Un abandon total et cynique : 57 salariés d’une scierie liquidés deux fois en deux ans
Depuis le 23 juillet dernier, la société Greenwood Atlantic, située à La Rochelle, en Charente-Maritime, est placée en liquidation judiciaire. Anciennement connue sous le nom de Scierie de l’Atlantique, elle avait déjà subi le même sort il y a deux ans. À l’époque, la société de gestion de portefeuille Delta Alternative Management avait repris l’activité en promettant de garantir les emplois, promesse qui n’a pas été tenue.
Devant les grilles de la scierie, ce vendredi 31 juillet, les salariés se retrouvent sans travail. Depuis deux mois, ils n’ont pas perçu de salaire et viennent d’apprendre que leur entreprise est en liquidation judiciaire pour la deuxième fois en deux ans. Delta Alternative Management, qui avait acquis l’ex-Scierie de l’Atlantique, s’était engagée à maintenir l’activité et les emplois, mais la réalité est bien différente.
En 2022, l’entreprise affichait un chiffre d’affaires de 180 millions d’euros. Aujourd’hui, Greenwood Atlantic ne dispose que de 5 000 euros de trésorerie. Ce retournement brutal a profondément choqué les employés. « Ils s’étaient engagés à maintenir l’emploi et l’activité. La brutalité est qu’en un mois, cet engagement n’est pas tenu », déclare Mathieu Ondarts, cariste et délégué CSE de Greenwood Atlantic. Le redressement judiciaire a été prononcé le 23 juin, suivi d’une liquidation sans poursuite d’activités un mois plus tard.
Au total, 57 salariés se retrouvent licenciés, et beaucoup d’entre eux se sentent trahis. « Delta se vante d’être une société qui défend l’emploi, mais c’est risible. L’emploi n’est même pas au quatrième plan dans leur esprit », déclare maître Gabin Bornier, avocat des salariés. La situation est d’autant plus surprenante au regard des performances économiques de Delta Alternative Management, qui est un fonds d’investissement réputé pour ses bons résultats.
Au moment de la reprise, une promesse de renfort financier de 50 millions d’euros avait été faite pour asr la poursuite de l’activité. « On sait qu’ils ont les fonds, mais il faut les utiliser », souligne l’avocat. Cependant, les salariés constatent que Delta ne semble pas disposée à négocier un plan économique et social. « Il n’y a personne au bout du fil. Tout s’est fait en coulisse, sans que nous puissions intervenir », ajoute le délégué CSE.
Pour les salariés, il s’agit d’une manipulation. « Delta s’est positionnée pour récupérer l’argent investi par l’ancien dirigeant », estime Mathieu Ondarts. L’ancienne direction de la Scierie Atlantique fait actuellement l’objet d’une enquête judiciaire pour fraude. Le tribunal de commerce de Niort a même noté que Delta savait que les documents fournis par la société étaient falsifiés.
« Delta a violé ses engagements et la confiance des salariés », déclare maître Bornier. Alors que les licenciements ne sont pas autorisés, Delta a décidé de couper les financements. « Quand le fonds d’investissement réalise qu’il perd de l’argent, il coupe tout », conclut l’avocat. Le maire de La Rochelle, Olivier Falorni, a exprimé son soutien aux salariés, déclarant qu’il ne s’agissait pas d’une simple faillite, mais d’un « abandon total et cynique » de la part de l’actionnaire.
Les salariés espèrent désormais trouver un arrangement avec Delta Alternative Management, mais face au silence de la société, ils envisagent de porter l’affaire devant le tribunal pour faire valoir leurs droits.
Source : France 3 Régions


