinguo entre les supporters et ces individus qui n’ont rien à voir avec eux et qui empoisonnent la vie de nombreux commerçants et riverains. Il me semble indispensable de ne pas rétablir l’article 4. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe DR.)

    La parole est à Mme Danielle Simonnet.

    Monsieur le ministre, il est problématique d’étendre l’interdiction administrative de stade aux personnes ayant tenu des propos discriminatoires, et cela pour une raison : les propos comme les actes LGBTphobes et racistes relèvent du pénal. Par conséquent, en faire des infractions relevant de la justice administrative et de l’arbitraire des préfets pose d’abord un problème d’interprétation : comment sera considérée une banderole «  Free Palestine » ? La me risque de donner lieu à des atteintes disproportionnées à la liberté d’expression. Surtout, ce que vous proposez revient, de fait, à banaliser des délits de provocation à la discrimination, qui devraient plutôt faire l’objet de poursuites pénales.
    Quant au maintien d’une peine d’interdiction administrative de stade même lorsqu’un juge l’a levée, cela me semble dingue. Cela revient à faire du préfet un juge –⁠ et même pire : un juge au-dessus des juges ! C’est donc problématique. (M. Pouria Amirshahi applaudit.)
    D’autre part, j’avais déposé des amendements tendant à inscrire dans la loi une obligation de résultat en matière de lutte contre de tels propos pour les clubs et les organisateurs d’événements sportifs. On a décidé que ces amendements étaient des cavaliers législatifs. Alors que nous examinons une loi fourre-tout, truffée de nchères sécuritaires, totalement inefficace, vous ne vous êtes pas saisi d’une possibilité dont vous disposiez pourtant, monsieur le ministre : reprendre l’un de ces amendements, qui aurait permis de traduire dans le texte deux avis du Conseil d’État, lequel s’est prononcé par deux fois en faveur d’une obligation de résultat imposée aux clubs.
    Franchement, quand des clubs laissent passer des banderoles de vingt mètres de long portant des inscriptions LGBTphobes, convenez que leur complicité est totale ! Outre la responsabilité des supporters, il faut donc mettre en cause celle des clubs. Il s’agit d’un véritable problème : nous sommes très fiers de notre équipe et le football est très populaire, mais cela rend justement ce sport sacrément prescripteur, de sorte que les violences LGBTphobes ou racistes survenant dans les stades ne reflètent pas seulement les mentalités d’une partie de la société : elles peuvent aussi contribuer à les façonner. Or, ne l’oublions jamais, l’homophobie et le racisme tuent. Pensons aux victimes et donnons-nous les moyens de changer la donne, ce que permettrait une telle obligation de résultat ! (M. Pouria Amirshahi applaudit.)

    La parole est à M. Andy Kerbrat.

    Collègues, je ne pense pas que vous souhaitiez qu’une interdiction administrative de stade soit prononcée à l’encontre de Thaïs d’Escufon, cette célèbre raciste dont le nom a été prononcé ici. Il me semble que tout le monde est d’accord : pour avoir tenu des propos racistes, elle doit passer devant la justice. (Mme Danielle Simonnet applaudit.) Et si elle s’attaque à un autre club français et qu’elle tient de nouveaux propos racistes, j’espère qu’ils feront l’objet d’une procédure judiciaire.

    L’un n’empêche pas l’autre !

    Quoi qu’il en soit, nous restons décidés à voter contre les amendements tendant à rétablir l’article. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Votre réécriture ne nous a pas convaincus. Comme nous vous l’avons déjà dit en commission, le problème de l’article initial, comme de votre amendement de réécriture, vient de ce que vous n’avez pas consulté l’Association nationale des supporters. Ses membres vous avaient pourtant alertés lors des travaux auxquels ils ont participé aux côtés de certains parlementaires, non pour représenter nos clubs respectifs, mais pour une raison de fond : bien que j’adore le FC Nantes et la Brigade Loire –⁠ sans être le plus footeux de cette assemblée, je pense –, je ne viens pas ici pour défendre mon club, mais parce que je ne trouve pas normal que l’interdiction de stade relève du registre administratif. Elle doit être prononcée par l’autorité judiciaire ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe EcoS.)
    Quelqu’un, un con –⁠ disons-le clairement – qui tiendrait des propos LGBTphobes au sein de l’Assemblée nationale –⁠ chacun sait que je suis plutôt tatillon sur ce genre de questions – devrait être condamné par la justice ; c’est à elle qu’il revient de décider d’une éventuelle interdiction de stade. (Mêmes mouvements.) L’interdiction administrative de stade n’a de valeur qu’entre le moment où le fait est commis et le passage en justice. Or, en réalité, seules les interdictions administratives ont cours. Voilà ce que votre texte vise à aggraver : il n’y aura plus de justice.

    Vous pouvez bien raconter ce que vous voulez sur les possibilités de recours devant le juge administratif. Vous savez aussi bien que moi que les juridictions administratives sont sous l’eau : vous les avez noyées en durcissant le droit des étrangers et en instaurant ce genre de bêtises ! (Mme Sophia Chikirou applaudit.) Les durées de traitement sont si longues que le droit de recours n’est pas effectif. Monsieur Nuñez, retirez cet amendement ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe EcoS.)

    La parole est à Mme Agnès Pannier-Runacher.

    Mme Agnès Pannier-Runacher

  • La position que je vais défendre différera peut-être un peu de celle de mon groupe.
    Le rétablissement de l’article 4 me gêne un peu (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS. –⁠ MM. Ian Boucard et Corentin Le Fur applaudissent également), pour des raisons qui tiennent à mon expérience : je connais des supporters qui, tout en se comportant tout à fait bien, peuvent craquer des fumigènes de manière festive. Tout le monde s’accordera pour reconnaître que c’est interdit et que c’est mal, mais de là à devoir pointer trois fois par semaine au commissariat… (Mêmes mouvements.) Car c’est bien de cela qu’il s’agit : championnat le samedi, coupe d’Europe le mercredi et championnat le samedi qui suit, cela fait trois fois en une semaine. Il s’agit de la vie des gens et la me me semble disproportionnée, je tenais à le dire ici.
    Peut-être pouvons-nous nous rallier aux sous-amendement nos 1069 et identique afin de corriger ce défaut, en sus du sous-amendement no 1067, sur lequel le rapporteur Vincent Caure a donné un avis favorable et de l’amendement no 889, dans lequel je remercie le gouvernement d’avoir esquissé un premier chemin de compromis en s’écartant de la rédaction initiale. Autrement dit, j’invite soit à ne pas adopter d’amendement tendant à rétablir l’article 4, soit à le sous-amender. N’envoyons pas d’honnêtes gens pointer trois fois par semaine au commissariat au risque d’affecter leur vie : pas si nombreux, un peu portés sur la fête et surtout très passionnés de football, ils restent –⁠ j’en connais – de bons citoyens. (MM. Ian Boucard et Corentinl Le Fur applaudissent.)

    La parole est à M. Pierrick Courbon.

    Je salue les quelques ouvertures du rapporteur et du ministre, notamment en faveur de la suppression de la mention des injures publiques, qui relève du bon sens.
    Je vais commencer par un propos qui ne sera pas forcément politiquement correct. Monsieur le ministre, vous avez mentionné 910 interpellations. C’est beaucoup, certes : ce sont 910 faits de trop. Mais, rapportés aux 13 millions d’entrées annuelles dans des stades de football –⁠ en ligue 1, en ligue 2 et en coupe d’Europe –, cela fait moins de 0,01 % de comportements problématiques. Ceux-ci constituent donc un simple reliquat statistique et non un problème systémique de la part des supporters. (M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit.)
    Notre attachement à la question des supporters tient à une autre raison. Comme notre collègue Kerbrat l’a dit, il ne procède pas d’un biais territorial ou d’une volonté de nous adresser à tel ou tel public de nos circonscriptions respectives, mais du constat que, dans notre société, les endroits ne sont plus si nombreux où vous pouvez rencontrer, assis à la même tribune, un prof, un cadre sup et, qui sait, un député, voire un membre du cabinet du ministre de l’intérieur, qui se retrouvent au même moment pour célébrer le sport et soutenir une équipe de football. Il faut défendre ces lieux de rassemblement et de mixité sociale.
    J’en viens aux éléments de réponse de M. le ministre. Afin de lutter contre la violence, objectif que nous partageons, nous avions proposé de muscler l’arsenal juridique avec des mes judiciaires, ce que vous avez refusé de faire, préférant vous en tenir à des mes administratives. Or, vous l’avez reconnu vous-même, le problème des mes judiciaires, c’est que les procédures mettent deux ans à aboutir. Outre qu’un tel délai soulève la question des moyens de la justice, vous conviendrez, je pense, qu’obliger quelqu’un à aller pointer au commissariat toutes les semaines avant d’être innocenté par la justice au bout de deux ans –⁠ sachant que les interdictions administratives de stade qui sont contestées devant le tribunal administratif sont très régulièrement annulées, notamment celles qui avaient été prononcées pour pyrotechnie festive – constitue une me tout à fait disproportionnée.

    Je termine, madame la présidente, en vous disant… (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’orateur.)

    M. Jérémie Patrier-Leitus

  • Droit au but, s’il vous plaît !

    Vous avez terminé, monsieur le député. Tous les orateurs qui le souhaitaient ayant pu s’exprimer, tant sur l’ensemble de la discussion commune que sur chacun des amendements et des sous-amendements, je vais maintenant procéder à leur mise aux voix.

    (L’amendement no 112 est retiré.)
    (M. Corentin
    Le Fur applaudit.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 929.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        131
            Nombre de suffrages exprimés                131
            Majorité absolue                        66
                    Pour l’adoption                46
                    Contre                85

    (Le sous-amendement no 929 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 930.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        135
            Nombre de suffrages exprimés                135
            Majorité absolue                        68
                    Pour l’adoption                46
                    Contre                89

    (Le sous-amendement no 930 n’est pas adopté.)

    (Le sous-amendement no 1041 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix les sous-amendements identiques nos 931 et 1062.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        135
            Nombre de suffrages exprimés                135
            Majorité absolue                        68
                    Pour l’adoption                46
                    Contre                89

    (Les sous-amendements identiques nos 931 et 1062 ne sont pas adoptés.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1063.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        129
            Nombre de suffrages exprimés                107
            Majorité absolue                        54
                    Pour l’adoption                20
                    Contre                87

    (Le sous-amendement no 1063 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1064.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        132
            Nombre de suffrages exprimés                106
            Majorité absolue                        54
                    Pour l’adoption                17
                    Contre                89

    (Le sous-amendement no 1064 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1065.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        133
            Nombre de suffrages exprimés                107
            Majorité absolue                        54
                    Pour l’adoption                18
                    Contre                89

    (Le sous-amendement no 1065 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1066.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        134
            Nombre de suffrages exprimés                133
            Majorité absolue                        67
                    Pour l’adoption                46
                    Contre                87

    (Le sous-amendement no 1066 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1005 rectifié.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        133
            Nombre de suffrages exprimés                107
            Majorité absolue                        54
                    Pour l’adoption                18
                    Contre                89

    (Le sous-amendement no 1005 rectifié n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1067.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        134
            Nombre de suffrages exprimés                74
            Majorité absolue                        38
                    Pour l’adoption                70
                    Contre                4

    (Le sous-amendement no 1067 est adopté.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1068.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        130
            Nombre de suffrages exprimés                108
            Majorité absolue                        55
                    Pour l’adoption                22
                    Contre                86

    (Le sous-amendement no 1068 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 932.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        135
            Nombre de suffrages exprimés                135
            Majorité absolue                        68
                    Pour l’adoption                46
                    Contre                89

    (Le sous-amendement no 932 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1006.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        135
            Nombre de suffrages exprimés                135
            Majorité absolue                        68
                    Pour l’adoption                46
                    Contre                89

    (Le sous-amendement no 1006 n’est pas adopté.)

    On enchaîne les victoires !

    Je mets aux voix les sous-amendements identiques nos 933 et 1069.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        133
            Nombre de suffrages exprimés                133
            Majorité absolue                        67
                    Pour l’adoption                45
                    Contre                88

    (Les sous-amendements identiques nos 933 et 1069 ne sont pas adoptés.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1070.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        129
            Nombre de suffrages exprimés                102
            Majorité absolue                        52
                    Pour l’adoption                42
                    Contre                60

    (Le sous-amendement no 1070 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1071.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        133
            Nombre de suffrages exprimés                127
            Majorité absolue                        64
                    Pour l’adoption                39
                    Contre                88

    (Le sous-amendement no 1071 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix les amendements identiques nos 889 du gouvernement et 828, sous-amendés.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        133
            Nombre de suffrages exprimés                98
            Majorité absolue                        50
                    Pour l’adoption                40
                    Contre                58

    (Les amendements identiques nos 889 et 828, sous-amendés, ne sont pas adoptés.)
    (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)

    Je mets aux voix l’amendement no 840.

    (Le vote à main levée n’ayant pas été concluant, il est procédé à un scrutin public.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        131
            Nombre de suffrages exprimés                95
            Majorité absolue                        48
                    Pour l’adoption                37
                    Contre                58

    (L’amendement no 840 n’est pas adopté.)

    (L’amendement no 233 est retiré.)

    Je mets aux voix, par scrutin public, les amendements identiques nos 5, 243 et 351.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        127
            Nombre de suffrages exprimés                87
            Majorité absolue                        44
                    Pour l’adoption                19
                    Contre                68

    (Les amendements identiques nos 5, 243 et 351 ne sont pas adoptés.)

    La parole est à M. Antoine Léaument, pour un rappel au règlement. Sur quel article le fondez-vous ?

    Je ne me souviens plus de son numéro : il s’agit de l’article qui précise que vous devez donner les avis de la commission et du gouvernement pour chaque amendement. Vous avez dit, pour l’amendement no 889 du gouvernement, que l’avis de la commission était favorable ; or l’avis favorable était celui du rapporteur à titre personnel, la commission ayant voté contre –⁠ je me réjouis d’ailleurs que l’Assemblée ait fait de même. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)

    Je suis saisie de plusieurs demandes de scrutin public : sur les amendements nos 704 et 705, par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire ; sur les amendements nos 281 et 282, par le groupe Socialistes et apparentés.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    La parole est à M. Nicolas Sansu, pour soutenir l’amendement no 704.

    Toujours en ce qui concerne les interdictions de stade, l’amendement vise à supprimer les interdictions commerciales de stade (ICS), qui sont prononcées par les clubs et non par l’autorité judiciaire. Elles peuvent paraître pertinentes au premier abord : compte tenu de la relation contractuelle qui lie le stade et les supporters, si ces derniers ne respectent pas les termes du contrat, le club peut leur interdire l’accès au stade.
    Cependant, les clubs outrepassent leur fonction première de centre commercial du sport. Les stades, qui sont majoritairement des équipements publics, sont aussi des lieux de sociabilité et d’expression politique ; ils constituent parfois, pour certaines personnes, l’unique loisir de la semaine. Du fait de cette évolution, les politiques de sanction des supporters doivent être revues.
    Les ICS sont dépourvues des garanties fondamentales de la procédure judiciaire : elles ne sont assorties ni d’un débat contradictoire ni de la possibilité de faire appel. Il est normal que les actes de violence, de racisme ou d’homophobie soient sanctionnés ; ils tombent d’ailleurs déjà sous le coup du droit pénal. Mais les ICS ne répondent pas à la même logique : dénuées de tout cadre juridique, elles dotent les clubs d’un véritable pouvoir de police.
    En pratique, ce pouvoir est fréquemment détourné pour en faire un instrument répressif à l’encontre des supporters critiquant la direction ou la politique du club. Nombreuses sont les associations de supporters qui en ont fait les frais, comme à Laval ou à Saint-Étienne.
    Comme l’a souligné le rapport de 2020 de M. Houlié et Mme Buffet, ce dispositif est attentatoire aux libertés et insuffisamment encadré. Nous ne pouvons l’accepter. Certains clubs partagent d’ailleurs notre position : ainsi, le Racing club de Lens a décidé d’encadrer sa procédure d’ICS, en permettant un débat contradictoire et en ouvrant la possibilité de faire appel. Il n’est pas normal que les clubs aient de l’avance sur le législateur.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Avis défavorable. Les ICS, créées en 2016, permettent d’agir, parfois face à des comportements qui ne réclament pas de mes de police administrative. Libre aux clubs d’adopter des politiques internes comme celle que vous avez citée à propos du RC Lens. Les ICS restent très utiles.

    Ça sert surtout à virer les gens qui ne sont pas d’accord !

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • J’ai un peu de mal à comprendre cet amendement. Les ICS visent à responsabiliser les clubs, selon une logique commerciale, en leur permettant de suspendre des abonnements. Nous aimerions d’ailleurs que certains clubs prennent davantage leurs responsabilités. Je suis très défavorable à cet amendement.

    Je mets aux voix l’amendement no 704.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        104
            Nombre de suffrages exprimés                104
            Majorité absolue                        53
                    Pour l’adoption                33
                    Contre                71

    (L’amendement no 704 n’est pas adopté.)

    Je suis saisie de deux amendements, nos 705 et 281, pouvant être soumis à une discussion commune.
    La parole est à M. Nicolas Sansu, pour soutenir l’amendement no 705.

    Cet amendement de repli vise à borner dans le temps les interdictions commerciales de stade. Pour le moment, leur durée théorique maximale est de dix-huit mois –⁠ non pas par choix du législateur, mais du fait des limites imposées par le cadre européen en matière de conservation des données personnelles. Ce n’est donc, en réalité, même pas la durée de la sanction qui est plafonnée, mais la durée légale de conservation des données d’identité des supporters.
    Cette durée très longue et qui ne peut être contestée par l’intéressé –⁠ contrairement aux IAS – fait de l’interdiction commerciale de stade la seule interdiction non encadrée. Or les IAS et les interdictions judiciaires, qui sont encadrées, sont déjà largement attentatoires aux droits des supporters !
    Même si nous appelons à la suppression du mécanisme, cet amendement de repli permet de ramener sa durée maximale à six mois. Je pense que vous pourrez le comprendre, monsieur le rapporteur et monsieur le ministre !

    La parole est à M. Sacha Houlié, pour soutenir l’amendement no 281.

    Il s’agit également d’encadrer la durée des interdictions commerciales de stade. Leur légitimité ne peut pas être la même que celle des interdictions judiciaires ou administratives. L’interdiction judiciaire doit primer –⁠ elle prend généralement la forme d’une peine complémentaire infligée à un supporter pour une infraction commise dans une enceinte sportive ou à proximité. Sa durée maximale est de cinq ans. La durée maximale de l’interdiction administrative, quant à elle, est de douze mois. L’amendement no 281 tend à limiter la durée de l’interdiction prononcée par un club –⁠ c’est-à-dire une autorité privée – à neuf mois.
    Je me permets de présenter également l’amendement no 282, qui vise à instaurer une me de coordination. Lorsqu’une interdiction judiciaire est prononcée, elle fait tomber l’interdiction administrative. Dans la même logique, il convient que les préfectures aient connaissance des interdictions commerciales, afin de ne pas prononcer une interdiction administrative qui se cumulerait à une interdiction commerciale, sans coordination de leurs durées. L’amendement no 282 prévoit ainsi qu’à chaque fois qu’un club prononce une interdiction commerciale, il transmet cette information au préfet, afin qu’il en tire les conséquences s’agissant de ses propres interdictions.

    Quel est l’avis de la commission sur ces trois amendements ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Les interdictions commerciales de stade relèvent du pouvoir d’organisation et de gestion des enceintes sportives par leurs exploitants ou par les propriétaires et gestionnaires des clubs. Les pratiques observées varient selon les clubs, les circonstances, les faits reprochés et le niveau de risque présenté par les personnes concernées.
    Dès lors, l’instauration d’un plafond unique de six ou neuf mois ne me paraît pas justifiée ; elle risquerait de réduire la capacité des organisateurs à prévenir efficacement les comportements dangereux.
    Avis défavorable sur les trois amendements.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Même avis, pour les mêmes motifs.

    Je mets aux voix l’amendement no 705.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        95
            Nombre de suffrages exprimés                95
            Majorité absolue                        48
                    Pour l’adoption                28
                    Contre                67

    (L’amendement no 705 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix l’amendement no 281.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        97
            Nombre de suffrages exprimés                97
            Majorité absolue                        49
                    Pour l’adoption                29
                    Contre                68

    (L’amendement no 281 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix l’amendement no 282.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        99
            Nombre de suffrages exprimés                99
            Majorité absolue                        50
                    Pour l’adoption                12
                    Contre                87

    (L’amendement no 282 n’est pas adopté.)

    Je suis saisie de plusieurs demandes de scrutin public : sur les amendements nos 707 et 708, par le groupe Gauche démocrate et républicaine ; sur l’amendement no 807, par le groupe Écologiste et social.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    La parole est à M. Nicolas Sansu, pour soutenir l’amendement no 707.

    Il s’agit de renforcer les garanties procédurales entourant les IAS, en donnant aux supporters concernés un accès effectif aux éléments sur lesquels l’administration fonde sa décision. Monsieur le ministre, 75 % des interdictions administratives qui font l’objet d’un recours devant le juge administratif sont annulées. Certes, tout le monde ne dépose pas un tel recours ; c’est ce qui explique l’inexactitude du chiffre que vous avez communiqué tout à l’heure.
    Les annulations des IAS par le juge administratif résultent généralement d’un défaut de preuves matérielles ou d’une erreur d’identification de la personne visée. Ce constat conduit à interroger la fiabilité du dispositif et justifie de mieux garantir les droits de la défense en amont. Aujourd’hui, lors de la procédure prétendument contradictoire, de nombreuses préfectures refusent de communiquer les photographies, vidéos et autres éléments censés justifier la décision. Le supporter est alors invité à présenter des observations sans connaître les faits précis qui lui sont reprochés.
    Cet amendement vise à garantir le respect des droits de la défense et à limiter les erreurs qui conduisent à des restrictions de liberté injustifiées. Je rappelle que les IAS sont inscrites au casier judiciaire, si bien que certains supporters visés par ces interdictions peuvent se retrouver en difficulté : ainsi, un supporter que je connais particulièrement n’a pas pu devenir sapeur-pompier à cause d’une IAS.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Vous proposez de soumettre toute décision d’IAS à une procédure contradictoire.

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Or l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration (CRPA) impose déjà –⁠ sauf conditions d’urgence – une telle procédure, les IAS relevant d’une décision individuelle défavorable de police administrative. Avis défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Avis défavorable, pour la raison que M. le rapporteur vient d’exposer : la procédure contradictoire est déjà prévue dans ces situations. L’accès au dossier, prévu par l’article L. 122-2 du code des relations entre le public et l’administration, est quant à lui réservé aux seules mes « à caractère de sanction », ce qui n’est pas le cas des mes de police administrative.

    C’est tout de même de l’arbitraire !

    Je mets aux voix l’amendement no 707.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        100
            Nombre de suffrages exprimés                100
            Majorité absolue                        51
                    Pour l’adoption                31
                    Contre                69

    (L’amendement no 707 n’est pas adopté.)

    L’amendement no 708 de Mme Elsa Faucillon est défendu.
    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Même avis.

    Je mets aux voix l’amendement no 708.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        96
            Nombre de suffrages exprimés                96
            Majorité absolue                        49
                    Pour l’adoption                27
                    Contre                69

    (L’amendement no 708 n’est pas adopté.)

    La parole est à M. le ministre, pour soutenir l’amendement no 890 rectifié.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Il vise à créer une interdiction de paraître. M. le député Le Fur disait tout à l’heure que nous devions tenir compte des événements récents : la rédaction du présent amendement est directement inspirée des incidents à répétition qui ont eu lieu à l’issue d’un certain nombre de manifestations sportives. Tout récemment, les célébrations consécutives à la finale de la Ligue des champions ont ainsi été l’occasion d’incidents et de débordements graves.
    L’amendement vise à permettre au représentant de l’État dans le département ou, à Paris, au préfet de police, « [d’] interdire à toute personne ayant commis de manière répétée des agissements violents contre des personnes ou des biens ou un acte violent d’une particulière gravité en marge d’une manifestation sportive, et à l’égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser qu’elle est susceptible de réitérer ces agissements, de paraître en tout lieu ouvert au public dans lequel des troubles graves sont susceptibles de se produire [….] ».
    Il ne s’agit pas d’une interdiction pour plusieurs semaines ou pour plusieurs mois, mais d’une interdiction de paraître limitée à une manifestation sportive, un événement –⁠ pensons par exemple à l’avenue des Champs-Élysées les soirs de match du Paris Saint-Germain ou de l’équipe de France, ou à d’autres lieux encore, à Paris comme en province.
    Cette me de police administrative très importante est donc directement issue de l’expérience des débordements que nous avons connus lors de célébrations sportives.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Avis favorable, motivé par les images –⁠ que nous avons tous en mémoire – de la soirée qui a suivi, à Paris, la finale de la Ligue des champions.
    Nous ne visons pas les supporters des clubs, mais les individus qui font de ces événements une occasion de commettre des troubles, par exemple en utilisant des mortiers d’artifice contre les forces de l’ordre –⁠ nous en avons déjà débattu avant-hier.
    Cette interdiction de paraître est similaire dans son esprit à celle que nous avions votée l’année dernière lors de l’examen du projet de loi visant à sortir la France du piège du narcotrafic.

    Qui n’a servi à rien !

    La parole est à M. Ugo Bernalicis, pour un rappel au règlement.

    Au titre de l’article 100, sur l’organisation de nos débats et sur vos pouvoirs en tant que présidente. Si notre règlement ne garantit qu’une prise de parole pour et une prise de parole contre par amendement, les circonstances sont inhabituelles : de nombreuses dispositions ont été supprimées en commission, les sous-amendements sont nombreux, etc. Nous étions donc partis du principe que, sur les amendements du gouvernement, un orateur de chaque groupe aurait la possibilité de s’exprimer ; il est impossible, sinon, de se prononcer.

    Cela était en effet convenu, mais pas pour les articles additionnels.

    Certes, mais le même principe doit s’appliquer !

    Après l’article 4 (suite)

    Ne perdons pas davantage de temps. La parole est à M. Pouria Amirshahi.

    Vos propos, monsieur le rapporteur, monsieur le ministre, mettent en lumière plusieurs points.
    Premièrement, monsieur le rapporteur, vous avez dit que cet amendement était le bienvenu au lendemain des incidents survenus le soir de la célébration de la victoire du Paris Saint-Germain : voilà qui illustre bien comment des lois émotionnelles contribuent à l’inflation législative ! Tout part d’un fait divers –⁠ qu’une autre doctrine de police aurait permis de gérer autrement, mais je n’entrerai pas maintenant dans ce débat –, alors que nous disposons déjà largement des mes permettant de faire face à ce genre de situation, y compris par de la prévention. Monsieur le ministre, je vous avais d’ailleurs directement interpellé, lors d’une séance de questions au gouvernement, sur la manière dont Madrid ou Londres préparent les soirées de fête et de célébration.
    Deuxièmement, nous voyons bien comment les interdictions de paraître, qui ne visaient initialement que les étrangers, ont donné lieu, petit à petit, à nombre de mes de police administrative allant dans le même sens d’une restriction de la liberté d’aller et de venir, au-delà du cas des seuls étrangers. Ceux qui pensent qu’en s’en prenant aux étrangers, on ne s’en prend qu’aux fauteurs de troubles, devraient voir qu’à la fin, tout le monde est concerné : création des fameuses Micas, création des interdictions administratives de paraître à l’occasion des grands événements, notamment pour les Jeux olympiques et paralympiques de 2030, généralisation des interdictions administratives de paraître par la loi dite « narcotrafic » –⁠ M. le rapporteur vient de le rappeler –, extension des interdictions administratives de stade par le présent projet de loi.
    Il y a enfin, monsieur le ministre, une contradiction dans votre raisonnement. Vous avez dit tout à l’heure : n’ayez crainte, car il est établi qu’en référé, en moins de quarante-huit heures, une décision du juge peut revenir sur la décision de l’autorité administrative. Toutefois, vous avez également affirmé que l’interdiction de paraître à l’occasion d’un événement sportif valait douze heures avant et douze heures après ce dernier : concrètement, le juge n’aura aucune possibilité de revenir sur la décision administrative.

    La parole est à M. Carlos Martens Bilongo.

    M. Carlos Martens Bilongo

  • Monsieur le ministre, l’exposé sommaire de votre amendement fait référence à l’article 4 du projet de loi ; mais vous avez été mis en minorité et la suppression de l’article 4 a été maintenue.
    Vous appuyez votre argumentation sur les événements survenus après la finale de la Ligue des champions remportée par le Paris Saint-Germain. Je vous ai cependant écrit à propos de Rafaël, un jeune homme qui a perdu un œil après la demi-finale. Selon un reportage de Mediapart, le soir de la finale, trois personnes ont également été mutilées.
    Vos projets de loi ne font que créer des tensions en réaction à des événements que nous aurions pu organiser et planifier nous-mêmes. Des personnes sont arrivées en toute tranquillité au Trocadéro pour célébrer une victoire et passer un bon moment à Paris ; en à peine quatre minutes, pourtant, Rafaël a perdu un œil, lui qui n’avait rien cassé et qui ne voulait que fêter la victoire. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
    M. Amirshahi a raison : dans nos communes, à Paris et ailleurs, nous pouvons créer et encadrer des moments populaires et festifs, pour que tout le monde puisse s’amuser et rentrer ensuite tranquillement chez soi. À chaque fois, pourtant, vous cherchez à criminaliser et à stigmatiser. L’exposé sommaire de votre amendement indique que vous entendez qu’on puisse interdire de paraître à des personnes qui n’ont parfois rien à se reprocher et ne veulent que célébrer une victoire populaire. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    La parole est à Mme Andrée Taurinya.

    Madame la présidente, je vous demande une suspension de séance.

    Suspension et reprise de la séance

    La séance est suspendue.

    (La séance, suspendue à dix-sept heures vingt-cinq, est reprise à dix-sept heures trente.)

    (L’amendement no 890 rectifié est adopté.)

    Quel manque de cohérence !

    La parole est à M. Damien Girard, pour soutenir l’amendement no 807.

    Cet amendement poursuit un objectif simple : permettre le réexamen des interdictions administratives de stade d’une durée égale ou supérieure à quatre mois. Les mes de police administrative doivent toujours rester nécessaires, adaptées et proportionnées. Or elles sont prononcées à un instant donné, alors que la situation et le comportement de la personne concernée peuvent évoluer.
    Notre droit prévoit déjà de telles possibilités de réexamen dans d’autres domaines. Il n’y a aucune raison pour que les interdictions de stade échappent à cette logique. Elles présentent d’ailleurs une spécificité : leurs effets dépendent directement du calendrier des compétitions. Deux interdictions de même durée peuvent avoir des conséquences très différentes selon la date à laquelle elles sont prononcées.
    L’amendement ne retire aucun pouvoir au préfet. Il lui donne simplement la possibilité d’adapter sa décision lorsque les circonstances ont évolué, dans le respect du principe de proportionnalité qui fonde notre État de droit. Je vous invite donc à adopter cet amendement. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.)

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Défavorable également.

    Je mets aux voix l’amendement no 807.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        85
            Nombre de suffrages exprimés                85
            Majorité absolue                        43
                    Pour l’adoption                31
                    Contre                54

    (L’amendement no 807 n’est pas adopté.)

    La parole est à M. Ian Boucard, pour soutenir l’amendement no 213.

    Il s’agit d’encadrer le pouvoir de police administrative des préfets concernant les interdictions de déplacement de supporters. J’ai été sensible au fait que le ministre de l’intérieur indique vouloir individualiser les sanctions et ne pas les rendre collectives. Or, dans le cas des interdictions de déplacement, elles sont clairement collectives.
    On peut ainsi se retrouver dans des situations ubuesques où, par exemple, le préfet prononce une interdiction alors que des supporters ont déjà entrepris leur déplacement. À vingt-quatre heures du match, la justice administrative ne peut plus intervenir. Et, parce qu’il y a eu des dérives lors d’un match il y a vingt-cinq ans, les supporters de Cannes –⁠ en National 2 – sont par exemple interdits de déplacement à Nîmes, ou les supporters de Sochaux empêchés de se rendre à Dijon.
    Comme l’interdiction repose sur la qualité de supporter, le simple fait de porter le maillot de Dijon à Sochaux –⁠ ou l’inverse – fait de vous un délinquant. Cela soulève un problème d’interprétation.
    Deux arguments pour finir. Le premier est celui de M. Courbon. Il a raison de rappeler que les tribunes de stade sont l’un des derniers espaces de sociabilisation –⁠ il n’en reste plus beaucoup dans notre pays – où un chef d’entreprise et son ouvrier peuvent se retrouver dans la même tribune. (Plusieurs députés du groupe LFI-NFP approuvent.)
    Le second concerne la qualité de supporter. On l’a vu récemment, les supporters peuvent être empêchés de se déplacer, mais les partenaires –⁠ ceux qui sont en loge – peuvent, eux, se rendre au match. Cela pose un problème d’équité. (Mêmes mouvements.) Nous sommes une grande République, et nous avons un bon ministre de l’intérieur. L’État devrait donc être en me de garantir la sécurité d’une rencontre sportive –⁠ qu’il s’agisse de Nîmes-Cannes, de Sochaux-Dijon ou de n’importe quelle autre rencontre.

    Enfin, je partage les propos de M. Le Fur : les débordements qui ont lieu après certains matchs –⁠ notamment après la deuxième victoire du Paris Saint-Germain en Ligue des champions – ne sont pas forcément le fait de ceux qui étaient au stade –⁠ en l’espèce au Parc des Princes. Il s’agit plutôt de faits de nature comparable à certaines manifestations : des groupes violents comme les black blocs se mêlent aux cortèges sans être des supporters de football –⁠ ou des militants lors des manifestations du 1er mai – pour tout casser dans Paris. (Exclamations sur quelques bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)

    Pour une fois, j’allais dans votre sens : ce n’est pas parce que les black blocs sont présents le 1er mai qu’ils sont militants politiques. (M. Carlos Martens Bilongo fait un geste de la main pour indiquer à l’orateur qu’il doit s’interrompre.)
    Cher collègue, ce n’est pas à vous de me dire quand finir mon intervention. J’arrêterai quand la présidente me le dira. Nous devons pouvoir asr la sécurité.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Avis défavorable. Vous allez en partie dans le même sens que certains des collègues qui se trouvent derrière moi, mais pour des raisons de construction juridique, votre rédaction pose problème : elle reprend des éléments utilisés pour les interdictions individuelles et les applique à des interdictions collectives, affaiblissant l’opérationnalité de votre dispositif.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Il serait compliqué de mettre en œuvre une telle me. J’en comprends la logique –⁠ interdire uniquement les déplacements des fauteurs de troubles. Mais, lorsque les préfets prennent des interdictions de déplacement, elles peuvent être partielles. Dans ce cas, les déplacements sont encadrés : on autorise 700 ou 800 personnes, qu’on conduit jusqu’au stade. La fête a donc bien lieu, elle est très encadrée, je le répète, et cela mobilise énormément de forces de l’ordre.
    Interdire individuellement ne serait pas suffisant : lorsqu’on interdit un déplacement, c’est parce qu’on craint des troubles graves à l’ordre public, et que les supporters du club accueillant attaquent à un moment ou à un autre les visiteurs. Ce n’est pas en isolant quelques individus que l’on empêchera les débordements –⁠ la me doit donc être collective pour être opérationnellement efficace. Je vous demande de bien vouloir retirer votre amendement ; à défaut, mon avis sera défavorable.
    Je le répète, beaucoup de déplacements sont encadrés : les forces de l’ordre vont chercher les supporters sur une aire d’autoroute, encadrent les bus et leurs occupants, puis les conduisent jusqu’au stade.
    Un clin d’œil à M. Sacha Houlié : si nous devons encadrer les supporters visiteurs, c’est bien que tout n’est pas à l’eau de rose dans le football. Mais nous le faisons, et cela sécurise les déplacements. Je souhaite qu’on en reste à ces mes collectives.

    La parole est à M. Pouria Amirshahi.

    Monsieur Boucard, nous sommes plus convaincus par votre exposé sommaire que par votre défense de l’amendement.

    M. Carlos Martens Bilongo

  • Voilà !

    C’est vraiment dommage !

    Cet amendement est intéressant à plusieurs titres. Le premier, c’est vous, monsieur le ministre, qui l’avez soulevé : vous estimez qu’il vaut mieux des mes indiscriminées car on ne pourrait pas distinguer entre les supporters et ceux qui portent les maillots.
    J’entends votre logique, mais une telle me touche aux libertés individuelles. Si vous confondez toutes les personnes qui se trouvent dans ou à proximité d’un moment festif où il peut y avoir des débordements, ou des individus mal intentionnés, vous empêchez la fête –⁠ clairement, l’esprit de fête n’est pas votre terrain naturel. Mais vous empêchez aussi les clubs et les supporters –⁠ issus de milieux sociaux différents – de se retrouver et de partager ce moment.
    En outre, monsieur Boucard, l’exemple du 1er mai n’est pas bon, car on ne peut distinguer les militants politiques des manifestants qui ne seraient pas militants.

    J’ai parlé des black blocs !

    C’est vous qui avez parlé des militants politiques.

    Non, des black blocs ! Vous les considérez comme les vôtres ?

    Non, vous n’avez pas dit ça !

    Si c’est le cas, tant mieux.

    Oui, je fais la distinction !

    Si ce n’est pas le cas, vous me le direz, même en aparté –⁠ cela me va.

    En tout cas, nous sommes pour cet amendement.

    Je mets aux voix l’amendement no 213.

    (Le vote à main levée n’ayant pas été concluant, il est procédé à un scrutin public.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        88
            Nombre de suffrages exprimés                69
            Majorité absolue                        35
                    Pour l’adoption                45
                    Contre                24

    (L’amendement no 213 est adopté.)

    Suspension et reprise de la séance

    La séance est suspendue.

    (La séance, suspendue à dix-sept heures trente-cinq, est reprise à dix-sept heures cinquante-cinq.)

    Je suis saisie de trois amendements identiques, nos 83, 709 et 746, qui tendent à supprimer l’article 4 bis A et font l’objet d’une demande de scrutin public par le groupe de la Gauche démocrate et républicaine.
    Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    La parole est à Mme Élisa Martin, pour soutenir l’amendement no 83.

    Nous en revenons au sujet des amendes forfaitaires délictuelles (AFD), auxquelles nous sommes radicalement opposés pour plusieurs raisons : la confusion entre celui qui constate le délit et celui qui prononce la peine, l’absence de contradictoire et d’individualisation de celle-ci, l’absence de garanties procédurales et le non-respect de la présomption d’innocence.
    On sait que votre obsession, ou celle de votre collègue ministre de la justice –⁠ car on a du mal à voir où passe la frontière entre votre domaine et le sien –, est la gestion du stock et du flux d’affaires, mais la Cour des comptes a montré qu’en la matière les AFD ne résolvaient rien.
    Ensuite, monsieur le ministre, vous êtes vraiment champion du monde mais, malheureusement, je ne suis pas certaine que vous ayez le talent de notre équipe de France.

    Si je dis cela, c’est que vous vous attaquez carrément ici aux groupes de supporters, à qui vous interdisez, collectivement –⁠ et c’est là que cette histoire devient folle –, l’entrée du stade ou la fréquentation de certains périmètres dès lors qu’ils sont en cortège. Cela va jusqu’aux véhicules personnels, qui peuvent être empêchés d’emprunter tel itinéraire ou de stationner à tel endroit.
    On a donc, avec cet article, un double effet Kiss Cool : des AFD, qui ont tout lieu de nous préoccuper, a fortiori ici où elles s’appliquent à un collectif.

    La parole est à M. Nicolas Sansu, pour soutenir l’amendement no 709.

    L’article 4 bis A élargit encore le champ du recours aux interdictions de déplacement, qui frappent déjà indistinctement l’ensemble des supporters d’un club indépendamment de leur comportement individuel –⁠ et j’ai bien entendu votre réponse, monsieur le ministre, à l’amendement de notre collègue Boucard, qui portait à peu près sur le même sujet.
    La saison dernière, pas moins de 333 arrêtés d’encadrement ou d’interdiction de déplacement ont été pris. Et les dérives se multiplient. En mai dernier, à l’occasion du barrage retour entre l’OGC Nice et l’AS Saint-Étienne, un arrêté préfectoral est allé jusqu’à interdire à des supporters niçois de circuler dans leur propre ville –⁠ ce qui n’a malheureusement pas empêché Nice de rester en ligue 1 et Saint-Étienne en ligue 2.
    Plus inquiétant encore, certains arrêtés sont délibérément annoncés dans la presse afin de décourager les déplacements, sans jamais être publiés officiellement. Les supporters concernés ne peuvent alors même pas exercer de recours devant le juge administratif, ce qui pose problème.
    Avec ce texte, une personne qui n’a jamais troublé l’ordre public pourra être condamnée à une amende forfaitaire pour le seul fait de s’être rendue au match de son équipe, parfois simplement parce qu’elle porte une écharpe ou un maillot aux couleurs de son club de c?ur. On ne sanctionne plus un comportement individuel, mais une appartenance supposée. Cela va vraiment trop loin !

    La parole est à M. Pouria Amirshahi, pour soutenir l’amendement no 746.

    Il est identique à l’amendement de notre collègue Boucard et à celui de Mme Faucillon, que vient de défendre M. Sansu. L’application de mes indiscriminées pour encadrer strictement –⁠ c’est l’intention du ministre – les déplacements de supporters risque de porter atteinte à la liberté individuelle. Il y a un changement d’échelle entre la capacité à intervenir après identification d’éventuels fauteurs de troubles et la stigmatisation globale d’un groupe de supporters.
    Récemment, autour du canal Saint-Martin, le soir de la finale de la Coupe de France, des nervis d’extrême droite se sont mêlés aux supporters de l’OGC Nice pour mener une expédition punitive dans le 10e arrondissement de Paris. Ils se sont livrés à des saccages, à des agressions, notamment à l’arme blanche, ils ont proféré des cris racistes et fait des signes nazis. La faculté générale de cadrage préfectoral donnée par cet article banaliserait des mes restrictives qui devraient rester exceptionnelles et motivées par des faits précis, par un risque identifié et un précédent établi. Autrement dit, lors d’une intervention, on risque de ne pas distinguer les vrais fauteurs de troubles –⁠ en l’occurrence, des militants d’extrême droite, néonazis et racistes, qui ont saccagé un bar – de l’ensemble des supporters, et d’interpeller tout le monde de manière indiscriminée. C’est ainsi que des supporters, présents à proximité, se sont retrouvés concernés par des interpellations rudes, violentes et brutales.

    Quel est l’avis de la commission sur ces amendements de suppression ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Nous n’avons pas réussi à tomber d’accord sur le bien-fondé des mes individuelles. Je l’ai déjà dit : nous les préférons toujours aux mes collectives, mais ces dernières doivent aussi exister.
    Je ne m’étends pas sur les amendes forfaitaires délictuelles, dont nous avons déjà parlé. Il convient de conserver l’article 4 bis A, qui permet de clarifier les pouvoirs dont dispose le préfet en matière d’encadrement des déplacements de supporters en listant précisément ce que peut contenir un arrêté préfectoral qui vise à lutter contre les phénomènes violents et en offrant aux forces de l’ordre un outil pour réprimer rapidement toute violation de ce type de mes. Avis défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Je suis défavorable à ces amendements qui aboutissent au même problème que celui de M. Boucard qui vient d’être adopté : nous ne pourrons plus interdire des déplacements de supporters. Quand nous savons qu’il va y avoir des troubles graves à l’ordre public, par exemple à l’occasion d’un match OM-PSG, nous demandons aux supporters parisiens, depuis plusieurs années, de ne plus venir à Marseille, et inversement, pour éviter les incidents qui auraient sinon immanquablement lieu.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Quand l’OM joue à Lyon, c’est la même chose. Cet amendement empêchera le préfet d’interdire un déplacement collectif. L’article 4 bis A précise simplement les mes qui peuvent être prises par le préfet, parmi lesquelles la définition de périmètres d’interdiction. Je suis défavorable au fait de supprimer la possibilité, pour le préfet, d’interdire des déplacements collectifs. C’est la garantie de troubles à l’ordre public très graves. Or avec l’amendement que vous venez d’adopter, il ne sera plus possible d’interdire des déplacements de supporters. Nous serons donc contraints d’encadrer les supporters.

    La parole est à M. Pouria Amirshahi.

    Vous exposez là une difficulté opérationnelle, monsieur le ministre. Votre raisonnement, c’est qu’il vaudrait mieux, pour la tranquillité publique, pour éviter des débordements, des incidents, des affrontements, empêcher les déplacements de l’ensemble des supporters d’un club, car les mes individuelles seules n’y suffisent pas. Cependant, que faites-vous dans le cas que j’ai évoqué tout à l’heure, sur lequel vous n’avez pas répondu ? Que faites-vous lorsque des militants d’extrême droite organisés, violents, de véritables hooligans…

    Mme Catherine Dellong Meng

  • Oh là là !

    …s’infiltrent, comme l’autre jour, parmi les supporters de Nice pour saccager un bar sur le canal Saint-Martin, agresser des gens, proférer des cris racistes ? Vous dites que vous empêcherez tout le monde, y compris les supporters, de se déplacer et de faire la fête le soir de la finale de la Coupe de France. Ainsi, l’ensemble des supporters de l’OGC Nice seraient pénalisés parce qu’une horde d’imbéciles racistes et violents est venue manifester ses idées, interdites par la loi, dans l’espace public ? Si vous multipliez ce genre de mes, vous vous retrouverez dans des situations très compliquées : vous empêcherez ceux qui veulent sincèrement faire la fête de la faire et vous viderez les stades des supporters qui viennent encourager leurs équipes le soir d’une finale.
    Nous sommes très attachés au fait que les mes soient individuelles et non globales. Vous dites avoir besoin de mes d’ordre plus général parce qu’elles sont plus efficaces, mais il conviendrait, à tout le moins, de réfléchir à des mes qui n’aillent pas dans le sens d’une privation excessive des libertés individuelles –⁠ car ce que vous proposez, c’est bien une restriction des libertés individuelles qui contrevient à nos principes. Nous souhaitons pour notre part permettre aux supporters du Paris Saint-Germain comme de l’Olympique de Marseille, qui viennent massivement faire la fête, de le faire de manière vraiment festive.

    La parole est à M. le ministre.

    Essayez de ne pas mentir, cette fois-ci !

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Je me permets d’insister. Pour éviter des troubles, et rendre possible les déplacements, nous les encadrons. Les préfets s’organisent pour qu’on aille chercher les supporters et qu’on les emmène au stade.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Certes, mais ce n’est plus possible compte tenu de ce qui a été voté, car tout cela s’inscrit dans le cadre d’un arrêté d’interdiction collective de déplacement, sauf pour un quota de personnes que l’on va chercher. Voilà des années que nous interdisons les déplacements ou que nous les encadrons. Vous revenez donc sur quelque chose qui fonctionnait, au motif du respect de libertés individuelles qui sont déjà garanties, puisque la plupart des déplacements sont encadrés, en lien avec les clubs ; c’est très dangereux du point de vue du respect du maintien de l’ordre public.

    C’est insupportable de mentir à ce point !

    Je mets aux voix les amendements identiques nos 83, 709 et 746.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        97
            Nombre de suffrages exprimés                80
            Majorité absolue                        41
                    Pour l’adoption                33
                    Contre                47

    (Les amendements identiques nos 83, 709 et 746 ne sont pas adoptés.)

    L’amendement no 741 de M. Vincent Caure, rapporteur, est rédactionnel.
    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Favorable.

    Je mets aux voix l’amendement no 741.

    (Le vote à main levée n’ayant pas été concluant, il est procédé à un scrutin public.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        95
            Nombre de suffrages exprimés                92
            Majorité absolue                        47
                    Pour l’adoption                60
                    Contre                32

    (L’amendement no 741 est adopté.)

    Je suis saisie de plusieurs demandes de scrutin public : sur les amendements nos 560 et identique, par les groupes La France insoumise-Nouveau Front populaire et Socialistes et apparentés ; sur les amendements nos 84 et identiques, par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    Les amendements nos 560 et identique ne sont pas défendus.
    Je suis saisie de trois amendements identiques, nos 84, 279 et 568.
    La parole est à Mme Élisa Martin, pour soutenir l’amendement no 84.

    Cet amendement vise à supprimer –⁠ si j’ose dire – le deuxième étage de la fusée, c’est-à-dire l’AFD réprimant le délit de violation des mes prévues par cet article.
    Monsieur le ministre de l’intérieur, il reste un sujet à aborder : l’action de ceux que vous appelez les forces de l’ordre –⁠ quand nous souhaiterions que ce soient des gardiens de la paix – pour s’asr que les choses puissent se passer tranquillement. La confrontation avec des groupes nous inquiète. D’abord, parce que vous avez changé la doctrine de maintien de l’ordre en favorisant le contact, l’action directe –⁠ sans mauvais jeu de mots. On sait bien que cela ne fait qu’augmenter la dangerosité non seulement pour les manifestants ou les supporters, mais aussi pour les policiers ou les gendarmes. Nous sommes d’autant plus inquiets, quand vous parlez de dimension collective, que la présomption de légalité a priori pour le policier ayant recours à son arme de poing et à des armes létales a été votée ici avant-hier.
    Ensuite, si ces amendements mettent le ministère de l’intérieur dans une situation impossible, indépassable, cela vous obligera à discuter avec les kops. Compte tenu de vos capacités de dialogue, vous trouverez les solutions qui ne relèvent pas de logiques répressives,  injustes et irréalistes. C’est comme les histoires de ces gens qui, lors de free parties, font bien gentiment la queue pour recevoir leur AFD. Faites preuve d’imagination !

    Sur l’article 4 bis A, je suis saisie par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire d’une demande de scrutin public.
    Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    L’amendement no 279 de M. Roger Vicot est défendu.
    La parole est à M. Benjamin Lucas-Lundy, pour soutenir l’amendement no 568.

    Nous venons d’expliquer notre opposition à l’élargissement des pouvoirs préfectoraux prévu par cet article, mais vous avez refusé de le supprimer. Nous proposons donc, au moins, de retirer la sanction forfaitaire qui lui est attachée. L’amende forfaitaire délictuelle sanctionne ici le non-respect d’un arrêté administratif –⁠ un périmètre, un trajet, un lieu de rassemblement, une modalité de déplacement fixée par le préfet. Soyez sérieux : le dispositif pose un problème d’opérationnalité. Un déplacement de supporters, ce sont parfois des centaines, des milliers de personnes, qui arrivent par des gares différentes, se dispersent dans la ville, rejoignent des bars, des cortèges, des abords de stades, parfois sans appartenir à un groupe organisé ; vous en conviendrez. Comment cette amende forfaitaire délictuelle sera-t-elle appliquée ? On met un policier derrière chaque supporter ? On verbalise à la chaîne dans un périmètre donné ? On considère que le fait d’être présent, dans une rue, avec le maillot de l’équipe du soir, suffit à caractériser le non-respect de l’arrêté ? On est en absurdie ! Un supporter peut se trouver dans un périmètre sans avoir participé à un déplacement organisé. Il peut y avoir une confusion sur les lieux visés, les horaires, les itinéraires, les conditions d’application. Le problème d’une sanction forfaitaire appliquée à ce type de situation, c’est qu’elle écrase le contexte –⁠ qui est ici déterminant – et rend la contestation quasiment impossible. Voilà pourquoi nous proposons de supprimer ce dispositif.

    Quel est l’avis de la commission sur ces amendements identiques ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Défavorable.

    La parole est à M. Antoine Léaument.

    Monsieur le ministre, vous mentez ; ce n’est pas bien. Vous avez dit qu’après l’adoption de l’amendement de notre collègue Ian Boucard, vous ne pouviez plus prendre d’arrêté d’interdiction. Vous le pouvez toujours ; simplement, cet amendement impose de préciser que l’interdiction concerne uniquement des personnes qui peuvent représenter un danger. C’est ce que nous avions demandé. Nous aurions préféré supprimer cette disposition qui nous semble excessive, mais désormais vous êtes au moins contraint de préciser et de motiver. C’est normal quand on défend l’État de droit et la déclaration des droits de l’homme et du citoyen.
    Nous souhaitons la suppression de l’amende forfaitaire délictuelle, parce que nous craignons que, sur la base d’arrêtés préfectoraux moyennement motivés, des policiers n’utilisent l’occasion pour interpeller des gens et ne les contraignent à un choix : payer l’amende ou aller au tribunal. On sait très bien que les gens préfèrent payer plutôt qu’aller au tribunal, alors qu’en l’occurrence ils ne sont peut-être pas concernés par l’arrêté.
    Je vous demande donc de supprimer l’extension des amendes forfaitaires délictuelles au délit prévu par l’article 4  bis A, sinon, des gens qui, grâce à l’amendement de Ian Boucard, n’auraient pas été concernés par l’arrêté d’interdiction risquent de faire l’objet se voir infliger des amendes.

    La parole est à M. le ministre.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Monsieur Léaument, je ne mens pas. J’ai bien compris le sens de la disposition.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • On ne pourra interdire de déplacement que des individus déterminés et il faudra les lister.

    L’arrêté peut interdire tout déplacement « individuel ou collectif » !

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • C’est complètement inopérant. Cela n’a aucun sens.

    Le gouvernement est censé nourrir le débat, pas le rabougrir et le pourrir ! Vu le niveau, nous avons bien compris que vous n’êtes pas ministre de la justice. Vous allez nous faire regretter Darmanin !

    Je mets aux voix les amendements identiques nos 84, 279 et 568.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        100
            Nombre de suffrages exprimés                100
            Majorité absolue                        51
                    Pour l’adoption                35
                    Contre                65

    (Les amendements identiques nos 84, 279 et 568 ne sont pas adoptés.)

    Je mets aux voix l’article 4  bis  A, tel qu’il a été amendé.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        98
            Nombre de suffrages exprimés                85
            Majorité absolue                        43
                    Pour l’adoption                41
                    Contre                44

    (L’article 4  bis  A, amendé, n’est pas adopté.)
    (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP
    et sur plusieurs bancs du groupe EcoS.)

    L’article 4  bis a été supprimé par la commission.
    La parole est à M. Pierrick Courbon, pour soutenir l’amendement no 280, tendant à le rétablir, et qui fait l’objet du sous-amendement no 1082.
    Sur cet amendement, je suis saisie par le groupe Socialistes et apparentés d’une demande de scrutin public.
    Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.

    Cet amendement a pour objet le rétablissement de l’article 4  bis, introduit au Sénat et supprimé par la commission, qui prévoit que la Commission nationale consultative de prévention des violences lors des manifestations sportives (CNPV) rende public son avis dans un délai fixé à sept jours. Cela permettrait d’éviter les situations où la Commission se réunit et transmet un avis au ministre de l’intérieur, mais ce dernier se garde bien de le communiquer, en sorte que les associations qui font l’objet d’une procédure de dissolution n’en sont pas informées.
    Je note que le sous-amendement no 1082 propose de porter ce délai à quatorze jours. Si c’est une condition à l’adoption de notre amendement, nous sommes prêts à l’accepter.

    La parole est à M. le ministre, pour soutenir le sous-amendement no 1082.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Si le délai de quatorze jours est accepté, je suis favorable à l’amendement.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Favorable au sous-amendement ainsi qu’à l’amendement sous-amendé.

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1082.

    (Le vote à main levée n’ayant pas été concluant, il est procédé à un scrutin public.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        100
            Nombre de suffrages exprimés                86
            Majorité absolue                        44
                    Pour l’adoption                50
                    Contre                36

    (Le sous-amendement no 1082 est adopté.)

    Je mets aux voix l’amendement no 280, tel qu’il a été sous-amendé.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        97
            Nombre de suffrages exprimés                68
            Majorité absolue                        35
                    Pour l’adoption                68
                    Contre                0

    (L’amendement no 280, sous-amendé, est adopté.)

    La parole est à M. Pierre-Yves Cadalen.

    C’est son anniversaire ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)

    Merci aux camarades qui me le souhaitent.
    Plus sérieusement : à un moment donné, cela suffit ! En France, on compte 350 000 personnes sans-abri.

    Comment ça « Oh là là » ?

    Le mal-logement est un problème massif : 15 millions de personnes en souffrent. Depuis la loi honteuse de M. Kasbarian, le nombre d’expulsions atteint des records. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.)

    De l’aveu même de l’Union nationale des propriétaires immobiliers (UNPI), le ministère de l’intérieur dénombre seulement 6 000 à 7 000 squattages par an. Alors que la canicule frappe le pays, que les gens crèvent de chaud dans leur logement ou crèvent de chaud dehors quand ils n’en ont pas, votre priorité est de créer des mes administratives pour expulser davantage de gens. (Mêmes mouvements.)

    On peut revenir à l’amendement ?

    Occupez-vous d’eux ! Logez-les, construisez des logements ! Faites ce que vous n’avez pas fait pendant des années et des années ! (Mêmes mouvements.) Répondez aux besoins sociaux ! Il est absurde et ridicule de discuter, comme nous le faisons depuis ce matin neuf heures, de dispositions qui n’auront aucun effet et d’une loi inutile, voire contre-productive, répressive et liberticide.

    C’est vous qui êtes ridicule !

    C’est d’autant plus ridicule que le pays souffre et que vous n’en avez rien à faire ! (Mêmes mouvements.) Le Haut Conseil pour le climat a dit ce matin que la France n’était pas prête pour la canicule. Et vous voulez que nous discutions de cette loi Ripost qui n’est faite ni à faire, de ce fourre-tout invraisemblable ? Nous, collègues de gauche, ainsi que tout le pays, nous n’en pouvons plus de ce gouvernement inutile ! Il est grand temps de vous remplacer ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    Je suis saisie de deux amendements identiques, nos 85, 569 et 606.
    La parole est à M. Andy Kerbrat, pour soutenir l’amendement no 85.

    Nous avons déjà eu ce débat sur les squats en commission, et avant cela lors de l’examen de la loi de l’ancien ministre Kasbarian, désormais député.

    L’excellent Kasbarian !

    En l’occurrence, l’article vise à étendre la procédure d’évacuation forcée aux squats de meublés touristiques, type Airbnb.
    Au-delà du fait que le pays souffre de l’achat de foncier pour créer non pas des locations de vacances, mais des locations en Airbnb, vous suivez toujours la même pente : criminaliser les personnes les plus fragiles –⁠ à la toute fin, c’est bien cela le sujet.
    Nous avons parlé de rodéos urbains et nous parlerons plus tard du protoxyde d’azote, des drogues, de la possibilité pour l’Antai d’accéder à des données pour récupérer des AFD, et que sais-je encore. Dans ma circonscription, un sans-abri est mort de la canicule.

    En 2014, quatorze personnes sont mortes des intempéries dans mon département ; en 2023, treize. Nous verrons quel sera le bilan définitif, mais c’est bien le bilan de la politique que vous avez menée depuis 2017 : explosion générale du sans-abrisme…

    Mais non ! Vous mélangez tout !

    …et refus de reconnaître l’importance de les reloger, alors même que cela avait été une promesse d’Emmanuel Macron en 2017.

    Vous avez voté pour eux !

    C’est pourquoi nous proposons de limiter les Airbnb, parce qu’on ne peut pas réquisitionner tous les logements juste pour faire du business. Il faut à tout prix organiser la réquisition des logements vides ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.)

    Sur les amendements nos 85, 86, 87 et 720, je suis saisie par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire de demandes de scrutin public.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    La parole est à Mme Danielle Simonnet, pour soutenir l’amendement no 569.

    Franchement, quel rapport avec la choucroute ? On ne cesse de passer d’un sujet à l’autre dans ce teste ! Excusez-moi, mais l’article 5 vise à rendre plus faciles encore expulsions des logements alors que le texte ne contient pas une seule me relative à la production de logements sociaux, à l’encadrement des loyers, à la fiscalité de la vacance, à l’application de la réquisition des logements vides ou à l’instauration d’une sécurité sociale du logement –⁠ rien de tout cela : il ne s’agit que de énièmes dispositions pour faciliter les expulsions !
    Alors que vous avez déjà atteint un record en 2025, avec 30 500 ménages expulsés avec le concours de la force publique et 200 000 concernés par une procédure d’expulsion, vous voulez instaurer un détournement de procédure, un glissement préoccupant d’un litige civil contractuel vers une réponse de police administrative et pénale expéditive qui contourne l’autorité judiciaire. C’est extrêmement grave !
    Je vais vous dire deux choses. D’abord, malgré votre obsession pour les expulsions locatives, vous devez être sacrément incompétents puisque vous remettez sans cesse ce sujet sur le tapis : c’est dire à quel point vous vous y prenez mal ! Surtout, être pauvre n’est pas un trouble à l’ordre public : c’est fabriquer des pauvres qui est un trouble à l’ordre public ; c’est vous qui organisez le trouble à l’ordre public !
    Oui, il faut supprimer cet article ! (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EcoS et LFI-NFP.)

    L’amendement no 606 de Mme Elsa Faucillon est défendu.

    La parole est à M. Xavier Albertini, rapporteur de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République, pour donner l’avis de la commission sur ces amendements identiques.

    M. Xavier Albertini, rapporteur de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République

  • L’article 5 prévoit l’élargissement du champ d’application de la procédure administrative dérogatoire d’évacuation forcée en cas de maintien dans une location de meublé touristique. Nous sommes donc loin de votre argumentation.
    Vous ciblez le droit de propriété, mais je rappelle que cet article vise aussi à protéger le droit à la vie privée et à garantir son respect. Il est normal, lorsqu’on loue un meublé touristique et que le locataire ne quitte pas les lieux, de garantir le droit à la vie privée. Compte tenu de ces éléments, il me paraît nécessaire de conserver l’article 5. C’est pourquoi je suis défavorable à vos amendements de suppression.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Avis défavorable pour les mêmes motifs. L’article prévoit l’extension d’une procédure existante aux meublés touristiques, qui constituaient un angle mort du dispositif. Il n’y a pas d’entrée illégale, mais, lorsque les gens ne quittent pas les lieux, ils savent qu’ils ne sont pas dans leur droit. Avis défavorable.

    La parole est à M. Guillaume Kasbarian.

    La voix du Parti de la liberté !

    Sans surprise, la gauche prend encore une fois la défense des squatteurs,…

    …explique qu’il est tout à fait normal de squatter la propriété d’autrui, qu’il s’agisse d’une résidence principale, d’une résidence secondaire ou d’un Airbnb, et que nous sommes de grands méchants parce que nous voulons faire respecter la propriété, un élément fondamental de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR.)

    Quelle honte ! Le nombre de sans-abri explose !

    Vous n’aimez pas la propriété privée, mais on le savait déjà.
    M. le ministre a bien rappelé que l’article permet simplement d’étendre la procédure aux squatteurs d’Airbnb, entrés de façon licite grâce à un contrat, mais qui se maintiennent illégalement, un cas qui n’était pas pris en compte. Même cela, vous n’en voulez pas, parce que vous voulez que des gens puissent abuser de locations pour se maintenir dans les lieux.

    Allez voir à quoi ressemble un logement insalubre !

    Accueillez les squatteurs chez vous, vous qui avez bon esprit, qui êtes de bonnes âmes ! Ouvrez-leur la porte de votre domicile, accueillez-les sur votre canapé !

    Vous pourrez ainsi accorder vos déclarations d’amour aux squatteurs et vos actes concrets dans la vie réelle.
    Nous nous opposerons à ces amendements de suppression.

    C’est vous qui squattez le pouvoir !

    La parole est à M. Antoine Léaument, pour un rappel au règlement. Sur le fondement de quel article ?

    Sur celui de l’article 17 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et sur celui du préambule de la Constitution de 1946. Certes, l’article 17 consacre le droit de propriété, mais il le limite aussi, « lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l’exige ». (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.)
    Quant au préambule de la Constitution de 1948, il dispose : « La Nation as à l’individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement.
    « Elle garantit à tous, notamment à l’enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs. »
    Autrement dit, s’il y a un problème de squat, c’est de votre faute ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)

    La parole est à M. Jérôme Legavre.

    Monsieur Kasbarian, qui vient de s’exprimer, s’était félicité d’avoir fait exploser le nombre d’expulsions locatives. Ce fait suffit à le caractériser.

    C’était l’objectif de la loi !

    Avec l’article 5, vous étendez les pouvoirs de l’autorité administrative sans vous attaquer aux causes des problèmes que vous voulez traiter. C’est d’ailleurs vrai de l’ensemble du projet de loi.
    Dans mon département de Seine-Saint-Denis, il y a 130 000 demandes de logement qui ne sont pas satisfaites. Le 29 juin dernier, en pleine canicule, 561 demandes de mise à l’abri de personnes qui vivent à la rue n’ont pas été satisfaites –⁠ et on meurt de chaleur quand on est à la rue ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)

    Cela n’a aucun rapport !

    Parmi les personnes à mettre à l’abri, 232 sont des enfants mineurs. Voilà la situation !
    Ce matin, on a appris le décès d’une vieille dame de 93 ans, morte de chaud à son domicile. Depuis un an, elle demandait que des volets soient installés –⁠ les anciens n’avaient pas été remplacés. Voilà la cause de son décès !

    Le bailleur n’a rien fait. De cette situation, vous n’avez rien à faire ! Ce n’est pas votre problème et M. Kasbarian continuera de se féliciter de l’explosion des expulsions locatives comme résultat de ses mes réactionnaires sur toute la ligne. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)

    Je mets aux voix les amendements identiques nos 85, 569 et 606.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        102
            Nombre de suffrages exprimés                101
            Majorité absolue                        51
                    Pour l’adoption                31
                    Contre                70

    (Les amendements identiques nos 85, 569 et 606 ne sont pas adoptés.)

    La parole est à Mme Élisa Martin, pour soutenir l’amendement no 86.

    Il faut rappeler quelques malheureuses évidences. Dans notre pays, environ 15 millions de personnes sont mal logées. L’an dernier, il y a eu 25 000 expulsions locatives, avec réquisition de la force publique. C’est à cela qu’il faut réfléchir, c’est par ce bout qu’il faut tenter d’attraper le réel et de régler ce problème.
    Le responsable de l’Union nationale des propriétaires immobiliers indique qu’il y a entre 6 000 et 7 000 situations de squat. Qu’on le veuille ou non, ces situations sont minoritaires.
    Aborder le problème du mal-logement sous l’angle du squat pose donc un problème. Ce n’est pas ainsi qu’il faut procéder : il faut d’abord réunir les conditions d’une véritable politique de logement publique. Cela suppose de ne pas étouffer, comme l’a fait Emmanuel Macron tout au long de ses deux mandats, les bailleurs sociaux, à commencer par les offices publics qui, eux, logent la France telle qu’elle est. Si vous ne voulez pas qu’ils soient squattés, il faut réfléchir à la réquisition par l’État des logements vides.

    Allez dire cela aux propriétaires !

    Il faut être conscient qu’il y a 10 % de bureaux vides en Île-de-France. Comment voulez-vous que les 15 millions de personnes mal logées ne soient pas à tout le moins étonnées par ce chiffre ? C’est à cela qu’il faut réfléchir et c’est par ce bout qu’il faut prendre le problème !

    Ce n’est pas comme cela qu’on le résoudra !

    Autre élément d’inquiétude –⁠ toujours le même, depuis que vous avez permis le vote de la proposition de loi en vertu de laquelle il serait a priori légal pour un policier de se servir de son arme –, le squat de bureaux étant souvent un squat collectif impliquant de nombreuses personnes, que se passera-t-il en cas de réquisition de la force publique pour réaliser contre elles d’importantes opérations de maintien de l’ordre ?

    M. Ian Boucard et M. Guillaume Kasbarian

  • Elles partiront, tout simplement !

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Je crois que votre lecture du travail rédactionnel des sénateurs est erronée. Ils n’ont pas restreint l’application de la procédure prévue à l’article 5 au cas où le maintien dans le local aurait été obtenu par voie de violence, mais ont précisé que la procédure d’évacuation forcée serait applicable en cas de simple introduction ou quand le local aurait été obtenu par des manœuvres, des menaces, des voies de fait ou des contraintes.
    C’est une évolution logique : une personne qui aurait pénétré de manière illégale dans un bâtiment ou une habitation est clairement en situation de squat.
    Vous évoquez souvent le préambule de la Constitution de 1946 ou la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne. Les sénateurs l’ont fait aussi et ont cherché à soutenir le droit au commerce et à l’usage normal des locaux commerciaux professionnels ou agricoles.

    Et le droit au logement ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Pour cette raison, ils ont étendu l’application de la procédure d’évacuation forcée aux locaux commerciaux.
    J’émets donc un avis est défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Même avis.

    La parole est à Mme Élisa Martin.

    Je reconnais volontiers que j’ai peu de qualités, mais j’ai au moins celle de savoir lire.
    Nous avons parfaitement compris le sens de l’article et de l’extension de la procédure d’expulsion avec réquisition de la force publique à d’autres locaux que des locaux résidentiels –⁠ nous pressentions ce danger.
    Avons-nous, pour autant, réglé le problème des 15 millions de personnes mal logées et des 10 % de bureaux –⁠ car c’est bien de ce type de locaux qu’il est question – vides en Île-de-France ? Le mouvement HLM est aujourd’hui à genoux…

    Il y a des secteurs bien plus à genoux que celui des HLM !

    …car vous avez préféré à son soutien des dispositifs fiscalement avantageux à destination des particuliers investissant dans la construction de logements, lesquels logement sont bien entendu inaccessibles.

    Vous voulez 100 % de logements sociaux partout !

    Vous pensez qu’en cachant la pauvreté, en mettant la poussière sous le tapis, on va s’en sortir. Cela ne marche pas comme ça ! Vos dispositions sont injustes, rendues dangereuses par l’adoption de la proposition de loi visant à reconnaître une présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre, et de surcroît ne règlent rien.
    Quelle est votre priorité ? Les 15 millions de personnes mal logées ? Les 10 % de bureaux vides en Île-de-France ? Dites-le nous ! La nôtre est claire.

    Je mets aux voix l’amendement no 86.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        98
            Nombre de suffrages exprimés                98
            Majorité absolue                        50
                    Pour l’adoption                32
                    Contre                66

    (L’amendement no 86 n’est pas adopté.)

    La parole est à M. Louis Boyard, pour soutenir l’amendement no 87.

    Des moments de sincérité devraient être possibles dans cette assemblée. Je ne sais pas comment vous faites pour ne pas vous sentir responsables et coupables quand, en route pour l’Assemblée, vous voyez des gens dormir dans la rue ! (Protestations sur plusieurs bancs du groupe EPR, ainsi que sur quelques bancs du groupe RN.)
    S’il y a bien un endroit où nous pouvons faire en sorte que plus personne ne dorme dans la rue, c’est bien celui où nous nous trouvons. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.)
    Vous me répondrez que c’est comme ça, que c’est la loi. Pour vous, les choses sont faciles : vous avez un toit, un salaire, un frigo plein.

    Des personnes dorment dehors alors que des millions de logements sont vides : je pense sincèrement que cette loi n’est pas juste. Elle est immorale, violente et contraire aux principes de la République. (Mêmes mouvements.)
    À vous qui parlez constamment d’ordre et de loi, à vous qui vous drapez constamment dans la morale et la bonne vertu, je le dis : au regard de la République, au regard de la liberté, au regard de l’égalité, au regard de la fraternité, vous n’êtes pas dignes de votre mandat. Vous êtes coupables !

    Vous passez votre temps à vanter le succès et la richesse, mais est-on accompli quand on est multipropriétaire et qu’on possède un logement vide ? Je ne le crois pas. On a surtout une part de responsabilité dans la situation des gens qui dorment dehors.
    Oui, vous êtes coupables et responsables ! Chaque fois que vous pouviez voter pour réquisitionner les logements vides, vous ne l’avez pas fait. Dans un grand moment de sincérité, laissez-moi vous redire, mes chers collègues, que vous n’êtes pas dignes de la République, vous n’êtes pas dignes de la liberté, vous n’êtes pas dignes de l’égalité, vous n’êtes pas dignes de la fraternité ! (Protestations sur plusieurs bancs des groupes RN, EPR, DR, Dem et HOR.)

    Drapez-vous tant que vous voudrez dans la morale et la bonne vertu, vous restez coupables et responsables ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.)

    Nous n’avons pas de leçons à recevoir de ce monsieur !

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Défavorable.

    La parole est à M. Antoine Léaument.

    Vos réactions à l’intervention de notre collègue Louis Boyard nous donnent une once d’espoir. Nous espérons que vous ressentez, comme nous, un pincement au cœur quand vous voyez des personnes qui vivent et qui dorment dans la rue.
    Ce pincement au cœur, certains d’entre vous l’éprouvent encore, même s’il est vrai que la société capitaliste nous oblige à nous blinder chaque fois que nous voyons des gens dans la rue et que nous nous disons que nous ne pouvons pas nécessairement faire la petite chose qui les aiderait. (Protestations sur les bancs du groupe EPR et sur plusieurs bancs du groupe RN.)
    Eh bien, finalement, vos réactions me laissent penser que vous n’en avez rien à faire et que vous êtes convaincus de mener une bonne politique. J’essayais de vous offrir une sortie positive et humaniste mais, à l’évidence, vous savez parfaitement ce que vous faites !
    J’ai eu la faiblesse de penser que, peut-être, vous voudriez appliquer de grands principes. Ici, à l’Assemblée nationale, nous pourrions faire en sorte que chacun ait un toit au-dessus de sa tête, en construisant des logements, en faisant baisser le prix du logement, en augmentant les salaires, en permettant à chacun d’avoir un emploi et, puisque la société capitaliste n’y pourvoit pas, en appliquant la règle magnifique que nous proposons, avec Jean-Luc Mélenchon, dans notre programme : faire de l’État l’employeur en dernier ressort.

    L’État employeur en dernier ressort, cela signifie que l’État s’engage à permettre aux individus qui le souhaitent d’occuper un emploi lorsque la société ne le permet pas.
    Voilà comment, par des mes concrètes et efficaces, nous pourrions faire respecter, comme me le soufflait mon collègue Ugo Bernalicis, les grands principes énoncés dans le préambule de la Constitution de 1946. Édictés au sortir de la guerre contre les nazis, ils doivent nous éviter que la société s’engouffre de nouveau dans le fascisme.
    Que voyons-nous aujourd’hui ? La montée du fascisme n’est pas un hasard : elle est aussi le fruit de la pauvreté et du fait que nous ne luttons pas assez contre elle ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.)

    Le fascisme ne monte pas tant que ça, puisque Mélenchon n’est qu’à 15 % !

    La parole est à M. Guillaume Kasbarian.

    Ce que la gauche est en train de nous dire, c’est que le squat est une solution à la situation des personnes sans domicile fixe. (Protestations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    Quand on lit vos amendements et quand on vous écoute, on comprend qu’il y a des personnes SDF et qu’il est par conséquent légitime de squatter.

    Nous avons dit exactement le contraire !

    Il n’est ni une solution au mal-logement ni une solution pour les sans domicile fixe.

    M. Jean-François Coulomme

  • Alors construisez des logements sociaux !

    La France insoumise nous donne de grandes leçons de fraternité, de morale et d’émotion. que nous ressentons des émotions ! Permettez-moi de vous demander en toute sincérité, mesdames et messieurs les députés de La France insoumise : combien de SDF accueillez-vous actuellement chez vous ? Monsieur Boyard et monsieur Léaument, combien de SDF hébergez-vous actuellement dans votre appartement ? Ce soir, quand vous rentrerez au chaud chez vous, combien de SDF aurez-vous recueilli après avoir versé des larmes de crocodile ?
    Quand vous aurez accueilli ces personnes, vous pourrez nous donner vos leçons de morale et de fraternité. En attendant, vos mots et vos leçons demeurent vains ! (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EPR et RN. –⁠ Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    Pour qui vous prenez-vous ?

    La parole est à M. Benjamin Lucas-Lundy, pour un rappel au règlement.

    Il se fonde sur l’article 70, alinéa 3. Nous venons d’être gravement mis en cause par le collègue Kasbarian, qui a créé une scène tumultueuse et qui a repris les arguments bien connus de l’extrême droite lepéniste à propos de l’immigration et de l’accueil des exilés.
    Nous sommes à l’Assemblée nationale pour faire la loi. Ce genre d’argument ignominieux n’a pas sa place ici. C’est pourquoi je demande que M. Kasbarian soit rappelé à l’ordre. (Exclamations sur les bancs des groupes RN et EPR.) Nous l’avons été pour beaucoup moins que cela ! (Applaudissements et claquements de pupitres sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)

    La parole est à M. Louis Boyard, pour un rappel au règlement.

    Au titre de l’article 70, alinéa 3, puisque j’ai été directement interpellé par M. Kasbarian.
    Monsieur Kasbarian, vous demandiez si nous accueillions directement des gens chez nous. Figurez-vous que nous le faisons, mais pas pour faire des coups de communication ! Et vous, monsieur Kasbarian, l’espèce d’ultrabourgeois qui vote constamment pour mettre des gens à la rue, vous en accueillez combien ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP, dont plusieurs députés se lèvent. –⁠ Vives protestations sur les bancs du groupe EPR. –⁠ Exclamations sur les bancs du groupe RN. –⁠ Mme Marie Lebec fait signe à l’orateur de sortir.)

    Vous êtes des criminels, voilà ce que vous êtes ! (Vacarme.)

    Je vous appelle à retrouver votre calme, mes chers collègues.

    Je mets aux voix l’amendement no 87.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        96
            Nombre de suffrages exprimés                96
            Majorité absolue                        49
                    Pour l’adoption                33
                    Contre                63

    (L’amendement no 87 n’est pas adopté.)

    L’amendement no 125 de M. Corentin Le Fur est défendu.
    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Défavorable.

    La parole est à M. Antoine Léaument.

    Nous voyons bien que s’affrontent deux visions de la société.

    Un député du groupe EPR

  • Oui !

    Vous, vous considérez que les problèmes sont individuels : si je me retrouve sans logement, c’est de ma faute ; je n’avais qu’à avoir le capital, qu’à trouver un travail, qu’à faire des études, qu’à faire mieux dans ma vie… (Protestations sur les bancs du groupe EPR.)
    Vous protestez, mais que faites-vous pour les personnes qui se retrouvent effectivement à la rue et sans emploi ?

    Quel rapport avec l’amendement ?

    Vous, lorsqu’une personne se débrouille comme elle peut pour avoir un toit une nuit en s’installant dans un logement ou dans un commerce vide, vous l’expulsez de force.

    Ça s’appelle squatter !

    Vous n’avez rien fait pour elle, mais vous l’expulsez de force !
    Pour nous, devant une telle situation, la solution n’est pas l’expulsion, parce que la responsabilité de la société est collective : c’est collectivement que nous avons échoué à donner un toit à la personne qui squatte ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.) J’ajoute que les responsables de cette situation sont ceux qui ont accaparé la richesse, notamment la richesse immobilière.
    Robespierre disait (Protestations sur les bancs du groupe EPR. –⁠ Exclamations sur les bancs du groupe RN) –⁠ écoutez bien ses mots : « Nul n’a le droit d’entasser des monceaux de blé à côté de son semblable qui meurt de faim. » Oui, c’est de Robespierre, l’inventeur de la devise Liberté, Égalité, Fraternité !

    Il t’aurait guillotiné en premier, Robespierre !

    Qu’est-ce qu’il raconte, celui-là ?

    Il guillotinait tout le monde ! Les gens comme vous lui étaient insupportables !

    Monsieur Salmon, député du Rassemblement national, il faut que les électeurs de votre parti le sachent : lorsque nous parlons du logement ou du pouvoir d’achat, les députés du Rassemblement national hurlent avec les députés macronistes. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Je veux que cela soit su à l’extérieur de cet hémicycle ! (Plusieurs députés du groupe LFI-NFP ainsi que M. Benjamin Lucas-Lundy se lèvent et continuent d’applaudir. –⁠ Exclamations sur les bancs du groupe RN. –⁠ Brouhaha.) Quant à nous, avec Jean-Luc Mélenchon, nous ferons en sorte dès l’année prochaine que chacun ait non seulement un toit, mais aussi un emploi et un salaire dignes pour faire vivre sa famille. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    La parole est à M. Ian Boucard.

    Je tiens à apporter quelques précisions afin d’éclairer le vote, car ceux qui auraient écouté Antoine Léaument ne peuvent pas savoir quel est l’objet de l’amendement de M. Le Fur : il est intervenu deux minutes sans jamais citer son contenu !

    M. Le Fur n’a pas parlé du tout !

    Cet amendement vise à étendre les dispositions de l’article 5, par exemple à des personnes qui loueraient un appartement par l’intermédiaire d’Airbnb et qui, à la fin du contrat de location, ne partiraient pas.
    Collègues insoumis qui applaudissez en permanence, notamment quand il est question de Robespierre (Plusieurs députés du groupe LFI-NFP applaudissent) : plongez-vous dans l’histoire, mais attention, dans toute l’histoire ! Car s’il vous arrivait un jour d’être plus modérés que Robespierre, vous pourriez connaître le destin de Danton. En 2026, vous vous retrouvez excommuniés par les écologistes ou les socialistes sans être guillotinés ; mais si M. Mélenchon devient président, il pourrait vous arriver pire ! (Sourires sur les bancs des groupes DR et HOR.)

    La parole est à M. Antoine Léaument, pour un rappel au règlement. Sur le fondement de quel article ?

    Sur le fondement de l’article 70, alinéa 2, sur les scènes tumultueuses… (Mme la présidente coupe le micro de l’orateur.)

    On ne peut pas qualifier ce qu’il vient de se passer de scène tumultueuse, monsieur Léaument ! (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
    Nous reprenons l’examen des articles. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR et HOR.) Un peu de sérieux !

    Je mets aux voix l’amendement no 125.

    (Le vote à main levée n’ayant pas été concluant, il est procédé à un scrutin public.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        90
            Nombre de suffrages exprimés                89
            Majorité absolue                        45
                    Pour l’adoption                39
                    Contre                50

    (L’amendement no 125 n’est pas adopté.)

    La parole est à M. Guillaume Kasbarian, pour soutenir l’amendement no 720.

    La procédure administrative est construite de telle sorte que, s’il y a introduction et maintien dans un lieu par voies de fait, de menaces, de manœuvres ou de contraintes, le préfet peut agir et expulser le squatteur. Par cet amendement, je propose de clarifier les choses sur le plan sémantique afin que les préfets aient les moyens d’agir. Il s’agit d’inscrire dans la loi que le préfet peut agir s’il y a introduction « ainsi que » maintien par voies de fait, manœuvres et contraintes.
    En effet, il arrive que certains s’introduisent de façon licite dans un lieu et s’y maintiennent de façon illicite, c’est-à-dire en exerçant une contrainte sur le propriétaire. La rédaction proposée permettrait d’englober les deux cas de figure : soit il y a introduction illicite, soit il y a maintien illicite, mais, dans les deux cas, le préfet pourrait agir et expulser le squatteur au titre de l’article 38 de la loi Dalo –⁠ cette procédure express qui permet d’expulser le squatteur.
    Il s’agirait donc d’une me d’élargissement de la procédure et d’une clarification qui permettra à tous les préfets de France, dans toutes les situations –⁠ qu’il s’agisse d’une introduction ou d’un maintien par voies de fait, menaces ou contraintes –, d’agir le plus vite possible pour sortir les squatteurs de la propriété privée qu’ils occupent.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Je comprends votre idée : vous cherchez un équilibre…

    Qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre !

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • …entre l’introduction illicite et le maintien également illicite. Toutefois, cette rédaction pourrait entraîner un effet indésirable, car votre « ainsi que » vise tous les cas de figure, et pourrait donner lieu à une disposition frôlant l’inconstitutionnalité ; elle serait même inconstitutionnelle eu égard à la nécessité de laisser au juge judiciaire la possibilité de gérer les conflits locatifs sortants.
    C’est pourquoi je vous demande de retirer votre amendement ; à défaut, j’y serai défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Même avis : cet amendement risque de vider la procédure judiciaire alors que celle-ci est la procédure de droit commun ; s’y ajoute la difficulté de caractériser le « maintien recourant à des manœuvres ». Je préconise donc plutôt son retrait, sinon son rejet.

    La parole est à Mme Gabrielle Cathala.

    Le spectacle que vous offrez cet après-midi est déplorable. Nous sommes là à débattre de la façon d’expulser plus facilement des personnes de meublés touristiques, comme si c’était la priorité, le jour où l’Insee publie des statistiques montrant que, depuis qu’il existe un outil pour mer le taux de pauvreté en France, celui-ci n’a jamais été aussi élevé ! (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et GDR.)

    La publication date de cet après-midi : 15 % des Français vivent sous le seuil de pauvreté –⁠ encore ne s’agit-il que de 15 % des Français hexagonaux, cet outil ne comptant même pas les Français des outre-mer, qui sont aussi nos compatriotes mais que vous oubliez en permanence. (Mêmes mouvements.)
    Au reste, l’Insee ne compte pas non plus les personnes qui vivent à la rue, ni les voyageurs, parce qu’il n’est pas possible d’établir des statistiques sur leur pauvreté. Quinze pour cent des Français, cela représente 9,8 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté : un taux jamais égalé depuis 1996 !

    M. Jean-François Coulomme

  • Voilà le bilan de la Macronie !

    Ce rapport nous apprend également que les inégalités n’ont jamais été si élevées. Pourquoi ? C’est écrit noir sur blanc : parce que les riches ne se sont jamais autant enrichis, à cause de la politique que vous menez depuis 2017 ! (Mêmes mouvements.)
    Vous pouvez lever les yeux au ciel et grimacer : vous êtes les entiers responsables de cette situation ! (Protestations sur les bancs du groupe EPR.)

    M. Jean-François Coulomme

  • Vous en êtes les architectes !

    Qui a laissé faire les 49.3 sur des budgets austéritaires ?

    Nous sommes très loin de l’austérité !

    Qui, depuis 2017, tolère des budgets prévoyant des coupes records dans la sécurité sociale et le budget de l’État ? Vous êtes entièrement responsables ! Et vous venez nous donner des leçons de bonne gestion en nous caricaturant, en nous faisant passer pour des dépensiers sans limites ? Mais c’est vous qui avez détruit les comptes de l’État en creusant un déficit record –⁠ 1 000 milliards d’euros de dette ! – et en appauvrissant… ( Mme la présidente coupe le micro de l’oratrice, dont le temps de parole est écoulé.)

    Enlevez vos œillères !

    La parole est à M. Guillaume Kasbarian.

    J’entends les difficultés juridiques, y compris constitutionnelles, soulevées par M. le rapporteur et M. le ministre. Je vais retirer l’amendement, en espérant que vous puissiez faire prospérer ce sujet et, s’il y a des doutes à lever, trouver une meilleure rédaction en commission mixte paritaire. En attendant, ne faisons pas les choses salement : faisons-les proprement.

    Salement c’est Salmon !

    Un député du groupe LFI-NFP

  • Salmon est allemand !

    (L’amendement no 720 est retiré.)

    Les amendements nos 352, 369, 354 rectifié, 353 et 205 ne sont pas défendus.

    Cela ne m’étonne pas qu’il n’y ait personne pour les défendre : ils sont tellement hideux ! Il s’agissait de mettre les enfants à la rue. Regardez-vous dans un miroir, collègues !

    M. Jean-François Coulomme

  • Les amendements Thénardier !

    La parole est à M. Yoann Gillet, pour soutenir l’amendement no 493, qui fait l’objet d’une demande de scrutin public par le groupe Rassemblement national.
    Je fais annoncer le scrutin dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.

    Le problème du dispositif actuel est qu’en cas de squat, un accès illimité au réseau d’énergie est maintenu au profit des squatteurs pendant toute la phase d’instruction. Par cet amendement, nous voulons couper l’accès aux énergies, qui est un facteur de blocage, en vue de libérer plus rapidement les terrains et les appartements squattés. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Ne négligeons pas le coût financier totalement injuste subi par les propriétaires squattés, qui doivent en plus –⁠ nombre d’entre eux nous le disent – payer l’électricité et le gaz aux squatteurs.
    Cet amendement de bon sens permettrait d’accélérer la libération des locaux et des terrains squattés en suspendant l’électricité et le gaz naturel qui les alimentent. Il vise à autoriser le représentant de l’État saisi d’une demande par le propriétaire d’un local ou d’un terrain squatté d’enjoindre directement au gestionnaire des réseaux publics de distribution de procéder à cette suspension.

    Je vous entends, mes chers collègues de gauche, mais sachez que nous nous placerons toujours du côté des honnêtes gens, jamais du côté des délinquants. (Vives exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)

    Sur l’amendement no 88 et sur l’article 5, je suis saisie par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire de deux demandes de scrutin public.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Le bon sens ne fait pas la loi, monsieur Gillet.

    Vous osez parler de bon sens, c’est incroyable !

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Si l’on peut comprendre l’idée générale qui préside à votre amendement, votre proposition irait à l’encontre de plusieurs actions pouvant être menées par le préfet selon le principe de proportionnalité. Sur le plan sanitaire, votre proposition pourrait même mettre en danger les occupant ; elle empêcherait toute individualisation de l’action du préfet et toute prise en considération de la situation personnelle de l’occupant. Nous l’avions déjà évoquée en commission. Mon avis était alors défavorable : il le reste.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Même avis, d’autant que cela a déjà été jugé par le Conseil d’État.

    La parole est à M. Benjamin Lucas-Lundy.

    Entendre, en cette semaine, un député du Rassemblement national se revendiquer des honnêtes gens cette semaine, c’est franchement cocasse ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) C’est peut-être aussi prendre les Français pour des imbéciles, sachant que la candidate de ce parti à l’élection présidentielle est une délinquante et une voleuse condamnée à deux reprises par la justice. (Vives protestations sur les bancs du groupe RN.)

    C’est faux ! C’est mensonger ! Vous racontez n’importe quoi !

    Ce n’est toutefois pas le sujet du jour, j’en conviens, madame la présidente.

    En effet. Pourriez-vous rester sur l’amendement, s’il vous plaît ?

    J’en reviens à cet amendement, tout aussi répugnant que ses auteurs…

    Et la présomption d’innocence ? Vous connaissez l’État de droit ?

    Elle a été condamnée deux fois !

    Vous foulez l’État de droit !

    Dans la réponse timorée, pour le dire gentiment, du rapporteur, je vois se dessiner à nouveau un arc macrono-lepéniste qui considère que l’on résoudra le problème de la pauvreté en combattant les pauvres, comme on répondait hier au problème du chômage en combattant les chômeurs. Et de la même manière, vous répondez à la souffrance mentale de la jeunesse par la criminalisation des jeunes qui veulent danser, faire la fête ou s’aimer. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.)
    En clair…

    S’il vous plaît, pouvons-nous écouter M. Lucas-Lundy qui essaie désespérément de défendre son amendement, auquel il va venir à présent.

    Il raconte n’importe quoi !

    Oh, je ne suis jamais désespéré, madame la présidente, et nous ne nous désespérerons jamais face à l’extrême droite, c’est une évidence.
    Je disais donc que se dessine un continuum macrono-lepéniste –⁠ nous l’avons vu hélas bien souvent cette semaine –,…

    Où est-il, Julien Bayou ?

    …qui vise à combattre les précaires plutôt que la précarité et, en l’occurrence, à combattre les problèmes liés au logement en s’attaquant en permanence à celles et ceux qui ne peuvent pas se loger. « Expulsator » Kasbarian nous en fait à nouveau la démonstration. Ce qu’a dit Mme Cathala est fondamental : le jour où l’Insee publie cette statistique qui nous apprend que le taux de pauvreté n’a jamais été aussi élevé dans notre pays depuis qu’il est mesuré, et qui devrait tous vous pétrifier de honte au lieu de vous faire rire grassement, eh bien ce jour-là, vous choisissez de matraquer, de stigmatiser…

    …de réprimer… (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’orateur.)

    La parole est à M. Yoann Gillet.

    Que la gauche soit du côté des délinquants, cela n’étonnera personne, mais nous avons aussi un bel aveu des macronistes, qui font une fois de plus preuve de faiblesse en voulant continuer à imposer la double peine aux propriétaires victimes des squatteurs. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    Voilà ce que vous faites, monsieur le rapporteur, monsieur le ministre, en vous opposant à cet amendement.

    Rendez les 4 millions !

    Que les victimes du squat se rasnt : une nouvelle élection arrive en 2027 et les sondages placent tous Marine Le Pen en tête –⁠ 54 % face à Édouard Philippe, 55 % face à Gabriel Attal, 70 % face à Jean-Luc Mélenchon. Je leur dis : tenez bon, nous arrivons ! Vivement 2027 ! (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)

    La parole est à M. Benjamin Lucas-Lundy, pour un rappel au règlement.

    Il se fonde sur l’article 70, alinéa 3, pour mise en cause personnelle. Le collègue du premier parti des pourris de France vient d’expliquer que nous étions du côté des délinquants. (Mme la présidente coupe le micro de l’orateur.)

    Je n’ai pas entendu de mise en cause personnelle. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) (M. Benoît Blanchard applaudit.)
    La parole est à M. Antoine Léaument, pour un nouveau rappel au règlement. Sur la base de quel article ?

    L’article 70, alinéa 3, que je vais prendre le temps de lire pour vous montrer à quel point le rappel au règlement se justifie : « Qui se livre à une mise en cause personnelle, qui interpelle un autre député ou qui adresse à un ou plusieurs de ses collègues des injures, provocations ou menaces […] ».
    J’ai entendu de la part de M. Gillet les mots suivants : « La gauche, vous êtes du côté des délinquants. »

    Ce n’est pas une injure, c’est un constat.

    Nous avons réagi de manière un peu vive compte tenu du fait que la présidente Le Pen porte un bracelet électronique à son pied. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ Exclamations sur les bancs du groupe RN.)

    Merci monsieur le député mais j’ai entendu des propos du même genre de votre part tout à l’heure. Je suspends la séance pour deux minutes.

    Suspension et reprise de la séance

    La séance est suspendue.

    (La séance, suspendue à dix-neuf heures cinq, est reprise à dix-neuf heures dix.)

    Je mets aux voix l’amendement no 493.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        72
            Nombre de suffrages exprimés                72
            Majorité absolue                        37
                    Pour l’adoption                22
                    Contre                50

    (L’amendement no 493 n’est pas adopté.)

    La parole est à M. Pierre-Yves Cadalen, pour soutenir l’amendement no 88.

    Nous avons bien compris que votre priorité n’était pas du tout de garantir un logement pour toutes et tous, de respecter le préambule de la Constitution de 1946 ou encore la vocation sociale de notre République. Vous prévoyez dans cet article d’aggraver les sanctions contre les personnes qui occupent les logements, et vous êtes même prêts à les envoyer en prison. C’est peut-être votre solution pour loger les gens, remarquez !
    Quelle ironie que le parti de M. Kasbarian s’appelle le parti de la liberté. Je lui propose de préciser qu’il s’agit de la liberté des riches ou de celle des bourgeois. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
    C’est ce que vous avez démontré, en tout état de cause. Vous êtes ici et là-bas, les macrono-lepénistes, les représentants de la classe bourgeoise. Karl Marx disait que lorsque l’on vous montre tel que vous êtes, lorsque l’on dit quels intérêts vous représentez, vous ne le supportez pas parce que vous n’assumez pas ce que vous êtes et ce que vous faites.
    Au XIXe siècle, à une période où le suffrage était censitaire, le premier ministre Guizot encourageait ses concitoyens à s’enrichir pour devenir des citoyens et des électeurs. Vous voulez la même chose. Du reste, quand la participation populaire aux élections est faible, cela vous arrange.
    À ceux qui nous écoutent, je dis donc d’aller voter massivement à la présidentielle pour Jean-Luc Mélenchon parce que nous garantirons le logement, nous construirons des logements publics, nous rénoverons et nous en finirons avec ces lois sottes et stupides qui ne font que nous faire perdre notre temps. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Avis défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Avis défavorable.

    La parole est à M. Guillaume Kasbarian.

    Le squat n’est pas une liberté mais un délit. La liberté recouvre aussi celle d’être propriétaire et de voir sa propriété privée respectée. La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres. On ne peut pas empiéter sur la liberté d’autrui et la propriété d’autrui au prétexte que ce serait une liberté de squatter. Votre raisonnement est fallacieux. Vous ne défendez pas la liberté mais les squatteurs, c’est-à-dire des délinquants.
    On peut être propriétaire et modeste. Ce n’est pas parce qu’on est propriétaire qu’on est bourgeois ou riche. Notre pays compte de nombreux propriétaires modestes, qui ont travaillé pour pouvoir se payer leur propriété privée et qui entendent que l’État protège ce qu’ils ont réussi à acquérir à la sueur de leur front, en étant protégés contre les atteintes portées à leur liberté individuelle. (Mme Joséphine Missoffe et M. Ian Boucard applaudissent.)

    Un tiers des ménages détiennent la moitié du parc privé !

    La parole est à M. Louis Boyard.

    Apprenez, monsieur Kasbarian, qu’il n’existe pas de liberté sans égalité. La question est bien celle de la responsabilité –⁠ vous parliez de délinquants, du reste. La personne qui est sans abri, qui est à la rue, n’est pas responsable de son état. Quand 6 millions de personnes recherchent un travail mais que seuls 400 000 ou 500 000 emplois sont disponibles, selon la Dares –⁠ direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques –, je considère qu’elles ne sont pas responsables de leur situation de chômage.
    Quand 3 millions de logements sont vacants mais que 350 000 personnes sont sans abri, le responsable de la situation, c’est le pouvoir public, le politique, c’est-à-dire vous, parce que vous ne prenez pas toutes les mes qui s’imposent pour permettre aux gens d’avoir un emploi et un toit au-dessus de leur tête. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
    Vous parlez de liberté, monsieur Kasbarian, mais le sans-abri est-il libre ? La personne qui n’a pas accès à un emploi parce que le capitalisme ne le lui permet pas est-elle libre ? La personne qui n’a pas de logement parce qu’on ne lui donne pas les revenus ou le travail indispensables à cela est-elle libre ?
    La seule liberté qui vous intéresse, monsieur Kasbarian, est celle des dominants. Mais la majorité du peuple français, à cause de l’inflation qu’on se prend sous Emmanuel Macron et de la concentration du logement qui interdit toute perspective d’achat aux jeunes, n’est pas libre. C’est pourquoi nous parlons d’égalité avant de parler de liberté. Sans égalité, vous n’avez pas la liberté. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    Je mets aux voix l’amendement no 88.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        80
            Nombre de suffrages exprimés                80
            Majorité absolue                        41
                    Pour l’adoption                25
                    Contre                55

    (L’amendement no 88 n’est pas adopté.)

    La parole est à M. Ian Boucard, pour soutenir l’amendement no 652.

    Il s’agit d’équilibrer les mes de l’article 5 en faveur des résidences secondaires. Du fait d’un vide procédural, il n’est en effet pas possible d’expulser les squatteurs d’une résidence secondaire.
    À l’extrême gauche qui ne manquera pas de nous reprocher de défendre les bourgeois et les classes très aisées, je rappellerai que les classes les plus bourgeoises ne sont pas les seules à posséder des résidences secondaires. Il fut un temps où notre pays permettait l’ascension sociale.
    Il fut un temps où les ouvriers, par exemple, par leur travail, pouvaient accéder à la propriété relativement jeunes et, dans certains endroits –⁠ sans doute pas à Saint-Tropez, j’en conviens –, acquérir une résidence secondaire. Vous dites que 34 % des résidences secondaires sont détenues par des ménages aisés et ce chiffre vous paraît énorme. Mais cela signifie que 66 % de ces résidences ne sont pas détenues par des personnes issues de classes particulièrement aisées (M. Pierre-Yves Cadalen s’exclame) et qu’elles sont susceptibles d’être squattées alors que c’est peut-être le seul héritage que leurs propriétaires pourront laisser à leurs enfants.

    M. Jean-François Coulomme

  • Eh bien nous abolirons l’héritage !

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Lorsqu’une résidence secondaire est squattée alors que son propriétaire ne l’occupe pas, la loi Dalo ouvre la possibilité de demander la mise en demeure de l’occupant de quitter les lieux, assortie d’un délai d’exécution de sept jours, plus court que s’il s’agissait d’une résidence principale. Vous souhaitez réduire ce délai d’urgence. Or une habitation principale n’est pas une habitation secondaire, un domicile n’est pas la même chose qu’une résidence, et ces statuts différents appellent un traitement gradué.
    La commission a émis un avis défavorable. Nous avons rappelé que l’amendement est satisfait par l’article 38 de la loi Dalo de 2007 : la procédure d’évacuation forcée qu’il prévoit s’applique y compris « lorsque le local occupé ne constitue pas le domicile du demandeur ». Je vous propose de le retirer.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Défavorable.

    La parole est à M. Laurent Croizier.

    J’ai du mal à me faire traiter de bourgeois par des députés qui gagnent 6 000 euros par mois,…

    C’est absurde : c’est l’indemnité parlementaire ! Quand elle n’existait pas, il n’y avait que des bourgeois à l’Assemblée !

    …et appartiennent à un groupe dont la présidente voyage en classe affaires et à un parti dont le président est multimillionnaire ! (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR, Dem et HOR.) On ne peut pas le lundi se plaindre du mal-logement, le mardi entraver les programmes de construction de logements au nom de je ne sais quelle idéologie,…

    …le mercredi se plaindre de la précarité, le jeudi empêcher les entreprises de s’installer, le vendredi se plaindre de l’importation de légumes et de fruits de l’étranger…

    C’est vous, le légume !

    …et le samedi empêcher nos agriculteurs de travailler ! En politique, la cohérence, c’est important ! (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR, Dem et HOR.)

    (L’amendement no 652 est adopté.)

    Je mets aux voix l’article 5, tel qu’il a été amendé.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        86
            Nombre de suffrages exprimés                86
            Majorité absolue                        44
                    Pour l’adoption                58
                    Contre                28

    (L’article 5, amendé, est adopté.)

    La parole est à M. Pierre-Yves Cadalen, pour un rappel au règlement.

    Il se fonde sur l’article 70, alinéa 3. M. Croizier met en cause le fait que nous touchions la même indemnité parlementaire que lui.

    Ce n’est pas ce qu’il a mis en cause !

    C’est un scandale ! Je tiens à vous rappeler une chose qui fera écho à la discussion que nous venons d’avoir : lorsqu’il n’y avait pas d’indemnité parlementaire, seuls des gens comme vous étaient élus parce qu’ils étaient propriétaires et disposaient d’une rente ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et GDR.)

    Ce n’est pas ce qu’il a dit !

    Sur l’amendement no 89, je suis saisie par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire d’une demande de scrutin public.
    Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.

    La parole est à M. Laurent Croizier, pour un rappel au règlement.

    Il se fonde sur l’article 70, alinéa 3, relatif aux mises en cause personnelles. Je rappelle à mon collègue que je ne suis qu’instituteur, professeur des écoles. Je viens d’une famille modeste : mes deux parents sont fonctionnaires, mon papa est cheminot. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR, DR, Dem et HOR.)

    Cela ne nous intéresse pas !

    Appliquez-vous donc vos propres leçons ! Moi, je ne suis pas né avec une cuiller en argent dans la bouche. J’ai grandi dans la ruralité et je connais la vie, je suis sur le terrain, contrairement à vous ! (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR, Dem et HOR.)

    Après l’article 5 (suite)

    La parole est à M. Andy Kerbrat, pour soutenir l’amendement no 89.

    Je promets d’essayer d’apaiser les débats,…

    …même si je ne comprendrai jamais comment on peut voter contre ses intérêts de classe quand on est issu des classes dites populaires ou moyennes.

    Monsieur Kerbrat, veuillez défendre l’amendement.

    C’était une introduction explicative. Nous nous sommes efforcés de vous expliquer sur tous les tons que vous étiez nécessairement responsables du mal-logement. Monsieur Kasbarian, écoutez-moi : oui, le squat est illégal, mais il est surtout la conséquence de votre politique. S’il y a plus de squats en France, c’est parce que vous n’avez pas mené une bonne politique du logement. Et vous êtes le premier responsable de cette explosion du nombre de squats…

    Vous étiez ministre du logement !

    …car, au lieu de construire des logements sociaux et de mettre à l’abri les personnes à la rue, comme l’avait promis Emmanuel Macron –⁠ promesse non tenue –, vous avez préféré faire voter, pour toute loi sur le logement, une loi visant à lutter contre le squat.
    C’est bien la preuve qu’en fait de politique du logement, vous avez choisi de partir à l’attaque des pauvres !
    Le présent amendement vise à abolir le délit d’incitation au squat –⁠ on en a déjà débattu lors de l’examen de votre loi et en commission. Les associations qui pallient les défaillances de l’État et travaillent à permettre à des personnes à la rue de trouver des hébergements, même s’ils sont illégaux, sont plus dignes que n’importe quelle loi Kasbarian ! (Mme Anne-Sophie Ronceret s’exclame.)

    Sur l’amendement no 494, je suis saisie par le groupe Rassemblement national d’une demande de scrutin public.
    Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Le squat est une infraction sanctionnée par la loi pénale. Il faut faire preuve de fermeté à l’égard de tout ce qui concourt à sa commission. Il faut en particulier réprimer l’incitation à s’y livrer –⁠ il existe des systèmes de publicité, voire des modes d’emploi du squat ! Avis défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Même avis. J’ajoute qu’en juillet 2023, la définition de ce délit a été déclarée conforme au bloc de constitutionnalité.

    Quant à vous, vous débloquez !

    La parole est à M. Guillaume Kasbarian.

    Cet amendement est scandaleux. Non seulement vous soutenez les squatteurs, mais vous faites l’apologie du squat.

    C’est tout le contraire !

    Vous voulez que soient à nouveau autorisés les livrets du bon petit squatteur, qui lui donnent toutes les clefs pour pouvoir bien squatter et être sûr de retarder les procédures d’expulsion ! En 2023, nous avons décidé d’interdire ce type de document, d’interdire l’apologie du squat et l’incitation à squatter, et le Conseil constitutionnel a pleinement validé cette disposition.
    Vous voulez revenir dessus parce que non seulement vous défendez les squatteurs, mais vous voulez faire la promotion du squat et l’encourager. Vous rêveriez qu’il y en ait de plus en plus chaque jour. La preuve est faite, à nouveau, que vous détestez la propriété privée ! (M. Ugo Bernalicis s’exclame.)

    La parole est à M. Andy Kerbrat.

    La création du délit d’incitation au squat a eu un effet mortifère : elle a fait augmenter le nombre de personnes à la rue car elle a criminalisé l’action publique, politique, des associations qui les aidaient à trouver un abri. Vous en êtes responsable !
    Je le dis sans hésiter : tant que l’on n’aura pas réglé le problème du logement en France, tant que l’on n’aura pas construit ou réquisitionné ce qu’il faut, le squat sera une méthode. Franchement, oui, squattez ! Squattez les multipropriétaires de logements loués sur Airbnb, les résidences secondaires qui appartiennent aux 3 % qui possèdent 50 % du patrimoine immobilier de ce pays ! Oui, squattez, squattez, mettez-vous à l’abri et survivez !

    C’est de l’incitation au délit ! Les députés ont quand même un devoir de responsabilité ! C’est surréaliste, on est en plein délire !

    Je mets aux voix l’amendement no 89.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        77
            Nombre de suffrages exprimés                76
            Majorité absolue                        39
                    Pour l’adoption                16
                    Contre                60

    (L’amendement no 89 n’est pas adopté.)

    La parole est à M. Yoann Gillet, pour soutenir l’amendement no 494.

    Le code pénal réprime l’introduction et le maintien illicite dans un local à usage d’habitation, commercial, agricole ou professionnel –⁠ le squat – par une peine de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende. Ce dispositif s’applique de manière uniforme dès lors que les éléments constitutifs du squat sont caractérisés lors de l’occupation frauduleuse d’un local, quel que soit l’état matériel dans lequel les occupants laissent le bien en question. Il y a là une insuffisance de l’arsenal pénal actuel : en plus de la perte de jouissance de leur bien, les propriétaires ne devraient pas avoir à assumer des frais de rénovation considérables après l’expulsion des squatteurs. Il faut envoyer un signal de fermeté. C’est ce que nous proposons de faire par cet amendement, qui tend à en créer une circonstance aggravante spécifique de l’infraction d’occupation frauduleuse.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • « La destruction, la dégradation ou la détérioration d’un bien appartenant à autrui » constituent une infraction autonome déjà prévue par les articles 322-1 et suivants du code pénal. En outre, la rédaction de votre amendement limite sa portée, puisqu’il n’y est question que des locaux et pas des domiciles. Avis défavorable pour ces deux raisons.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Même avis.

    La parole est à M. Ian Boucard.

    Il s’agit d’un amendement intéressant, qu’il faudrait réécrire en vue de la commission mixte paritaire.
    Je reviens au débat qui oppose M. Kasbarian à l’extrême gauche de cet hémicycle. Si cette dernière n’avait pas fait tomber le gouvernement de M. Barnier, le projet de loi relatif au développement de l’offre de logements abordables de M. Kasbarian, qui présentait un grand intérêt et que la commission des affaires économiques du Sénat avait approuvé, aurait eu le temps d’arriver dans cet hémicycle. Il aurait notamment permis de revenir sur les quotas fixés par la loi SRU et de lutter contre le logement social à vie –⁠ qui a permis à certains députés d’extrême gauche de continuer à vivre dans des logements sociaux alors même qu’ils étaient députés, avaient largement les moyens d’habiter ailleurs et auraient pu les libérer au profit de familles qui en avaient cruellement besoin ! (Mmes Cendrine Chazé et Anne-Sophie Ronceret applaudissent.)
    Sur cette question, vous êtes des tartuffes : que nous manquons de logements, mais à chaque fois qu’on veut mener à bien des projets de construction, ceux qui s’y opposent et déposent des recours sont toujours des associations, des militants ou des partis politiques de gauche. Lors de l’examen du projet de loi de simplification de la vie économique, nous avons défendu des mes visant à accélérer la construction : vous vous êtes opposés à chacune d’entre elles. Vous nous dites qu’il n’y a pas assez de logements mais, dès que l’on veut en construire plus, vous êtes contre.

    M. Kerbrat, que je remercie pour sa sincérité, a eu l’immense honnêteté de le dire : il n’est pas pour la construction, il est pour le squat. Voilà ce que vous défendez. À chacun son projet de société ! (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR. –⁠ Mme Cendrine Chazé applaudit également.)

    Je mets aux voix l’amendement no 494.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        80
            Nombre de suffrages exprimés                73
            Majorité absolue                        37
                    Pour l’adoption                23
                    Contre                50

    (L’amendement no 494 n’est pas adopté.)

    La parole est à M. Cyril Tribuiani, pour soutenir l’amendement no 202.

    Nous proposons de prendre une me de justice et de responsabilité par cet amendement, qui prévoit que ceux qui occupent illégalement ou se maintiennent frauduleusement dans un logement supporteront les frais qu’ils ont occasionnés, qu’il s’agisse de l’évacuation, du nettoyage, de l’enlèvement des déchets, de la remise en état du bien ou de la réparation des dégradations. Il n’est pas acceptable que les victimes paient les conséquences des agissements de ceux qui violent leur droit de propriété. Le principe est simple : le pollueur paie, le squatteur répare. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RN.)

    M. Jean-François Coulomme

  • Et le RN rembourse !

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Je comprends la logique « casseur-payeur » que poursuit cet amendement. Toutefois, les frais que vous évoquez sont déjà couverts par plusieurs procédures. Les frais engagés par le propriétaire du bien squatté font l’objet d’une indemnisation au titre des dommages et intérêts. Les frais de justice peuvent évidemment être laissés à la charge du condamné, selon les règles prévues par le code de procédure pénale. Enfin, si l’État ou une collectivité venaient à subir un préjudice, rien ne les empêcherait de mener leur propre action. Avis défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Même avis : l’amendement est satisfait par les dispositions qui viennent d’être évoquées.

    La parole est à M. Ugo Bernalicis.

    Je ne comprends plus rien. Vraiment, je suis perdu ! Quand nous parlions des free parties, le gouvernement a soutenu des amendements identiques prévoyant des actions civiles en réparation que la loi, en l’occurrence le code civil, permet déjà. À présent, on fait valoir un argument en sens contraire. Je suis perdu !

    C’est complètement incohérent ! Ces arguments très erratiques de la part du ministre sont insupportables –⁠ il ne deviendra pas ministre de la justice, à mon avis…

    (L’amendement no 202 n’est pas adopté.)

    Je vous rappelle que les articles 5 bis à 5 quindecies ainsi que les amendements avant l’article 6 sont réservés à la demande du gouvernement. Nous abordons donc l’article 6.

    Je suis saisie de cinq amendements, nos 427, 426, 831, 306 et 305, qui tendent à rétablir l’article 6, supprimé par la commission, et peuvent être soumis à une discussion commune.
    La parole est à M. Ugo Bernalicis, pour soutenir l’amendement no 427.

    Il tend à rétablir l’article 6 dans une version un peu modifiée, puisqu’il s’agit de supprimer les amendes forfaitaires délictuelles (AFD) de notre droit. Je vais revenir sur un certain nombre d’arguments en faveur de cette suppression. On évoque souvent le mauvais recouvrement de ces amendes, dénoncé par le rapport de la Cour des comptes.
    Je pense que c’est en réalité une perte de temps, car il s’agit d’un problème très secondaire. L’amende forfaitaire délictuelle, quand bien même elle serait recouvrée, pose en elle-même des problèmes.
    Le premier touche à la séparation des pouvoirs. Concrètement, dans la rue, le policier ou le gendarme rend un jugement comme un juge et éteint l’action publique comme un procureur. C’est insupportable. Le Conseil constitutionnel a lui-même reconnu que ce n’était pas terrible, mais en a admis le principe dès lors que les infractions étaient caractérisées de façon suffisamment claire –⁠ je pense qu’en l’espèce il a fait n’importe quoi.
    Toujours est-il que, sur le terrain des principes, nous devons continuer de défendre la séparation des pouvoirs comme un principe de vivre ensemble essentiel et déterminant. Il y va de la sûreté, consacrée par l’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.
    Deuxième point : l’AFD est inefficace. Aucune corrélation scientifique n’a été démontrée entre son instauration et la baisse du nombre d’infractions, dans quelque domaine que ce soit. Il n’y a aucun rapport ! L’AFD fait rentrer de l’argent et permet aux ministres de l’intérieur successifs de jouer les gros bras en prétendant qu’ils ont agi. Elle permet de poursuivre l’indigne politique du chiffre, qui transforme les policières et les policiers en robots chargés de distribuer des contraventions et surtout des AFD, au détriment du sens même de leur métier.
    Pour toutes ces raisons, il est urgent de supprimer les amendes forfaitaires délictuelles de notre droit… (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’orateur.)

    La parole est à M. Andy Kerbrat, pour soutenir l’amendement no 426.

    Cet amendement poursuit deux objectifs. Comme l’a très bien rappelé mon collègue Bernalicis et comme nous le martelons depuis le début de l’examen de ce texte, le système des amendes forfaitaires délictuelles ne fonctionne pas. Non seulement elles ne servent à rien et ne sont pas recouvrées, mais elles produisent même des effets contre-productifs en matière d’usage illicite de stupéfiants.
    Nous avons déjà eu ce débat, monsieur le ministre, lorsque vous nous avez expliqué que l’AFD n’avait pas pour objectif de sortir les gens de l’addiction, mais de punir la consommation. Or, si vous ne cherchez pas à réduire la consommation de stupéfiants d’une personne, vous courez le risque d’obtenir toujours le même résultat : la verbalisation répétée du même consommateur. Car ce n’est pas en infligeant des amendes que l’on soigne une addiction. Tel est le premier objectif de cet amendement.
    Mais nous proposons d’aller plus loin. Je voudrais répondre à un propos tenu par le premier ministre lors du débat sur la loi contre le narcotrafic. Selon lui, il n’existait que deux choix : soit la politique actuelle, c’est-à-dire la répression à tout va des usagers, des consommateurs et du narcotrafic –⁠ mais surtout du petit deal –, soit la dépénalisation.
    La dépénalisation est une véritable question politique. Il ne faut pas refuser de la regarder en face en considérant qu’elle constituerait nécessairement une défaite. D’autres pays européens ont fait des choix différents, notamment en matière de cannabis : l’Espagne, la Belgique ou encore la Suisse, qui dispose du système d’addictologie le plus performant. Son modèle repose à la fois sur la sécurité et la répression, mais aussi sur l’accompagnement et les soins, jusqu’à l’existence de salles de consommation médicalisée d’héroïne, afin d’éviter que les personnes ne consomment dans la rue. Le modèle portugais devrait également nous inspirer.
    Vous, que proposez-vous à un usager de stupéfiants ? De payer une AFD. À aucun moment vous ne proposez de travailler à son intégration dans un parcours de sortie d’addiction. Au Portugal, la consommation de stupéfiants demeure interdite, mais elle fait seulement l’objet d’une sanction administrative et la personne est orientée vers un comité… (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’orateur. –⁠ Mme Andrée Taurinya applaudit ce dernier.)

    La parole est à Mme Laetitia Saint-Paul, pour soutenir l’amendement no 831.

    S’agissant des stupéfiants, force est de constater qu’il n’y a plus de zones blanches…

    Ah, elle est bonne, celle-là !

    …et qu’il n’y aurait pas de dealers s’il n’y avait pas de consommateurs. Au sein du groupe Horizons & indépendants, nous sommes convaincus que la destruction de la société passe par le laxisme, fidèlement orchestré par l’extrême gauche, et que cette amende forfaitaire délictuelle est l’une des solutions. (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR.)

    Sur les amendements nos 427 et 426, je suis saisie par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire d’une demande de scrutin public.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    La parole est à M. Michaël Taverne, pour soutenir l’amendement no 306.

    L’article 6, qui a été supprimé par la gauche et l’extrême gauche en commission et que nous proposons de rétablir, vise à s’attaquer aux organisations criminelles et à la consommation de produits stupéfiants. La France insoumise est d’ailleurs bien placée pour en parler.
    En matière d’amende forfaitaire délictuelle, il est important de rappeler le contexte. Cette année, j’ai eu l’honneur de suivre une session de l’Institut des hautes études du ministère de l’intérieur (IHEMI), consacrée notamment à la corruption, à la criminalité organisée, à la consommation de stupéfiants, aux organisations criminelles et à la grande délinquance. Lorsque nous nous sommes rendus à Rotterdam et à La Haye, nos interlocuteurs d’Europol et d’Eurojust nous ont expliqué –⁠ n’en déplaise à l’extrême gauche – que la création du parquet national anticriminalité organisée (Pnaco) constituait une bonne me. Europol, qui s’efforce de lutter le plus efficacement possible contre les organisations criminelles qui inondent le territoire européen de stupéfiants, nous a également indiqué que notre procédure pénale et la réforme de la police judiciaire menée en France constituaient de très mauvaises orientations.
    En second lieu, un policier français chargé de la lutte contre les organisations criminelles au sein de cet organisme nous a confié que nous n’y arriverions jamais tant que nous ne taperions pas plus fort sur les consommateurs. C’est pourquoi nous proposons d’augmenter massivement le montant de l’amende forfaitaire délictuelle infligée aux consommateurs de stupéfiants. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RN.)

    Vous conservez la parole pour soutenir l’amendement no 305.

    Comme je viens de le dire et comme nous le disent les policiers spécialisés, il faut frapper les consommateurs au portefeuille. Dans notre boîte à outils, nous devons renforcer la police judiciaire et lutter plus efficacement contre les organisations criminelles. Or ce sont les consommateurs qui alimentent ces organisations.
    Créer un parquet national anticriminalité organisée : oui. Renforcer la police judiciaire : oui. Simplifier la procédure pénale : oui. Mais il faut aussi frapper les consommateurs au portefeuille.

    Mais certains n’ont pas de portefeuille, c’est cela que vous ne comprenez pas !

    C’est un cercle vertueux qu’il faut créer. Tel est le sens de cet amendement.

    La parole est à M. Damien Girard, pour soutenir le sous-amendement no 1094, à l’amendement no 305.

    Nous sommes opposés au rétablissement de l’article 6. Nous le répétons depuis l’annonce faite par Emmanuel Macron en décembre 2025 : le doublement de l’amende forfaitaire délictuelle pour usage illicite de stupéfiants est un cache-misère.
    Le raisonnement est pauvre et paresseux, presque caricatural. On inflige des amendes pour la consommation de stupéfiants. Mince ! Cela ne règle ni la consommation, ni les addictions, ni les trafics. Alors on se creuse un peu la tête : que pourrait-on bien faire ? La réponse tombe : doublons le montant des amendes. Voilà toute votre politique publique : la même réponse, mais avec une amende plus chère.
    La politique de culpabilisation sur laquelle le gouvernement mise tout ne produit aucun résultat sérieux qui permettrait de démontrer un recul de la consommation. Le groupe Droite républicaine propose lui aussi de faire passer l’AFD de 200 à 500 euros –⁠ de 150 à 400 euros pour l’amende minorée et de 450 à 1 000 euros pour l’amende majorée.
    Mais pendant que vous donnez l’illusion d’agir, la réalité s’aggrave. Pour la première fois, la cocaïne est devenue le premier marché de stupéfiants en France, devant le cannabis. En 2023, plus d’1 million de personnes en ont consommé –⁠ soit deux fois plus qu’en 2022, selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT).
    La consommation explose partout, dans les centres urbains comme dans la ruralité, dans les milieux favorisés comme dans les plus précaires, dans les milieux festifs comme au travail –⁠ n’en déplaise au premier ministre, puisque les tests réalisés dans les cabinets ministériels ne seront pas publiés.
    Nous devrions nous interroger sur les raisons de l’explosion de la consommation : la santé mentale de nos concitoyens, particulièrement des plus jeunes, l’isolement, les conditions de travail, l’accès aux soins, la réduction des risques ou encore les moyens dont disposent nos services d’enquête pour démanteler les réseaux. Au lieu de cela, de quoi parlons-nous ? D’une amende, encore d’une amende. Pensez-vous vraiment qu’une amende de 500 ou de 1 000 euros réglera un problème sanitaire, social, addictologique et criminel ? Moi, je ne le crois pas.

    Le sous-amendement no 1098 de M. Roger Vicot est défendu.
    Je suis saisie de deux sous-amendements identiques, nos 1093 et 1099.
    Le sous-amendement no 1093 de M. Pouria Amirshahi est défendu.
    La parole est à M. Roger Vicot, pour soutenir le sous-amendement no 1099.

    Nous proposons de supprimer la peine complémentaire de suspension de permis de conduire en cas de consommation de stupéfiants lorsque la personne ne conduisait pas sous l’emprise de la drogue.
    J’ai déjà évoqué ce principe hier, à l’occasion de l’examen d’un autre article. Il s’agit ici de sanctionner une personne au motif qu’elle pourrait éventuellement commettre un délit à l’avenir : autrement dit, de sanctionner une faute qui n’a pas été commise et qui, peut-être, ne le sera jamais. Cette me est donc totalement inadéquate et illégitime ; c’est pourquoi nous proposons de supprimer les alinéas 8 et 9. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)

    La parole est à M. Damien Girard, pour soutenir les sous-amendements nos 1097, 1095 et 1096, qui peuvent faire l’objet d’une présentation groupée.

    Je profite de la présentation de ces sous-amendements de M. Amirshahi pour répondre aux propos que j’ai entendus il y a un instant, selon lesquels il faudrait allier répression et prévention. Mais cela fait des années que vous ne faites que de la répression ! Notre pays est connu pour être le plus répressif en matière de drogues, tout en enregistrant les pires résultats. Pourtant, vous proposez encore de renforcer le volet répressif.
    D’autres pays européens obtiennent des résultats remarquables : je pense notamment au Portugal ou à la Suisse. Ils mènent des politiques de prévention et de réduction des risques.
    La question n’est pas de savoir si la drogue, c’est bien ou mal. Elle est de savoir si nous voulons réellement protéger notre population, notamment les plus jeunes, ou simplement nous faire plaisir en multipliant les amendes. Dans ce dernier cas, nous obtiendrons exactement les mêmes résultats, tout en appauvrissant davantage des personnes déjà en difficulté. Franchement, continuons ainsi !

    Quel est l’avis de la commission sur ces amendements et sous-amendements en discussion commune ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • À titre personnel, je déplore la suppression de l’article 6 par la commission et je souhaite son rétablissement.

    Le gouvernement, lui, ne propose pas le rétablissement !

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Cet article prévoyait de porter l’amende forfaitaire délictuelle (AFD) à 500 euros, ce qui était une bonne chose car son quantum actuel de 200 euros ne correspond pas à la hiérarchie et à la proportionnalité des peines. L’amende moyenne infligée par les tribunaux s’établit d’ailleurs à 435 euros.
    Ceci posé, je souhaite ajouter qu’en matière d’usage illicite de stupéfiants, l’AFD est une sanction efficace, et que nous travaillons à renforcer son efficacité, en particulier en améliorant son recouvrement. C’est pourquoi il conviendrait de réintroduire l’article 6.
    Ainsi, à titre personnel, je suis favorable à l’amendement de rétablissement no 305, mais défavorable à ses sous-amendements, et défavorable à l’ensemble des autres amendements.

    Main dans la main avec le Rassemblement national !

    Ah, elle est belle, l’alliance !

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • À l’issue de cette discussion commune sur le rétablissement de l’article 6, j’émets un avis défavorable sur les amendements no 427 et 426, qui visent à supprimer l’amende forfaitaire délictuelle pour consommation de stupéfiants. L’article 6 porte cette amende à 500 euros. Nous y sommes très favorables, monsieur Sansu. Le gouvernement a défendu cette me pour toucher aussi les consommateurs, qui portent une part de culpabilité et de responsabilité dans le développement des trafics.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Le Premier ministre a indiqué –⁠ cela est sans doute de nature à vous rasr – qu’une partie de ce produit serait reversée à la mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca) pour des actions de prévention. (M.  Andy Kerbrat s’esclaffe.)

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Vous devez évidemment en être très satisfaits.

    On attend toujours le reversement à la sécurité sociale du produit de la taxe sur le tabac ! Idem pour le produit de la journée de solidarité au bénéfice des Ehpad. De belles promesses…

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Je demande au groupe Horizons & indépendants le retrait de son amendement no 831 au profit des autres amendements de rétablissement, notamment de l’amendement no 305 de M. Taverne, qui reprend la rédaction de l’article 6 dans ses trois dimensions : augmentation de l’amende forfaitaire délictuelle à 500 euros ; possibilité de prononcer une peine complémentaire de suspension du permis de conduire, peine qui existe déjà pour certains professionnels, notamment les policiers et les personnels qui travaillent dans les transports ; et, dernière me dont on a moins parlé, prolongation de l’interdiction de paraître sur un point de deal, introduite par la loi narcotrafic, lorsqu’à l’issue d’une première interdiction, les personnes reviennent et réinstallent un trafic.
    Je répète : avis défavorable pour les amendements no 427 et 426 ; demande de retrait de l’amendement no 831 au profit du no 305, qui reprend l’ancienne rédaction de l’article 6 à laquelle le gouvernement est favorable ; avis défavorable sur tous les sous-amendements.

    La parole est à M. Nicolas Sansu.

    Le gouvernement n’a pas déposé d’amendement pour réintroduire l’article 6. J’imagine pourtant que vous aviez connaissance de la version du texte issue des travaux de la commission. Si vous aviez estimé qu’il était nécessaire de réintroduire cet article, vous l’auriez fait. (Mme  Andrée Taurinya applaudit.)
    Ce qui se passe est très grave. Que vous donniez le point au Rassemblement National une nouvelle fois me fait très mal parce que je connais vos engagements républicains. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes GDR, LFI-NFP et EcoS.) Ce n’est pas ce que vous êtes vraiment !
    Alors qu’il reste encore au moins une lecture et une commission mixte paritaire, je vous invite à vous ressaisir et à ne pas faire adopter cet amendement no 305 de M. Taverne parce que vous n’aviez pas décidé de réintroduire cet article, parce que vous savez très bien que l’augmentation de l’AFD ne réglera rien, bien au contraire, et enfin parce que vous avez entendu ce qui s’est dit en commission.
    Je vous demande solennellement de revenir sur l’avis favorable donné à l’amendement no 305. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, LFI-NFP et EcoS.)

    La parole est à M. Andy Kerbrat.

    La question des effets de l’amende forfaitaire, à laquelle vous n’avez pas répondu, est très intéressante. Au risque de surprendre, je ne suis pas en désaccord avec Bruno Retailleau quand il dit qu’il faut s’occuper de la demande. En effet, l’enjeu est de s’occuper des usagers et des usagères de stupéfiants.
    Le problème réside dans la proposition politique que vous faites, celle de l’amende forfaitaire délictuelle, qui est déjà appliquée et recouvrée à hauteur de 35 %. Lorsque nous en avons discuté en commission, vous vous êtes réjoui que ce soit deux fois plus que ce que vous recouvrez par ailleurs. Certes, mais 30 % de recouvrement, c’est 70 % de personnes qui ne paient pas.
    La réalité, c’est que vous ne voulez pas prendre le problème en face et que vous abandonnez le combat de santé publique concernant les addictions et l’usage de drogue (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et GDR), parce que vous n’avez pas le courage politique d’assumer un vrai plan, un plan qui pourrait froisser ceux d’en face.

    C’est vrai. Vous cédez au RN !

    Je vais vous donner un exemple. Pourquoi, actuellement, la France n’a-t-elle pas généralisé les haltes soins addictions (HSA) alors que toutes les expérimentations sont bonnes ? Monsieur le ministre, vous étiez préfet lors de l’installation de la halte soins addictions à la salle Gaïa à Paris ; vous avez entretenu des rapports compliqués avec eux, mais, finalement, ils nous disent que cela fonctionne. Le bâton que vous brandissez ne réduira pas le nombre d’usagers. Cela ne marchera pas !

    Et, dans cinq ans, cela n’aura fait qu’empirer. On peut porter l’ALD à 500 euros, la prochaine fois à 1 000 euros, et, pourquoi pas, revenir à l’idée, qui avait cours en 1970, qu’on pouvait aller en taule parce qu’on était camé ? Ce n’est pas un objectif politique ! Croyez-moi, nous pouvons sortir par le haut de ce problème de santé publique. (MM. Damien Girard et Marcellin Nadeau applaudissent.)

    La parole est à M. le ministre.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Je demande une suspension de séance. (Murmures sur les bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et GDR.)

    Suspension et reprise de la séance

    La séance est suspendue.

    (La séance, suspendue à dix-neuf heures cinquante, est reprise à dix-neuf heures cinquante-cinq.)

    Je mets aux voix l’amendement no 427.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        67
            Nombre de suffrages exprimés                67
            Majorité absolue                        34
                    Pour l’adoption                26
                    Contre                41

    (L’amendement no 427 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix l’amendement no 426.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        67
            Nombre de suffrages exprimés                67
            Majorité absolue                        34
                    Pour l’adoption                26
                    Contre                41

    (L’amendement no 426 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix l’amendement no 831.

    (Le vote à main levée n’ayant pas été concluant, il est procédé à un scrutin public.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        66
            Nombre de suffrages exprimés                65
            Majorité absolue                        33
                    Pour l’adoption                24
                    Contre                41

    (L’amendement no 831 n’est pas adopté.)

    (L’amendement no 306 n’est pas adopté.)

    (Les sous-amendements nos 1094, 1098, 1093, 1099, 1097, 1095 et 1096, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.)

    Je mets aux voix l’amendement no 305.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        55
            Nombre de suffrages exprimés                52
            Majorité absolue                        27
                    Pour l’adoption                22
                    Contre                30

    (L’amendement no 305 n’est pas adopté.)
    (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ M. Damien Girard applaudit également.)

    La suite de la discussion est renvoyée à la prochaine séance.

    2. Ordre du jour de la prochaine séance

    Prochaine séance, ce soir, à vingt et une heures trente :
    Suite du projet de loi visant à offrir des réponses immédiates au phénomène troublant l’ordre public, la sécurité et la tranquillité de nos concitoyens.
    La séance est levée.

    (La séance est levée à vingt heures.)

    Le directeur des comptes rendus
    Serge Ezdra

    contient des chiffres : → tu dois les conserver exactement → tu peux les reformuler sans modification de valeur 2. Si la source

    Présidence de Mme Marie-Agnès Poussier-Winsback
    vice-présidente

    (La séance est ouverte à quinze heures.)

    1. Réponses immédiates aux phénomènes troublant l’ordre public, la sécurité et la tranquillité

    Suite de la discussion d’un projet de loi

    L’ordre du jour appelle la suite de la discussion du projet de loi visant à offrir des réponses immédiates aux phénomènes troublant l’ordre public, la sécurité et la tranquillité de nos concitoyens (nos 2850, 2984).

    Discussion des articles (suite)

    Ce matin, l’Assemblée a poursuivi l’examen des articles, s’arrêtant à l’amendement no 122 portant article additionnel après l’article 3. Je vous rappelle que des scrutins publics ont déjà été annoncés sur les amendements no 455 et identique.

    Après l’article 3 (suite)

    La parole est à M. Nicolas Tryzna, pour soutenir l’amendement no 122.

    Si l’article 3 tend à renforcer utilement la répression de plusieurs infractions routières particulièrement dangereuses, il ne permet pas d’appréhender de manière spécifique les comportements de délinquance routière répétitive. L’amendement tend par conséquent à créer un délit spécifique afin de sanctionner plus sévèrement les personnes qui, après avoir fait l’objet d’au moins trois condamnations définitives au cours des cinq années précédentes pour des infractions routières graves, commettent à nouveau l’une de ces infractions.

    La parole est à M. Vincent Caure, rapporteur de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République.

    M. Vincent Caure, rapporteur de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République

  • Avis défavorable.

    La parole est à M. le ministre de l’intérieur, pour donner l’avis du gouvernement.

    M. Laurent Nuñez, ministre de l’intérieur

  • Avis défavorable car il est déjà prévu de doubler les peines en cas de récidive.

    La parole est à Mme Élisa Martin.

    À ce que je vois, nous continuons sur la même pente ! Pourquoi ne pas faire confiance aux magistrats ? La réitération d’infractions routières ou de comportements potentiellement dangereux, en particulier quand elle est le fait de personnes sous l’emprise d’une substance alcoolique, est une circonstance aggravante. Les magistrats ont la capacité de prononcer des peines plus lourdes.
    Cela étant, il reste un grand absent et il ne dépend que du ministre de l’intérieur de réparer la situation : nous manquons d’un plan digne de ce nom pour lutter contre les violences routières, y compris les plus banales et les plus répandues, puisque, une fois encore, le nombre de morts sur les routes a augmenté dans notre pays. Tous ces gens sont morts pour rien ! Nous aimerions sincèrement que vous preniez enfin l’affaire au sérieux et que vous vous présentiez une véritable stratégie de lutte contre les infractions routières.

    Je mets aux voix l’amendement no 122.

    (Le vote à main levée n’ayant pas été concluant, il est procédé à un scrutin public.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        61
            Nombre de suffrages exprimés                60
            Majorité absolue                        31
                    Pour l’adoption                21
                    Contre                39

    (L’amendement no 122 n’est pas adopté.)

    Je suis saisie de deux amendements identiques, nos 455 et 728.
    La parole est à M. Yoann Gillet, pour soutenir l’amendement no 455.

    Il tend à rendre automatiques l’immobilisation et la mise en fourrière d’un véhicule dès lors que la conduite sans permis est constatée. Il s’agit là en effet d’une infraction grave qui s’accompagne bien souvent d’un défaut d’assurance et met directement en danger les autres usagers de la route. Il est indispensable d’envoyer un signal clair : ceux qui choisissent délibérément de s’affranchir des règles ne doivent pas pouvoir repartir au volant de leur véhicule. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN.)

    La parole est à M. Pouria Amirshahi, pour un rappel au règlement.

    Il se fonde sur l’article 100. J’étais convenu avec la présidence, en fin de matinée, que je ferais ce rappel au règlement en début de séance. Le ministre a déclaré ce matin, à propos d’une intervention de M. Thomas Portes –⁠ dont on pense ce que l’on veut, ce n’est pas le sujet –, qu’il allait se référer au compte rendu de la séance pour en tirer les conclusions qui s’imposent.
    Je voudrais simplement rappeler à Mme la présidente et à M. le ministre qu’au titre de l’article 26 de la Constitution, l’irresponsabilité des parlementaires les soustrait à toute poursuite pour des actes liés à l’exercice de leur mandat et qu’« aucun membre du Parlement ne peut être poursuivi, recherché, arrêté, détenu ou jugé à l’occasion des opinions ou votes émis par lui dans l’exercice de ses fonctions ».
    Vous avez parfaitement le droit, monsieur le ministre, de contester les propos d’un parlementaire et il n’est pas question pour moi de vous retirer ce droit légitime mais je voudrais simplement, puisque nous appelons tous à l’apaisement et au calme, que nous ne débattions pas dans cet esprit de conflictualité. S’il y a un désaccord, on le pose et on s’en explique, mais ne donnons pas à penser, dans le climat actuel, qui plus est au détour d’une phrase prononcée par un ministre, qu’on pourrait s’émanciper de l’article 26 de la Constitution. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    Après l’article 3 (suite)

    La parole est à M. Laurent Croizier, pour soutenir l’amendement no 728.

    Que les écologistes volent au secours de La France insoumise en dit long. (Exclamations prolongées sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
    Selon l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière, près de 600 000 automobilistes circuleraient sans permis de conduire. Conduire sans permis, c’est s’affranchir de toute exigence de sécurité, c’est de l’inconscience. Un conducteur sans permis est un danger pour tous, automobilistes, motards, cyclistes, piétons. À cette infraction s’ajoute souvent l’absence d’assurance, ce qui aggrave encore les risques pour les potentielles victimes.
    La conduite sans permis constitue un délit puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende. Le véhicule peut être immobilisé et placé en fourrière à l’appréciation des forces de l’ordre. En pratique, la possibilité de laisser repartir le véhicule avec un autre conducteur titulaire du permis reste possible. Cette tolérance n’est pas acceptable eu égard à la gravité de l’infraction. Un tel comportement doit entraîner une sanction immédiate, systématique et exemplaire. Mon amendement tend à ce que le véhicule passe systématiquement par la case fourrière afin de marquer les esprits et de toucher directement au portefeuille ceux qui prennent le risque inconsidéré de circuler sans permis.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Avis défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Je suis du même avis car il faut laisser à l’autorité administrative un pouvoir d’appréciation et ne pas rendre systématique cette mise en fourrière.

    La parole est à Mme Élisa Martin.

    Je ne sais pas qui vient au secours de qui mais pour ce qui nous concerne, il s’agissait simplement de rappeler les principes en vigueur dans cet hémicycle. Quand vous serez dans l’opposition, ce qui ne saurait tarder, vous serez très heureux d’en profiter à votre tour. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)
    J’en reviens à l’amendement. Vous êtes étonnants : alors que d’ordinaire, vous ne tarissez pas d’éloges sur les policiers, vous ne leur faites pas confiance pour le cas qui nous intéresse. Pourtant, la capacité à discerner est la première qualité d’un policier et il saura sans nul doute quoi faire face à une personne qui conduit sans permis. Cela étant, cela ne nous exonère pas de réfléchir aux raisons pour lesquelles les jeunes sont de plus en plus nombreux à conduire sans permis. La question n’est pas de savoir si c’est bien ou mal (« Si ! » sur les bancs du groupe RN) mais d’en comprendre les causes pour trouver des solutions. Nul doute que les causes puissent être d’ordre économique. C’est pourquoi nous souhaitons anticiper au maximum l’apprentissage de la conduite et surtout sa gratuité pour l’ensemble des jeunes gens.
    Je suis donc très surprise par votre amendement car il me semblait que vous aviez une entière confiance dans les policiers. Je vous invite à faire le pari de leur discernement.

    La parole est à M. Yoann Gillet.

    Le constat est simple : la sanction est faible et facultative. Non, madame Martin, ce n’est pas parce que nous ne faisons pas confiance aux forces de l’ordre que nous soutenons cette me, bien au contraire. Ne soyez pas naïfs. Les forces de l’ordre elles-mêmes la réclament, pour une raison simple : contrer les consignes qu’ils reçoivent parfois de ne pas saisir le véhicule faute de moyens humains et matériels.
    D’autre part, l’absence d’assurance est un fléau qui pèse sur l’ensemble des assurés par l’intermédiaire d’une contribution au fonds de garantie des assurances obligatoires de dommages, lequel a versé 123 millions d’euros aux victimes blessées et proches de victimes décédées en 2024.
    De surcroît, le nombre de délits pour défaut d’assurance continue de progresser. En 2014, 216 personnes ont trouvé la mort dans un accident impliquant un véhicule non assuré et 680 000 personnes circuleraient en France sans assurance. C’est une réalité sur laquelle il ne faut pas fermer les yeux. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN.)

    Vous racontez n’importe quoi !

    Je mets aux voix les amendements identiques nos 455 et 728.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        84
            Nombre de suffrages exprimés                83
            Majorité absolue                        42
                    Pour l’adoption                27
                    Contre                56

    (Les amendements identiques nos 455 et 728 ne sont pas adoptés.)

    La parole est à M. Laurent Croizier, pour soutenir l’amendement no 727.

    Une politique efficace visant à lutter contre les refus d’obtempérer s’appuie sur l’éducation, la prévention, la responsabilisation et la répression. L’augmentation du nombre de refus d’obtempérer observée ces dernières années, parfois pour des motifs totalement futiles, met en évidence la nécessité de compléter la réponse pénale par des actions de prévention.
    En cohérence, cet amendement tend à instaurer une campagne nationale de prévention destinée à sensibiliser l’ensemble de la population aux dangers des refus d’obtempérer et à informer clairement des sanctions encourues.
    Prévenir, c’est éviter des drames. Informer, c’est responsabiliser. Responsabiliser, c’est déjà protéger.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Favorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Je soutiens l’objectif visé mais la disposition prévue par l’amendement ne relève pas du domaine de la loi, aussi m’en remettrai-je à la sagesse de l’Assemblée.

    La parole est à Mme Élisa Martin.

    Je déduis des avis du rapporteur et du ministre que vous seriez capables d’organiser et de penser une véritable politique de prévention routière. J’insiste, vous l’aurez remarqué, dans l’espoir sans doute fou et peut-être vain d’obtenir une réponse de votre part. La prévention routière relève de votre responsabilité, monsieur le ministre de l’intérieur.
    C’est très urgent, car le nombre de morts augmente, ce qui n’est pas acceptable dans un pays comme le nôtre. Il faut prendre cette affaire très au sérieux. Quand serez-vous en me de nous présenter une campagne massive de prévention routière ?

    (L’amendement no 727 est adopté.)

    Je vous rappelle que l’article 3 bis est réservé à la demande du gouvernement. Nous abordons donc directement l’article 3 ter.

    Je suis saisie de trois amendements identiques, nos 887, 4 et 456, tendant à rétablir l’article 3 ter, supprimé par la commission.
    La parole est à M. le ministre, pour soutenir l’amendement no 887.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Cet amendement, déjà présenté au Sénat et dont l’adoption par ce dernier a créé l’article 3 ter, tend à rétablir une disposition, supprimée en commission, qui fait partie des trois mes –⁠ la commission n’a pas supprimé les deux autres – que nous proposons pour améliorer le recouvrement des amendes forfaitaires délictuelles (AFD). En l’occurrence, il s’agit de permettre aux agents, notamment à ceux de l’Agence nationale de traitement automatisé des infractions (Antai), d’accéder au système national des permis de conduire (SNPC) afin qu’ils puissent, en cas de verbalisation d’un véhicule qui n’était pas conduit par son propriétaire au moment des faits, vérifier les éléments d’identification du conducteur fournis par ce dernier.

    La parole est à M. Éric Pauget, pour soutenir l’amendement no 4.

    Il tend à rétablir l’article 3 ter, qui va dans le sens d’un meilleur recouvrement des AFD en permettant à certains agents d’accéder au fichier du SNPC. Je pense notamment aux cas de vidéoverbalisation où l’on constate que les personnes interrogées donnent un nom qui ne correspond pas aux images enregistrées. Il est très important de voter ces amendements afin de rétablir cet article, qui permettra surtout d’éclairer de tels cas.

    La parole est à M. Yoann Gillet, pour soutenir l’amendement no 456.

    Introduit par un amendement en séance publique au Sénat, l’article 3 ter ouvrait l’accès aux données du système national du permis de conduire à deux nouvelles catégories d’agents : les « agents de la police nationale, [les] militaires de la gendarmerie nationale et [les] agents des douanes exerçant dans un organisme de coopération internationale policière et douanière » d’une part, les « fonctionnaires ou agents de l’État chargés de l’instruction de la recevabilité des requêtes en exonération […] et des réclamations relatives aux amendes forfaitaires » d’autre part, afin de faciliter le recouvrement des AFD. Mais, dès qu’il s’agit de donner des outils efficaces à nos forces de l’ordre ou de sécuriser les procédures de sanction, la gauche s’oppose systématiquement à toutes les mes de bon sens. Par pur dogmatisme idéologique et sous couvert d’une défense déconnectée des réalités, la gauche préfère maintenir le cloisonnement du SNPC. Pour notre part, nous proposons de rétablir l’article 3 ter.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Avis très favorable au rétablissement de cet article, pour les raisons énoncées par monsieur le ministre. « Rien de nouveau sous le soleil », comme dirait l’Ecclésiaste : nous sommes au cœur de notre débat, qui se poursuit, sur les AFD : il s’agit d’améliorer leur recouvrement.

    La parole est à M. Éric Coquerel.

    Je vois bien toutes les mes d’accroissement des contrôles qu’on nous propose. J’ai une question à vous poser, monsieur le ministre : au vu de nos performances actuelles en matière de lutte contre le piratage des fichiers informatiques, ne craignez-vous pas que les recroiser, comme vous le proposez, ne soit risqué ? Alors que ces fichiers sont de plus en plus corrompus, que des données relatives à tous les Français, notamment aux gendarmes, partent dans la nature, disposez-vous de toutes les assurances souhaitables ? Ce que vous proposez ne sera guère pertinent tant que vous n’aurez pas résolu ces problèmes –⁠ et je n’ai pas l’impression que ce soit pour demain… (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)

    C’est un vrai problème, et il se pose également au sujet de l’article suivant !

    (Les amendements identiques nos 887, 4 et 456 sont adoptés ; en conséquence, l’article 3 ter est ainsi rétabli.)

    Je vous rappelle que l’article 3 quater est réservé à la demande du gouvernement. Nous abordons donc directement l’article 3 quinquies.

    Je suis saisie de quatre amendements identiques, nos 263, 566, 604 et 660, tendant à supprimer l’article 3 quinquies.
    La parole est à M. Roger Vicot, pour soutenir l’amendement no 263.

    Je n’expliquerai pas à nouveau –⁠ j’ai eu l’occasion de le faire à maintes reprises depuis hier – pourquoi nous nous opposons au principe des amendes forfaitaires délictuelles. Il est question de permettre d’étaler le paiement des AFD, mais cela ne change rien au problème de départ : quels que soient les moyens employés pour payer ces amendes, nous nous opposons à leur quasi-généralisation et demandons par conséquent la suppression de cet article.

    Sur les amendements no 263 et identiques ainsi que sur l’amendement no 805 et l’article 3 quinquies, je suis saisie par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire de demandes de scrutin public.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    L’amendement no 566 de M. Pouria Amirshahi est défendu.
    La parole est à M. Nicolas Sansu, pour soutenir l’amendement no 604.

    Le présent article prévoit d’autoriser les services chargés de la verbalisation et du recouvrement des amendes à accéder directement à des données fiscales couvertes par le secret professionnel. Concrètement, un agent de police qui dresse une amende forfaitaire délictuelle et fait une erreur lorsqu’il recueille l’adresse du contrevenant pourra demander à la direction générale des finances publiques (DGFIP) d’accéder à ses données personnelles. Cette nouvelle dérogation au secret fiscal participe d’un mouvement croissant d’interconnexion des fichiers administratifs et de circulation des données personnelles entre administrations. Alors que le secret fiscal constitue une garantie essentielle de protection de la vie privée, le dispositif que nous examinons tend à élargir considérablement les possibilités d’accès à ces informations à des fins principalement liées au recouvrement automatisé de sanctions financières.
    La Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) lance régulièrement l’alerte s’agissant de ce phénomène d’interconnexion croissante des bases de données publiques. Les administrations françaises utilisent plus d’une centaine de grands fichiers contenant des données personnelles, ce qui les expose, comme l’a rappelé le président Coquerel, à des piratages de plus en plus amples et fréquents.
    Cette logique participe d’un modèle de gestion toujours plus automatisé des AFD et du recouvrement, au détriment des garanties offertes aux usagers et du contrôle du juge. Elle soulève également des interrogations importantes en matière de protection des données personnelles et de proportionnalité des atteintes à la vie privée.
    Outre que nous nous opposons évidemment aux AFD –⁠ qui relèvent d’une justice déséquilibrée ne laissant aucune place au juge ou à l’avocat –, nous constatons que le taux de recouvrement de ces dernières est plus que mauvais : alors qu’il tournait autour de 20 % depuis 2019, il a chuté à 10 % en 2024. Nous n’améliorerons ce taux qu’en créant de nouveaux postes consacrés au contrôle fiscal –⁠ je rappelle qu’il a perdu 2 500 agents en dix ans ! En guise de comparaison, le taux de recouvrement des décisions de justice, sur lesquelles se concentre la DGFIP, est largement supérieur à celui des AFD puisqu’il atteint 50 %.
    La me proposée, monsieur le ministre, est donc une très mauvaise idée, d’autant plus qu’elle ne touchera que les plus précaires.

    La parole est à M. Andy Kerbrat, pour soutenir l’amendement no 660.

    Vous essayez de trouver une solution au non-recouvrement des amendes forfaitaires délictuelles en partant d’un postulat original : les gens donneraient de mauvaises coordonnées et c’est pour cela vous n’arriveriez pas à trouver leur identité fiscale, ni donc à recouvrer ces amendes.
    Les chiffres posent problème. Monsieur le ministre, nous avons évoqué un taux de recouvrement des AFD de 17,5 % tandis que vous parliez tout à l’heure d’un taux de 40 %. Heureusement pour nous, il y a des chercheurs et des juristes qui travaillent : vous avez donné à Yann Bisiou un taux moyen de 34 %, corrigé ensuite à 42,2 % et un taux de l’ordre de 35 %, les 17,5 % que j’ai mentionnés se rapportant aux amendes réglées sur place.
    En vérité, vous ne disposez d’aucunes données relatives aux raisons du non-recouvrement des AFD et vous cherchez à tâtons des solutions pour augmenter un chiffre sans vous intéresser à la réalité : le problème posé par le fait que des personnes ne peuvent pas régler ces amendes. C’est pour cela que nous nous opposons à cette levée du secret fiscal –⁠ dont il est très étonnant qu’elle vienne de votre gouvernement ! – et demandons que l’Antai n’ait pas directement accès aux données en question.
    ,Un jour, il faudra dire à combien s’élève le taux de recouvrement des AFD plutôt que de jouer du pipeau ! Et si vos services ne sont pas capables de le déterminer, il conviendra de lancer un grand travail. Aujourd’hui, les chercheurs sont obligés de saisir la Commission d’accès aux documents administratifs (Cada) pour obtenir de tels chiffres de vos ministères, et ces derniers répondent : « On ne sait pas. Le ministère de l’intérieur ne sait pas » ! C’est ce qu’avait indiqué Darmanin à l’époque, comme vous-même en réponse au premier courrier du juriste Yann Bisiou. Au lieu de faire des bêtises, revenez-en à des choses raisonnables. L’AFD ne fonctionne pas. Il faut des procédures judiciaires, pas administratives.

    Quel est l’avis de la commission sur ces amendements de suppression ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Votre intervention m’étonne, cher collègue Kerbrat, car vous nous avez cité ce matin le rapport de la Cour des comptes relatif aux AFD, qui contient des recommandations, dont trois sont de nature législative. Toutes trois ont été traduites sous forme d’amendements, adoptés par le Sénat. On peut être pour ou contre les AFD mais, tant qu’elles existeront, le législateur devra se battre pour améliorer leur recouvrement. Avis défavorable.

    Et le croisement des fichiers, vous n’en parlez jamais ?

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Je livrerai quelques éléments de clarification. J’ai donné ce matin un taux de recouvrement de 41,5 %, tenant compte des paiements immédiats et majorés. Nous ne sommes pas très loin des chiffres que vous évoquiez, monsieur Kerbrat –⁠ m’accuser de jouer du pipeau est franchement exagéré – et nous espérons aller beaucoup plus loin.
    Monsieur le président Coquerel, monsieur Sansu, il n’est pas vraiment question de croiser des fichiers, mais d’ouvrir un droit d’accès, de permettre de demander un certain nombre d’informations. Je veux dire, pour rasr la représentation nationale, que la procédure que nous examinons, qui vise à identifier des personnes pour mener à bien le recouvrement, existe déjà, notamment en matière de transport. Si vous lisez bien le texte, vous verrez qu’il est question de passer par la « personne morale unique » qu’évoque le code des transports. Ce que nous proposons n’a donc rien d’extraordinaire, mais permettra bel et bien d’améliorer le recouvrement des AFD. Avis défavorable.

    La parole est à M. Pouria Amirshahi.

    Vous nous présentez les dispositions que prévoit l’article 3 quinquies comme des mes techniques visant à faciliter la verbalisation et, surtout, le recouvrement des amendes. Mais il pose d’autres questions : permettez que le législateur s’y intéresse ! Je pense d’abord à la communication de données personnelles des conducteurs –⁠ nom, prénom, date de naissance, adresse du domicile – reçue par des personnels spécialement habilités, sans que le secret professionnel puisse leur être opposé. Pour rendre la sanction un peu plus efficace administrativement, vous voulez affaiblir les protections, ou du moins vous ne donnez aucune garantie de leur respect. Alors que l’accès à ces données doit être strictement limité, justifié, contrôlé, traçable –⁠ je renvoie à toute la jurisprudence française en la matière –, la rédaction que vous proposez renvoie à un décret, c’est-à-dire au domaine réglementaire, la définition des modalités concrètes d’application de l’article, sans rien dire des garanties que vous pourrez fournir. Qui consultera ces informations ? Dans quelles conditions ? Avec quelle traçabilité ? Pour combien de temps ? Avec quel contrôle contre les risques de réutilisation ? Vous ne le dites pas !
    On peut certes répondre que des lois précisent déjà les durées légales de conservation des données. Sans doute, mais dès lors qu’on ne sait pas exactement selon quelles modalités vous entendez faciliter les recouvrements en question, vous parviendrez peut-être à les accélérer, mais vous élargirez en même temps les pouvoirs administratifs –⁠ nous vous critiquons à cet égard depuis ce matin – sans penser à la prévention ni conférer au citoyen de droit opposable, ne serait-ce que celui de savoir quelles données sont recueillies, par qui, et comment elles sont conservées. Ce n’est pas un petit sujet !

    La parole est à M. Yoann Gillet.

    Les AFD ne sont certes pas une réponse à tout, mais elles ont leur utilité. Puisqu’on parle de leur non-recouvrement, il faut en évoquer l’une des raisons : le fait que la créance s’éteint au bout de trois ans. C’est pour résoudre ce problème que nous avons proposé qu’elle ne s’éteigne pas, afin que les services de l’État chargés du recouvrement finissent par réussir à faire payer ceux qui le doivent.

    Je mets aux voix les amendements identiques nos 263, 566, 604 et 660.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        99
            Nombre de suffrages exprimés                99
            Majorité absolue                        50
                    Pour l’adoption                33
                    Contre                66

    (Les amendements identiques nos 263, 566, 604 et 660 ne sont pas adoptés.)

    La parole est à M. Nicolas Sansu, pour soutenir l’amendement no 805.

    Il s’agit d’un amendement de repli de notre collègue Rimane, qui prévoit les modalités d’habilitation des agents chargés de croiser les fichiers dont nous parlons –⁠ c’est tout de même le sujet – et de mieux les former, dans la me où ils auront le droit de consulter les fichiers de la DGFIP, ce qui nous semble excessif.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • L’habilitation des agents autorisés à consulter les informations couvertes par le secret fiscal relève d’ores et déjà des modalités d’application prévues dans le décret, lequel sera pris sous le double contrôle du Conseil d’État et de la Cnil. Votre amendement est satisfait. Je vous suggère de le retirer –⁠ mais je vois à votre regard que vous ne le ferez pas.

    Moi, je ne suis pas satisfait !

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Je le répète, le texte renvoie à un décret en Conseil d’État qui sera pris après avis de la Cnil et qui déterminera les modalités d’habilitation des agents compétents et les conditions d’accès aux informations demandées. Avis défavorable.

    La parole est à M. Louis Boyard.

    Vous connaissez l’importance que j’accorde au sujet des fuites de données. Or, à partir du moment où vous ouvrez l’accès aux données à davantage d’agents, il y a fort à parier que les fuites seront plus importantes encore. Toutes les semaines, nous sommes informés que des données de nos concitoyens et de nos concitoyennes ont fuité des services de l’État. Tant qu’un véritable travail ne sera pas mené au niveau gouvernemental pour mieux protéger les données publiques, le problème ne sera pas réglé. En tout cas, je ne crois pas qu’il le sera par une simple formation.
    Je veux par ailleurs revenir sur la question des AFD. Elles sont la chose la plus stupide qui existe dans le droit ! Mettre des amendes à des mineurs est complètement idiot ! Je connais des jeunes qui écopent d’amendes dans les transports, pour tapage ou pour jet de déchets. Comment voulez-vous qu’un petit de 14 ans règle une amende ? (« Ses parents ! » sur les bancs du groupe RN.) Vous pensez qu’il va aller pointer à France Travail pour pouvoir ensuite s’acquitter de son amende ? (Exclamations sur les bancs du groupe EPR.)

    Tout le monde fait ce qu’il veut, alors ?

    Vous dites que c’est aux parents de régler les amendes, mais les jeunes ne leur en parlent pas toujours. Par ailleurs, il y a des parents qui ne peuvent pas payer les amendes –⁠ comme vous êtes des bourgeois, vous ne vous en rendez pas compte ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ Exclamations sur les bancs des groupes RN et EPR.) Certains jeunes de 16 ans ou de 17 ans, parce que l’amende est majorée, ont des milliers d’euros de dette ! J’en connais personnellement.

    Mettre une amende à un mineur est la chose la plus stupide qui soit. C’est précisément ce qu’on appelle la justice de classe : vous, vous pouvez payer les amendes de vos enfants, mais certains jeunes commencent leur vie d’adulte avec des dizaines de milliers d’euros de dette ! (Exclamations sur les bancs du groupe EPR.)
    Si un jeune n’a pas les moyens de payer un titre de transport, ce n’est pas de sa faute. Lui mettre une amende, dans ces conditions, c’est ce que j’appelle la faillite de l’autorité. Vous parlez tout le temps d’ordre, mais quand l’ordre est injuste, alors l’autorité est injuste. Il ne vous reste que l’autoritarisme. Vous passez votre temps à mater les jeunes par la répression. Ces amendes sont le meilleur exemple de la faillite de votre autorité ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    M. Jérémie Patrier-Leitus

  • Scandaleux !

    La parole est à M. le ministre.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Monsieur Boyard, ce n’est pas parce qu’il y a eu des fuites de données, malheureusement, et que des cyberattaques ont eu lieu, en raison principalement de négligences d’hygiène numérique de la part de certains agents, que l’ouverture des fichiers doit être totalement proscrite.

    C’est de la faute des agents !

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Par ailleurs, pour éclairer la représentation nationale, je précise que l’amende forfaitaire délictuelle ne s’applique pas aux mineurs. Vous confondez avec les contraventions. (Exclamations sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)

    Je mets aux voix l’amendement no 805.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        104
            Nombre de suffrages exprimés                104
            Majorité absolue                        53
                    Pour l’adoption                33
                    Contre                71

    (L’amendement no 805 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix l’article 3 quinquies.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        106
            Nombre de suffrages exprimés                105
            Majorité absolue                        53
                    Pour l’adoption                72
                    Contre                33

    (L’article 3 quinquies est adopté.)

    Je suis saisie de plusieurs demandes de scrutin public : sur l’amendement no 457, par le groupe Rassemblement national ; sur l’amendement no 888 rectifié, par le groupe Ensemble pour la République ; sur l’article 3 sexies, par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    La parole est à M. Cyril Tribuiani, pour soutenir l’amendement no 457.

    Notre collègue Yoann Gillet propose d’étendre les dispositions relatives au contrôle de l’alcoolémie et de l’usage de stupéfiants aux conducteurs de navires de plaisance. La sécurité ne doit pas s’arrêter aux routes ; les comportements dangereux en mer peuvent avoir des conséquences tout aussi dramatiques. Il est donc cohérent d’appliquer les mêmes exigences de responsabilité à tous les conducteurs. Pour renforcer la sécurité maritime et prévenir les accidents, je vous invite à soutenir cet amendement.

    La parole est à M. le ministre, pour soutenir l’amendement no 888 rectifié.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Il reprend une disposition adoptée au Sénat en la complétant. La me initiale permettait d’étendre aux gens de mer le régime d’interdiction en matière d’alcoolémie. Nous avons beaucoup travaillé, notamment avec la ministre déléguée chargée de la mer et avec Mme la députée Panonacle, que je salue, et nous proposons aujourd’hui d’aller plus loin : au-delà des gens de mer, il s’agit d’étendre aux plaisanciers l’interdiction de la conduite sous emprise d’un état alcoolique ou de stupéfiants. L’amendement prévoit également d’habiliter le gouvernement à prendre une ordonnance pour compléter les régimes d’interdiction et de sanction en matière d’alcoolémie et de stupéfiants, pour préciser leurs conditions de mise en œuvre et pour traiter la question des substances psychoactives. Il s’agit donc de construire un régime juridique applicable à l’ensemble des gens de mer et des plaisanciers sur le modèle de celui relatif à la conduite terrestre.
    Quant à l’amendement qui vient d’être défendu, je sollicite son retrait au profit de l’amendement gouvernemental.

    Quel est l’avis de la commission sur ces deux amendements ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Ils ne faisaient pas l’objet d’une discussion commune, mais comme celui du gouvernement vise le même objectif avec une rédaction à la fois plus large et plus précise, j’émets un avis défavorable sur le no 457 et favorable sur le no 888 rectifié.

    La parole est à Mme Sophie Panonacle.

    J’invite l’Assemblée à voter contre l’amendement de M. Gillet parce qu’il est incomplet : il vise les plaisanciers en oubliant le contrôle de stupéfiants pour les professionnels. En outre, dans sa rédaction actuelle, il est inapplicable. Nous soutiendrons donc l’amendement du gouvernement.
    Ce n’est pas sans émotion que je prends la parole aujourd’hui à la suite de l’accident mortel du petit Benjamin, il y a un peu plus d’un an, dans le bassin d’Arcachon. Je sais que ses parents nous écoutent. Nous avons demandé l’évolution du code des transports pour obtenir de nouveaux dispositifs de sécurité en mer. Je suis intervenue au plus haut niveau de l’État et j’ai agi avec le soutien du président de la République, du ministre de l’intérieur, du ministre des transports, de la ministre de la mer et du ministre de la justice, en coordination avec le secrétariat général de la mer. Sachez qu’il n’existe aucun cadre légal en mer pour contrôler les plaisanciers ou les professionnels en matière d’alcoolémie et d’usage de stupéfiants.
    L’amendement du gouvernement donnera aux forces de sécurité en mer les moyens d’exercer, outre une action de prévention, leur mission de contrôle et si besoin de sanction. Je me réjouis que nous soyons en me de réparer le vide juridique sur lequel j’avais alerté les services de l’État en 2020. Il a malheureusement fallu le tragique accident de Benjamin pour que nous puissions avancer.
    Puisque la saison estivale commence, je veux dire que la mer est un incroyable espace de liberté, mais en aucun cas un espace de non-droit. Pour consolider mon engagement, je souhaite vous alerter, monsieur le ministre, sur le sujet suivant : sur le modèle de l’homicide routier adopté il y a quelques années, je propose de créer une infraction spécifique d’homicide en mer. J’espère qu’ainsi nous aurons accompli un travail complet en tant que législateur. Je salue, à travers vous, chers collègues qui allez soutenir cet amendement, M. et Mme Mano et toute leur famille. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, Dem et HOR.)

    Je mets aux voix l’amendement no 457.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        114
            Nombre de suffrages exprimés                113
            Majorité absolue                        57
                    Pour l’adoption                27
                    Contre                86

    (L’amendement no 457 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix l’amendement no 888 rectifié.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        108
            Nombre de suffrages exprimés                85
            Majorité absolue                        43
                    Pour l’adoption                80
                    Contre                5

    (L’amendement no 888 rectifié est adopté.)
    (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, Dem et HOR.)

    Je mets aux voix l’article 3 sexies, tel qu’il a été amendé.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
          Nombre de votants               115
          Nombre de suffrages exprimés          112
          Majorité absolue                   57
                  Pour l’adoption             79
                  Contre            33

    (L’article 3 sexies, amendé, est adopté.)

    Après l’article 3 sexies

    La parole est à M. Michaël Taverne, pour soutenir l’amendement no 327, portant article additionnel après l’article 3 sexies.

    Il vise à autoriser l’interception des véhicules, c’est-à-dire la méthode du « contact tactique », dans le cadre de la lutte des forces de l’ordre contre les rodéos urbains et les refus d’obtempérer.
    Je vois des collègues rigoler, mais cela ne m’étonne pas, ils sont un peu déconnectés… (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    Je reprends : l’amendement vise à autoriser le contact tactique tout en assurant la protection juridique des forces de l’ordre. Cette technique a déjà été autorisée dans le passé.

    Ce n’était pas le même ministre de l’intérieur !

    J’avais d’ailleurs interpellé à ce sujet un précédent ministre de l’intérieur, lors de l’examen du projet de loi d’orientation et de programmation du ministère de l’intérieur (Lopmi) : il m’avait répondu que j’étais abonné aux fake news car aucune note de service n’interdisait aux policiers de prendre en charge les refus d’obtempérer. Je lui ai cité la note 89 de la police nationale et il s’est légèrement décrédibilisé, mais c’est un autre sujet…
    À condition d’avoir reçu une formation, les motocyclistes savent très bien utiliser la technique du contact tactique, pratiquée dans de nombreux pays, notamment au Royaume-Uni. Elle fonctionne très bien dans ce pays, depuis longtemps, et n’engendre pas davantage d’accidents mortels. Je ne vois donc pas pourquoi nous ne serions pas capables de l’appliquer chez nous. Nous avons des policiers extrêmement courageux et professionnels. Ce ne sont pas des dingos, comme le pensent les députés de l’extrême gauche. Nous devons envoyer un signal : lorsque c’est possible, les gendarmes et les policiers doivent pouvoir recourir au contact tactique. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Au-delà de l’aspect juridique de votre amendement, je peux vous dire, en tant que député des Français du Royaume-Uni, que le contact tactique ne fait pas consensus dans ce pays. Je ne pense pas, personnellement, que cette méthode soit la bonne solution. Je ne crois pas non plus qu’elle soit soutenue par l’ensemble des syndicats de police. D’autres voies doivent être explorées pour améliorer la manière dont on lutte contre les rodéos urbains et les refus d’obtempérer. L’usage des drones, notamment pour protéger les forces de sécurité qui interviennent dans ces situations, est une piste à développer pour l’avenir.
    Avis défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Nous avons débattu d’un amendement similaire au Sénat et je vous ferai la même réponse que celle que j’ai faite aux sénateurs. Les refus d’obtempérer sont aujourd’hui pris en charge. Vous avez raison, il fut un temps où certaines instructions dans la police et dans la gendarmerie n’étaient pas claires et n’incitaient pas à la prise en charge des refus d’obtempérer, ce que je considère comme inacceptable en tant que ministre de l’intérieur. Une circulaire de la direction générale de la police nationale (DGPN) de 1999, notamment, limitait les refus d’obtempérer aux circonstances dans lesquelles des crimes de sang ou des délits violents sont commis, ce qu’on ne peut pas accepter. Quand il y a un refus d’obtempérer, le risque encouru par les gendarmes et les policiers doit être la poursuite de l’individu pour l’interpeller.
    Ces circulaires ont été levées, d’abord à la préfecture de police, en juin 2020, à ma demande –⁠ j’étais alors secrétaire d’État auprès du ministre de l’intérieur. Mon prédécesseur a levé les autres instructions, dans la police nationale et dans la gendarmerie, pour prévoir systématiquement la possibilité de prendre en charge les refus d’obtempérer et d’utiliser les matériels que vous avez évoqués ce matin, en particulier le Diva –⁠ dispositif d’intervention des véhicules automobiles.
    Le contact tactique est un sujet autrement compliqué, car il fait courir un risque de bles pour la personne et de mise en cause pénale des fonctionnaires de police et des militaires de la gendarmerie. Je suis pour ma part défavorable à cette méthode. Comme l’a souligné le rapporteur, elle est plutôt contestée dans les pays où elle est utilisée, et en tout cas réservée à certaines infractions très particulières.
    Je donne un avis défavorable à cet amendement, tout en réaffirmant avec force la nécessité d’une réponse ferme face aux refus d’obtempérer.

    La parole est à M. Jérôme Legavre.

    Je vous ras, monsieur Taverne, quand nous vous écoutons, nous n’avons pas envie de rire ! Contrairement à ce que vous pensez, nous aussi nous savons des choses. Je vais vous expliquer ce qu’est le contact tactique quand il est utilisé en dehors des clous.
    Dans une commune de Seine-Saint-Denis, mon département, à Aubervilliers, il y a un peu plus de deux ans, un scooter a été pris en chasse par un véhicule de police : celui-ci a pris le boulevard à contresens et a percuté de plein fouet le scooter ; son conducteur a été tué sur le coup et son passager projeté dix mètres en arrière.
    Malgré les fractures ouvertes dont il souffrait, ce dernier a été traîné pour être placé en garde à vue pendant de longues heures au commissariat. Il n’a été hospitalisé que plusieurs heures après. Cet événement a donné lieu, pour moi et mes collègues Insoumis et communistes du département, à la troisième marche blanche de l’année. Voilà, très exactement, ce qu’est le contact tactique.
    Puisque vous évoquez la Grande-Bretagne, sachez pour votre gouverne que les méthodes et la doctrine de maintien de l’ordre dans ce pays ne ressemblent pas tout à fait –⁠ c’est peu de le dire – à celles qui prévalent en France. En particulier, les policiers n’y sont pas armés, ce qui constitue une sacrée différence. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe EcoS.)

    La parole est à Mme Natalia Pouzyreff.

    Notre groupe –⁠ La République en marche, puis Renaissance – a contribué à la création du délit de rodéo motorisé.

    Renaissance, c’est eux, désormais ! (M. Ian Boucard désigne les bancs du groupe RN.)

    Je salue le soutien des ministres de l’intérieur successifs, qui a permis de renforcer progressivement le dispositif, notamment grâce à l’adoption de la Lopmi. Cet article vient encore le compléter et illustre notre détermination à nous attaquer au fléau des rodéos motorisés.
    En revanche, pour avoir longuement étudié cette question et auditionné des membres des forces de police britanniques, notamment un surintendant principal, je tiens à rappeler que le recours au contrôle tactique est réservé à des brigades spécifiquement entraînées et concerne principalement les vols à l’arraché commis par des contrevenants circulant à deux-roues. Il ne s’agit en aucun cas d’une pratique généralisée chez nos voisins. Au contraire, les Britanniques ont fait marche arrière.
    Il faut donc en finir avec cette idée fausse, propagée dans les médias, selon laquelle les Britanniques recourraient systématiquement au contact tactique lors des poursuites. C’est d’abord le discernement de nos forces de l’ordre qui doit prévaloir, en fonction de la situation à laquelle elles sont confrontées.
    Comme l’a indiqué le rapporteur, les drones permettront des poursuites plus efficaces et plus sûres, non seulement pour les conducteurs des engins, mais aussi pour les piétons, qui risquent d’être fauchés au cours d’une poursuite.

    (L’amendement no 327 n’est pas adopté.)

    Je suis saisie de huit amendements, nos 112, 889, 828, 840, 5, 233, 243 et 351, pouvant être soumis à une discussion commune et tendant à rétablir l’article 4, supprimé par la commission.
    Les amendements nos 889 et 828, qui font l’objet de nombreux sous-amendements, sont identiques, ainsi que les amendements nos 5, 233, 243 et 351.
    La parole est à M. Lionel Duparay, pour soutenir l’amendement no 112.

    Il me revient de lancer la discussion relative au rétablissement de l’article 4, qui touche à la lutte contre les incivilités et les troubles à l’ordre public dans le cadre des manifestations sportives.

    Quelle honte ! Quelle indignité !

    Depuis plusieurs années, nous assistons à leur accroissement, dans les enceintes sportives mais aussi à l’extérieur, à proximité des stades mais parfois beaucoup plus loin, dans les cortèges d’athlètes ou près de leur lieu d’hébergement.
    Les propositions de rétablissement de l’article, dans les différentes rédactions qui nous sont soumises, visent à sanctionner et à contrôler les personnes condamnées pour certaines infractions, afin de s’asr qu’elles ne puissent pénétrer, lors de manifestations sportives, dans les stades ou les enceintes dont l’accès leur a été interdit, et de contribuer ainsi au maintien de l’ordre public.

    La parole est à M. le ministre, pour soutenir l’amendement no 889.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Le gouvernement propose de rétablir l’article 4. Celui-ci a été introduit dans le projet de loi dans un contexte d’augmentation significative des violences dans les stades et –⁠ c’est très important – autour des stades, comme vient de le rappeler M. Duparay.
    J’ai eu la faiblesse de penser que la proposition du gouvernement résultait aussi d’échanges avec des parlementaires dont les circonscriptions comptent des clubs importants. Il m’a semblé les entendre expliquer que les groupes de supporters jouaient un rôle majeur dans la structuration des stades et qu’il était préférable de privilégier les sanctions judiciaires individuelles ou les mes individuelles de police administrative.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • C’est précisément l’objet de l’article 4 : renforcer le régime des interdictions administratives de stade (IAS).
    Nous constatons par ailleurs une recrudescence des débordements en dehors de l’enceinte des stades et pas nécessairement au moment des matchs. Des supporters organisent ainsi des fights, des combats, la veille de la rencontre. Il fallait prendre en compte ce phénomène en étendant l’interdiction administrative de stade à d’autres lieux que l’enceinte sportive, notamment aux lieux de rassemblement des supporters ou à ceux qu’ils choisissent pour organiser leurs fanwalks.
    Ces troubles sont connus de l’ensemble des préfets, des services de l’État, des présidents de clubs et des groupes de supporters. C’est pourquoi nous proposons non seulement d’interdire administrativement de stade les personnes qui ont déjà causé des troubles à l’ordre public, mais aussi de leur interdire l’accès aux lieux précis où existent des risques de troubles –⁠ ni plus ni moins –, avant comme après le match. Les incidents ont en effet souvent lieu la veille de la rencontre, voire immédiatement après celle-ci.
    Tel est le sens de cet article, dont je regrette la suppression par la commission. J’attire également votre attention sur une autre me importante de l’article 4, reprise dans mon amendement de rétablissement : nous intégrons parmi les troubles à l’ordre public susceptibles de justifier une interdiction administrative de stade les propos injurieux et discriminatoires. Nous déplorons régulièrement les propos racistes et homophobes tenus dans les stades.

    Pas seulement dans les stades !

    C’est le juge qui est compétent !

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Enfin, l’amendement du gouvernement comporte une ouverture, car j’ai bien compris, au cours des débats en commission, que des réserves ou des réticences s’étaient exprimées sur certains bancs. Nous proposons donc de limiter à douze heures avant et douze heures après le match la possibilité d’étendre les interdictions administratives de stade, alors que le projet initial du gouvernement, adopté par le Sénat, prévoyait une période de vingt-quatre heures avant et vingt-quatre heures après.
    Nos échanges seront, je pense, assez nourris ; je ne développerai donc pas davantage la présentation de cet amendement. Mais très honnêtement, comme je l’ai dit en commission, le gouvernement propose ici une alternative à des mes collectives de dissolution de groupes consécutives à des incidents. J’ai bien compris que la commission avait rejeté cette option, mais je regretterais d’avoir à me pencher à nouveau sur la dissolution de certains groupes.

    Ça, c’est pas bien ! Il faut aider les Green Angels !

    Sur les amendements identiques nos 889 et 828, je suis saisie par le groupe Horizons & indépendants d’une demande de scrutin public.
    Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    La parole est à Mme Laetitia Saint-Paul, pour soutenir l’amendement no 828.

    Cet amendement des députés du groupe Horizons & indépendants vise à rétablir l’article 4, afin de renforcer un outil qui a fait ses preuves en matière de prévention des violences dans le sport : l’interdiction administrative de stade. Le constat est simple : le dispositif actuel ne répond plus pleinement à la réalité du terrain et présente trois angles morts auxquels cet amendement entend remédier.
    Premier angle mort : le racisme, l’homophobie et les discours de haine. Chaque saison, des chants racistes, des injures homophobes ou antisémites retentissent dans nos enceintes sportives sans que le préfet ne dispose d’un motif clair pour en écarter les auteurs.
    Deuxième angle mort : la géographie. L’interdiction ne couvre que le stade, ses abords et les lieux de retransmission. Or chacun sait que les violences se sont déplacées : rixes organisées à distance des enceintes ou affrontements sur les trajets des cortèges des supporters.
    Troisième angle mort : le temps. Les débordements ne commencent pas au coup d’envoi et ne s’arrêtent pas au coup de sifflet final. C’est pourquoi nous proposons d’étendre l’interdiction aux douze heures précédant et suivant la manifestation sportive. Notre groupe estime cette temporalité parfaitement proportionnée.
    J’insiste enfin sur un point. Ce dispositif reste strictement encadré. Il ne vise pas les supporters qui font vivre nos stades, mais, comme toujours, la minorité qui empêche les matchs de se dérouler sereinement et dans le respect de chacun.

    Nous en venons aux sous-amendements aux amendements identiques nos 889 et 828.
    La parole est à Mme Andrée Taurinya, pour soutenir le sous-amendement no 929.

    Nous avons réussi à supprimer cet article en commission et nous espérons confirmer cette suppression dans l’hémicycle. En effet, dans le fouillis de mes que constitue votre texte, pour quelles raisons cet article visant les supporters surgit-il soudainement ? On se le demande.
    Vous nous dites avoir eu des échanges avec des parlementaires. Pourtant, ma circonscription se trouve intégralement à Saint-Étienne –⁠ Allez les Verts ! – et je n’ai reçu aucun appel. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ Mme Léa Balage El Mariky applaudit également.) Et même si vous m’aviez appelé pour négocier quoi que ce soit, je vous aurais dit non : vous voulez instaurer des interdictions administratives, alors même qu’il existe déjà des interdictions judiciaires.
    Je vous répète ce que nous ne cessons de vous dire depuis le début de ce débat : vous vous prenez pour le ministre de la justice, alors que vous êtes ministre de l’intérieur. La justice, pour nous, ne se rend pas par sanctions administratives.
    En outre, monsieur le ministre –⁠ écoutez-moi, s’il vous plaît, vous demanderez conseil pour votre réponse plus tard (Sourires) –, le gouvernement a conclu en 2023 un accord équilibré avec les associations de supporters, qui prévoyait une augmentation des peines judiciaires mais un encadrement des sanctions administratives.
    Nous étions parvenus à cet équilibre, mais les associations de supporters attendent toujours le bilan de cette réforme. Avant d’introduire une nouvelle me dans ce texte fourre-tout, communiquez-nous ce rapport. Nous verrons alors s’il convient d’envisager d’autres mes.

    Je suis saisie de plusieurs demandes de scrutin public : sur les sous-amendements nos 929, 930, 931, 932 et 933, par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire ; sur les sous-amendements nos 1062, 1063, 1064, 1065, 1066, 1067, 1068, 1069, 1070 et 1071, par le groupe Socialistes et apparentés.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    La parole est à Mme Ersilia Soudais, pour soutenir le sous-amendement no 930.

    Monsieur le ministre, vous affirmez vouloir sanctionner des personnes qui auraient troublé l’ordre public par le passé. Or ce n’est pas la fonction initiale des interdictions administratives de stade, qui visent à prévenir les troubles. Qu’est-ce qui vous prouve que les personnes que vous visez vont forcément récidiver ? Rien. Votre me porte donc une atteinte disproportionnée à la liberté d’aller et venir.
    Ce sous-amendement vise à supprimer l’extension temporelle des interdictions administratives de stade, mais nous sommes opposés au principe même de telles interdictions, qui consacrent le règne de l’arbitraire. Il s’agit d’une sanction très lourde, qui n’est même pas prononcée par un juge et qui prive l’intéressé de toute réelle possibilité de se défendre, contrairement aux mes judiciaires.
    Les supporters visés n’ont pas accès à leur dossier avant le prononcé de l’IAS. Que se passe-t-il en cas d’erreur d’identification, d’erreur dans l’appréciation des faits ou d’erreur de l’administration ? Des situations arbitraires et injustes peuvent évidemment survenir.
    Vous prétendez constamment prendre de telles mes au nom de la sécurité. Au contraire, vous êtes en train de créer un monde dangereux, un monde où les gens se sentiront en insécurité du fait même de vos choix politiques. Depuis de nombreuses années, vous nous dessinez un monde proprement épouvantable. La proposition de loi sur le permis de tuer tout récemment adoptée l’a encore prouvé, et ce projet de loi Ripost en constitue un nouvel exemple. Les gens sont atterrés de voir où nous en sommes arrivés.

    La parole est à M. Nicolas Sansu, pour soutenir le sous-amendement no 1041.

    Personne ne nie qu’il existe des problèmes dans les stades et à leurs abords. Les accords qui avaient été conclus sur le sujet, et qui méritent désormais d’être évalués, étaient bons.
    Le rétablissement de cet article vise à étendre le champ des interdictions administratives de stade, qui constituent pourtant une anomalie juridique puisque, prononcées par un préfet, sans intervention d’un juge, sans procès équitable, sans accès effectif au dossier, elles produisent les effets d’une véritable sanction.
    Quels sont leurs résultats ? Le rapport parlementaire rédigé par Mme Marie-Georges Buffet et M. Sacha Houlié en 2020 est sans appel : près de 75 % des interdictions administratives de stade contestées devant le juge administratif sont annulées ! Dans certains cas, elles sont même inscrites à tort au casier judiciaire avec des conséquences professionnelles lourdes, alors même que la loi ne le prévoit pas. Voilà la réalité de ce dispositif !
    Ne nous trompons pas sur l’objectif réel de cet article. Loin de viser à lutter contre le racisme ou les violences dans les stades, que notre arsenal législatif permet de combattre –⁠ le préfet peut toujours saisir le parquet des délits de racisme, d’antisémitisme et d’homophobie –, l’étude d’impact assume qu’il s’agit avant tout de faciliter la répression des banderoles et chants visant la Ligue de football professionnel ou des diffuseurs.
    Ce qui est poursuivi n’est pas seulement un comportement mais une conception du supportérisme. Les ultras ne se considèrent pas comme de simples consommateurs d’un spectacle. Ils se vivent comme des acteurs de leur club, capables de contester les dirigeants, d’afficher une banderole contre la multipropriété (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP), de s’opposer à la tenue de matchs en semaine –⁠ comme l’ont fait les supporters du Red star –, ou d’organiser collectivement leurs tribunes. Cette autonomie dérange parce que le football business préfère un public docile, prévisible et consommateur.
    La menace que vous avez proférée tout à l’heure contre les clubs de supporters n’est pas de bon aloi, monsieur le ministre. Demain, sans doute, on ne pourra plus avoir des tifos aux couleurs de la Palestine.

    Eh oui ! (Mme  Andrée Taurinya applaudit.)

    C’est ça, la réalité ! Les tribunes sont un espace d’expression ; le sport est politique. À force de vouloir faire taire toute contestation au nom de l’ordre, vous ne protégez ni le football, ni les libertés, vous affaiblissez les deux ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    Je suis saisie de deux sous-amendements identiques, nos 931 et 1062, à l’amendement no 889.
    La parole est à M. Andy Kerbrat, pour soutenir le sous-amendement no 931.

    Il est très important de bien qualifier ce dont nous parlons. Vous nous avez fait tout un blabla, monsieur le ministre, sur la nécessité de renforcer l’arsenal juridique que constitue l’interdiction de stade à des personnes qui ne vous plaisent pas. La réalité est que vous renforcez une interdiction administrative. Voilà ce que vous faites !
    Or l’interdiction administrative de stade signifie qu’un préfet, une autorité administrative, décide unilatéralement, sans aucune possibilité de recours, d’interdire l’accès à des stades. Savez-vous de qui nous parlons ? Vous êtes sans doute au courant que 70 % de ces IAS, comme on les appelle, ont été interdits pour avoir déclenché un fumigène au sein des tribunes !
    Ainsi, tout ce que vous dites au sujet de l’ultraviolence, de la société Orange mécanique et que sais-je encore, ce n’est pas la réalité de votre travail. Dans les faits, celle qui lutte réellement contre les phénomènes d’agressions, de rixe, de batailles, de fights organisées, c’est la justice. La justice est la seule à pouvoir mener cette bataille.
    Votre proposition inique prévoit une interdiction administrative de stade qui serait non seulement temporelle –⁠ douze heures avant et douze heures après la rencontre – mais aussi géographique ! Elle vise le stade, mais, aussi, le bar, ce que vous avez reconnu au Sénat. Il suffit que trois supporters se retrouvent dans un bar et –⁠ mon Dieu, oh là là ! – l’autorité administrative pourra considérer que la personne a enfreint son IAS. Voilà la réalité : ce que vous voulez faire, c’est criminaliser, dans la lignée de Bruno Retailleau.
    Vous n’avez pas appelé Saint-Étienne, mais vous n’avez pas non plus appelé Nantes ! Vous auriez pu me contacter pour avoir une discussion avec le groupe Brigade Loire, qui a été pendant très longtemps dans le viseur de votre prédécesseur… En menaçant de dissoudre les groupes de supporters si on ne rétablit pas votre article 4, vous créerez dans les stades un climat que vous vous mordrez les doigts d’avoir suscité ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    La parole est à M. Pierrick Courbon, pour soutenir les sous-amendements nos 1062 et 1063, à l’amendement no 889, qui peuvent faire l’objet d’une présentation groupée.

    Avant de défendre le sous-amendement no 1062, je débuterai par un propos général. Nous l’avons dit en commission, commencer la discussion sur l’article 4 en disant : « Je n’aimerais pas être contraint de me replonger dans des dossiers de dissolution », n’est pas une entrée en matière très constructive ! (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.)
    Si je suis d’accord sur la nécessité de lutter pour éradiquer la violence dans et aux abords des stades –⁠ il n’y a aucune ambiguïté là-dessus –,…

    …la question est de savoir comment y parvenir de manière efficace.
    Après avoir salué –⁠ je continue de le faire – l’évolution consistant à vouloir éviter les sanctions collectives, qui sont injustes et inefficaces, je constate que, loin de renforcer les sanctions judiciaires à l’encontre de comportements délictuels, vous favorisez des mes administratives, principalement préventives, dont vous connaissez pourtant la faiblesse juridique, puisqu’une grande partie des interdictions de stade, notamment celles prononcées pour pyrotechnie festive, sont annulées par les tribunaux administratifs.
    Certains d’entre nous éprouvent un certain malaise à discuter des supporters et des ultras dans le cadre d’un texte de loi fourre-tout, dans lequel on les associe à des narcotrafiquants, des délinquants routiers, etc. Certes, ce ne sont pas des anges, mais si l’on s’attache aux risques qu’ils font courir à la société, il y a quand même un vrai problème de proportionnalité.
    De manière plus globale, tant dans la version initiale du texte que dans votre amendement de rétablissement –⁠ qui fait un pas dans la bonne direction –, vos propositions pour renforcer les mes administratives à l’encontre des supporters reviennent à assujettir certains d’entre eux à un régime de contrôle parfois plus sévère et restrictif que les Micas –⁠ mes individuelles de contrôle administratif et de surveillance – auxquelles sont soumises certaines personnes suspectées de terrorisme, ce qui pose un problème de proportionnalité de la sanction.
    J’en viens à la défense des sous-amendements relatifs à l’extension géographique de l’interdiction.
    Premièrement, une interdiction administrative de stade doit se concentrer sur ce qui se passe dans le stade, même s’il est nécessaire d’avoir une vision sur ce qui se produit aux alentours. La difficulté provient de ce que de nombreux stades sont situés en plein cœur des villes. Ainsi l’extension de l’IAS aux « lieux de passage de cortège et aux lieux de rassemblement » n’est-elle pas non plus nécessairement proportionnée. Dans ma ville, par exemple, le lieu de passage des supporters, c’est toute la ville, du sud au nord, quand ils vont en cortège rejoindre le stade ! La limitation de la liberté d’aller et venir peut être vraiment problématique quand tout un pan d’une ville de 180 000 habitants est concerné !
    D’autant que le Conseil d’État dit clairement que le périmètre et les circonstances de l’interdiction doivent être définis de manière précise. Par nature, les lieux de rassemblement et les lieux de passage ne sont pas toujours les mêmes, ce qui crée une véritable fragilité juridique.
    Le sous-amendement no 1063 est une solution de repli, consistant à accepter cette extension géographique pour les matchs classés catégorie 5, c’est-à-dire ceux pour lesquels les troubles à l’ordre public sont susceptibles d’être les plus importants et les plus fréquents.

    La parole est à M. Sacha Houlié, pour soutenir les sous-amendements nos 1064 et 1065, à l’amendement no 889, qui peuvent faire l’objet d’une présentation groupée.

    Avant de répondre à M. le ministre sur sa présentation de l’amendement no 889, je voudrais rectifier deux éléments qu’il a présentés comme des constats. Le premier concerne l’accroissement des troubles à l’intérieur des stades. Dans son rapport, le Sénat établit que 85 IAS ont été prononcées pour la saison 2022-2023 et 147 pour la saison 2024-2025. S’il y a bien une augmentation, ça n’est pas une explosion des violences, telle que vous avez pu la décrire.
    Vous avez affirmé par ailleurs que les sanctions collectives ne sont pas des réponses à la violence que l’on connaît dans les stades. Nous partageons ce constat et nous leur avons toujours préféré les réponses individuelles. C’est la raison pour laquelle, après avoir étudié avec attention les interdictions administratives de stade, Marie-George Buffet et moi-même n’avons pas proposé leur suppression mais leur pérennisation, sous réserve d’encadrer leur durée, fixée à douze mois, et qui peut être prolongée de vingt-quatre mois en cas de récidive. Nous avons également souhaité que l’interdiction administrative ne se cumule pas avec une interdiction judiciaire et qu’elle s’éteigne lorsqu’une peine complémentaire d’interdiction est prononcée par un magistrat.
    Cela m’amène à mon second point : les mes dont vous proposez le rétablissement marquent en réalité une évolution par rapport à celles que vous aviez initialement présentées. Ainsi, vous maintenez la durée des IAS que j’avais fait corriger dans la loi de 2023, c’est-à-dire les périodes de douze et vingt-quatre mois que je viens d’évoquer.
    Vous revoyez l’amplitude de l’interdiction : de vingt-quatre heures précédant et suivant la rencontre, vous êtes passés à douze heures.
    Si l’IAS peut être prononcée en raison d’injures publiques, vous avez accepté que ce ne soit possible qu’après des injures « graves et répétées ». Rappelons que l’injure publique est une qualification pénale, qui doit être appréciée par le juge plutôt que par une autorité administrative. D’autre part, il est naturel que des choix politiques de la Ligue de football professionnel puissent être contestés par les supporters dans un stade.
    En revanche, vous n’avez pas souhaité revenir sur l’obligation de pointage, alors que nous souhaitions que cette me particulièrement attentatoire aux libertés ne puisse être prononcée qu’à l’égard d’un supporter qui entend se soustraire à une IAS.
    Les sous-amendements nos 1064 et 1065 reviennent à vous prendre au mot. Puisque vous estimez que l’interdiction administrative est une sanction, elle doit faire l’objet d’une procédure contradictoire, lors de laquelle la personne se verra communiquer son dossier –⁠ c’est l’objet du sous-amendement no 1064 , pour être en me de contester l’interdiction devant les juridictions administratives, au fond ou en référé.
    Le sous-amendement no 1065 tend à introduire un délai d’un mois à compter de la connaissance des faits par l’autorité préfectorale pour lancer la procédure contradictoire préalable à l’IAS. Encore une fois, si cette me est une sanction, elle ne peut pas être prononcée sur-le-champ.

    La parole est à M. Pierrick Courbon, pour soutenir le sous-amendement no 1066, à l’amendement no 889.

    Dans la me où nous présentons de très nombreux sous-amendements à l’amendement no 889, portant sur des sujets différents, peut-être serait-il opportun pour la cohérence de nos débats que M. le ministre nous réponde en plusieurs vagues, plutôt qu’en une fois au terme de la discussion ?
    Le sous-amendement no 1066 vise à garantir qu’une IAS –⁠ qui, historiquement, même si les choses évoluent, est censée être une me préventive – tombe automatiquement et mécaniquement dès lors qu’une sanction pénale définitive est intervenue pour les mêmes faits.
    Vous me direz sans doute que cet amendement est satisfait mais, sur le terrain, on constate qu’un certain nombre d’interdictions administratives de stade sont maintenues après que des décisions judiciaires ont invalidé leur fondement. Il s’agit d’empêcher ces cas de figure, qui existent en pratique.

    Sur les sous-amendements nos 1005 rectifié et 1006, je suis saisie par le groupe Écologiste et social d’une demande de scrutin public.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    La parole est à M. Pouria Amirshahi, pour soutenir le sous-amendement no 1005 rectifié, à l’amendement no 889.

    Les interdictions de paraître pour incitation à la haine raciale sont au cœur de l’actualité avec la Coupe du monde de football, puisqu’on a vu des joueurs éminents, de notre équipe et d’autres équipes, victimes de racisme et de négrophobie. À cet égard, je tiens à exprimer toute ma solidarité aux joueurs de l’équipe de France et à Kylian Mbappé en particulier. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EcoS, LFI-NFP, Soc et GDR.)
    Danielle Simonnet –⁠ ici présente – et Sabrina Sebaihi ont justement déposé une proposition de loi visant à responsabiliser les clubs pour mettre fin à l’homophobie dans le sport. On ne peut pas admettre que les stades soient les lieux d’expressions racistes, homophobes ou porteuses d’autres discriminations.
    En la matière, notre arsenal législatif actuel est déjà significatif et robuste puisqu’il qualifie pénalement ces actes, qui sont définis et réprimés par la loi du 29 juillet 1881.
    Or, une fois de plus, vous proposez de transférer au pouvoir administratif ce qui, en application de cette loi, relève du juge. Je finis par m’inquiéter : que restera-t-il au ministère de la justice ? Si vous continuez à déjudiciariser tout ce qui, en vertu de la loi, relève de la procédure pénale, nous nous dirigeons vers un ordre juridictionnel très inquiétant, monsieur le ministre.
    En l’espèce, vous proposez que les IAS motivées par des injures publiques et des provocations à la haine soient décidées de façon définitive, sans recours, par le préfet. Pour notre part, nous demandons, non de renoncer à lutter implacablement contre ces délits –⁠ de ce point de vue, nous partageons le même objectif –, mais de demeurer dans un cadre judiciaire.
    Pour sécuriser juridiquement le dispositif, acceptez notre sous-amendement no 1005 rectifié et le suivant, le sous-amendement no 1006, qui prévoit aussi de rester dans le cadre judiciaire.

    La parole est à M. Pierrick Courbon, pour soutenir le sous-amendement no 1067.

    J’abonde dans le sens de notre collègue Amirshahi. La lutte contre les violences verbales discriminatoires, homophobes et racistes est un combat qui nous rassemble. Les mes prises doivent cependant s’appuyer sur des décisions de justice, comme il est d’usage dans un État de droit.
    Le sous-amendement no 1067 vise à supprimer l’injure publique des comportements susceptibles de donner lieu à une interdiction administrative de stade tel que le prévoit l’amendement du gouvernement. Il n’est évidemment pas question d’autoriser tout et n’importe quoi dans un stade de football. En revanche, la notion d’injure publique reste juridiquement floue dans ce contexte. Notre collègue Sansu l’a dit : on peut régulièrement voir dans les tribunes des banderoles au message piquant ou subversif. Voici quelques exemples pour que vous compreniez mieux de quoi je parle : quand des supporters s’expriment sur la question des droits de retransmission et des modalités de diffusion des matchs en brandissant une banderole qui proclame : « La LFP est une voleuse ! », peut-on parler d’injure publique ? Qu’en est-il si un député, moi par exemple, déclare dans le stade de sa ville : « Vincent Labrune a tué le football français » ? Si des supporters crient : « Non au football qatarisé ! », cette déclaration relève-t-elle de l’injure publique ?

    Oui, c’est xénophobe ! (Sourires.)

    Nous sommes tous d’accord qu’il est nécessaire de lutter contre les propos discriminatoires, homophobes et racistes, mais la notion d’injure publique me paraît trop floue pour être conservée.

    La parole est à M. Sacha Houlié, pour soutenir le sous-amendement no 1068.

    Je compléterai ce que vient de dire M. Courbon. La notion d’injure publique correspond à une qualification pénale. Nous saluons certes le fait que votre amendement précise qu’il faut que l’injure publique soit « grave et répétée » pour justifier une interdiction administrative de stade, mais ce n’est pas suffisant. Il faudrait retirer l’injure publique des motifs pour lesquels peut être prononcée une interdiction administrative de stade, en limitant ceux-ci aux violences dont se rendent coupables les supporters dans une enceinte sportive ou à proximité de celle-ci.
    Admettons cependant que vous ne retiriez pas la mention de l’injure publique : il faudrait qu’une procédure judiciaire soit engagée concomitamment à l’IAS contre l’auteur des propos. La saisine du parquet et l’ouverture d’une enquête sont la condition de la validité de l’IAS. Les auteurs de l’infraction doivent être traduits devant une juridiction pénale pour être jugés, et non simplement faire l’objet d’une procédure administrative, car ce n’est pas à l’administration de sanctionner le supporter qui se rend coupable de propos injurieux.

    La parole est à Mme Élisa Martin, pour soutenir le sous-amendement no 932.

    Les interdictions administratives de stade ne sont pas des décisions neutres. Elles restreignent significativement les libertés fondamentales, en particulier celle d’aller et venir et le droit au respect de la vie privée. Au travers de ce sous-amendement, nous proposons que l’IAS devienne caduque à partir du moment où une décision de justice a été rendue. Il y a une hiérarchie à respecter : les décisions judiciaires l’emportent sur les mes administratives, c’est un principe de base ! Il est d’autant plus important de respecter cette hiérarchie que ce sont les libertés fondamentales des personnes qui sont affectées. Sinon, on pourrait se retrouver dans des situations ubuesques, où une interdiction administrative de stade resterait d’actualité alors qu’une décision de classement sans suite ou une amende aurait été prononcée par l’autorité judiciaire. Ce serait fort problématique, d’autant que, comme on l’a dit plusieurs fois, ces décisions sont fragiles, y compris aux yeux de la justice administrative.
    À ces questions vient se greffer un autre sujet, donc nous avons déjà débattu à l’occasion de la préparation des Jeux olympiques de 2024 : la protection de la liberté d’expression. Des exemples viennent d’être donnés. Certains groupes de supporters se mobilisent contre l’organisation mégacapitalistique du football contemporain. Nous sommes entièrement d’accord avec eux : ce sport populaire mériterait d’être davantage protégé à cet égard.

    La parole est à M. Pouria Amirshahi, pour soutenir le sous-amendement no 1006.

    Je reprends mon argumentation là où j’avais dû l’interrompre en défendant le sous-amendement no 1005. Monsieur le ministre, si vous continuez à transférer autant de pouvoir à l’autorité administrative au détriment de l’autorité judiciaire, ce ne sera pas sans conséquences, et on les constate déjà.

    La mise en place d’un État policier !

    Ce matin, Léa Balage El Mariky est revenue de la cour administrative d’appel de Paris avec le chiffre suivant : le contentieux administratif a augmenté de 35 % ! Vous affaiblissez le juge judiciaire, garant de notre droit, et vous allez engorger toute la justice administrative. Nous y perdrons donc en efficacité. Or, depuis le début de l’examen de ce texte, c’est l’efficacité que vous invoquez pour justifier la pertinence de vos mes.
    Par ailleurs, je voudrais évoquer les graves difficultés que soulève le recours aux Micas, dont vous vous inspirez. Si une interdiction à paraître est prise par l’administration, mais que le juge judiciaire, saisi de son côté, décide qu’une telle interdiction n’a pas lieu d’être, la décision administrative reste valide. Vous instaurez donc quelque chose d’assez fou en revenant sur un principe fondamental, l’autorité de la chose jugée !

    Tant du point de vue de l’organisation administrative, de notre ordre juridictionnel que des principes du droit, vous faites non seulement fausse route, mais vous édifiez quelque chose de très dangereux. Sur cette question comme sur d’autres, vous vous en doutez, nous saisirons le Conseil constitutionnel. En attendant, je vous invite à y réfléchir à deux fois, ou en tout cas à répondre précisément à nos arguments –⁠ le risque d’embolie de la justice administrative et surtout la remise en cause de l’autorité de la chose jugée si une me administrative reste valide alors que le juge judiciaire a rendu une décision contraire.

    Je suis saisie de deux sous-amendements identiques, nos 933 et 1069.
    La parole est à Mme Sophia Chikirou, pour soutenir le sous-amendement no 933.

    Je poursuivrai sur le même ton que mon collègue. Le sous-amendement no 933 est un sous-amendement de repli. Nous essayons ainsi de sécuriser certaines garanties et de limiter l’arbitraire que vous souhaitez généraliser, voire automatiser, monsieur le ministre.
    Plusieurs ONG vous ont déjà interpellé à propos de ce texte. Vous allez trop loin : vous instaurez un système qui ne respecte pas les libertés fondamentales. Même l’ONU s’est exprimée à propos de ce projet de loi car vous faites peser un risque sur les libertés fondamentales des Français. Pourquoi avez-vous décidé d’instaurer un tel système en plein mois de juillet, à moins d’un an de votre départ, puisque les élections auront lieu au printemps prochain et que vous partirez, que vous dégagerez même, de ce gouvernement ? (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Nous ne comprenons pas pourquoi vous avez choisi ce moment pour instaurer un État policier ! Vous n’êtes pas ministre de la justice mais ministre de l’intérieur ; comment pouvez-vous faire fi de la justice et instaurer un système où la règle administrative l’emporte ? Les mes administratives ont pourtant quelque chose d’arbitraire et d’autoritaire puisqu’elles sont prises en dehors de tout débat contradictoire et qu’il n’est pas possible de revenir dessus, comme mon collègue Amirshahi vient de le rappeler. Même quand la justice judiciaire ne prononce pas d’interdiction de stade, vous persistez à appliquer les IAS !
    Je rebondis aussi sur ce qu’a dit le collègue Courbon. Nous sommes des militants politiques qui nous engageons pour des causes qui ne vous plaisent pas et que vous combattez en employant des moyens qui ne sont pas toujours loyaux. Vous seriez bien capables de nous interdire de stade pour nous empêcher de nous exprimer !

    M. Jérémie Patrier-Leitus

  • Vous interdire d’Assemblée, en tout cas !

    Les stades de football, comme tous les stades, sont des lieux d’expression populaire et… (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’oratrice. –⁠ Les députés du groupe LFI-NFP applaudissent cette dernière. –⁠ M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.)

    La parole est à M. Sacha Houlié, pour soutenir le sous-amendement no 1069.

    L’état du droit sur les obligations de pointage est défini par la loi de 2023, qui a circonscrit l’obligation de pointage au seul cas où la personne sous le coup d’une IAS entend manifestement s’y soustraire. C’est extrêmement important ! Or la rédaction du gouvernement revient à autoriser l’administration à imposer des obligations de pointage sans avoir à les justifier ; en tout cas, elle tend à lever la restriction actuelle.
    Dans les faits, certains préfets imposent souvent le pointage en toutes circonstances. Je veux évoquer quatre situations dont m’a fait part l’avocat de l’Association nationale des supporters. Un père divorcé a été assigné à résidence un week-end car il devait pointer au commissariat tous les jours ; par conséquent, il n’a pas pu emmener son fils en vacances. Un infirmier de nuit s’est retrouvé à devoir pointer tous les jours au commissariat, et a donc été contraint de laisser sa femme enceinte de huit mois s’occuper de leurs quatre enfants. Un père de famille qui avait demandé s’il pouvait pointer à la gendarmerie de son lieu de villégiature plutôt qu’au commissariat de sa ville s’est vu répondre de prendre ses billets, avant qu’on lui dise qu’il ne pouvait finalement pas partir en vacances car il n’avait pas obtenu l’autorisation de la préfecture –⁠ précisons qu’il n’avait nulle intention de se rendre au stade pendant ses vacances.
    Des recours ont été adressés au tribunal administratif et dans chaque cas, ce dernier a annulé l’obligation de pointage, mais trop tard ! Voilà pourquoi la disposition prévue à l’alinéa 5 de l’article L. 332-16 est justifiée. Nous l’avons introduite en 2023 par un amendement que j’avais défendu en tant que président de la commission des lois, et que certains d’entre vous ont donc peut-être voté. L’amendement du gouvernement, dont le 9e alinéa prévoit la suppression de cette disposition, pourrait tout changer.
    Par conséquent, si vous ne deviez voter que pour un seul sous-amendement à l’amendement du gouvernement, il faudrait que ce soit pour celui-ci !

    La parole est à M. Pierrick Courbon, pour soutenir le sous-amendement no 1070.

    Il s’agit d’un amendement de repli qui porte sur le même sujet. Nous proposons de restreindre la possibilité d’imposer une obligation de pointage aux cas de faits de violence avérés et d’atteintes aux personnes et aux biens. Pourquoi cette précision, monsieur le ministre ? Comme notre collègue Houlié vient de l’expliquer, l’obligation de pointage détruit des familles. Elle peut être lourde de conséquences pour la situation professionnelle ou familiale. Surtout, une obligation de pointage peut être imposée à des personnes à qui l’on reproche simplement d’avoir tenté d’introduire un fumigène dans un stade ! Dans la majorité des cas évoqués par Sacha Houlié, l’interdiction de stade assortie d’une obligation de pointage n’avait pas été prononcée pour des faits de violence contre les forces de l’ordre ou d’autres supporters mais bien en raison d’un usage festif d’engins pyrotechniques –⁠ en d’autres termes, pour avoir allumé un fumigène. C’est très problématique ! Faute de temps, Sacha Houlié n’a pas pu citer son quatrième exemple : il s’agissait d’un supporter qui n’avait pas pu se rendre à des obsèques en raison de son obligation de pointage.
    Nous en avons déjà parlé, monsieur le ministre : j’entends bien que votre intention n’est pas de rétablir l’automaticité du pointage. Mais la loi est de portée générale ! Je pourrais partir d’un postulat de confiance, mais quelle garantie avons-nous que, dans quelques mois, un autre ministre de l’intérieur ne décidera pas que toute interdiction administrative de stade s’accompagnera automatiquement d’une obligation de pointage ?
    Si vous n’arrivez pas à revenir sur la me du code du sport qui oblige l’administration à démontrer que l’assujetti à une IAS a l’intention de s’y soustraire, c’est tout simplement parce que les personnes dans ce cas n’ont pas cette intention.

    Vous conservez la parole, monsieur Courbon, pour soutenir le dernier sous-amendement à l’amendement du gouvernement, le no 1071.

    Il s’agit d’un sous-amendement très important : si, en plus du no 1069 défendu par mon collègue Houlié, il ne fallait en retenir qu’un, ce serait celui-là. Je m’adresse à tous les collègues qui ne sont pas passionnés par le sujet de l’article 4 mais qui ont dans leur téléphone portable des photos de tribunes embrasées par des fumigènes festifs, lesquels sont à l’origine de la majorité des IAS. On peut réclamer de la sévérité à l’encontre des auteurs de violences contre les biens ou les personnes, et je peux comprendre ceux qui souhaitent également en faire preuve contre les personnes utilisant la pyrotechnie pour abîmer les sièges d’un stade ou lançant des fumigènes vers une autre tribune ou sur le terrain.

    En revanche, dans la plupart des cas, l’utilisation de la pyrotechnie est purement festive, elle ne porte atteinte ni aux biens ni aux personnes. Le sous-amendement que nous proposons offre l’occasion d’un jackpot au gouvernement. Ce dernier peut persister dans sa politique du chiffre, qui consiste à afficher une prétendue sévérité en prononçant de nombreuses IAS. Mais il pourrait aussi, avec le dispositif que nous proposons, significativement augmenter le taux de recouvrement des AFD et désencombrer les tribunaux administratifs, qui sont systématiquement saisis et annulent dans l’immense majorité des cas les IAS prononcées pour usage festif de la pyrotechnie.
    Le sous-amendement vise à instaurer le principe suivant : si une personne visée par une IAS pour un usage festif de la pyrotechnie ou une tentative en ce sens règle son AFD, l’IAS tombe. Il s’agit d’une proposition de bon sens sur laquelle je demande à M. le ministre une réponse argumentée.

    La parole est à M. Christophe Marion, pour soutenir l’amendement no 840.

    Nous demandons le rétablissement de cet article dans sa version initiale, qui proposait une extension temporelle et géographique des IAS. C’est indispensable car les violences peuvent commencer avant le match, lors de rassemblements de supporters, et continuer après, lors d’affrontements, de dégradations, de provocations. Surtout, elles ciblent nos valeurs, avec des discours de haine qui s’opposent à la passion du sport.
    L’article prévoyait de renforcer le dispositif permettant aux préfets de prononcer des IAS. On ne peut pas s’offusquer lorsqu’une sénatrice paraguayenne s’attaque à Kylian Mbappé et ne pas faire preuve de fermeté quand la même chose se passe dans un stade. Et si on parle de cette sénatrice, on peut aussi penser à l’influenceuse d’extrême droite Thaïs d’Escufon, qui a tenu des propos inadmissibles sur l’équipe de France en proposant de renvoyer ses joueurs par charter en Afrique. (MM. François Cormier-Bouligeon et Antoine Léaument applaudissent.) Rétablir l’article dans sa version initiale est une solution de bon sens : les faits visés doivent être suivis de sanctions et nos stades ne peuvent pas être des cirques où s’exprime la violence. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe EPR.)

    Les amendements identiques nos 5 de M. Éric Pauget, 233 de M. Thierry Liger, 243 de Mme Valérie Bazin-Malgras et 351 de M. Laurent Mazaury sont défendus.
    Quel est l’avis de la commission sur l’ensemble des amendements et sous-amendements en discussion commune ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Je vais essayer de ramasser dans une réponse globale les avis sur les amendements de rétablissement et sur les sous-amendements qui leur sont rattachés. Avant toute chose, je précise à nos collègues qui n’étaient pas avec nous en commission des lois et qui n’ont donc pas participé à nos échanges sur les IAS que, contrairement à ce qui a pu être dit, l’article 4 ne crée pas quelque chose de nouveau. Il est inexact de prétendre qu’en plein mois de juillet, nous inventerions un régime administratif d’interdiction. Les IAS existent dans le droit français depuis 2006…

    C’est le principe même de ce texte ! Tout ce qu’il prévoit est déjà dans le droit !

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • …et, en se combinant avec des interdictions judiciaires, permettent de traiter un problème. Elles ne sont pas une anomalie –⁠  M. Houlié ne me contredira pas si j’indique qu’elles existent dans d’autres pays. Par ailleurs, j’imagine que nous sommes tous d’accord pour dire que des mes individuelles sont toujours préférables à des sanctions collectives.
    Après la suppression de l’article 4 en commission, des échanges ont eu lieu entre le ministre de l’intérieur et plusieurs groupes politiques pour essayer de trouver une version de consensus ou, au moins, de convergence. La rédaction a été améliorée, avec un rétrécissement du dispositif proposé : les obligations débutent douze heures avant le match et se terminent douze heures après, alors que la rédaction initiale prévoyait deux fois vingt-quatre heures ; les IAS peuvent être prononcées pour un maximum de douze mois –⁠ vingt-quatre en cas de réitération –, et non plus respectivement vingt-quatre et trente-six mois ; et un seul pointage est désormais exigé.
    Certains ont évoqué la liberté d’aller et venir. Or, par le passé, le Conseil constitutionnel n’a rien trouvé à redire sur ce point à propos des IAS. M. Courbon a déposé un sous-amendement pour que les interdictions ne concernent pas le parcours de cortèges de supporters. Or, dans son avis, le Conseil d’État n’a pas relevé de difficultés de proportionnalité ou de motivation de la me.
    On peut toutefois encore améliorer le dispositif, comme cela a été le cas entre le passage en commission et l’examen en séance. C’est pourquoi j’émets un avis favorable au sous-amendement no 1067, M. Courbon ayant pointé les difficultés posées par les mots « injures publiques graves ou répétées ». Je suis en revanche défavorable à tous les autres sous-amendements à l’amendement du gouvernement.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • En introduction à ma réponse à cette longue discussion commune, je vais donner quelques chiffres. Pour la saison 2024-2025, pour laquelle nous disposons des statistiques définitives, les interpellations en marge des matchs de football ont augmenté de 26,7 % par rapport à la saison précédente, soit un passage de 718 à 910 interpellations. La pyrotechnie est loin d’être le seul motif puisque nous avons connu beaucoup d’attaques de convois de supporters par des individus au visage dissimulé, entre autres délits. Je donne ces éléments de bilan pour expliquer à Mme Taurinya ce qui justifie de nouvelles mes.
    À M. Amirshahi, j’indique qu’on ne crée pas une nouvelle police administrative. On se contente d’étendre le champ d’application de ce qui existe pour le faire coller à la réalité actuelle des troubles à l’ordre public. À Mme Chikirou, je signale que la procédure est contradictoire, avec des demandes d’observations, et que, surtout, elle se déroule sous le contrôle du juge administratif,…

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • …éventuellement dans le cadre d’un référé jugé en quarante-huit heures.

    Dans les faits, ce n’est pas appliqué !

    L’administratif, ce n’est pas du judiciaire !

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • S’il vous plaît, ne m’interrompez pas alors que j’explique seulement et modestement que le contrôle judiciaire et les garanties dont vous déploriez l’absence existent !
    Les interdictions judiciaires dont plusieurs orateurs ont parlé accompagnent souvent des sanctions prises pour des violences commises dans l’enceinte du stade. Il s’agit la plupart du temps de peines complémentaires…

    Non, c’est l’inverse !

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • …et, très souvent, elles sont prononcées deux ans après les faits. Comment voulez-vous prévenir des troubles à l’ordre public avec de tels délais ? Je vous ras sur un point important : quand une décision judiciaire est prise en s’appuyant sur les faits à l’origine d’une IAS, celle-ci tombe automatiquement. (M. Pouria Amirshahi proteste.)

    Elle tombe ? C’est pour ça que vous êtes à la ramasse…

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Je veux dire un mot aussi sur l’extension des zones où peut s’appliquer une IAS, au-delà du stade lui-même et de son pourtour. Un préfet ne pourra jamais prendre une interdiction valable dans toute une ville. Cela ne serait ni équilibré ni proportionné et serait immédiatement censuré par un juge administratif. En revanche, on connaît les points de rassemblement, autour de certains bars et, donc, sur la voie publique. C’est toujours là que les troubles ont lieu. À Paris, je pourrais citer une grande place concernée par le problème. Il vaut donc mieux qu’une personne administrativement interdite de stade soit empêchée de se rendre à ces endroits. L’extension prévue ne vise que ce cas-là.
    Monsieur Houlié, mes chiffres ne concordent pas du tout avec les vôtres. Après recensement auprès des préfets, on a dénombré 1 148 IAS prononcées entre 2023 et 2026, dont 5 % seulement ont été annulées.

    Parce que les autres personnes visées ne vont pas au tribunal !

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Je ne sais donc pas d’où vient le chiffre de 75 %. D’autre part, monsieur Courbon, seules un quart des IAS s’accompagnent d’une obligation de pointage. Il n’y en a aucune dans 75 % des cas, et nous souhaitons supprimer la condition selon laquelle il faut démontrer que la personne a l’intention de se soustraire à son obligation de pointage : elle est quasiment impossible à remplir.
    En revanche, je suis surpris par les cas que M. Houlié et vous avez cités, avec des personnes empêchées de se rendre à des obsèques ou de répondre à leurs obligations familiales. J’ai été préfet et je sais que, si elle est contactée, la préfecture lève l’obligation le temps nécessaire. Je l’ai moi-même fait à de nombreuses reprises. Le dispositif est en réalité très souple.
    D’autre part, je voudrais revenir sur les évolutions consenties par le gouvernement. Nous souhaitions porter la durée maximale des IAS à vingt-quatre mois. Nous y avons renoncé, sauf en cas de réitération, et nous restons sur douze mois. La nouvelle rédaction que nous proposons prévoit que l’IAS s’applique douze heures avant et douze heures après le match, et non plus deux fois vingt-quatre heures. Autre élément important : on passe à une seule obligation de pointage, contre un maximum de trois auparavant.
    J’en viens à la notion d’injures publiques relevée par M. Courbon. Cette mention a été ajoutée au Sénat, avec la précision qu’elles devaient être « graves ou répétées ». Je conviens que ce n’est pas facile à établir, et que c’est même très compliqué à établir, à la différence des autres motifs que nous avons retenus, notamment les actes d’incitation à la haine ou à la discrimination contre des personnes en raison de leur origine ou de leur orientation sexuelle, etc. En conséquence, si mon amendement est adopté, je serai, comme M. le rapporteur, favorable au sous-amendement no 1067 qui vise à supprimer cette mention.

    C’est dans l’autre sens que cela se passe !

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Enfin, Mmes Chikirou et Taurinya m’ont accusé de vouloir interdire l’accès au stade à certaines personnes pour les empêcher d’y exprimer des opinions.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Attention : d’une manière générale, les messages politiques sont proscrits des enceintes sportives par les fédérations ou les ligues professionnelles. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    Les propos homophobes ne leur posent pas de problèmes, mais avec les propos politiques, c’est une autre histoire !

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Ce n’est pas du tout un motif d’IAS. Personne n’est interdit de stade pour avoir exprimé un message politique où que ce soit et on n’interdit pas les gens de stade pour les empêcher de le faire.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • En résumé, je suis défavorable à l’ensemble des sous-amendements, sauf le no 1067, et évidemment favorable à l’amendement identique à celui du gouvernement. 

    Avant de donner la parole à l’ensemble des orateurs qui me l’ont demandée, je veux vérifier avec M. le rapporteur que sa position est la même que celle de M. le ministre. Vous êtes opposé à tous les amendements et sous-amendements, à l’exception de l’amendement du gouvernement, de l’amendement identique et du sous-amendement no 1067, c’est bien cela ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Vous avez lu en moi !

    Merci !
    La parole est à M. Corentin Le Fur.

    Nous abordons un sujet important. Si je salue le travail remarquable du ministre de l’intérieur et du rapporteur sur ce texte, je n’en reste pas moins extrêmement sceptique, voire extrêmement critique, sur le rétablissement de l’article 4. Je sais que mon avis est partagé par certains de mes collègues, notamment l’excellent Ian Boucard.
    À mon sens, on se trompe de combat en faisant preuve d’une telle sévérité à l’égard des supporters –⁠ nous en connaissons –, en particulier en imposant à certains une obligation de pointage, particulièrement préjudiciable. Par conséquent, accordons-nous au moins pour adopter les sous-amendements nos 1069, 1070 et 1071 de notre collègue Courbon, afin de supprimer cette obligation, excessivement préjudiciable et sévère lorsqu’il s’agit de réprimer de petites infractions. (M. Sacha Houlié applaudit.) Cet article traite en effet comme des délinquants des supporters qui ont eu le malheur de craquer un fumigène en leur imposant une obligation de pointage qui est disproportionnée.
    Chez moi, les gendarmes eux-mêmes viennent me voir en disant : « Cette obligation de pointage nous pénalise. Pour nous aussi, elle est extrêmement préjudiciable, puisqu’elle nous impose un travail administratif supplémentaire. »

    J’espère que le ministre prend des notes !

    M. Jean-François Coulomme

  • En avant Guingamp !

    …nous connaissons les supporters, notamment ceux du Kop Rouge –⁠ ce sont des artisans, des professeurs, des commerciaux –, à qui cette contrainte est imposée au risque de nuire considérablement à leur vie de famille. J’ai entendu votre argument, monsieur le ministre –⁠ on peut demander une dérogation. Néanmoins, il s’agit d’une contrainte supplémentaire. Supprimons donc cette obligation de pointage !
    Surtout, je crois qu’on se trompe de combat en visant les supporters et les associations de supporters. C’est envers la casse en marge des manifestations sportives et lors de la célébration des victoires qu’il nous appartient collectivement de nous montrer beaucoup plus fermes et plus sévères. (Mme Sophia Chikirou applaudit.)

    Oui, cent fois oui, à une loi anticasseurs !

    Je vous ai entendus, le premier ministre et vous-même : vous voulez avancer en ce sens, et c’est heureux. Reste qu’il ne faut pas se tromper de combat en pénalisant les supporters, comme le fait cet article. L’enjeu est bien de disposer enfin d’une loi permettant de frapper les casseurs au portefeuille et de faire le distinguo entre les supporters et ces individus qui n’ont rien à voir avec eux et qui empoisonnent la vie de nombreux commerçants et riverains. Il me semble indispensable de ne pas rétablir l’article 4. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe DR.)

    La parole est à Mme Danielle Simonnet.

    Monsieur le ministre, il est problématique d’étendre l’interdiction administrative de stade aux personnes ayant tenu des propos discriminatoires, et cela pour une raison : les propos comme les actes LGBTphobes et racistes relèvent du pénal. Par conséquent, en faire des infractions relevant de la justice administrative et de l’arbitraire des préfets pose d’abord un problème d’interprétation : comment sera considérée une banderole «  Free Palestine » ? La me risque de donner lieu à des atteintes disproportionnées à la liberté d’expression. Surtout, ce que vous proposez revient, de fait, à banaliser des délits de provocation à la discrimination, qui devraient plutôt faire l’objet de poursuites pénales.
    Quant au maintien d’une peine d’interdiction administrative de stade même lorsqu’un juge l’a levée, cela me semble dingue. Cela revient à faire du préfet un juge –⁠ et même pire : un juge au-dessus des juges ! C’est donc problématique. (M. Pouria Amirshahi applaudit.)
    D’autre part, j’avais déposé des amendements tendant à inscrire dans la loi une obligation de résultat en matière de lutte contre de tels propos pour les clubs et les organisateurs d’événements sportifs. On a décidé que ces amendements étaient des cavaliers législatifs. Alors que nous examinons une loi fourre-tout, truffée de nchères sécuritaires, totalement inefficace, vous ne vous êtes pas saisi d’une possibilité dont vous disposiez pourtant, monsieur le ministre : reprendre l’un de ces amendements, qui aurait permis de traduire dans le texte deux avis du Conseil d’État, lequel s’est prononcé par deux fois en faveur d’une obligation de résultat imposée aux clubs.
    Franchement, quand des clubs laissent passer des banderoles de vingt mètres de long portant des inscriptions LGBTphobes, convenez que leur complicité est totale ! Outre la responsabilité des supporters, il faut donc mettre en cause celle des clubs. Il s’agit d’un véritable problème : nous sommes très fiers de notre équipe et le football est très populaire, mais cela rend justement ce sport sacrément prescripteur, de sorte que les violences LGBTphobes ou racistes survenant dans les stades ne reflètent pas seulement les mentalités d’une partie de la société : elles peuvent aussi contribuer à les façonner. Or, ne l’oublions jamais, l’homophobie et le racisme tuent. Pensons aux victimes et donnons-nous les moyens de changer la donne, ce que permettrait une telle obligation de résultat ! (M. Pouria Amirshahi applaudit.)

    La parole est à M. Andy Kerbrat.

    Collègues, je ne pense pas que vous souhaitiez qu’une interdiction administrative de stade soit prononcée à l’encontre de Thaïs d’Escufon, cette célèbre raciste dont le nom a été prononcé ici. Il me semble que tout le monde est d’accord : pour avoir tenu des propos racistes, elle doit passer devant la justice. (Mme Danielle Simonnet applaudit.) Et si elle s’attaque à un autre club français et qu’elle tient de nouveaux propos racistes, j’espère qu’ils feront l’objet d’une procédure judiciaire.

    L’un n’empêche pas l’autre !

    Quoi qu’il en soit, nous restons décidés à voter contre les amendements tendant à rétablir l’article. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Votre réécriture ne nous a pas convaincus. Comme nous vous l’avons déjà dit en commission, le problème de l’article initial, comme de votre amendement de réécriture, vient de ce que vous n’avez pas consulté l’Association nationale des supporters. Ses membres vous avaient pourtant alertés lors des travaux auxquels ils ont participé aux côtés de certains parlementaires, non pour représenter nos clubs respectifs, mais pour une raison de fond : bien que j’adore le FC Nantes et la Brigade Loire –⁠ sans être le plus footeux de cette assemblée, je pense –, je ne viens pas ici pour défendre mon club, mais parce que je ne trouve pas normal que l’interdiction de stade relève du registre administratif. Elle doit être prononcée par l’autorité judiciaire ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe EcoS.)
    Quelqu’un, un con –⁠ disons-le clairement – qui tiendrait des propos LGBTphobes au sein de l’Assemblée nationale –⁠ chacun sait que je suis plutôt tatillon sur ce genre de questions – devrait être condamné par la justice ; c’est à elle qu’il revient de décider d’une éventuelle interdiction de stade. (Mêmes mouvements.) L’interdiction administrative de stade n’a de valeur qu’entre le moment où le fait est commis et le passage en justice. Or, en réalité, seules les interdictions administratives ont cours. Voilà ce que votre texte vise à aggraver : il n’y aura plus de justice.

    Vous pouvez bien raconter ce que vous voulez sur les possibilités de recours devant le juge administratif. Vous savez aussi bien que moi que les juridictions administratives sont sous l’eau : vous les avez noyées en durcissant le droit des étrangers et en instaurant ce genre de bêtises ! (Mme Sophia Chikirou applaudit.) Les durées de traitement sont si longues que le droit de recours n’est pas effectif. Monsieur Nuñez, retirez cet amendement ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe EcoS.)

    La parole est à Mme Agnès Pannier-Runacher.

    Mme Agnès Pannier-Runacher

  • La position que je vais défendre différera peut-être un peu de celle de mon groupe.
    Le rétablissement de l’article 4 me gêne un peu (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS. –⁠ MM. Ian Boucard et Corentin Le Fur applaudissent également), pour des raisons qui tiennent à mon expérience : je connais des supporters qui, tout en se comportant tout à fait bien, peuvent craquer des fumigènes de manière festive. Tout le monde s’accordera pour reconnaître que c’est interdit et que c’est mal, mais de là à devoir pointer trois fois par semaine au commissariat… (Mêmes mouvements.) Car c’est bien de cela qu’il s’agit : championnat le samedi, coupe d’Europe le mercredi et championnat le samedi qui suit, cela fait trois fois en une semaine. Il s’agit de la vie des gens et la me me semble disproportionnée, je tenais à le dire ici.
    Peut-être pouvons-nous nous rallier aux sous-amendement nos 1069 et identique afin de corriger ce défaut, en sus du sous-amendement no 1067, sur lequel le rapporteur Vincent Caure a donné un avis favorable et de l’amendement no 889, dans lequel je remercie le gouvernement d’avoir esquissé un premier chemin de compromis en s’écartant de la rédaction initiale. Autrement dit, j’invite soit à ne pas adopter d’amendement tendant à rétablir l’article 4, soit à le sous-amender. N’envoyons pas d’honnêtes gens pointer trois fois par semaine au commissariat au risque d’affecter leur vie : pas si nombreux, un peu portés sur la fête et surtout très passionnés de football, ils restent –⁠ j’en connais – de bons citoyens. (MM. Ian Boucard et Corentinl Le Fur applaudissent.)

    La parole est à M. Pierrick Courbon.

    Je salue les quelques ouvertures du rapporteur et du ministre, notamment en faveur de la suppression de la mention des injures publiques, qui relève du bon sens.
    Je vais commencer par un propos qui ne sera pas forcément politiquement correct. Monsieur le ministre, vous avez mentionné 910 interpellations. C’est beaucoup, certes : ce sont 910 faits de trop. Mais, rapportés aux 13 millions d’entrées annuelles dans des stades de football –⁠ en ligue 1, en ligue 2 et en coupe d’Europe –, cela fait moins de 0,01 % de comportements problématiques. Ceux-ci constituent donc un simple reliquat statistique et non un problème systémique de la part des supporters. (M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit.)
    Notre attachement à la question des supporters tient à une autre raison. Comme notre collègue Kerbrat l’a dit, il ne procède pas d’un biais territorial ou d’une volonté de nous adresser à tel ou tel public de nos circonscriptions respectives, mais du constat que, dans notre société, les endroits ne sont plus si nombreux où vous pouvez rencontrer, assis à la même tribune, un prof, un cadre sup et, qui sait, un député, voire un membre du cabinet du ministre de l’intérieur, qui se retrouvent au même moment pour célébrer le sport et soutenir une équipe de football. Il faut défendre ces lieux de rassemblement et de mixité sociale.
    J’en viens aux éléments de réponse de M. le ministre. Afin de lutter contre la violence, objectif que nous partageons, nous avions proposé de muscler l’arsenal juridique avec des mes judiciaires, ce que vous avez refusé de faire, préférant vous en tenir à des mes administratives. Or, vous l’avez reconnu vous-même, le problème des mes judiciaires, c’est que les procédures mettent deux ans à aboutir. Outre qu’un tel délai soulève la question des moyens de la justice, vous conviendrez, je pense, qu’obliger quelqu’un à aller pointer au commissariat toutes les semaines avant d’être innocenté par la justice au bout de deux ans –⁠ sachant que les interdictions administratives de stade qui sont contestées devant le tribunal administratif sont très régulièrement annulées, notamment celles qui avaient été prononcées pour pyrotechnie festive – constitue une me tout à fait disproportionnée.

    Je termine, madame la présidente, en vous disant… (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’orateur.)

    M. Jérémie Patrier-Leitus

  • Droit au but, s’il vous plaît !

    Vous avez terminé, monsieur le député. Tous les orateurs qui le souhaitaient ayant pu s’exprimer, tant sur l’ensemble de la discussion commune que sur chacun des amendements et des sous-amendements, je vais maintenant procéder à leur mise aux voix.

    (L’amendement no 112 est retiré.)
    (M. Corentin
    Le Fur applaudit.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 929.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        131
            Nombre de suffrages exprimés                131
            Majorité absolue                        66
                    Pour l’adoption                46
                    Contre                85

    (Le sous-amendement no 929 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 930.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        135
            Nombre de suffrages exprimés                135
            Majorité absolue                        68
                    Pour l’adoption                46
                    Contre                89

    (Le sous-amendement no 930 n’est pas adopté.)

    (Le sous-amendement no 1041 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix les sous-amendements identiques nos 931 et 1062.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        135
            Nombre de suffrages exprimés                135
            Majorité absolue                        68
                    Pour l’adoption                46
                    Contre                89

    (Les sous-amendements identiques nos 931 et 1062 ne sont pas adoptés.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1063.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        129
            Nombre de suffrages exprimés                107
            Majorité absolue                        54
                    Pour l’adoption                20
                    Contre                87

    (Le sous-amendement no 1063 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1064.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        132
            Nombre de suffrages exprimés                106
            Majorité absolue                        54
                    Pour l’adoption                17
                    Contre                89

    (Le sous-amendement no 1064 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1065.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        133
            Nombre de suffrages exprimés                107
            Majorité absolue                        54
                    Pour l’adoption                18
                    Contre                89

    (Le sous-amendement no 1065 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1066.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        134
            Nombre de suffrages exprimés                133
            Majorité absolue                        67
                    Pour l’adoption                46
                    Contre                87

    (Le sous-amendement no 1066 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1005 rectifié.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        133
            Nombre de suffrages exprimés                107
            Majorité absolue                        54
                    Pour l’adoption                18
                    Contre                89

    (Le sous-amendement no 1005 rectifié n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1067.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        134
            Nombre de suffrages exprimés                74
            Majorité absolue                        38
                    Pour l’adoption                70
                    Contre                4

    (Le sous-amendement no 1067 est adopté.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1068.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        130
            Nombre de suffrages exprimés                108
            Majorité absolue                        55
                    Pour l’adoption                22
                    Contre                86

    (Le sous-amendement no 1068 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 932.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        135
            Nombre de suffrages exprimés                135
            Majorité absolue                        68
                    Pour l’adoption                46
                    Contre                89

    (Le sous-amendement no 932 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1006.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        135
            Nombre de suffrages exprimés                135
            Majorité absolue                        68
                    Pour l’adoption                46
                    Contre                89

    (Le sous-amendement no 1006 n’est pas adopté.)

    On enchaîne les victoires !

    Je mets aux voix les sous-amendements identiques nos 933 et 1069.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        133
            Nombre de suffrages exprimés                133
            Majorité absolue                        67
                    Pour l’adoption                45
                    Contre                88

    (Les sous-amendements identiques nos 933 et 1069 ne sont pas adoptés.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1070.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        129
            Nombre de suffrages exprimés                102
            Majorité absolue                        52
                    Pour l’adoption                42
                    Contre                60

    (Le sous-amendement no 1070 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1071.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        133
            Nombre de suffrages exprimés                127
            Majorité absolue                        64
                    Pour l’adoption                39
                    Contre                88

    (Le sous-amendement no 1071 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix les amendements identiques nos 889 du gouvernement et 828, sous-amendés.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        133
            Nombre de suffrages exprimés                98
            Majorité absolue                        50
                    Pour l’adoption                40
                    Contre                58

    (Les amendements identiques nos 889 et 828, sous-amendés, ne sont pas adoptés.)
    (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)

    Je mets aux voix l’amendement no 840.

    (Le vote à main levée n’ayant pas été concluant, il est procédé à un scrutin public.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        131
            Nombre de suffrages exprimés                95
            Majorité absolue                        48
                    Pour l’adoption                37
                    Contre                58

    (L’amendement no 840 n’est pas adopté.)

    (L’amendement no 233 est retiré.)

    Je mets aux voix, par scrutin public, les amendements identiques nos 5, 243 et 351.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        127
            Nombre de suffrages exprimés                87
            Majorité absolue                        44
                    Pour l’adoption                19
                    Contre                68

    (Les amendements identiques nos 5, 243 et 351 ne sont pas adoptés.)

    La parole est à M. Antoine Léaument, pour un rappel au règlement. Sur quel article le fondez-vous ?

    Je ne me souviens plus de son numéro : il s’agit de l’article qui précise que vous devez donner les avis de la commission et du gouvernement pour chaque amendement. Vous avez dit, pour l’amendement no 889 du gouvernement, que l’avis de la commission était favorable ; or l’avis favorable était celui du rapporteur à titre personnel, la commission ayant voté contre –⁠ je me réjouis d’ailleurs que l’Assemblée ait fait de même. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)

    Je suis saisie de plusieurs demandes de scrutin public : sur les amendements nos 704 et 705, par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire ; sur les amendements nos 281 et 282, par le groupe Socialistes et apparentés.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    La parole est à M. Nicolas Sansu, pour soutenir l’amendement no 704.

    Toujours en ce qui concerne les interdictions de stade, l’amendement vise à supprimer les interdictions commerciales de stade (ICS), qui sont prononcées par les clubs et non par l’autorité judiciaire. Elles peuvent paraître pertinentes au premier abord : compte tenu de la relation contractuelle qui lie le stade et les supporters, si ces derniers ne respectent pas les termes du contrat, le club peut leur interdire l’accès au stade.
    Cependant, les clubs outrepassent leur fonction première de centre commercial du sport. Les stades, qui sont majoritairement des équipements publics, sont aussi des lieux de sociabilité et d’expression politique ; ils constituent parfois, pour certaines personnes, l’unique loisir de la semaine. Du fait de cette évolution, les politiques de sanction des supporters doivent être revues.
    Les ICS sont dépourvues des garanties fondamentales de la procédure judiciaire : elles ne sont assorties ni d’un débat contradictoire ni de la possibilité de faire appel. Il est normal que les actes de violence, de racisme ou d’homophobie soient sanctionnés ; ils tombent d’ailleurs déjà sous le coup du droit pénal. Mais les ICS ne répondent pas à la même logique : dénuées de tout cadre juridique, elles dotent les clubs d’un véritable pouvoir de police.
    En pratique, ce pouvoir est fréquemment détourné pour en faire un instrument répressif à l’encontre des supporters critiquant la direction ou la politique du club. Nombreuses sont les associations de supporters qui en ont fait les frais, comme à Laval ou à Saint-Étienne.
    Comme l’a souligné le rapport de 2020 de M. Houlié et Mme Buffet, ce dispositif est attentatoire aux libertés et insuffisamment encadré. Nous ne pouvons l’accepter. Certains clubs partagent d’ailleurs notre position : ainsi, le Racing club de Lens a décidé d’encadrer sa procédure d’ICS, en permettant un débat contradictoire et en ouvrant la possibilité de faire appel. Il n’est pas normal que les clubs aient de l’avance sur le législateur.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Avis défavorable. Les ICS, créées en 2016, permettent d’agir, parfois face à des comportements qui ne réclament pas de mes de police administrative. Libre aux clubs d’adopter des politiques internes comme celle que vous avez citée à propos du RC Lens. Les ICS restent très utiles.

    Ça sert surtout à virer les gens qui ne sont pas d’accord !

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • J’ai un peu de mal à comprendre cet amendement. Les ICS visent à responsabiliser les clubs, selon une logique commerciale, en leur permettant de suspendre des abonnements. Nous aimerions d’ailleurs que certains clubs prennent davantage leurs responsabilités. Je suis très défavorable à cet amendement.

    Je mets aux voix l’amendement no 704.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        104
            Nombre de suffrages exprimés                104
            Majorité absolue                        53
                    Pour l’adoption                33
                    Contre                71

    (L’amendement no 704 n’est pas adopté.)

    Je suis saisie de deux amendements, nos 705 et 281, pouvant être soumis à une discussion commune.
    La parole est à M. Nicolas Sansu, pour soutenir l’amendement no 705.

    Cet amendement de repli vise à borner dans le temps les interdictions commerciales de stade. Pour le moment, leur durée théorique maximale est de dix-huit mois –⁠ non pas par choix du législateur, mais du fait des limites imposées par le cadre européen en matière de conservation des données personnelles. Ce n’est donc, en réalité, même pas la durée de la sanction qui est plafonnée, mais la durée légale de conservation des données d’identité des supporters.
    Cette durée très longue et qui ne peut être contestée par l’intéressé –⁠ contrairement aux IAS – fait de l’interdiction commerciale de stade la seule interdiction non encadrée. Or les IAS et les interdictions judiciaires, qui sont encadrées, sont déjà largement attentatoires aux droits des supporters !
    Même si nous appelons à la suppression du mécanisme, cet amendement de repli permet de ramener sa durée maximale à six mois. Je pense que vous pourrez le comprendre, monsieur le rapporteur et monsieur le ministre !

    La parole est à M. Sacha Houlié, pour soutenir l’amendement no 281.

    Il s’agit également d’encadrer la durée des interdictions commerciales de stade. Leur légitimité ne peut pas être la même que celle des interdictions judiciaires ou administratives. L’interdiction judiciaire doit primer –⁠ elle prend généralement la forme d’une peine complémentaire infligée à un supporter pour une infraction commise dans une enceinte sportive ou à proximité. Sa durée maximale est de cinq ans. La durée maximale de l’interdiction administrative, quant à elle, est de douze mois. L’amendement no 281 tend à limiter la durée de l’interdiction prononcée par un club –⁠ c’est-à-dire une autorité privée – à neuf mois.
    Je me permets de présenter également l’amendement no 282, qui vise à instaurer une me de coordination. Lorsqu’une interdiction judiciaire est prononcée, elle fait tomber l’interdiction administrative. Dans la même logique, il convient que les préfectures aient connaissance des interdictions commerciales, afin de ne pas prononcer une interdiction administrative qui se cumulerait à une interdiction commerciale, sans coordination de leurs durées. L’amendement no 282 prévoit ainsi qu’à chaque fois qu’un club prononce une interdiction commerciale, il transmet cette information au préfet, afin qu’il en tire les conséquences s’agissant de ses propres interdictions.

    Quel est l’avis de la commission sur ces trois amendements ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Les interdictions commerciales de stade relèvent du pouvoir d’organisation et de gestion des enceintes sportives par leurs exploitants ou par les propriétaires et gestionnaires des clubs. Les pratiques observées varient selon les clubs, les circonstances, les faits reprochés et le niveau de risque présenté par les personnes concernées.
    Dès lors, l’instauration d’un plafond unique de six ou neuf mois ne me paraît pas justifiée ; elle risquerait de réduire la capacité des organisateurs à prévenir efficacement les comportements dangereux.
    Avis défavorable sur les trois amendements.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Même avis, pour les mêmes motifs.

    Je mets aux voix l’amendement no 705.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        95
            Nombre de suffrages exprimés                95
            Majorité absolue                        48
                    Pour l’adoption                28
                    Contre                67

    (L’amendement no 705 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix l’amendement no 281.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        97
            Nombre de suffrages exprimés                97
            Majorité absolue                        49
                    Pour l’adoption                29
                    Contre                68

    (L’amendement no 281 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix l’amendement no 282.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        99
            Nombre de suffrages exprimés                99
            Majorité absolue                        50
                    Pour l’adoption                12
                    Contre                87

    (L’amendement no 282 n’est pas adopté.)

    Je suis saisie de plusieurs demandes de scrutin public : sur les amendements nos 707 et 708, par le groupe Gauche démocrate et républicaine ; sur l’amendement no 807, par le groupe Écologiste et social.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    La parole est à M. Nicolas Sansu, pour soutenir l’amendement no 707.

    Il s’agit de renforcer les garanties procédurales entourant les IAS, en donnant aux supporters concernés un accès effectif aux éléments sur lesquels l’administration fonde sa décision. Monsieur le ministre, 75 % des interdictions administratives qui font l’objet d’un recours devant le juge administratif sont annulées. Certes, tout le monde ne dépose pas un tel recours ; c’est ce qui explique l’inexactitude du chiffre que vous avez communiqué tout à l’heure.
    Les annulations des IAS par le juge administratif résultent généralement d’un défaut de preuves matérielles ou d’une erreur d’identification de la personne visée. Ce constat conduit à interroger la fiabilité du dispositif et justifie de mieux garantir les droits de la défense en amont. Aujourd’hui, lors de la procédure prétendument contradictoire, de nombreuses préfectures refusent de communiquer les photographies, vidéos et autres éléments censés justifier la décision. Le supporter est alors invité à présenter des observations sans connaître les faits précis qui lui sont reprochés.
    Cet amendement vise à garantir le respect des droits de la défense et à limiter les erreurs qui conduisent à des restrictions de liberté injustifiées. Je rappelle que les IAS sont inscrites au casier judiciaire, si bien que certains supporters visés par ces interdictions peuvent se retrouver en difficulté : ainsi, un supporter que je connais particulièrement n’a pas pu devenir sapeur-pompier à cause d’une IAS.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Vous proposez de soumettre toute décision d’IAS à une procédure contradictoire.

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Or l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration (CRPA) impose déjà –⁠ sauf conditions d’urgence – une telle procédure, les IAS relevant d’une décision individuelle défavorable de police administrative. Avis défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Avis défavorable, pour la raison que M. le rapporteur vient d’exposer : la procédure contradictoire est déjà prévue dans ces situations. L’accès au dossier, prévu par l’article L. 122-2 du code des relations entre le public et l’administration, est quant à lui réservé aux seules mes « à caractère de sanction », ce qui n’est pas le cas des mes de police administrative.

    C’est tout de même de l’arbitraire !

    Je mets aux voix l’amendement no 707.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        100
            Nombre de suffrages exprimés                100
            Majorité absolue                        51
                    Pour l’adoption                31
                    Contre                69

    (L’amendement no 707 n’est pas adopté.)

    L’amendement no 708 de Mme Elsa Faucillon est défendu.
    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Même avis.

    Je mets aux voix l’amendement no 708.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        96
            Nombre de suffrages exprimés                96
            Majorité absolue                        49
                    Pour l’adoption                27
                    Contre                69

    (L’amendement no 708 n’est pas adopté.)

    La parole est à M. le ministre, pour soutenir l’amendement no 890 rectifié.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Il vise à créer une interdiction de paraître. M. le député Le Fur disait tout à l’heure que nous devions tenir compte des événements récents : la rédaction du présent amendement est directement inspirée des incidents à répétition qui ont eu lieu à l’issue d’un certain nombre de manifestations sportives. Tout récemment, les célébrations consécutives à la finale de la Ligue des champions ont ainsi été l’occasion d’incidents et de débordements graves.
    L’amendement vise à permettre au représentant de l’État dans le département ou, à Paris, au préfet de police, « [d’] interdire à toute personne ayant commis de manière répétée des agissements violents contre des personnes ou des biens ou un acte violent d’une particulière gravité en marge d’une manifestation sportive, et à l’égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser qu’elle est susceptible de réitérer ces agissements, de paraître en tout lieu ouvert au public dans lequel des troubles graves sont susceptibles de se produire [….] ».
    Il ne s’agit pas d’une interdiction pour plusieurs semaines ou pour plusieurs mois, mais d’une interdiction de paraître limitée à une manifestation sportive, un événement –⁠ pensons par exemple à l’avenue des Champs-Élysées les soirs de match du Paris Saint-Germain ou de l’équipe de France, ou à d’autres lieux encore, à Paris comme en province.
    Cette me de police administrative très importante est donc directement issue de l’expérience des débordements que nous avons connus lors de célébrations sportives.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Avis favorable, motivé par les images –⁠ que nous avons tous en mémoire – de la soirée qui a suivi, à Paris, la finale de la Ligue des champions.
    Nous ne visons pas les supporters des clubs, mais les individus qui font de ces événements une occasion de commettre des troubles, par exemple en utilisant des mortiers d’artifice contre les forces de l’ordre –⁠ nous en avons déjà débattu avant-hier.
    Cette interdiction de paraître est similaire dans son esprit à celle que nous avions votée l’année dernière lors de l’examen du projet de loi visant à sortir la France du piège du narcotrafic.

    Qui n’a servi à rien !

    La parole est à M. Ugo Bernalicis, pour un rappel au règlement.

    Au titre de l’article 100, sur l’organisation de nos débats et sur vos pouvoirs en tant que présidente. Si notre règlement ne garantit qu’une prise de parole pour et une prise de parole contre par amendement, les circonstances sont inhabituelles : de nombreuses dispositions ont été supprimées en commission, les sous-amendements sont nombreux, etc. Nous étions donc partis du principe que, sur les amendements du gouvernement, un orateur de chaque groupe aurait la possibilité de s’exprimer ; il est impossible, sinon, de se prononcer.

    Cela était en effet convenu, mais pas pour les articles additionnels.

    Certes, mais le même principe doit s’appliquer !

    Après l’article 4 (suite)

    Ne perdons pas davantage de temps. La parole est à M. Pouria Amirshahi.

    Vos propos, monsieur le rapporteur, monsieur le ministre, mettent en lumière plusieurs points.
    Premièrement, monsieur le rapporteur, vous avez dit que cet amendement était le bienvenu au lendemain des incidents survenus le soir de la célébration de la victoire du Paris Saint-Germain : voilà qui illustre bien comment des lois émotionnelles contribuent à l’inflation législative ! Tout part d’un fait divers –⁠ qu’une autre doctrine de police aurait permis de gérer autrement, mais je n’entrerai pas maintenant dans ce débat –, alors que nous disposons déjà largement des mes permettant de faire face à ce genre de situation, y compris par de la prévention. Monsieur le ministre, je vous avais d’ailleurs directement interpellé, lors d’une séance de questions au gouvernement, sur la manière dont Madrid ou Londres préparent les soirées de fête et de célébration.
    Deuxièmement, nous voyons bien comment les interdictions de paraître, qui ne visaient initialement que les étrangers, ont donné lieu, petit à petit, à nombre de mes de police administrative allant dans le même sens d’une restriction de la liberté d’aller et de venir, au-delà du cas des seuls étrangers. Ceux qui pensent qu’en s’en prenant aux étrangers, on ne s’en prend qu’aux fauteurs de troubles, devraient voir qu’à la fin, tout le monde est concerné : création des fameuses Micas, création des interdictions administratives de paraître à l’occasion des grands événements, notamment pour les Jeux olympiques et paralympiques de 2030, généralisation des interdictions administratives de paraître par la loi dite « narcotrafic » –⁠ M. le rapporteur vient de le rappeler –, extension des interdictions administratives de stade par le présent projet de loi.
    Il y a enfin, monsieur le ministre, une contradiction dans votre raisonnement. Vous avez dit tout à l’heure : n’ayez crainte, car il est établi qu’en référé, en moins de quarante-huit heures, une décision du juge peut revenir sur la décision de l’autorité administrative. Toutefois, vous avez également affirmé que l’interdiction de paraître à l’occasion d’un événement sportif valait douze heures avant et douze heures après ce dernier : concrètement, le juge n’aura aucune possibilité de revenir sur la décision administrative.

    La parole est à M. Carlos Martens Bilongo.

    M. Carlos Martens Bilongo

  • Monsieur le ministre, l’exposé sommaire de votre amendement fait référence à l’article 4 du projet de loi ; mais vous avez été mis en minorité et la suppression de l’article 4 a été maintenue.
    Vous appuyez votre argumentation sur les événements survenus après la finale de la Ligue des champions remportée par le Paris Saint-Germain. Je vous ai cependant écrit à propos de Rafaël, un jeune homme qui a perdu un œil après la demi-finale. Selon un reportage de Mediapart, le soir de la finale, trois personnes ont également été mutilées.
    Vos projets de loi ne font que créer des tensions en réaction à des événements que nous aurions pu organiser et planifier nous-mêmes. Des personnes sont arrivées en toute tranquillité au Trocadéro pour célébrer une victoire et passer un bon moment à Paris ; en à peine quatre minutes, pourtant, Rafaël a perdu un œil, lui qui n’avait rien cassé et qui ne voulait que fêter la victoire. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
    M. Amirshahi a raison : dans nos communes, à Paris et ailleurs, nous pouvons créer et encadrer des moments populaires et festifs, pour que tout le monde puisse s’amuser et rentrer ensuite tranquillement chez soi. À chaque fois, pourtant, vous cherchez à criminaliser et à stigmatiser. L’exposé sommaire de votre amendement indique que vous entendez qu’on puisse interdire de paraître à des personnes qui n’ont parfois rien à se reprocher et ne veulent que célébrer une victoire populaire. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    La parole est à Mme Andrée Taurinya.

    Madame la présidente, je vous demande une suspension de séance.

    Suspension et reprise de la séance

    La séance est suspendue.

    (La séance, suspendue à dix-sept heures vingt-cinq, est reprise à dix-sept heures trente.)

    (L’amendement no 890 rectifié est adopté.)

    Quel manque de cohérence !

    La parole est à M. Damien Girard, pour soutenir l’amendement no 807.

    Cet amendement poursuit un objectif simple : permettre le réexamen des interdictions administratives de stade d’une durée égale ou supérieure à quatre mois. Les mes de police administrative doivent toujours rester nécessaires, adaptées et proportionnées. Or elles sont prononcées à un instant donné, alors que la situation et le comportement de la personne concernée peuvent évoluer.
    Notre droit prévoit déjà de telles possibilités de réexamen dans d’autres domaines. Il n’y a aucune raison pour que les interdictions de stade échappent à cette logique. Elles présentent d’ailleurs une spécificité : leurs effets dépendent directement du calendrier des compétitions. Deux interdictions de même durée peuvent avoir des conséquences très différentes selon la date à laquelle elles sont prononcées.
    L’amendement ne retire aucun pouvoir au préfet. Il lui donne simplement la possibilité d’adapter sa décision lorsque les circonstances ont évolué, dans le respect du principe de proportionnalité qui fonde notre État de droit. Je vous invite donc à adopter cet amendement. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.)

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Défavorable également.

    Je mets aux voix l’amendement no 807.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        85
            Nombre de suffrages exprimés                85
            Majorité absolue                        43
                    Pour l’adoption                31
                    Contre                54

    (L’amendement no 807 n’est pas adopté.)

    La parole est à M. Ian Boucard, pour soutenir l’amendement no 213.

    Il s’agit d’encadrer le pouvoir de police administrative des préfets concernant les interdictions de déplacement de supporters. J’ai été sensible au fait que le ministre de l’intérieur indique vouloir individualiser les sanctions et ne pas les rendre collectives. Or, dans le cas des interdictions de déplacement, elles sont clairement collectives.
    On peut ainsi se retrouver dans des situations ubuesques où, par exemple, le préfet prononce une interdiction alors que des supporters ont déjà entrepris leur déplacement. À vingt-quatre heures du match, la justice administrative ne peut plus intervenir. Et, parce qu’il y a eu des dérives lors d’un match il y a vingt-cinq ans, les supporters de Cannes –⁠ en National 2 – sont par exemple interdits de déplacement à Nîmes, ou les supporters de Sochaux empêchés de se rendre à Dijon.
    Comme l’interdiction repose sur la qualité de supporter, le simple fait de porter le maillot de Dijon à Sochaux –⁠ ou l’inverse – fait de vous un délinquant. Cela soulève un problème d’interprétation.
    Deux arguments pour finir. Le premier est celui de M. Courbon. Il a raison de rappeler que les tribunes de stade sont l’un des derniers espaces de sociabilisation –⁠ il n’en reste plus beaucoup dans notre pays – où un chef d’entreprise et son ouvrier peuvent se retrouver dans la même tribune. (Plusieurs députés du groupe LFI-NFP approuvent.)
    Le second concerne la qualité de supporter. On l’a vu récemment, les supporters peuvent être empêchés de se déplacer, mais les partenaires –⁠ ceux qui sont en loge – peuvent, eux, se rendre au match. Cela pose un problème d’équité. (Mêmes mouvements.) Nous sommes une grande République, et nous avons un bon ministre de l’intérieur. L’État devrait donc être en me de garantir la sécurité d’une rencontre sportive –⁠ qu’il s’agisse de Nîmes-Cannes, de Sochaux-Dijon ou de n’importe quelle autre rencontre.

    Enfin, je partage les propos de M. Le Fur : les débordements qui ont lieu après certains matchs –⁠ notamment après la deuxième victoire du Paris Saint-Germain en Ligue des champions – ne sont pas forcément le fait de ceux qui étaient au stade –⁠ en l’espèce au Parc des Princes. Il s’agit plutôt de faits de nature comparable à certaines manifestations : des groupes violents comme les black blocs se mêlent aux cortèges sans être des supporters de football –⁠ ou des militants lors des manifestations du 1er mai – pour tout casser dans Paris. (Exclamations sur quelques bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)

    Pour une fois, j’allais dans votre sens : ce n’est pas parce que les black blocs sont présents le 1er mai qu’ils sont militants politiques. (M. Carlos Martens Bilongo fait un geste de la main pour indiquer à l’orateur qu’il doit s’interrompre.)
    Cher collègue, ce n’est pas à vous de me dire quand finir mon intervention. J’arrêterai quand la présidente me le dira. Nous devons pouvoir asr la sécurité.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Avis défavorable. Vous allez en partie dans le même sens que certains des collègues qui se trouvent derrière moi, mais pour des raisons de construction juridique, votre rédaction pose problème : elle reprend des éléments utilisés pour les interdictions individuelles et les applique à des interdictions collectives, affaiblissant l’opérationnalité de votre dispositif.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Il serait compliqué de mettre en œuvre une telle me. J’en comprends la logique –⁠ interdire uniquement les déplacements des fauteurs de troubles. Mais, lorsque les préfets prennent des interdictions de déplacement, elles peuvent être partielles. Dans ce cas, les déplacements sont encadrés : on autorise 700 ou 800 personnes, qu’on conduit jusqu’au stade. La fête a donc bien lieu, elle est très encadrée, je le répète, et cela mobilise énormément de forces de l’ordre.
    Interdire individuellement ne serait pas suffisant : lorsqu’on interdit un déplacement, c’est parce qu’on craint des troubles graves à l’ordre public, et que les supporters du club accueillant attaquent à un moment ou à un autre les visiteurs. Ce n’est pas en isolant quelques individus que l’on empêchera les débordements –⁠ la me doit donc être collective pour être opérationnellement efficace. Je vous demande de bien vouloir retirer votre amendement ; à défaut, mon avis sera défavorable.
    Je le répète, beaucoup de déplacements sont encadrés : les forces de l’ordre vont chercher les supporters sur une aire d’autoroute, encadrent les bus et leurs occupants, puis les conduisent jusqu’au stade.
    Un clin d’œil à M. Sacha Houlié : si nous devons encadrer les supporters visiteurs, c’est bien que tout n’est pas à l’eau de rose dans le football. Mais nous le faisons, et cela sécurise les déplacements. Je souhaite qu’on en reste à ces mes collectives.

    La parole est à M. Pouria Amirshahi.

    Monsieur Boucard, nous sommes plus convaincus par votre exposé sommaire que par votre défense de l’amendement.

    M. Carlos Martens Bilongo

  • Voilà !

    C’est vraiment dommage !

    Cet amendement est intéressant à plusieurs titres. Le premier, c’est vous, monsieur le ministre, qui l’avez soulevé : vous estimez qu’il vaut mieux des mes indiscriminées car on ne pourrait pas distinguer entre les supporters et ceux qui portent les maillots.
    J’entends votre logique, mais une telle me touche aux libertés individuelles. Si vous confondez toutes les personnes qui se trouvent dans ou à proximité d’un moment festif où il peut y avoir des débordements, ou des individus mal intentionnés, vous empêchez la fête –⁠ clairement, l’esprit de fête n’est pas votre terrain naturel. Mais vous empêchez aussi les clubs et les supporters –⁠ issus de milieux sociaux différents – de se retrouver et de partager ce moment.
    En outre, monsieur Boucard, l’exemple du 1er mai n’est pas bon, car on ne peut distinguer les militants politiques des manifestants qui ne seraient pas militants.

    J’ai parlé des black blocs !

    C’est vous qui avez parlé des militants politiques.

    Non, des black blocs ! Vous les considérez comme les vôtres ?

    Non, vous n’avez pas dit ça !

    Si c’est le cas, tant mieux.

    Oui, je fais la distinction !

    Si ce n’est pas le cas, vous me le direz, même en aparté –⁠ cela me va.

    En tout cas, nous sommes pour cet amendement.

    Je mets aux voix l’amendement no 213.

    (Le vote à main levée n’ayant pas été concluant, il est procédé à un scrutin public.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        88
            Nombre de suffrages exprimés                69
            Majorité absolue                        35
                    Pour l’adoption                45
                    Contre                24

    (L’amendement no 213 est adopté.)

    Suspension et reprise de la séance

    La séance est suspendue.

    (La séance, suspendue à dix-sept heures trente-cinq, est reprise à dix-sept heures cinquante-cinq.)

    Je suis saisie de trois amendements identiques, nos 83, 709 et 746, qui tendent à supprimer l’article 4 bis A et font l’objet d’une demande de scrutin public par le groupe de la Gauche démocrate et républicaine.
    Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    La parole est à Mme Élisa Martin, pour soutenir l’amendement no 83.

    Nous en revenons au sujet des amendes forfaitaires délictuelles (AFD), auxquelles nous sommes radicalement opposés pour plusieurs raisons : la confusion entre celui qui constate le délit et celui qui prononce la peine, l’absence de contradictoire et d’individualisation de celle-ci, l’absence de garanties procédurales et le non-respect de la présomption d’innocence.
    On sait que votre obsession, ou celle de votre collègue ministre de la justice –⁠ car on a du mal à voir où passe la frontière entre votre domaine et le sien –, est la gestion du stock et du flux d’affaires, mais la Cour des comptes a montré qu’en la matière les AFD ne résolvaient rien.
    Ensuite, monsieur le ministre, vous êtes vraiment champion du monde mais, malheureusement, je ne suis pas certaine que vous ayez le talent de notre équipe de France.

    Si je dis cela, c’est que vous vous attaquez carrément ici aux groupes de supporters, à qui vous interdisez, collectivement –⁠ et c’est là que cette histoire devient folle –, l’entrée du stade ou la fréquentation de certains périmètres dès lors qu’ils sont en cortège. Cela va jusqu’aux véhicules personnels, qui peuvent être empêchés d’emprunter tel itinéraire ou de stationner à tel endroit.
    On a donc, avec cet article, un double effet Kiss Cool : des AFD, qui ont tout lieu de nous préoccuper, a fortiori ici où elles s’appliquent à un collectif.

    La parole est à M. Nicolas Sansu, pour soutenir l’amendement no 709.

    L’article 4 bis A élargit encore le champ du recours aux interdictions de déplacement, qui frappent déjà indistinctement l’ensemble des supporters d’un club indépendamment de leur comportement individuel –⁠ et j’ai bien entendu votre réponse, monsieur le ministre, à l’amendement de notre collègue Boucard, qui portait à peu près sur le même sujet.
    La saison dernière, pas moins de 333 arrêtés d’encadrement ou d’interdiction de déplacement ont été pris. Et les dérives se multiplient. En mai dernier, à l’occasion du barrage retour entre l’OGC Nice et l’AS Saint-Étienne, un arrêté préfectoral est allé jusqu’à interdire à des supporters niçois de circuler dans leur propre ville –⁠ ce qui n’a malheureusement pas empêché Nice de rester en ligue 1 et Saint-Étienne en ligue 2.
    Plus inquiétant encore, certains arrêtés sont délibérément annoncés dans la presse afin de décourager les déplacements, sans jamais être publiés officiellement. Les supporters concernés ne peuvent alors même pas exercer de recours devant le juge administratif, ce qui pose problème.
    Avec ce texte, une personne qui n’a jamais troublé l’ordre public pourra être condamnée à une amende forfaitaire pour le seul fait de s’être rendue au match de son équipe, parfois simplement parce qu’elle porte une écharpe ou un maillot aux couleurs de son club de c?ur. On ne sanctionne plus un comportement individuel, mais une appartenance supposée. Cela va vraiment trop loin !

    La parole est à M. Pouria Amirshahi, pour soutenir l’amendement no 746.

    Il est identique à l’amendement de notre collègue Boucard et à celui de Mme Faucillon, que vient de défendre M. Sansu. L’application de mes indiscriminées pour encadrer strictement –⁠ c’est l’intention du ministre – les déplacements de supporters risque de porter atteinte à la liberté individuelle. Il y a un changement d’échelle entre la capacité à intervenir après identification d’éventuels fauteurs de troubles et la stigmatisation globale d’un groupe de supporters.
    Récemment, autour du canal Saint-Martin, le soir de la finale de la Coupe de France, des nervis d’extrême droite se sont mêlés aux supporters de l’OGC Nice pour mener une expédition punitive dans le 10e arrondissement de Paris. Ils se sont livrés à des saccages, à des agressions, notamment à l’arme blanche, ils ont proféré des cris racistes et fait des signes nazis. La faculté générale de cadrage préfectoral donnée par cet article banaliserait des mes restrictives qui devraient rester exceptionnelles et motivées par des faits précis, par un risque identifié et un précédent établi. Autrement dit, lors d’une intervention, on risque de ne pas distinguer les vrais fauteurs de troubles –⁠ en l’occurrence, des militants d’extrême droite, néonazis et racistes, qui ont saccagé un bar – de l’ensemble des supporters, et d’interpeller tout le monde de manière indiscriminée. C’est ainsi que des supporters, présents à proximité, se sont retrouvés concernés par des interpellations rudes, violentes et brutales.

    Quel est l’avis de la commission sur ces amendements de suppression ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Nous n’avons pas réussi à tomber d’accord sur le bien-fondé des mes individuelles. Je l’ai déjà dit : nous les préférons toujours aux mes collectives, mais ces dernières doivent aussi exister.
    Je ne m’étends pas sur les amendes forfaitaires délictuelles, dont nous avons déjà parlé. Il convient de conserver l’article 4 bis A, qui permet de clarifier les pouvoirs dont dispose le préfet en matière d’encadrement des déplacements de supporters en listant précisément ce que peut contenir un arrêté préfectoral qui vise à lutter contre les phénomènes violents et en offrant aux forces de l’ordre un outil pour réprimer rapidement toute violation de ce type de mes. Avis défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Je suis défavorable à ces amendements qui aboutissent au même problème que celui de M. Boucard qui vient d’être adopté : nous ne pourrons plus interdire des déplacements de supporters. Quand nous savons qu’il va y avoir des troubles graves à l’ordre public, par exemple à l’occasion d’un match OM-PSG, nous demandons aux supporters parisiens, depuis plusieurs années, de ne plus venir à Marseille, et inversement, pour éviter les incidents qui auraient sinon immanquablement lieu.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Quand l’OM joue à Lyon, c’est la même chose. Cet amendement empêchera le préfet d’interdire un déplacement collectif. L’article 4 bis A précise simplement les mes qui peuvent être prises par le préfet, parmi lesquelles la définition de périmètres d’interdiction. Je suis défavorable au fait de supprimer la possibilité, pour le préfet, d’interdire des déplacements collectifs. C’est la garantie de troubles à l’ordre public très graves. Or avec l’amendement que vous venez d’adopter, il ne sera plus possible d’interdire des déplacements de supporters. Nous serons donc contraints d’encadrer les supporters.

    La parole est à M. Pouria Amirshahi.

    Vous exposez là une difficulté opérationnelle, monsieur le ministre. Votre raisonnement, c’est qu’il vaudrait mieux, pour la tranquillité publique, pour éviter des débordements, des incidents, des affrontements, empêcher les déplacements de l’ensemble des supporters d’un club, car les mes individuelles seules n’y suffisent pas. Cependant, que faites-vous dans le cas que j’ai évoqué tout à l’heure, sur lequel vous n’avez pas répondu ? Que faites-vous lorsque des militants d’extrême droite organisés, violents, de véritables hooligans…

    Mme Catherine Dellong Meng

  • Oh là là !

    …s’infiltrent, comme l’autre jour, parmi les supporters de Nice pour saccager un bar sur le canal Saint-Martin, agresser des gens, proférer des cris racistes ? Vous dites que vous empêcherez tout le monde, y compris les supporters, de se déplacer et de faire la fête le soir de la finale de la Coupe de France. Ainsi, l’ensemble des supporters de l’OGC Nice seraient pénalisés parce qu’une horde d’imbéciles racistes et violents est venue manifester ses idées, interdites par la loi, dans l’espace public ? Si vous multipliez ce genre de mes, vous vous retrouverez dans des situations très compliquées : vous empêcherez ceux qui veulent sincèrement faire la fête de la faire et vous viderez les stades des supporters qui viennent encourager leurs équipes le soir d’une finale.
    Nous sommes très attachés au fait que les mes soient individuelles et non globales. Vous dites avoir besoin de mes d’ordre plus général parce qu’elles sont plus efficaces, mais il conviendrait, à tout le moins, de réfléchir à des mes qui n’aillent pas dans le sens d’une privation excessive des libertés individuelles –⁠ car ce que vous proposez, c’est bien une restriction des libertés individuelles qui contrevient à nos principes. Nous souhaitons pour notre part permettre aux supporters du Paris Saint-Germain comme de l’Olympique de Marseille, qui viennent massivement faire la fête, de le faire de manière vraiment festive.

    La parole est à M. le ministre.

    Essayez de ne pas mentir, cette fois-ci !

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Je me permets d’insister. Pour éviter des troubles, et rendre possible les déplacements, nous les encadrons. Les préfets s’organisent pour qu’on aille chercher les supporters et qu’on les emmène au stade.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Certes, mais ce n’est plus possible compte tenu de ce qui a été voté, car tout cela s’inscrit dans le cadre d’un arrêté d’interdiction collective de déplacement, sauf pour un quota de personnes que l’on va chercher. Voilà des années que nous interdisons les déplacements ou que nous les encadrons. Vous revenez donc sur quelque chose qui fonctionnait, au motif du respect de libertés individuelles qui sont déjà garanties, puisque la plupart des déplacements sont encadrés, en lien avec les clubs ; c’est très dangereux du point de vue du respect du maintien de l’ordre public.

    C’est insupportable de mentir à ce point !

    Je mets aux voix les amendements identiques nos 83, 709 et 746.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        97
            Nombre de suffrages exprimés                80
            Majorité absolue                        41
                    Pour l’adoption                33
                    Contre                47

    (Les amendements identiques nos 83, 709 et 746 ne sont pas adoptés.)

    L’amendement no 741 de M. Vincent Caure, rapporteur, est rédactionnel.
    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Favorable.

    Je mets aux voix l’amendement no 741.

    (Le vote à main levée n’ayant pas été concluant, il est procédé à un scrutin public.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        95
            Nombre de suffrages exprimés                92
            Majorité absolue                        47
                    Pour l’adoption                60
                    Contre                32

    (L’amendement no 741 est adopté.)

    Je suis saisie de plusieurs demandes de scrutin public : sur les amendements nos 560 et identique, par les groupes La France insoumise-Nouveau Front populaire et Socialistes et apparentés ; sur les amendements nos 84 et identiques, par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    Les amendements nos 560 et identique ne sont pas défendus.
    Je suis saisie de trois amendements identiques, nos 84, 279 et 568.
    La parole est à Mme Élisa Martin, pour soutenir l’amendement no 84.

    Cet amendement vise à supprimer –⁠ si j’ose dire – le deuxième étage de la fusée, c’est-à-dire l’AFD réprimant le délit de violation des mes prévues par cet article.
    Monsieur le ministre de l’intérieur, il reste un sujet à aborder : l’action de ceux que vous appelez les forces de l’ordre –⁠ quand nous souhaiterions que ce soient des gardiens de la paix – pour s’asr que les choses puissent se passer tranquillement. La confrontation avec des groupes nous inquiète. D’abord, parce que vous avez changé la doctrine de maintien de l’ordre en favorisant le contact, l’action directe –⁠ sans mauvais jeu de mots. On sait bien que cela ne fait qu’augmenter la dangerosité non seulement pour les manifestants ou les supporters, mais aussi pour les policiers ou les gendarmes. Nous sommes d’autant plus inquiets, quand vous parlez de dimension collective, que la présomption de légalité a priori pour le policier ayant recours à son arme de poing et à des armes létales a été votée ici avant-hier.
    Ensuite, si ces amendements mettent le ministère de l’intérieur dans une situation impossible, indépassable, cela vous obligera à discuter avec les kops. Compte tenu de vos capacités de dialogue, vous trouverez les solutions qui ne relèvent pas de logiques répressives,  injustes et irréalistes. C’est comme les histoires de ces gens qui, lors de free parties, font bien gentiment la queue pour recevoir leur AFD. Faites preuve d’imagination !

    Sur l’article 4 bis A, je suis saisie par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire d’une demande de scrutin public.
    Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    L’amendement no 279 de M. Roger Vicot est défendu.
    La parole est à M. Benjamin Lucas-Lundy, pour soutenir l’amendement no 568.

    Nous venons d’expliquer notre opposition à l’élargissement des pouvoirs préfectoraux prévu par cet article, mais vous avez refusé de le supprimer. Nous proposons donc, au moins, de retirer la sanction forfaitaire qui lui est attachée. L’amende forfaitaire délictuelle sanctionne ici le non-respect d’un arrêté administratif –⁠ un périmètre, un trajet, un lieu de rassemblement, une modalité de déplacement fixée par le préfet. Soyez sérieux : le dispositif pose un problème d’opérationnalité. Un déplacement de supporters, ce sont parfois des centaines, des milliers de personnes, qui arrivent par des gares différentes, se dispersent dans la ville, rejoignent des bars, des cortèges, des abords de stades, parfois sans appartenir à un groupe organisé ; vous en conviendrez. Comment cette amende forfaitaire délictuelle sera-t-elle appliquée ? On met un policier derrière chaque supporter ? On verbalise à la chaîne dans un périmètre donné ? On considère que le fait d’être présent, dans une rue, avec le maillot de l’équipe du soir, suffit à caractériser le non-respect de l’arrêté ? On est en absurdie ! Un supporter peut se trouver dans un périmètre sans avoir participé à un déplacement organisé. Il peut y avoir une confusion sur les lieux visés, les horaires, les itinéraires, les conditions d’application. Le problème d’une sanction forfaitaire appliquée à ce type de situation, c’est qu’elle écrase le contexte –⁠ qui est ici déterminant – et rend la contestation quasiment impossible. Voilà pourquoi nous proposons de supprimer ce dispositif.

    Quel est l’avis de la commission sur ces amendements identiques ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Défavorable.

    La parole est à M. Antoine Léaument.

    Monsieur le ministre, vous mentez ; ce n’est pas bien. Vous avez dit qu’après l’adoption de l’amendement de notre collègue Ian Boucard, vous ne pouviez plus prendre d’arrêté d’interdiction. Vous le pouvez toujours ; simplement, cet amendement impose de préciser que l’interdiction concerne uniquement des personnes qui peuvent représenter un danger. C’est ce que nous avions demandé. Nous aurions préféré supprimer cette disposition qui nous semble excessive, mais désormais vous êtes au moins contraint de préciser et de motiver. C’est normal quand on défend l’État de droit et la déclaration des droits de l’homme et du citoyen.
    Nous souhaitons la suppression de l’amende forfaitaire délictuelle, parce que nous craignons que, sur la base d’arrêtés préfectoraux moyennement motivés, des policiers n’utilisent l’occasion pour interpeller des gens et ne les contraignent à un choix : payer l’amende ou aller au tribunal. On sait très bien que les gens préfèrent payer plutôt qu’aller au tribunal, alors qu’en l’occurrence ils ne sont peut-être pas concernés par l’arrêté.
    Je vous demande donc de supprimer l’extension des amendes forfaitaires délictuelles au délit prévu par l’article 4  bis A, sinon, des gens qui, grâce à l’amendement de Ian Boucard, n’auraient pas été concernés par l’arrêté d’interdiction risquent de faire l’objet se voir infliger des amendes.

    La parole est à M. le ministre.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Monsieur Léaument, je ne mens pas. J’ai bien compris le sens de la disposition.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • On ne pourra interdire de déplacement que des individus déterminés et il faudra les lister.

    L’arrêté peut interdire tout déplacement « individuel ou collectif » !

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • C’est complètement inopérant. Cela n’a aucun sens.

    Le gouvernement est censé nourrir le débat, pas le rabougrir et le pourrir ! Vu le niveau, nous avons bien compris que vous n’êtes pas ministre de la justice. Vous allez nous faire regretter Darmanin !

    Je mets aux voix les amendements identiques nos 84, 279 et 568.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        100
            Nombre de suffrages exprimés                100
            Majorité absolue                        51
                    Pour l’adoption                35
                    Contre                65

    (Les amendements identiques nos 84, 279 et 568 ne sont pas adoptés.)

    Je mets aux voix l’article 4  bis  A, tel qu’il a été amendé.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        98
            Nombre de suffrages exprimés                85
            Majorité absolue                        43
                    Pour l’adoption                41
                    Contre                44

    (L’article 4  bis  A, amendé, n’est pas adopté.)
    (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP
    et sur plusieurs bancs du groupe EcoS.)

    L’article 4  bis a été supprimé par la commission.
    La parole est à M. Pierrick Courbon, pour soutenir l’amendement no 280, tendant à le rétablir, et qui fait l’objet du sous-amendement no 1082.
    Sur cet amendement, je suis saisie par le groupe Socialistes et apparentés d’une demande de scrutin public.
    Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.

    Cet amendement a pour objet le rétablissement de l’article 4  bis, introduit au Sénat et supprimé par la commission, qui prévoit que la Commission nationale consultative de prévention des violences lors des manifestations sportives (CNPV) rende public son avis dans un délai fixé à sept jours. Cela permettrait d’éviter les situations où la Commission se réunit et transmet un avis au ministre de l’intérieur, mais ce dernier se garde bien de le communiquer, en sorte que les associations qui font l’objet d’une procédure de dissolution n’en sont pas informées.
    Je note que le sous-amendement no 1082 propose de porter ce délai à quatorze jours. Si c’est une condition à l’adoption de notre amendement, nous sommes prêts à l’accepter.

    La parole est à M. le ministre, pour soutenir le sous-amendement no 1082.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Si le délai de quatorze jours est accepté, je suis favorable à l’amendement.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Vincent Caure, rapporteur

  • Favorable au sous-amendement ainsi qu’à l’amendement sous-amendé.

    Je mets aux voix le sous-amendement no 1082.

    (Le vote à main levée n’ayant pas été concluant, il est procédé à un scrutin public.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        100
            Nombre de suffrages exprimés                86
            Majorité absolue                        44
                    Pour l’adoption                50
                    Contre                36

    (Le sous-amendement no 1082 est adopté.)

    Je mets aux voix l’amendement no 280, tel qu’il a été sous-amendé.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        97
            Nombre de suffrages exprimés                68
            Majorité absolue                        35
                    Pour l’adoption                68
                    Contre                0

    (L’amendement no 280, sous-amendé, est adopté.)

    La parole est à M. Pierre-Yves Cadalen.

    C’est son anniversaire ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)

    Merci aux camarades qui me le souhaitent.
    Plus sérieusement : à un moment donné, cela suffit ! En France, on compte 350 000 personnes sans-abri.

    Comment ça « Oh là là » ?

    Le mal-logement est un problème massif : 15 millions de personnes en souffrent. Depuis la loi honteuse de M. Kasbarian, le nombre d’expulsions atteint des records. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.)

    De l’aveu même de l’Union nationale des propriétaires immobiliers (UNPI), le ministère de l’intérieur dénombre seulement 6 000 à 7 000 squattages par an. Alors que la canicule frappe le pays, que les gens crèvent de chaud dans leur logement ou crèvent de chaud dehors quand ils n’en ont pas, votre priorité est de créer des mes administratives pour expulser davantage de gens. (Mêmes mouvements.)

    On peut revenir à l’amendement ?

    Occupez-vous d’eux ! Logez-les, construisez des logements ! Faites ce que vous n’avez pas fait pendant des années et des années ! (Mêmes mouvements.) Répondez aux besoins sociaux ! Il est absurde et ridicule de discuter, comme nous le faisons depuis ce matin neuf heures, de dispositions qui n’auront aucun effet et d’une loi inutile, voire contre-productive, répressive et liberticide.

    C’est vous qui êtes ridicule !

    C’est d’autant plus ridicule que le pays souffre et que vous n’en avez rien à faire ! (Mêmes mouvements.) Le Haut Conseil pour le climat a dit ce matin que la France n’était pas prête pour la canicule. Et vous voulez que nous discutions de cette loi Ripost qui n’est faite ni à faire, de ce fourre-tout invraisemblable ? Nous, collègues de gauche, ainsi que tout le pays, nous n’en pouvons plus de ce gouvernement inutile ! Il est grand temps de vous remplacer ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    Je suis saisie de deux amendements identiques, nos 85, 569 et 606.
    La parole est à M. Andy Kerbrat, pour soutenir l’amendement no 85.

    Nous avons déjà eu ce débat sur les squats en commission, et avant cela lors de l’examen de la loi de l’ancien ministre Kasbarian, désormais député.

    L’excellent Kasbarian !

    En l’occurrence, l’article vise à étendre la procédure d’évacuation forcée aux squats de meublés touristiques, type Airbnb.
    Au-delà du fait que le pays souffre de l’achat de foncier pour créer non pas des locations de vacances, mais des locations en Airbnb, vous suivez toujours la même pente : criminaliser les personnes les plus fragiles –⁠ à la toute fin, c’est bien cela le sujet.
    Nous avons parlé de rodéos urbains et nous parlerons plus tard du protoxyde d’azote, des drogues, de la possibilité pour l’Antai d’accéder à des données pour récupérer des AFD, et que sais-je encore. Dans ma circonscription, un sans-abri est mort de la canicule.

    En 2014, quatorze personnes sont mortes des intempéries dans mon département ; en 2023, treize. Nous verrons quel sera le bilan définitif, mais c’est bien le bilan de la politique que vous avez menée depuis 2017 : explosion générale du sans-abrisme…

    Mais non ! Vous mélangez tout !

    …et refus de reconnaître l’importance de les reloger, alors même que cela avait été une promesse d’Emmanuel Macron en 2017.

    Vous avez voté pour eux !

    C’est pourquoi nous proposons de limiter les Airbnb, parce qu’on ne peut pas réquisitionner tous les logements juste pour faire du business. Il faut à tout prix organiser la réquisition des logements vides ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.)

    Sur les amendements nos 85, 86, 87 et 720, je suis saisie par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire de demandes de scrutin public.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    La parole est à Mme Danielle Simonnet, pour soutenir l’amendement no 569.

    Franchement, quel rapport avec la choucroute ? On ne cesse de passer d’un sujet à l’autre dans ce teste ! Excusez-moi, mais l’article 5 vise à rendre plus faciles encore expulsions des logements alors que le texte ne contient pas une seule me relative à la production de logements sociaux, à l’encadrement des loyers, à la fiscalité de la vacance, à l’application de la réquisition des logements vides ou à l’instauration d’une sécurité sociale du logement –⁠ rien de tout cela : il ne s’agit que de énièmes dispositions pour faciliter les expulsions !
    Alors que vous avez déjà atteint un record en 2025, avec 30 500 ménages expulsés avec le concours de la force publique et 200 000 concernés par une procédure d’expulsion, vous voulez instaurer un détournement de procédure, un glissement préoccupant d’un litige civil contractuel vers une réponse de police administrative et pénale expéditive qui contourne l’autorité judiciaire. C’est extrêmement grave !
    Je vais vous dire deux choses. D’abord, malgré votre obsession pour les expulsions locatives, vous devez être sacrément incompétents puisque vous remettez sans cesse ce sujet sur le tapis : c’est dire à quel point vous vous y prenez mal ! Surtout, être pauvre n’est pas un trouble à l’ordre public : c’est fabriquer des pauvres qui est un trouble à l’ordre public ; c’est vous qui organisez le trouble à l’ordre public !
    Oui, il faut supprimer cet article ! (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EcoS et LFI-NFP.)

    L’amendement no 606 de Mme Elsa Faucillon est défendu.

    La parole est à M. Xavier Albertini, rapporteur de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République, pour donner l’avis de la commission sur ces amendements identiques.

    M. Xavier Albertini, rapporteur de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République

  • L’article 5 prévoit l’élargissement du champ d’application de la procédure administrative dérogatoire d’évacuation forcée en cas de maintien dans une location de meublé touristique. Nous sommes donc loin de votre argumentation.
    Vous ciblez le droit de propriété, mais je rappelle que cet article vise aussi à protéger le droit à la vie privée et à garantir son respect. Il est normal, lorsqu’on loue un meublé touristique et que le locataire ne quitte pas les lieux, de garantir le droit à la vie privée. Compte tenu de ces éléments, il me paraît nécessaire de conserver l’article 5. C’est pourquoi je suis défavorable à vos amendements de suppression.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Avis défavorable pour les mêmes motifs. L’article prévoit l’extension d’une procédure existante aux meublés touristiques, qui constituaient un angle mort du dispositif. Il n’y a pas d’entrée illégale, mais, lorsque les gens ne quittent pas les lieux, ils savent qu’ils ne sont pas dans leur droit. Avis défavorable.

    La parole est à M. Guillaume Kasbarian.

    La voix du Parti de la liberté !

    Sans surprise, la gauche prend encore une fois la défense des squatteurs,…

    …explique qu’il est tout à fait normal de squatter la propriété d’autrui, qu’il s’agisse d’une résidence principale, d’une résidence secondaire ou d’un Airbnb, et que nous sommes de grands méchants parce que nous voulons faire respecter la propriété, un élément fondamental de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR.)

    Quelle honte ! Le nombre de sans-abri explose !

    Vous n’aimez pas la propriété privée, mais on le savait déjà.
    M. le ministre a bien rappelé que l’article permet simplement d’étendre la procédure aux squatteurs d’Airbnb, entrés de façon licite grâce à un contrat, mais qui se maintiennent illégalement, un cas qui n’était pas pris en compte. Même cela, vous n’en voulez pas, parce que vous voulez que des gens puissent abuser de locations pour se maintenir dans les lieux.

    Allez voir à quoi ressemble un logement insalubre !

    Accueillez les squatteurs chez vous, vous qui avez bon esprit, qui êtes de bonnes âmes ! Ouvrez-leur la porte de votre domicile, accueillez-les sur votre canapé !

    Vous pourrez ainsi accorder vos déclarations d’amour aux squatteurs et vos actes concrets dans la vie réelle.
    Nous nous opposerons à ces amendements de suppression.

    C’est vous qui squattez le pouvoir !

    La parole est à M. Antoine Léaument, pour un rappel au règlement. Sur le fondement de quel article ?

    Sur celui de l’article 17 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et sur celui du préambule de la Constitution de 1946. Certes, l’article 17 consacre le droit de propriété, mais il le limite aussi, « lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l’exige ». (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.)
    Quant au préambule de la Constitution de 1948, il dispose : « La Nation as à l’individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement.
    « Elle garantit à tous, notamment à l’enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs. »
    Autrement dit, s’il y a un problème de squat, c’est de votre faute ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)

    La parole est à M. Jérôme Legavre.

    Monsieur Kasbarian, qui vient de s’exprimer, s’était félicité d’avoir fait exploser le nombre d’expulsions locatives. Ce fait suffit à le caractériser.

    C’était l’objectif de la loi !

    Avec l’article 5, vous étendez les pouvoirs de l’autorité administrative sans vous attaquer aux causes des problèmes que vous voulez traiter. C’est d’ailleurs vrai de l’ensemble du projet de loi.
    Dans mon département de Seine-Saint-Denis, il y a 130 000 demandes de logement qui ne sont pas satisfaites. Le 29 juin dernier, en pleine canicule, 561 demandes de mise à l’abri de personnes qui vivent à la rue n’ont pas été satisfaites –⁠ et on meurt de chaleur quand on est à la rue ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)

    Cela n’a aucun rapport !

    Parmi les personnes à mettre à l’abri, 232 sont des enfants mineurs. Voilà la situation !
    Ce matin, on a appris le décès d’une vieille dame de 93 ans, morte de chaud à son domicile. Depuis un an, elle demandait que des volets soient installés –⁠ les anciens n’avaient pas été remplacés. Voilà la cause de son décès !

    Le bailleur n’a rien fait. De cette situation, vous n’avez rien à faire ! Ce n’est pas votre problème et M. Kasbarian continuera de se féliciter de l’explosion des expulsions locatives comme résultat de ses mes réactionnaires sur toute la ligne. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)

    Je mets aux voix les amendements identiques nos 85, 569 et 606.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        102
            Nombre de suffrages exprimés                101
            Majorité absolue                        51
                    Pour l’adoption                31
                    Contre                70

    (Les amendements identiques nos 85, 569 et 606 ne sont pas adoptés.)

    La parole est à Mme Élisa Martin, pour soutenir l’amendement no 86.

    Il faut rappeler quelques malheureuses évidences. Dans notre pays, environ 15 millions de personnes sont mal logées. L’an dernier, il y a eu 25 000 expulsions locatives, avec réquisition de la force publique. C’est à cela qu’il faut réfléchir, c’est par ce bout qu’il faut tenter d’attraper le réel et de régler ce problème.
    Le responsable de l’Union nationale des propriétaires immobiliers indique qu’il y a entre 6 000 et 7 000 situations de squat. Qu’on le veuille ou non, ces situations sont minoritaires.
    Aborder le problème du mal-logement sous l’angle du squat pose donc un problème. Ce n’est pas ainsi qu’il faut procéder : il faut d’abord réunir les conditions d’une véritable politique de logement publique. Cela suppose de ne pas étouffer, comme l’a fait Emmanuel Macron tout au long de ses deux mandats, les bailleurs sociaux, à commencer par les offices publics qui, eux, logent la France telle qu’elle est. Si vous ne voulez pas qu’ils soient squattés, il faut réfléchir à la réquisition par l’État des logements vides.

    Allez dire cela aux propriétaires !

    Il faut être conscient qu’il y a 10 % de bureaux vides en Île-de-France. Comment voulez-vous que les 15 millions de personnes mal logées ne soient pas à tout le moins étonnées par ce chiffre ? C’est à cela qu’il faut réfléchir et c’est par ce bout qu’il faut prendre le problème !

    Ce n’est pas comme cela qu’on le résoudra !

    Autre élément d’inquiétude –⁠ toujours le même, depuis que vous avez permis le vote de la proposition de loi en vertu de laquelle il serait a priori légal pour un policier de se servir de son arme –, le squat de bureaux étant souvent un squat collectif impliquant de nombreuses personnes, que se passera-t-il en cas de réquisition de la force publique pour réaliser contre elles d’importantes opérations de maintien de l’ordre ?

    M. Ian Boucard et M. Guillaume Kasbarian

  • Elles partiront, tout simplement !

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Je crois que votre lecture du travail rédactionnel des sénateurs est erronée. Ils n’ont pas restreint l’application de la procédure prévue à l’article 5 au cas où le maintien dans le local aurait été obtenu par voie de violence, mais ont précisé que la procédure d’évacuation forcée serait applicable en cas de simple introduction ou quand le local aurait été obtenu par des manœuvres, des menaces, des voies de fait ou des contraintes.
    C’est une évolution logique : une personne qui aurait pénétré de manière illégale dans un bâtiment ou une habitation est clairement en situation de squat.
    Vous évoquez souvent le préambule de la Constitution de 1946 ou la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne. Les sénateurs l’ont fait aussi et ont cherché à soutenir le droit au commerce et à l’usage normal des locaux commerciaux professionnels ou agricoles.

    Et le droit au logement ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Pour cette raison, ils ont étendu l’application de la procédure d’évacuation forcée aux locaux commerciaux.
    J’émets donc un avis est défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Même avis.

    La parole est à Mme Élisa Martin.

    Je reconnais volontiers que j’ai peu de qualités, mais j’ai au moins celle de savoir lire.
    Nous avons parfaitement compris le sens de l’article et de l’extension de la procédure d’expulsion avec réquisition de la force publique à d’autres locaux que des locaux résidentiels –⁠ nous pressentions ce danger.
    Avons-nous, pour autant, réglé le problème des 15 millions de personnes mal logées et des 10 % de bureaux –⁠ car c’est bien de ce type de locaux qu’il est question – vides en Île-de-France ? Le mouvement HLM est aujourd’hui à genoux…

    Il y a des secteurs bien plus à genoux que celui des HLM !

    …car vous avez préféré à son soutien des dispositifs fiscalement avantageux à destination des particuliers investissant dans la construction de logements, lesquels logement sont bien entendu inaccessibles.

    Vous voulez 100 % de logements sociaux partout !

    Vous pensez qu’en cachant la pauvreté, en mettant la poussière sous le tapis, on va s’en sortir. Cela ne marche pas comme ça ! Vos dispositions sont injustes, rendues dangereuses par l’adoption de la proposition de loi visant à reconnaître une présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre, et de surcroît ne règlent rien.
    Quelle est votre priorité ? Les 15 millions de personnes mal logées ? Les 10 % de bureaux vides en Île-de-France ? Dites-le nous ! La nôtre est claire.

    Je mets aux voix l’amendement no 86.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        98
            Nombre de suffrages exprimés                98
            Majorité absolue                        50
                    Pour l’adoption                32
                    Contre                66

    (L’amendement no 86 n’est pas adopté.)

    La parole est à M. Louis Boyard, pour soutenir l’amendement no 87.

    Des moments de sincérité devraient être possibles dans cette assemblée. Je ne sais pas comment vous faites pour ne pas vous sentir responsables et coupables quand, en route pour l’Assemblée, vous voyez des gens dormir dans la rue ! (Protestations sur plusieurs bancs du groupe EPR, ainsi que sur quelques bancs du groupe RN.)
    S’il y a bien un endroit où nous pouvons faire en sorte que plus personne ne dorme dans la rue, c’est bien celui où nous nous trouvons. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.)
    Vous me répondrez que c’est comme ça, que c’est la loi. Pour vous, les choses sont faciles : vous avez un toit, un salaire, un frigo plein.

    Des personnes dorment dehors alors que des millions de logements sont vides : je pense sincèrement que cette loi n’est pas juste. Elle est immorale, violente et contraire aux principes de la République. (Mêmes mouvements.)
    À vous qui parlez constamment d’ordre et de loi, à vous qui vous drapez constamment dans la morale et la bonne vertu, je le dis : au regard de la République, au regard de la liberté, au regard de l’égalité, au regard de la fraternité, vous n’êtes pas dignes de votre mandat. Vous êtes coupables !

    Vous passez votre temps à vanter le succès et la richesse, mais est-on accompli quand on est multipropriétaire et qu’on possède un logement vide ? Je ne le crois pas. On a surtout une part de responsabilité dans la situation des gens qui dorment dehors.
    Oui, vous êtes coupables et responsables ! Chaque fois que vous pouviez voter pour réquisitionner les logements vides, vous ne l’avez pas fait. Dans un grand moment de sincérité, laissez-moi vous redire, mes chers collègues, que vous n’êtes pas dignes de la République, vous n’êtes pas dignes de la liberté, vous n’êtes pas dignes de l’égalité, vous n’êtes pas dignes de la fraternité ! (Protestations sur plusieurs bancs des groupes RN, EPR, DR, Dem et HOR.)

    Drapez-vous tant que vous voudrez dans la morale et la bonne vertu, vous restez coupables et responsables ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.)

    Nous n’avons pas de leçons à recevoir de ce monsieur !

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Défavorable.

    La parole est à M. Antoine Léaument.

    Vos réactions à l’intervention de notre collègue Louis Boyard nous donnent une once d’espoir. Nous espérons que vous ressentez, comme nous, un pincement au cœur quand vous voyez des personnes qui vivent et qui dorment dans la rue.
    Ce pincement au cœur, certains d’entre vous l’éprouvent encore, même s’il est vrai que la société capitaliste nous oblige à nous blinder chaque fois que nous voyons des gens dans la rue et que nous nous disons que nous ne pouvons pas nécessairement faire la petite chose qui les aiderait. (Protestations sur les bancs du groupe EPR et sur plusieurs bancs du groupe RN.)
    Eh bien, finalement, vos réactions me laissent penser que vous n’en avez rien à faire et que vous êtes convaincus de mener une bonne politique. J’essayais de vous offrir une sortie positive et humaniste mais, à l’évidence, vous savez parfaitement ce que vous faites !
    J’ai eu la faiblesse de penser que, peut-être, vous voudriez appliquer de grands principes. Ici, à l’Assemblée nationale, nous pourrions faire en sorte que chacun ait un toit au-dessus de sa tête, en construisant des logements, en faisant baisser le prix du logement, en augmentant les salaires, en permettant à chacun d’avoir un emploi et, puisque la société capitaliste n’y pourvoit pas, en appliquant la règle magnifique que nous proposons, avec Jean-Luc Mélenchon, dans notre programme : faire de l’État l’employeur en dernier ressort.

    L’État employeur en dernier ressort, cela signifie que l’État s’engage à permettre aux individus qui le souhaitent d’occuper un emploi lorsque la société ne le permet pas.
    Voilà comment, par des mes concrètes et efficaces, nous pourrions faire respecter, comme me le soufflait mon collègue Ugo Bernalicis, les grands principes énoncés dans le préambule de la Constitution de 1946. Édictés au sortir de la guerre contre les nazis, ils doivent nous éviter que la société s’engouffre de nouveau dans le fascisme.
    Que voyons-nous aujourd’hui ? La montée du fascisme n’est pas un hasard : elle est aussi le fruit de la pauvreté et du fait que nous ne luttons pas assez contre elle ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.)

    Le fascisme ne monte pas tant que ça, puisque Mélenchon n’est qu’à 15 % !

    La parole est à M. Guillaume Kasbarian.

    Ce que la gauche est en train de nous dire, c’est que le squat est une solution à la situation des personnes sans domicile fixe. (Protestations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    Quand on lit vos amendements et quand on vous écoute, on comprend qu’il y a des personnes SDF et qu’il est par conséquent légitime de squatter.

    Nous avons dit exactement le contraire !

    Il n’est ni une solution au mal-logement ni une solution pour les sans domicile fixe.

    M. Jean-François Coulomme

  • Alors construisez des logements sociaux !

    La France insoumise nous donne de grandes leçons de fraternité, de morale et d’émotion. que nous ressentons des émotions ! Permettez-moi de vous demander en toute sincérité, mesdames et messieurs les députés de La France insoumise : combien de SDF accueillez-vous actuellement chez vous ? Monsieur Boyard et monsieur Léaument, combien de SDF hébergez-vous actuellement dans votre appartement ? Ce soir, quand vous rentrerez au chaud chez vous, combien de SDF aurez-vous recueilli après avoir versé des larmes de crocodile ?
    Quand vous aurez accueilli ces personnes, vous pourrez nous donner vos leçons de morale et de fraternité. En attendant, vos mots et vos leçons demeurent vains ! (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EPR et RN. –⁠ Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    Pour qui vous prenez-vous ?

    La parole est à M. Benjamin Lucas-Lundy, pour un rappel au règlement.

    Il se fonde sur l’article 70, alinéa 3. Nous venons d’être gravement mis en cause par le collègue Kasbarian, qui a créé une scène tumultueuse et qui a repris les arguments bien connus de l’extrême droite lepéniste à propos de l’immigration et de l’accueil des exilés.
    Nous sommes à l’Assemblée nationale pour faire la loi. Ce genre d’argument ignominieux n’a pas sa place ici. C’est pourquoi je demande que M. Kasbarian soit rappelé à l’ordre. (Exclamations sur les bancs des groupes RN et EPR.) Nous l’avons été pour beaucoup moins que cela ! (Applaudissements et claquements de pupitres sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)

    La parole est à M. Louis Boyard, pour un rappel au règlement.

    Au titre de l’article 70, alinéa 3, puisque j’ai été directement interpellé par M. Kasbarian.
    Monsieur Kasbarian, vous demandiez si nous accueillions directement des gens chez nous. Figurez-vous que nous le faisons, mais pas pour faire des coups de communication ! Et vous, monsieur Kasbarian, l’espèce d’ultrabourgeois qui vote constamment pour mettre des gens à la rue, vous en accueillez combien ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP, dont plusieurs députés se lèvent. –⁠ Vives protestations sur les bancs du groupe EPR. –⁠ Exclamations sur les bancs du groupe RN. –⁠ Mme Marie Lebec fait signe à l’orateur de sortir.)

    Vous êtes des criminels, voilà ce que vous êtes ! (Vacarme.)

    Je vous appelle à retrouver votre calme, mes chers collègues.

    Je mets aux voix l’amendement no 87.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        96
            Nombre de suffrages exprimés                96
            Majorité absolue                        49
                    Pour l’adoption                33
                    Contre                63

    (L’amendement no 87 n’est pas adopté.)

    L’amendement no 125 de M. Corentin Le Fur est défendu.
    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Défavorable.

    La parole est à M. Antoine Léaument.

    Nous voyons bien que s’affrontent deux visions de la société.

    Un député du groupe EPR

  • Oui !

    Vous, vous considérez que les problèmes sont individuels : si je me retrouve sans logement, c’est de ma faute ; je n’avais qu’à avoir le capital, qu’à trouver un travail, qu’à faire des études, qu’à faire mieux dans ma vie… (Protestations sur les bancs du groupe EPR.)
    Vous protestez, mais que faites-vous pour les personnes qui se retrouvent effectivement à la rue et sans emploi ?

    Quel rapport avec l’amendement ?

    Vous, lorsqu’une personne se débrouille comme elle peut pour avoir un toit une nuit en s’installant dans un logement ou dans un commerce vide, vous l’expulsez de force.

    Ça s’appelle squatter !

    Vous n’avez rien fait pour elle, mais vous l’expulsez de force !
    Pour nous, devant une telle situation, la solution n’est pas l’expulsion, parce que la responsabilité de la société est collective : c’est collectivement que nous avons échoué à donner un toit à la personne qui squatte ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.) J’ajoute que les responsables de cette situation sont ceux qui ont accaparé la richesse, notamment la richesse immobilière.
    Robespierre disait (Protestations sur les bancs du groupe EPR. –⁠ Exclamations sur les bancs du groupe RN) –⁠ écoutez bien ses mots : « Nul n’a le droit d’entasser des monceaux de blé à côté de son semblable qui meurt de faim. » Oui, c’est de Robespierre, l’inventeur de la devise Liberté, Égalité, Fraternité !

    Il t’aurait guillotiné en premier, Robespierre !

    Qu’est-ce qu’il raconte, celui-là ?

    Il guillotinait tout le monde ! Les gens comme vous lui étaient insupportables !

    Monsieur Salmon, député du Rassemblement national, il faut que les électeurs de votre parti le sachent : lorsque nous parlons du logement ou du pouvoir d’achat, les députés du Rassemblement national hurlent avec les députés macronistes. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Je veux que cela soit su à l’extérieur de cet hémicycle ! (Plusieurs députés du groupe LFI-NFP ainsi que M. Benjamin Lucas-Lundy se lèvent et continuent d’applaudir. –⁠ Exclamations sur les bancs du groupe RN. –⁠ Brouhaha.) Quant à nous, avec Jean-Luc Mélenchon, nous ferons en sorte dès l’année prochaine que chacun ait non seulement un toit, mais aussi un emploi et un salaire dignes pour faire vivre sa famille. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    La parole est à M. Ian Boucard.

    Je tiens à apporter quelques précisions afin d’éclairer le vote, car ceux qui auraient écouté Antoine Léaument ne peuvent pas savoir quel est l’objet de l’amendement de M. Le Fur : il est intervenu deux minutes sans jamais citer son contenu !

    M. Le Fur n’a pas parlé du tout !

    Cet amendement vise à étendre les dispositions de l’article 5, par exemple à des personnes qui loueraient un appartement par l’intermédiaire d’Airbnb et qui, à la fin du contrat de location, ne partiraient pas.
    Collègues insoumis qui applaudissez en permanence, notamment quand il est question de Robespierre (Plusieurs députés du groupe LFI-NFP applaudissent) : plongez-vous dans l’histoire, mais attention, dans toute l’histoire ! Car s’il vous arrivait un jour d’être plus modérés que Robespierre, vous pourriez connaître le destin de Danton. En 2026, vous vous retrouvez excommuniés par les écologistes ou les socialistes sans être guillotinés ; mais si M. Mélenchon devient président, il pourrait vous arriver pire ! (Sourires sur les bancs des groupes DR et HOR.)

    La parole est à M. Antoine Léaument, pour un rappel au règlement. Sur le fondement de quel article ?

    Sur le fondement de l’article 70, alinéa 2, sur les scènes tumultueuses… (Mme la présidente coupe le micro de l’orateur.)

    On ne peut pas qualifier ce qu’il vient de se passer de scène tumultueuse, monsieur Léaument ! (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
    Nous reprenons l’examen des articles. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR et HOR.) Un peu de sérieux !

    Je mets aux voix l’amendement no 125.

    (Le vote à main levée n’ayant pas été concluant, il est procédé à un scrutin public.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        90
            Nombre de suffrages exprimés                89
            Majorité absolue                        45
                    Pour l’adoption                39
                    Contre                50

    (L’amendement no 125 n’est pas adopté.)

    La parole est à M. Guillaume Kasbarian, pour soutenir l’amendement no 720.

    La procédure administrative est construite de telle sorte que, s’il y a introduction et maintien dans un lieu par voies de fait, de menaces, de manœuvres ou de contraintes, le préfet peut agir et expulser le squatteur. Par cet amendement, je propose de clarifier les choses sur le plan sémantique afin que les préfets aient les moyens d’agir. Il s’agit d’inscrire dans la loi que le préfet peut agir s’il y a introduction « ainsi que » maintien par voies de fait, manœuvres et contraintes.
    En effet, il arrive que certains s’introduisent de façon licite dans un lieu et s’y maintiennent de façon illicite, c’est-à-dire en exerçant une contrainte sur le propriétaire. La rédaction proposée permettrait d’englober les deux cas de figure : soit il y a introduction illicite, soit il y a maintien illicite, mais, dans les deux cas, le préfet pourrait agir et expulser le squatteur au titre de l’article 38 de la loi Dalo –⁠ cette procédure express qui permet d’expulser le squatteur.
    Il s’agirait donc d’une me d’élargissement de la procédure et d’une clarification qui permettra à tous les préfets de France, dans toutes les situations –⁠ qu’il s’agisse d’une introduction ou d’un maintien par voies de fait, menaces ou contraintes –, d’agir le plus vite possible pour sortir les squatteurs de la propriété privée qu’ils occupent.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Je comprends votre idée : vous cherchez un équilibre…

    Qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre !

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • …entre l’introduction illicite et le maintien également illicite. Toutefois, cette rédaction pourrait entraîner un effet indésirable, car votre « ainsi que » vise tous les cas de figure, et pourrait donner lieu à une disposition frôlant l’inconstitutionnalité ; elle serait même inconstitutionnelle eu égard à la nécessité de laisser au juge judiciaire la possibilité de gérer les conflits locatifs sortants.
    C’est pourquoi je vous demande de retirer votre amendement ; à défaut, j’y serai défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Même avis : cet amendement risque de vider la procédure judiciaire alors que celle-ci est la procédure de droit commun ; s’y ajoute la difficulté de caractériser le « maintien recourant à des manœuvres ». Je préconise donc plutôt son retrait, sinon son rejet.

    La parole est à Mme Gabrielle Cathala.

    Le spectacle que vous offrez cet après-midi est déplorable. Nous sommes là à débattre de la façon d’expulser plus facilement des personnes de meublés touristiques, comme si c’était la priorité, le jour où l’Insee publie des statistiques montrant que, depuis qu’il existe un outil pour mer le taux de pauvreté en France, celui-ci n’a jamais été aussi élevé ! (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et GDR.)

    La publication date de cet après-midi : 15 % des Français vivent sous le seuil de pauvreté –⁠ encore ne s’agit-il que de 15 % des Français hexagonaux, cet outil ne comptant même pas les Français des outre-mer, qui sont aussi nos compatriotes mais que vous oubliez en permanence. (Mêmes mouvements.)
    Au reste, l’Insee ne compte pas non plus les personnes qui vivent à la rue, ni les voyageurs, parce qu’il n’est pas possible d’établir des statistiques sur leur pauvreté. Quinze pour cent des Français, cela représente 9,8 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté : un taux jamais égalé depuis 1996 !

    M. Jean-François Coulomme

  • Voilà le bilan de la Macronie !

    Ce rapport nous apprend également que les inégalités n’ont jamais été si élevées. Pourquoi ? C’est écrit noir sur blanc : parce que les riches ne se sont jamais autant enrichis, à cause de la politique que vous menez depuis 2017 ! (Mêmes mouvements.)
    Vous pouvez lever les yeux au ciel et grimacer : vous êtes les entiers responsables de cette situation ! (Protestations sur les bancs du groupe EPR.)

    M. Jean-François Coulomme

  • Vous en êtes les architectes !

    Qui a laissé faire les 49.3 sur des budgets austéritaires ?

    Nous sommes très loin de l’austérité !

    Qui, depuis 2017, tolère des budgets prévoyant des coupes records dans la sécurité sociale et le budget de l’État ? Vous êtes entièrement responsables ! Et vous venez nous donner des leçons de bonne gestion en nous caricaturant, en nous faisant passer pour des dépensiers sans limites ? Mais c’est vous qui avez détruit les comptes de l’État en creusant un déficit record –⁠ 1 000 milliards d’euros de dette ! – et en appauvrissant… ( Mme la présidente coupe le micro de l’oratrice, dont le temps de parole est écoulé.)

    Enlevez vos œillères !

    La parole est à M. Guillaume Kasbarian.

    J’entends les difficultés juridiques, y compris constitutionnelles, soulevées par M. le rapporteur et M. le ministre. Je vais retirer l’amendement, en espérant que vous puissiez faire prospérer ce sujet et, s’il y a des doutes à lever, trouver une meilleure rédaction en commission mixte paritaire. En attendant, ne faisons pas les choses salement : faisons-les proprement.

    Salement c’est Salmon !

    Un député du groupe LFI-NFP

  • Salmon est allemand !

    (L’amendement no 720 est retiré.)

    Les amendements nos 352, 369, 354 rectifié, 353 et 205 ne sont pas défendus.

    Cela ne m’étonne pas qu’il n’y ait personne pour les défendre : ils sont tellement hideux ! Il s’agissait de mettre les enfants à la rue. Regardez-vous dans un miroir, collègues !

    M. Jean-François Coulomme

  • Les amendements Thénardier !

    La parole est à M. Yoann Gillet, pour soutenir l’amendement no 493, qui fait l’objet d’une demande de scrutin public par le groupe Rassemblement national.
    Je fais annoncer le scrutin dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.

    Le problème du dispositif actuel est qu’en cas de squat, un accès illimité au réseau d’énergie est maintenu au profit des squatteurs pendant toute la phase d’instruction. Par cet amendement, nous voulons couper l’accès aux énergies, qui est un facteur de blocage, en vue de libérer plus rapidement les terrains et les appartements squattés. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Ne négligeons pas le coût financier totalement injuste subi par les propriétaires squattés, qui doivent en plus –⁠ nombre d’entre eux nous le disent – payer l’électricité et le gaz aux squatteurs.
    Cet amendement de bon sens permettrait d’accélérer la libération des locaux et des terrains squattés en suspendant l’électricité et le gaz naturel qui les alimentent. Il vise à autoriser le représentant de l’État saisi d’une demande par le propriétaire d’un local ou d’un terrain squatté d’enjoindre directement au gestionnaire des réseaux publics de distribution de procéder à cette suspension.

    Je vous entends, mes chers collègues de gauche, mais sachez que nous nous placerons toujours du côté des honnêtes gens, jamais du côté des délinquants. (Vives exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)

    Sur l’amendement no 88 et sur l’article 5, je suis saisie par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire de deux demandes de scrutin public.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Le bon sens ne fait pas la loi, monsieur Gillet.

    Vous osez parler de bon sens, c’est incroyable !

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Si l’on peut comprendre l’idée générale qui préside à votre amendement, votre proposition irait à l’encontre de plusieurs actions pouvant être menées par le préfet selon le principe de proportionnalité. Sur le plan sanitaire, votre proposition pourrait même mettre en danger les occupant ; elle empêcherait toute individualisation de l’action du préfet et toute prise en considération de la situation personnelle de l’occupant. Nous l’avions déjà évoquée en commission. Mon avis était alors défavorable : il le reste.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Même avis, d’autant que cela a déjà été jugé par le Conseil d’État.

    La parole est à M. Benjamin Lucas-Lundy.

    Entendre, en cette semaine, un député du Rassemblement national se revendiquer des honnêtes gens cette semaine, c’est franchement cocasse ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) C’est peut-être aussi prendre les Français pour des imbéciles, sachant que la candidate de ce parti à l’élection présidentielle est une délinquante et une voleuse condamnée à deux reprises par la justice. (Vives protestations sur les bancs du groupe RN.)

    C’est faux ! C’est mensonger ! Vous racontez n’importe quoi !

    Ce n’est toutefois pas le sujet du jour, j’en conviens, madame la présidente.

    En effet. Pourriez-vous rester sur l’amendement, s’il vous plaît ?

    J’en reviens à cet amendement, tout aussi répugnant que ses auteurs…

    Et la présomption d’innocence ? Vous connaissez l’État de droit ?

    Elle a été condamnée deux fois !

    Vous foulez l’État de droit !

    Dans la réponse timorée, pour le dire gentiment, du rapporteur, je vois se dessiner à nouveau un arc macrono-lepéniste qui considère que l’on résoudra le problème de la pauvreté en combattant les pauvres, comme on répondait hier au problème du chômage en combattant les chômeurs. Et de la même manière, vous répondez à la souffrance mentale de la jeunesse par la criminalisation des jeunes qui veulent danser, faire la fête ou s’aimer. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.)
    En clair…

    S’il vous plaît, pouvons-nous écouter M. Lucas-Lundy qui essaie désespérément de défendre son amendement, auquel il va venir à présent.

    Il raconte n’importe quoi !

    Oh, je ne suis jamais désespéré, madame la présidente, et nous ne nous désespérerons jamais face à l’extrême droite, c’est une évidence.
    Je disais donc que se dessine un continuum macrono-lepéniste –⁠ nous l’avons vu hélas bien souvent cette semaine –,…

    Où est-il, Julien Bayou ?

    …qui vise à combattre les précaires plutôt que la précarité et, en l’occurrence, à combattre les problèmes liés au logement en s’attaquant en permanence à celles et ceux qui ne peuvent pas se loger. « Expulsator » Kasbarian nous en fait à nouveau la démonstration. Ce qu’a dit Mme Cathala est fondamental : le jour où l’Insee publie cette statistique qui nous apprend que le taux de pauvreté n’a jamais été aussi élevé dans notre pays depuis qu’il est mesuré, et qui devrait tous vous pétrifier de honte au lieu de vous faire rire grassement, eh bien ce jour-là, vous choisissez de matraquer, de stigmatiser…

    …de réprimer… (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’orateur.)

    La parole est à M. Yoann Gillet.

    Que la gauche soit du côté des délinquants, cela n’étonnera personne, mais nous avons aussi un bel aveu des macronistes, qui font une fois de plus preuve de faiblesse en voulant continuer à imposer la double peine aux propriétaires victimes des squatteurs. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    Voilà ce que vous faites, monsieur le rapporteur, monsieur le ministre, en vous opposant à cet amendement.

    Rendez les 4 millions !

    Que les victimes du squat se rasnt : une nouvelle élection arrive en 2027 et les sondages placent tous Marine Le Pen en tête –⁠ 54 % face à Édouard Philippe, 55 % face à Gabriel Attal, 70 % face à Jean-Luc Mélenchon. Je leur dis : tenez bon, nous arrivons ! Vivement 2027 ! (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)

    La parole est à M. Benjamin Lucas-Lundy, pour un rappel au règlement.

    Il se fonde sur l’article 70, alinéa 3, pour mise en cause personnelle. Le collègue du premier parti des pourris de France vient d’expliquer que nous étions du côté des délinquants. (Mme la présidente coupe le micro de l’orateur.)

    Je n’ai pas entendu de mise en cause personnelle. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) (M. Benoît Blanchard applaudit.)
    La parole est à M. Antoine Léaument, pour un nouveau rappel au règlement. Sur la base de quel article ?

    L’article 70, alinéa 3, que je vais prendre le temps de lire pour vous montrer à quel point le rappel au règlement se justifie : « Qui se livre à une mise en cause personnelle, qui interpelle un autre député ou qui adresse à un ou plusieurs de ses collègues des injures, provocations ou menaces […] ».
    J’ai entendu de la part de M. Gillet les mots suivants : « La gauche, vous êtes du côté des délinquants. »

    Ce n’est pas une injure, c’est un constat.

    Nous avons réagi de manière un peu vive compte tenu du fait que la présidente Le Pen porte un bracelet électronique à son pied. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ Exclamations sur les bancs du groupe RN.)

    Merci monsieur le député mais j’ai entendu des propos du même genre de votre part tout à l’heure. Je suspends la séance pour deux minutes.

    Suspension et reprise de la séance

    La séance est suspendue.

    (La séance, suspendue à dix-neuf heures cinq, est reprise à dix-neuf heures dix.)

    Je mets aux voix l’amendement no 493.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        72
            Nombre de suffrages exprimés                72
            Majorité absolue                        37
                    Pour l’adoption                22
                    Contre                50

    (L’amendement no 493 n’est pas adopté.)

    La parole est à M. Pierre-Yves Cadalen, pour soutenir l’amendement no 88.

    Nous avons bien compris que votre priorité n’était pas du tout de garantir un logement pour toutes et tous, de respecter le préambule de la Constitution de 1946 ou encore la vocation sociale de notre République. Vous prévoyez dans cet article d’aggraver les sanctions contre les personnes qui occupent les logements, et vous êtes même prêts à les envoyer en prison. C’est peut-être votre solution pour loger les gens, remarquez !
    Quelle ironie que le parti de M. Kasbarian s’appelle le parti de la liberté. Je lui propose de préciser qu’il s’agit de la liberté des riches ou de celle des bourgeois. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
    C’est ce que vous avez démontré, en tout état de cause. Vous êtes ici et là-bas, les macrono-lepénistes, les représentants de la classe bourgeoise. Karl Marx disait que lorsque l’on vous montre tel que vous êtes, lorsque l’on dit quels intérêts vous représentez, vous ne le supportez pas parce que vous n’assumez pas ce que vous êtes et ce que vous faites.
    Au XIXe siècle, à une période où le suffrage était censitaire, le premier ministre Guizot encourageait ses concitoyens à s’enrichir pour devenir des citoyens et des électeurs. Vous voulez la même chose. Du reste, quand la participation populaire aux élections est faible, cela vous arrange.
    À ceux qui nous écoutent, je dis donc d’aller voter massivement à la présidentielle pour Jean-Luc Mélenchon parce que nous garantirons le logement, nous construirons des logements publics, nous rénoverons et nous en finirons avec ces lois sottes et stupides qui ne font que nous faire perdre notre temps. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Avis défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Avis défavorable.

    La parole est à M. Guillaume Kasbarian.

    Le squat n’est pas une liberté mais un délit. La liberté recouvre aussi celle d’être propriétaire et de voir sa propriété privée respectée. La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres. On ne peut pas empiéter sur la liberté d’autrui et la propriété d’autrui au prétexte que ce serait une liberté de squatter. Votre raisonnement est fallacieux. Vous ne défendez pas la liberté mais les squatteurs, c’est-à-dire des délinquants.
    On peut être propriétaire et modeste. Ce n’est pas parce qu’on est propriétaire qu’on est bourgeois ou riche. Notre pays compte de nombreux propriétaires modestes, qui ont travaillé pour pouvoir se payer leur propriété privée et qui entendent que l’État protège ce qu’ils ont réussi à acquérir à la sueur de leur front, en étant protégés contre les atteintes portées à leur liberté individuelle. (Mme Joséphine Missoffe et M. Ian Boucard applaudissent.)

    Un tiers des ménages détiennent la moitié du parc privé !

    La parole est à M. Louis Boyard.

    Apprenez, monsieur Kasbarian, qu’il n’existe pas de liberté sans égalité. La question est bien celle de la responsabilité –⁠ vous parliez de délinquants, du reste. La personne qui est sans abri, qui est à la rue, n’est pas responsable de son état. Quand 6 millions de personnes recherchent un travail mais que seuls 400 000 ou 500 000 emplois sont disponibles, selon la Dares –⁠ direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques –, je considère qu’elles ne sont pas responsables de leur situation de chômage.
    Quand 3 millions de logements sont vacants mais que 350 000 personnes sont sans abri, le responsable de la situation, c’est le pouvoir public, le politique, c’est-à-dire vous, parce que vous ne prenez pas toutes les mes qui s’imposent pour permettre aux gens d’avoir un emploi et un toit au-dessus de leur tête. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
    Vous parlez de liberté, monsieur Kasbarian, mais le sans-abri est-il libre ? La personne qui n’a pas accès à un emploi parce que le capitalisme ne le lui permet pas est-elle libre ? La personne qui n’a pas de logement parce qu’on ne lui donne pas les revenus ou le travail indispensables à cela est-elle libre ?
    La seule liberté qui vous intéresse, monsieur Kasbarian, est celle des dominants. Mais la majorité du peuple français, à cause de l’inflation qu’on se prend sous Emmanuel Macron et de la concentration du logement qui interdit toute perspective d’achat aux jeunes, n’est pas libre. C’est pourquoi nous parlons d’égalité avant de parler de liberté. Sans égalité, vous n’avez pas la liberté. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

    Je mets aux voix l’amendement no 88.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        80
            Nombre de suffrages exprimés                80
            Majorité absolue                        41
                    Pour l’adoption                25
                    Contre                55

    (L’amendement no 88 n’est pas adopté.)

    La parole est à M. Ian Boucard, pour soutenir l’amendement no 652.

    Il s’agit d’équilibrer les mes de l’article 5 en faveur des résidences secondaires. Du fait d’un vide procédural, il n’est en effet pas possible d’expulser les squatteurs d’une résidence secondaire.
    À l’extrême gauche qui ne manquera pas de nous reprocher de défendre les bourgeois et les classes très aisées, je rappellerai que les classes les plus bourgeoises ne sont pas les seules à posséder des résidences secondaires. Il fut un temps où notre pays permettait l’ascension sociale.
    Il fut un temps où les ouvriers, par exemple, par leur travail, pouvaient accéder à la propriété relativement jeunes et, dans certains endroits –⁠ sans doute pas à Saint-Tropez, j’en conviens –, acquérir une résidence secondaire. Vous dites que 34 % des résidences secondaires sont détenues par des ménages aisés et ce chiffre vous paraît énorme. Mais cela signifie que 66 % de ces résidences ne sont pas détenues par des personnes issues de classes particulièrement aisées (M. Pierre-Yves Cadalen s’exclame) et qu’elles sont susceptibles d’être squattées alors que c’est peut-être le seul héritage que leurs propriétaires pourront laisser à leurs enfants.

    M. Jean-François Coulomme

  • Eh bien nous abolirons l’héritage !

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Lorsqu’une résidence secondaire est squattée alors que son propriétaire ne l’occupe pas, la loi Dalo ouvre la possibilité de demander la mise en demeure de l’occupant de quitter les lieux, assortie d’un délai d’exécution de sept jours, plus court que s’il s’agissait d’une résidence principale. Vous souhaitez réduire ce délai d’urgence. Or une habitation principale n’est pas une habitation secondaire, un domicile n’est pas la même chose qu’une résidence, et ces statuts différents appellent un traitement gradué.
    La commission a émis un avis défavorable. Nous avons rappelé que l’amendement est satisfait par l’article 38 de la loi Dalo de 2007 : la procédure d’évacuation forcée qu’il prévoit s’applique y compris « lorsque le local occupé ne constitue pas le domicile du demandeur ». Je vous propose de le retirer.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Défavorable.

    La parole est à M. Laurent Croizier.

    J’ai du mal à me faire traiter de bourgeois par des députés qui gagnent 6 000 euros par mois,…

    C’est absurde : c’est l’indemnité parlementaire ! Quand elle n’existait pas, il n’y avait que des bourgeois à l’Assemblée !

    …et appartiennent à un groupe dont la présidente voyage en classe affaires et à un parti dont le président est multimillionnaire ! (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR, Dem et HOR.) On ne peut pas le lundi se plaindre du mal-logement, le mardi entraver les programmes de construction de logements au nom de je ne sais quelle idéologie,…

    …le mercredi se plaindre de la précarité, le jeudi empêcher les entreprises de s’installer, le vendredi se plaindre de l’importation de légumes et de fruits de l’étranger…

    C’est vous, le légume !

    …et le samedi empêcher nos agriculteurs de travailler ! En politique, la cohérence, c’est important ! (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR, Dem et HOR.)

    (L’amendement no 652 est adopté.)

    Je mets aux voix l’article 5, tel qu’il a été amendé.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        86
            Nombre de suffrages exprimés                86
            Majorité absolue                        44
                    Pour l’adoption                58
                    Contre                28

    (L’article 5, amendé, est adopté.)

    La parole est à M. Pierre-Yves Cadalen, pour un rappel au règlement.

    Il se fonde sur l’article 70, alinéa 3. M. Croizier met en cause le fait que nous touchions la même indemnité parlementaire que lui.

    Ce n’est pas ce qu’il a mis en cause !

    C’est un scandale ! Je tiens à vous rappeler une chose qui fera écho à la discussion que nous venons d’avoir : lorsqu’il n’y avait pas d’indemnité parlementaire, seuls des gens comme vous étaient élus parce qu’ils étaient propriétaires et disposaient d’une rente ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et GDR.)

    Ce n’est pas ce qu’il a dit !

    Sur l’amendement no 89, je suis saisie par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire d’une demande de scrutin public.
    Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.

    La parole est à M. Laurent Croizier, pour un rappel au règlement.

    Il se fonde sur l’article 70, alinéa 3, relatif aux mises en cause personnelles. Je rappelle à mon collègue que je ne suis qu’instituteur, professeur des écoles. Je viens d’une famille modeste : mes deux parents sont fonctionnaires, mon papa est cheminot. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR, DR, Dem et HOR.)

    Cela ne nous intéresse pas !

    Appliquez-vous donc vos propres leçons ! Moi, je ne suis pas né avec une cuiller en argent dans la bouche. J’ai grandi dans la ruralité et je connais la vie, je suis sur le terrain, contrairement à vous ! (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR, Dem et HOR.)

    Après l’article 5 (suite)

    La parole est à M. Andy Kerbrat, pour soutenir l’amendement no 89.

    Je promets d’essayer d’apaiser les débats,…

    …même si je ne comprendrai jamais comment on peut voter contre ses intérêts de classe quand on est issu des classes dites populaires ou moyennes.

    Monsieur Kerbrat, veuillez défendre l’amendement.

    C’était une introduction explicative. Nous nous sommes efforcés de vous expliquer sur tous les tons que vous étiez nécessairement responsables du mal-logement. Monsieur Kasbarian, écoutez-moi : oui, le squat est illégal, mais il est surtout la conséquence de votre politique. S’il y a plus de squats en France, c’est parce que vous n’avez pas mené une bonne politique du logement. Et vous êtes le premier responsable de cette explosion du nombre de squats…

    Vous étiez ministre du logement !

    …car, au lieu de construire des logements sociaux et de mettre à l’abri les personnes à la rue, comme l’avait promis Emmanuel Macron –⁠ promesse non tenue –, vous avez préféré faire voter, pour toute loi sur le logement, une loi visant à lutter contre le squat.
    C’est bien la preuve qu’en fait de politique du logement, vous avez choisi de partir à l’attaque des pauvres !
    Le présent amendement vise à abolir le délit d’incitation au squat –⁠ on en a déjà débattu lors de l’examen de votre loi et en commission. Les associations qui pallient les défaillances de l’État et travaillent à permettre à des personnes à la rue de trouver des hébergements, même s’ils sont illégaux, sont plus dignes que n’importe quelle loi Kasbarian ! (Mme Anne-Sophie Ronceret s’exclame.)

    Sur l’amendement no 494, je suis saisie par le groupe Rassemblement national d’une demande de scrutin public.
    Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Le squat est une infraction sanctionnée par la loi pénale. Il faut faire preuve de fermeté à l’égard de tout ce qui concourt à sa commission. Il faut en particulier réprimer l’incitation à s’y livrer –⁠ il existe des systèmes de publicité, voire des modes d’emploi du squat ! Avis défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Même avis. J’ajoute qu’en juillet 2023, la définition de ce délit a été déclarée conforme au bloc de constitutionnalité.

    Quant à vous, vous débloquez !

    La parole est à M. Guillaume Kasbarian.

    Cet amendement est scandaleux. Non seulement vous soutenez les squatteurs, mais vous faites l’apologie du squat.

    C’est tout le contraire !

    Vous voulez que soient à nouveau autorisés les livrets du bon petit squatteur, qui lui donnent toutes les clefs pour pouvoir bien squatter et être sûr de retarder les procédures d’expulsion ! En 2023, nous avons décidé d’interdire ce type de document, d’interdire l’apologie du squat et l’incitation à squatter, et le Conseil constitutionnel a pleinement validé cette disposition.
    Vous voulez revenir dessus parce que non seulement vous défendez les squatteurs, mais vous voulez faire la promotion du squat et l’encourager. Vous rêveriez qu’il y en ait de plus en plus chaque jour. La preuve est faite, à nouveau, que vous détestez la propriété privée ! (M. Ugo Bernalicis s’exclame.)

    La parole est à M. Andy Kerbrat.

    La création du délit d’incitation au squat a eu un effet mortifère : elle a fait augmenter le nombre de personnes à la rue car elle a criminalisé l’action publique, politique, des associations qui les aidaient à trouver un abri. Vous en êtes responsable !
    Je le dis sans hésiter : tant que l’on n’aura pas réglé le problème du logement en France, tant que l’on n’aura pas construit ou réquisitionné ce qu’il faut, le squat sera une méthode. Franchement, oui, squattez ! Squattez les multipropriétaires de logements loués sur Airbnb, les résidences secondaires qui appartiennent aux 3 % qui possèdent 50 % du patrimoine immobilier de ce pays ! Oui, squattez, squattez, mettez-vous à l’abri et survivez !

    C’est de l’incitation au délit ! Les députés ont quand même un devoir de responsabilité ! C’est surréaliste, on est en plein délire !

    Je mets aux voix l’amendement no 89.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        77
            Nombre de suffrages exprimés                76
            Majorité absolue                        39
                    Pour l’adoption                16
                    Contre                60

    (L’amendement no 89 n’est pas adopté.)

    La parole est à M. Yoann Gillet, pour soutenir l’amendement no 494.

    Le code pénal réprime l’introduction et le maintien illicite dans un local à usage d’habitation, commercial, agricole ou professionnel –⁠ le squat – par une peine de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende. Ce dispositif s’applique de manière uniforme dès lors que les éléments constitutifs du squat sont caractérisés lors de l’occupation frauduleuse d’un local, quel que soit l’état matériel dans lequel les occupants laissent le bien en question. Il y a là une insuffisance de l’arsenal pénal actuel : en plus de la perte de jouissance de leur bien, les propriétaires ne devraient pas avoir à assumer des frais de rénovation considérables après l’expulsion des squatteurs. Il faut envoyer un signal de fermeté. C’est ce que nous proposons de faire par cet amendement, qui tend à en créer une circonstance aggravante spécifique de l’infraction d’occupation frauduleuse.

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • « La destruction, la dégradation ou la détérioration d’un bien appartenant à autrui » constituent une infraction autonome déjà prévue par les articles 322-1 et suivants du code pénal. En outre, la rédaction de votre amendement limite sa portée, puisqu’il n’y est question que des locaux et pas des domiciles. Avis défavorable pour ces deux raisons.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Même avis.

    La parole est à M. Ian Boucard.

    Il s’agit d’un amendement intéressant, qu’il faudrait réécrire en vue de la commission mixte paritaire.
    Je reviens au débat qui oppose M. Kasbarian à l’extrême gauche de cet hémicycle. Si cette dernière n’avait pas fait tomber le gouvernement de M. Barnier, le projet de loi relatif au développement de l’offre de logements abordables de M. Kasbarian, qui présentait un grand intérêt et que la commission des affaires économiques du Sénat avait approuvé, aurait eu le temps d’arriver dans cet hémicycle. Il aurait notamment permis de revenir sur les quotas fixés par la loi SRU et de lutter contre le logement social à vie –⁠ qui a permis à certains députés d’extrême gauche de continuer à vivre dans des logements sociaux alors même qu’ils étaient députés, avaient largement les moyens d’habiter ailleurs et auraient pu les libérer au profit de familles qui en avaient cruellement besoin ! (Mmes Cendrine Chazé et Anne-Sophie Ronceret applaudissent.)
    Sur cette question, vous êtes des tartuffes : que nous manquons de logements, mais à chaque fois qu’on veut mener à bien des projets de construction, ceux qui s’y opposent et déposent des recours sont toujours des associations, des militants ou des partis politiques de gauche. Lors de l’examen du projet de loi de simplification de la vie économique, nous avons défendu des mes visant à accélérer la construction : vous vous êtes opposés à chacune d’entre elles. Vous nous dites qu’il n’y a pas assez de logements mais, dès que l’on veut en construire plus, vous êtes contre.

    M. Kerbrat, que je remercie pour sa sincérité, a eu l’immense honnêteté de le dire : il n’est pas pour la construction, il est pour le squat. Voilà ce que vous défendez. À chacun son projet de société ! (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR. –⁠ Mme Cendrine Chazé applaudit également.)

    Je mets aux voix l’amendement no 494.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        80
            Nombre de suffrages exprimés                73
            Majorité absolue                        37
                    Pour l’adoption                23
                    Contre                50

    (L’amendement no 494 n’est pas adopté.)

    La parole est à M. Cyril Tribuiani, pour soutenir l’amendement no 202.

    Nous proposons de prendre une me de justice et de responsabilité par cet amendement, qui prévoit que ceux qui occupent illégalement ou se maintiennent frauduleusement dans un logement supporteront les frais qu’ils ont occasionnés, qu’il s’agisse de l’évacuation, du nettoyage, de l’enlèvement des déchets, de la remise en état du bien ou de la réparation des dégradations. Il n’est pas acceptable que les victimes paient les conséquences des agissements de ceux qui violent leur droit de propriété. Le principe est simple : le pollueur paie, le squatteur répare. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RN.)

    M. Jean-François Coulomme

  • Et le RN rembourse !

    Quel est l’avis de la commission ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Je comprends la logique « casseur-payeur » que poursuit cet amendement. Toutefois, les frais que vous évoquez sont déjà couverts par plusieurs procédures. Les frais engagés par le propriétaire du bien squatté font l’objet d’une indemnisation au titre des dommages et intérêts. Les frais de justice peuvent évidemment être laissés à la charge du condamné, selon les règles prévues par le code de procédure pénale. Enfin, si l’État ou une collectivité venaient à subir un préjudice, rien ne les empêcherait de mener leur propre action. Avis défavorable.

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Même avis : l’amendement est satisfait par les dispositions qui viennent d’être évoquées.

    La parole est à M. Ugo Bernalicis.

    Je ne comprends plus rien. Vraiment, je suis perdu ! Quand nous parlions des free parties, le gouvernement a soutenu des amendements identiques prévoyant des actions civiles en réparation que la loi, en l’occurrence le code civil, permet déjà. À présent, on fait valoir un argument en sens contraire. Je suis perdu !

    C’est complètement incohérent ! Ces arguments très erratiques de la part du ministre sont insupportables –⁠ il ne deviendra pas ministre de la justice, à mon avis…

    (L’amendement no 202 n’est pas adopté.)

    Je vous rappelle que les articles 5 bis à 5 quindecies ainsi que les amendements avant l’article 6 sont réservés à la demande du gouvernement. Nous abordons donc l’article 6.

    Je suis saisie de cinq amendements, nos 427, 426, 831, 306 et 305, qui tendent à rétablir l’article 6, supprimé par la commission, et peuvent être soumis à une discussion commune.
    La parole est à M. Ugo Bernalicis, pour soutenir l’amendement no 427.

    Il tend à rétablir l’article 6 dans une version un peu modifiée, puisqu’il s’agit de supprimer les amendes forfaitaires délictuelles (AFD) de notre droit. Je vais revenir sur un certain nombre d’arguments en faveur de cette suppression. On évoque souvent le mauvais recouvrement de ces amendes, dénoncé par le rapport de la Cour des comptes.
    Je pense que c’est en réalité une perte de temps, car il s’agit d’un problème très secondaire. L’amende forfaitaire délictuelle, quand bien même elle serait recouvrée, pose en elle-même des problèmes.
    Le premier touche à la séparation des pouvoirs. Concrètement, dans la rue, le policier ou le gendarme rend un jugement comme un juge et éteint l’action publique comme un procureur. C’est insupportable. Le Conseil constitutionnel a lui-même reconnu que ce n’était pas terrible, mais en a admis le principe dès lors que les infractions étaient caractérisées de façon suffisamment claire –⁠ je pense qu’en l’espèce il a fait n’importe quoi.
    Toujours est-il que, sur le terrain des principes, nous devons continuer de défendre la séparation des pouvoirs comme un principe de vivre ensemble essentiel et déterminant. Il y va de la sûreté, consacrée par l’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.
    Deuxième point : l’AFD est inefficace. Aucune corrélation scientifique n’a été démontrée entre son instauration et la baisse du nombre d’infractions, dans quelque domaine que ce soit. Il n’y a aucun rapport ! L’AFD fait rentrer de l’argent et permet aux ministres de l’intérieur successifs de jouer les gros bras en prétendant qu’ils ont agi. Elle permet de poursuivre l’indigne politique du chiffre, qui transforme les policières et les policiers en robots chargés de distribuer des contraventions et surtout des AFD, au détriment du sens même de leur métier.
    Pour toutes ces raisons, il est urgent de supprimer les amendes forfaitaires délictuelles de notre droit… (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’orateur.)

    La parole est à M. Andy Kerbrat, pour soutenir l’amendement no 426.

    Cet amendement poursuit deux objectifs. Comme l’a très bien rappelé mon collègue Bernalicis et comme nous le martelons depuis le début de l’examen de ce texte, le système des amendes forfaitaires délictuelles ne fonctionne pas. Non seulement elles ne servent à rien et ne sont pas recouvrées, mais elles produisent même des effets contre-productifs en matière d’usage illicite de stupéfiants.
    Nous avons déjà eu ce débat, monsieur le ministre, lorsque vous nous avez expliqué que l’AFD n’avait pas pour objectif de sortir les gens de l’addiction, mais de punir la consommation. Or, si vous ne cherchez pas à réduire la consommation de stupéfiants d’une personne, vous courez le risque d’obtenir toujours le même résultat : la verbalisation répétée du même consommateur. Car ce n’est pas en infligeant des amendes que l’on soigne une addiction. Tel est le premier objectif de cet amendement.
    Mais nous proposons d’aller plus loin. Je voudrais répondre à un propos tenu par le premier ministre lors du débat sur la loi contre le narcotrafic. Selon lui, il n’existait que deux choix : soit la politique actuelle, c’est-à-dire la répression à tout va des usagers, des consommateurs et du narcotrafic –⁠ mais surtout du petit deal –, soit la dépénalisation.
    La dépénalisation est une véritable question politique. Il ne faut pas refuser de la regarder en face en considérant qu’elle constituerait nécessairement une défaite. D’autres pays européens ont fait des choix différents, notamment en matière de cannabis : l’Espagne, la Belgique ou encore la Suisse, qui dispose du système d’addictologie le plus performant. Son modèle repose à la fois sur la sécurité et la répression, mais aussi sur l’accompagnement et les soins, jusqu’à l’existence de salles de consommation médicalisée d’héroïne, afin d’éviter que les personnes ne consomment dans la rue. Le modèle portugais devrait également nous inspirer.
    Vous, que proposez-vous à un usager de stupéfiants ? De payer une AFD. À aucun moment vous ne proposez de travailler à son intégration dans un parcours de sortie d’addiction. Au Portugal, la consommation de stupéfiants demeure interdite, mais elle fait seulement l’objet d’une sanction administrative et la personne est orientée vers un comité… (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’orateur. –⁠ Mme Andrée Taurinya applaudit ce dernier.)

    La parole est à Mme Laetitia Saint-Paul, pour soutenir l’amendement no 831.

    S’agissant des stupéfiants, force est de constater qu’il n’y a plus de zones blanches…

    Ah, elle est bonne, celle-là !

    …et qu’il n’y aurait pas de dealers s’il n’y avait pas de consommateurs. Au sein du groupe Horizons & indépendants, nous sommes convaincus que la destruction de la société passe par le laxisme, fidèlement orchestré par l’extrême gauche, et que cette amende forfaitaire délictuelle est l’une des solutions. (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR.)

    Sur les amendements nos 427 et 426, je suis saisie par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire d’une demande de scrutin public.
    Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
    La parole est à M. Michaël Taverne, pour soutenir l’amendement no 306.

    L’article 6, qui a été supprimé par la gauche et l’extrême gauche en commission et que nous proposons de rétablir, vise à s’attaquer aux organisations criminelles et à la consommation de produits stupéfiants. La France insoumise est d’ailleurs bien placée pour en parler.
    En matière d’amende forfaitaire délictuelle, il est important de rappeler le contexte. Cette année, j’ai eu l’honneur de suivre une session de l’Institut des hautes études du ministère de l’intérieur (IHEMI), consacrée notamment à la corruption, à la criminalité organisée, à la consommation de stupéfiants, aux organisations criminelles et à la grande délinquance. Lorsque nous nous sommes rendus à Rotterdam et à La Haye, nos interlocuteurs d’Europol et d’Eurojust nous ont expliqué –⁠ n’en déplaise à l’extrême gauche – que la création du parquet national anticriminalité organisée (Pnaco) constituait une bonne me. Europol, qui s’efforce de lutter le plus efficacement possible contre les organisations criminelles qui inondent le territoire européen de stupéfiants, nous a également indiqué que notre procédure pénale et la réforme de la police judiciaire menée en France constituaient de très mauvaises orientations.
    En second lieu, un policier français chargé de la lutte contre les organisations criminelles au sein de cet organisme nous a confié que nous n’y arriverions jamais tant que nous ne taperions pas plus fort sur les consommateurs. C’est pourquoi nous proposons d’augmenter massivement le montant de l’amende forfaitaire délictuelle infligée aux consommateurs de stupéfiants. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RN.)

    Vous conservez la parole pour soutenir l’amendement no 305.

    Comme je viens de le dire et comme nous le disent les policiers spécialisés, il faut frapper les consommateurs au portefeuille. Dans notre boîte à outils, nous devons renforcer la police judiciaire et lutter plus efficacement contre les organisations criminelles. Or ce sont les consommateurs qui alimentent ces organisations.
    Créer un parquet national anticriminalité organisée : oui. Renforcer la police judiciaire : oui. Simplifier la procédure pénale : oui. Mais il faut aussi frapper les consommateurs au portefeuille.

    Mais certains n’ont pas de portefeuille, c’est cela que vous ne comprenez pas !

    C’est un cercle vertueux qu’il faut créer. Tel est le sens de cet amendement.

    La parole est à M. Damien Girard, pour soutenir le sous-amendement no 1094, à l’amendement no 305.

    Nous sommes opposés au rétablissement de l’article 6. Nous le répétons depuis l’annonce faite par Emmanuel Macron en décembre 2025 : le doublement de l’amende forfaitaire délictuelle pour usage illicite de stupéfiants est un cache-misère.
    Le raisonnement est pauvre et paresseux, presque caricatural. On inflige des amendes pour la consommation de stupéfiants. Mince ! Cela ne règle ni la consommation, ni les addictions, ni les trafics. Alors on se creuse un peu la tête : que pourrait-on bien faire ? La réponse tombe : doublons le montant des amendes. Voilà toute votre politique publique : la même réponse, mais avec une amende plus chère.
    La politique de culpabilisation sur laquelle le gouvernement mise tout ne produit aucun résultat sérieux qui permettrait de démontrer un recul de la consommation. Le groupe Droite républicaine propose lui aussi de faire passer l’AFD de 200 à 500 euros –⁠ de 150 à 400 euros pour l’amende minorée et de 450 à 1 000 euros pour l’amende majorée.
    Mais pendant que vous donnez l’illusion d’agir, la réalité s’aggrave. Pour la première fois, la cocaïne est devenue le premier marché de stupéfiants en France, devant le cannabis. En 2023, plus d’1 million de personnes en ont consommé –⁠ soit deux fois plus qu’en 2022, selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT).
    La consommation explose partout, dans les centres urbains comme dans la ruralité, dans les milieux favorisés comme dans les plus précaires, dans les milieux festifs comme au travail –⁠ n’en déplaise au premier ministre, puisque les tests réalisés dans les cabinets ministériels ne seront pas publiés.
    Nous devrions nous interroger sur les raisons de l’explosion de la consommation : la santé mentale de nos concitoyens, particulièrement des plus jeunes, l’isolement, les conditions de travail, l’accès aux soins, la réduction des risques ou encore les moyens dont disposent nos services d’enquête pour démanteler les réseaux. Au lieu de cela, de quoi parlons-nous ? D’une amende, encore d’une amende. Pensez-vous vraiment qu’une amende de 500 ou de 1 000 euros réglera un problème sanitaire, social, addictologique et criminel ? Moi, je ne le crois pas.

    Le sous-amendement no 1098 de M. Roger Vicot est défendu.
    Je suis saisie de deux sous-amendements identiques, nos 1093 et 1099.
    Le sous-amendement no 1093 de M. Pouria Amirshahi est défendu.
    La parole est à M. Roger Vicot, pour soutenir le sous-amendement no 1099.

    Nous proposons de supprimer la peine complémentaire de suspension de permis de conduire en cas de consommation de stupéfiants lorsque la personne ne conduisait pas sous l’emprise de la drogue.
    J’ai déjà évoqué ce principe hier, à l’occasion de l’examen d’un autre article. Il s’agit ici de sanctionner une personne au motif qu’elle pourrait éventuellement commettre un délit à l’avenir : autrement dit, de sanctionner une faute qui n’a pas été commise et qui, peut-être, ne le sera jamais. Cette me est donc totalement inadéquate et illégitime ; c’est pourquoi nous proposons de supprimer les alinéas 8 et 9. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)

    La parole est à M. Damien Girard, pour soutenir les sous-amendements nos 1097, 1095 et 1096, qui peuvent faire l’objet d’une présentation groupée.

    Je profite de la présentation de ces sous-amendements de M. Amirshahi pour répondre aux propos que j’ai entendus il y a un instant, selon lesquels il faudrait allier répression et prévention. Mais cela fait des années que vous ne faites que de la répression ! Notre pays est connu pour être le plus répressif en matière de drogues, tout en enregistrant les pires résultats. Pourtant, vous proposez encore de renforcer le volet répressif.
    D’autres pays européens obtiennent des résultats remarquables : je pense notamment au Portugal ou à la Suisse. Ils mènent des politiques de prévention et de réduction des risques.
    La question n’est pas de savoir si la drogue, c’est bien ou mal. Elle est de savoir si nous voulons réellement protéger notre population, notamment les plus jeunes, ou simplement nous faire plaisir en multipliant les amendes. Dans ce dernier cas, nous obtiendrons exactement les mêmes résultats, tout en appauvrissant davantage des personnes déjà en difficulté. Franchement, continuons ainsi !

    Quel est l’avis de la commission sur ces amendements et sous-amendements en discussion commune ?

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • À titre personnel, je déplore la suppression de l’article 6 par la commission et je souhaite son rétablissement.

    Le gouvernement, lui, ne propose pas le rétablissement !

    M. Xavier Albertini, rapporteur

  • Cet article prévoyait de porter l’amende forfaitaire délictuelle (AFD) à 500 euros, ce qui était une bonne chose car son quantum actuel de 200 euros ne correspond pas à la hiérarchie et à la proportionnalité des peines. L’amende moyenne infligée par les tribunaux s’établit d’ailleurs à 435 euros.
    Ceci posé, je souhaite ajouter qu’en matière d’usage illicite de stupéfiants, l’AFD est une sanction efficace, et que nous travaillons à renforcer son efficacité, en particulier en améliorant son recouvrement. C’est pourquoi il conviendrait de réintroduire l’article 6.
    Ainsi, à titre personnel, je suis favorable à l’amendement de rétablissement no 305, mais défavorable à ses sous-amendements, et défavorable à l’ensemble des autres amendements.

    Main dans la main avec le Rassemblement national !

    Ah, elle est belle, l’alliance !

    Quel est l’avis du gouvernement ?

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • À l’issue de cette discussion commune sur le rétablissement de l’article 6, j’émets un avis défavorable sur les amendements no 427 et 426, qui visent à supprimer l’amende forfaitaire délictuelle pour consommation de stupéfiants. L’article 6 porte cette amende à 500 euros. Nous y sommes très favorables, monsieur Sansu. Le gouvernement a défendu cette me pour toucher aussi les consommateurs, qui portent une part de culpabilité et de responsabilité dans le développement des trafics.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Le Premier ministre a indiqué –⁠ cela est sans doute de nature à vous rasr – qu’une partie de ce produit serait reversée à la mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca) pour des actions de prévention. (M.  Andy Kerbrat s’esclaffe.)

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Vous devez évidemment en être très satisfaits.

    On attend toujours le reversement à la sécurité sociale du produit de la taxe sur le tabac ! Idem pour le produit de la journée de solidarité au bénéfice des Ehpad. De belles promesses…

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Je demande au groupe Horizons & indépendants le retrait de son amendement no 831 au profit des autres amendements de rétablissement, notamment de l’amendement no 305 de M. Taverne, qui reprend la rédaction de l’article 6 dans ses trois dimensions : augmentation de l’amende forfaitaire délictuelle à 500 euros ; possibilité de prononcer une peine complémentaire de suspension du permis de conduire, peine qui existe déjà pour certains professionnels, notamment les policiers et les personnels qui travaillent dans les transports ; et, dernière me dont on a moins parlé, prolongation de l’interdiction de paraître sur un point de deal, introduite par la loi narcotrafic, lorsqu’à l’issue d’une première interdiction, les personnes reviennent et réinstallent un trafic.
    Je répète : avis défavorable pour les amendements no 427 et 426 ; demande de retrait de l’amendement no 831 au profit du no 305, qui reprend l’ancienne rédaction de l’article 6 à laquelle le gouvernement est favorable ; avis défavorable sur tous les sous-amendements.

    La parole est à M. Nicolas Sansu.

    Le gouvernement n’a pas déposé d’amendement pour réintroduire l’article 6. J’imagine pourtant que vous aviez connaissance de la version du texte issue des travaux de la commission. Si vous aviez estimé qu’il était nécessaire de réintroduire cet article, vous l’auriez fait. (Mme  Andrée Taurinya applaudit.)
    Ce qui se passe est très grave. Que vous donniez le point au Rassemblement National une nouvelle fois me fait très mal parce que je connais vos engagements républicains. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes GDR, LFI-NFP et EcoS.) Ce n’est pas ce que vous êtes vraiment !
    Alors qu’il reste encore au moins une lecture et une commission mixte paritaire, je vous invite à vous ressaisir et à ne pas faire adopter cet amendement no 305 de M. Taverne parce que vous n’aviez pas décidé de réintroduire cet article, parce que vous savez très bien que l’augmentation de l’AFD ne réglera rien, bien au contraire, et enfin parce que vous avez entendu ce qui s’est dit en commission.
    Je vous demande solennellement de revenir sur l’avis favorable donné à l’amendement no 305. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, LFI-NFP et EcoS.)

    La parole est à M. Andy Kerbrat.

    La question des effets de l’amende forfaitaire, à laquelle vous n’avez pas répondu, est très intéressante. Au risque de surprendre, je ne suis pas en désaccord avec Bruno Retailleau quand il dit qu’il faut s’occuper de la demande. En effet, l’enjeu est de s’occuper des usagers et des usagères de stupéfiants.
    Le problème réside dans la proposition politique que vous faites, celle de l’amende forfaitaire délictuelle, qui est déjà appliquée et recouvrée à hauteur de 35 %. Lorsque nous en avons discuté en commission, vous vous êtes réjoui que ce soit deux fois plus que ce que vous recouvrez par ailleurs. Certes, mais 30 % de recouvrement, c’est 70 % de personnes qui ne paient pas.
    La réalité, c’est que vous ne voulez pas prendre le problème en face et que vous abandonnez le combat de santé publique concernant les addictions et l’usage de drogue (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et GDR), parce que vous n’avez pas le courage politique d’assumer un vrai plan, un plan qui pourrait froisser ceux d’en face.

    C’est vrai. Vous cédez au RN !

    Je vais vous donner un exemple. Pourquoi, actuellement, la France n’a-t-elle pas généralisé les haltes soins addictions (HSA) alors que toutes les expérimentations sont bonnes ? Monsieur le ministre, vous étiez préfet lors de l’installation de la halte soins addictions à la salle Gaïa à Paris ; vous avez entretenu des rapports compliqués avec eux, mais, finalement, ils nous disent que cela fonctionne. Le bâton que vous brandissez ne réduira pas le nombre d’usagers. Cela ne marchera pas !

    Et, dans cinq ans, cela n’aura fait qu’empirer. On peut porter l’ALD à 500 euros, la prochaine fois à 1 000 euros, et, pourquoi pas, revenir à l’idée, qui avait cours en 1970, qu’on pouvait aller en taule parce qu’on était camé ? Ce n’est pas un objectif politique ! Croyez-moi, nous pouvons sortir par le haut de ce problème de santé publique. (MM. Damien Girard et Marcellin Nadeau applaudissent.)

    La parole est à M. le ministre.

    M. Laurent Nuñez, ministre

  • Je demande une suspension de séance. (Murmures sur les bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et GDR.)

    Suspension et reprise de la séance

    La séance est suspendue.

    (La séance, suspendue à dix-neuf heures cinquante, est reprise à dix-neuf heures cinquante-cinq.)

    Je mets aux voix l’amendement no 427.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        67
            Nombre de suffrages exprimés                67
            Majorité absolue                        34
                    Pour l’adoption                26
                    Contre                41

    (L’amendement no 427 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix l’amendement no 426.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        67
            Nombre de suffrages exprimés                67
            Majorité absolue                        34
                    Pour l’adoption                26
                    Contre                41

    (L’amendement no 426 n’est pas adopté.)

    Je mets aux voix l’amendement no 831.

    (Le vote à main levée n’ayant pas été concluant, il est procédé à un scrutin public.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        66
            Nombre de suffrages exprimés                65
            Majorité absolue                        33
                    Pour l’adoption                24
                    Contre                41

    (L’amendement no 831 n’est pas adopté.)

    (L’amendement no 306 n’est pas adopté.)

    (Les sous-amendements nos 1094, 1098, 1093, 1099, 1097, 1095 et 1096, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.)

    Je mets aux voix l’amendement no 305.

    (Il est procédé au scrutin.)

    Voici le résultat du scrutin :
            Nombre de votants                        55
            Nombre de suffrages exprimés                52
            Majorité absolue                        27
                    Pour l’adoption                22
                    Contre                30

    (L’amendement no 305 n’est pas adopté.)
    (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ M. Damien Girard applaudit également.)

    La suite de la discussion est renvoyée à la prochaine séance.

    2. Ordre du jour de la prochaine séance

    Prochaine séance, ce soir, à vingt et une heures trente :
    Suite du projet de loi visant à offrir des réponses immédiates au phénomène troublant l’ordre public, la sécurité et la tranquillité de nos concitoyens.
    La séance est levée.

    (La séance est levée à vingt heures.)

    Le directeur des comptes rendus
    Serge Ezdra

    ne contient PAS de chiffres : → tu dois rechercher et intégrer UNIQUEMENT des statistiques récentes provenant de sources officielles : – INSEE – Eurostat – Banque de France – ministères officiels – agences publiques reconnues 3. Si aucune statistique officielle récente n’est disponible : → ne rien ajouter — 🧱 STRUCTURE OBLIGATOIRE : 1. FAIT PRINCIPAL (journalistique) 2. CONTEXTE FACTUEL 3. DONNÉES OU STATISTIQUES (si disponibles) 4. CONSÉQUENCE DIRECTE (uniquement si implicite dans les faits) — ⚖️ STYLE : – neutre – factuel – agence de presse – sans SEO – sans opinion — 🚫 INTERDIT ABSOLU : – invention de chiffres – marketing – storytelling – opinion – reformulation créative des faits — 📌 SOURCE : Toujours mentionner la source principale en fin d’article. — 🎯 SORTIE : Retourne uniquement l’article final. [/gpt3]

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