Houaria : Le roman controversé d’Inam Bioud secoue la littérature algérienne
La publication du roman Houaria par Inam Bioud en 2024 a suscité un vif débat en Algérie, révélant les limites de la tolérance littéraire dans le pays. Écrit en arabe littéraire, l’ouvrage a été récompensé par le prix Assia-Djebar, mais a également provoqué l’indignation de députés conservateurs. Ces derniers ont accusé l’autrice de dépeindre Oran comme un « lieu de dépravation morale », ce qui a conduit la maison d’édition MIM à cesser ses activités.
Depuis, la situation a évolué avec la traduction en français du roman, sortie en avril dernier par les maisons d’édition Barzakh et Philippe Rey. Les médias algériens s’interrogent sur la réception de cette version, notant que, jusqu’à présent, elle n’a pas suscité de rejet similaire à celui observé lors de la première publication. Cela soulève des questions sur les différences de perception entre les lectorats arabophones et francophones.
Houaria se déroule dans un Oran populaire, marqué par la violence islamiste durant la décennie noire (1992-2002). Le récit s’ouvre sur le réveil difficile de la protagoniste, Houaria, dans un hôpital, alors qu’elle se remémore des relations complexes avec sa famille et son amant, Hicham. Le roman, à travers des chapitres alternant les points de vue de plusieurs personnages, explore les effets durables de cette période troublée sur les individus.
Le décor du roman inclut des cabarets animés par le raï et des quartiers pauvres, souvent liés à des activités illégales. Cette représentation d’Oran est saluée pour sa véracité, illustrant les luttes des habitants face à la misère.
Inam Bioud adopte un style dépouillé, évitant les embellissements littéraires, pour décrire une société algérienne en proie à des tensions morales. Son œuvre, qui ne cherche pas à adoucir la mémoire collective, invite les lecteurs à s’interroger sur un passé douloureux.
La mémoire de la décennie noire demeure un sujet sensible en Algérie. Houaria ne propose pas de réponses simples, mais confronte le lecteur à des questionnements profonds, ce qui explique l’intensité des débats qu’il suscite.
Source : Twala, Le Matin d’Algérie, El Khabar, L’Expression
